Sanctuaire, Grèce, début juillet 2006
Ce matin-là, une bonne heure avant le lever du soleil, ce fut avec un profond soupir de lassitude que Saga pénétra dans son bureau : oui, la pile de journaux était toujours là et non, elle n’avait pas diminué. Au contraire. Quasi une semaine qu’il n’y avait pas mis les pieds ; cela n’avait pas empêché ses assistants de remplir scrupuleusement leur devoir en prévision de la première tâche à laquelle le Pope du Sanctuaire s’astreignait chaque jour depuis bientôt vingt ans.
Il aurait pu invoquer un manque de temps ; le manque d’envie plus sûrement l’avait tenu loin de ses obligations qu’il ne s’était pas senti le courage de remplir, tout aussi contaminé par la morosité ambiante que ses compagnons.
Néanmoins, Dôkho avait désormais rejoint sa dernière demeure et la vie n’avait d’autre choix que de reprendre son cours : avec un nouveau soupir – que nul ne risquait de surprendre alors qu’il avait refermé la porte derrière lui – il s’installa derrière sa vaste table de travail et entreprit d’examiner les résultats du tri effectué par ses assistants. Des morceaux de scotchs colorés apposés sur la pliure des journaux en distinguait le contenu : vert pour les nouvelles qui ne présentaient aucun intérêt, jaune pour celles a priori sans enjeu mais qu’il convenait de surveiller dans les jours à venir et rouge pour les informations nécessitant un examen approfondi de la part du Maître du Sanctuaire, voire une action rapide. Ces revues préalables s’avéraient indispensables au regard de la masse de données à traiter : les journaux provenaient des quatre coins du globe, chaque jour, sans que jamais leur flux ne se tarît. Le personnel cosmopolite du Sanctuaire trouvait ainsi là à employer ses divers talents après quelques heures de sensibilisation à la détection des “anomalies”.
Du bout de l’index et du majeur entre lesquels s’intercalait sa première cigarette de la journée, Saga passa la pile en revue les sourcils froncés, notant la prépondérance de la couleur rouge sur les trois derniers jours. Il tira de la pile les derniers exemplaires en date du New York Times et après s’être renfoncé dans son fauteuil, décrocha son téléphone pour demander aux cuisines qu’on lui montât un café. Non : après réflexion, plutôt un thermos de café. Oui, avec des sablés de Loukas. Parfait. Merci.
* * *
« Saga ?
— Hum ?
— Je m’en vais. »
La tête d’Aioros venait de surgir, indécise, dans l’entrebâillement de la porte. Sans attendre un signe d’invite qui ne venait pas, le Sagittaire acheva de pénétrer dans le bureau sous le regard de Saga qui le fixait sans vraiment le voir. Autour de lui s’étalait une corolle de journaux superposés, les uns ouverts, les autres froissés, et le cendrier en cristal posé à côté de son ordinateur se trouvait à moitié plein. Il n’était pas encore midi.
« Tu sais… Je te l’ai dit. Hier matin, crut bon de préciser Aioros devant l’air soudain désorienté du Pope.
— Oh. Oui, c’est vrai – les pupilles de Saga retrouvèrent leur diamètre habituel et il sourit machinalement – Bien sûr. Tu repars à New York.
— C’est ça. Tout va bien ? »
Et l’autre Grec de désigner du menton le désordre sur un bureau qui n’en avait pas l’habitude. Un grognement indistinct lui répondit comme Saga repliait le journal qu’il était en train de lire :
« Des nouvelles d’Aiolia ?
— Ils sont bien rentrés avec Jane, si c’est ça ta question. Saga, tu es sûr que ça va ?
— Tu vas retrouver Myriam alors. »
Devant le sourire de son vieil ami dont il n’avait aucune peine à déceler le côté factice, le Sagittaire réprima un soupir résigné. Tête de mule.
« En effet, finit-il par répondre, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon en lin un peu trop froissé et la tête légèrement penchée vers la droite, ses boucles brunes glissant sur ses cicatrices.
— Je suis content que ça fonctionne entre vous.
— Tant mieux, parce que moi aussi je suis content. »
En dépit des circonstances, ou peut-être grâce à elles, les deux hommes avaient eu l’occasion d’échanger à plusieurs reprises en privé ou en petit comité au cours de la semaine écoulée. L’un comme l’autre y avaient vu une opportunité bienvenue de parler d’autre chose que de la mort de Dôkho et du vide qu’elle laissait dans leurs cœurs ; le sujet à peine effleuré lors du mariage entre Thétis et Kanon avait ainsi refait surface. Aioros s’était surpris à se confier à Saga avec la même spontanéité que celle dont il faisait preuve étant enfant : sans arrière-pensée, sans doute, sans retenue. Les mots avaient coulé hors de lui sans qu’il eût besoin de les réfléchir et il lui avait semblé – mais peut-être se trompait-il ? – que Saga les accueillait avec la même simplicité, à l’image d’une conversation informelle tantôt interrompue et qui reprenait son cours comme si elle n’avait jamais cessé. Pour ce qui le concernait, le Sagittaire avait apprécié ces moments partagés avec celui qui avait été son meilleur ami, son “autre” frère et qu’il avait le sentiment de retrouver, enfin. D’aucuns auraient levé les yeux au ciel s’il s’était ouvert auprès d’eux de cette joie simple qu’il éprouvait ; lui-même n’était pas tout à fait sûr de la comprendre. Mais était-ce si important au bout du compte ?
Le Pope venait de laisser échapper un léger rire en réponse à la réplique sentencieuse d’Aioros et celui-ci se trouva soulagé de voir la rigidité déserter momentanément la ligne des épaules de l’autre homme qui se détendit dans son fauteuil tout en le questionnant de nouveau :
« Et quelle est la suite du programme ? Avec elle, je veux dire. Quand comptes-tu nous la présenter ? Plaisanta encore l’aîné des jumeaux.
— Bientôt. »
Le sérieux dans le ton d’Aioros vit les yeux de Saga s’écarquiller brièvement et le Sagittaire poursuivit avec un minuscule soupir :
« Enfin, si elle ne s’est pas enfuie avant. Ce que tu m’as dit le jour du mariage… Tu avais raison – il s’appuya de l’épaule contre le mur près de la fenêtre, en croisant les bras – Pour des gens comme nous, envisager une relation avec quelqu’un qui ne ferait pas partie de notre monde est compliqué et j’en ai d’autant plus conscience que je suis obligé de mentir. De lui mentir. Or tu me connais : je déteste le mensonge. »
Ils échangèrent un sourire entendu puis :
« La mort de Dôkho m’a fait réfléchir. C’est compliqué, c’est peut-être même impossible mais je ne pourrai pas le savoir tant que je n’aurai pas essayé. Et… Saga : nous ne sommes même pas censés être en vie à l’heure où on parle. La probabilité pour qu’on revienne vivants des Portes était infime. On a eu – j’ai eu une deuxième chance et je crois que je n’ai pas le droit de la gâcher.
— … Je comprends. »
Prenant appui sur les journaux étalés sur son bureau, Saga se déplia et son imposante stature ajoutée à celle non moins conséquente du Sagittaire réduisit significativement l’espace disponible dans la pièce. Il contourna l’épais plateau en bois d’olivier pour se rapprocher d’Aioros sur l’épaule duquel il posa une main ferme :
« Tu as toujours fait selon ton cœur, il n’y a pas de raison que ça change. Je suis sans doute le mieux placé pour dire que ça ne t’a pas toujours réussi mais je sais aussi que tu ne serais pas cet homme-là, sans ce cœur-là. Et si tu es tombé amoureux de cette femme, ce n’est pas pour rien. J’ose même penser qu’elle te mérite – un rire, un silence – alors… »
Aioros ouvrit la bouche pour répondre mais remplaça ses mots par ses bras qu’il referma sur le dos du Pope. Après une hésitation, celui-ci lui rendit son accolade :
« Merci mon ami, fit le Sagittaire tout en lui serrant la main.
— De rien. De. Rien. Du. Tout, martela Saga. Au sens littéral du terme, qu’on soit bien d’accord, précisa-t-il encore avec un air sévère sans le moindre effet sur l’hilarité soudaine d’Aioros. Et si ça ne fonctionne pas… – le Pope haussa les épaules – il te restera toujours une douzaine de paires d’épaules sur lesquelles épancher ton malheur.
— Les tiennes y compris ?
— Les miennes en premier. »
Ce ne fut qu’en posant la main sur la poignée de la porte du bureau pour sortir que le Sagittaire se rappela de la contrariété de Saga qu’il avait surprise tantôt. Un dernier coup d’œil sur le bureau raviva ses inquiétudes que le Pope ne lui laissa cependant pas le loisir d’exprimer :
« Si tu croises Angelo sur ton chemin, tu peux lui demander de monter me voir s’il te plait ?
— Pas de problème. »
Déjà Saga lui tournait le dos pour aller se rasseoir et reprendre sa tâche :
« A bientôt ? Fit Aioros avec une hésitation.
— Oui – l’autre Grec leva un œil vers lui – … Je crois bien que oui. »
* * *
Angelo avait failli ne pas obtempérer. Failli seulement. Durant un centième de seconde ou à peu près. Ce qui était certes non négligeable mais pas suffisant toutefois pour l’empêcher de se dérouter tout en rouspétant, une pensée furtive à destination de Shura qui l’attendait pour partir.
« Notre grand Pope vénéré veut me voir. Je l’expédie et je te rejoins. »
* * *
« Tiens.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Regarde. »
Assis au bord du siège en face du bureau du Pope, Angelo ouvrit le dossier que celui-ci venait d’extirper d’une pile à son attention et n’y jeta qu’un bref coup d’œil avant de relever la tête :
« C’est une blague ?
— Tu crois que j’ai le cœur à plaisanter ?
— Si tu veux mon avis, ça ne te ferait pas de mal pourtant. Et si tu t’en carres, de mon avis – le rictus de Saga se voulait éloquent – demande-toi ce que Dôkho en dirait devant ta gueule de déterré. Ça m’étonnerait qu’il t’encourage à persister dans ce qui ressemble à tout, sauf à la voie de la sagesse.
— Jusqu’à preuve du contraire, la sagesse n’est pas un somnifère. »
Le ton du Pope était assez polaire pour qu’Angelo se tût, non sans toutefois examiner ses traits avec plus d’attention. L’insomnie chronique de Saga Antinaïkos était de notoriété publique mais parce qu’il le pratiquait depuis bien trop longtemps, le Cancer devinait qu’en l’occurrence, il ne s’agissait pas là de son seul motif de contrariété. Un instant, la vision de Rachel et de la petite forme qu’elle se trainait depuis des mois lui traversa l’esprit en même temps que cette histoire de journal volé. Saga avait minimisé le sujet cependant ses pairs le connaissaient suffisamment pour distinguer les moments où leur Pope s’arrangeait avec la vérité et ceux où il ne fallait pas en rajouter. Un relent de jugeote dissuada ainsi Angelo de tenter de s’affranchir des raisons de sa convocation, présentement étalées sur ses genoux et, reportant son attention sur le contenu du dossier, il exagéra son soupir avec soin :
« Ok, Dôkho est mort mais il était vieux : sa disparition entre dans l’ordre naturel des choses. Mais nous – moi – sommes dans la pleine force de l’âge. Donc, on ne pourrait pas aborder ce sujet, disons… dans une bonne grosse dizaine d’années ?
— Dix ans, c’est à peu près le temps nécessaire pour former correctement un apprenti.
— Je n’ai pas l’impression que ton frère et toi vous occupiez d’Ethan depuis aussi longtemps et il est déjà très bon dans son genre.
— Ethan est exceptionnel.
— Oh, pardon, j’avais oublié ce menu détail : c’est vrai, c’est un Gémeau. »
L’éclat dans les yeux verts de Saga s’était durci sans pour autant effacer le sourire goguenard d’Angelo qui désigna du menton le contenu du – trop – mince dossier :
« Et c’est tout ce que tu as à me proposer ? Un seul gosse ? Avec toutes les bricoles qui risquent de lui arriver au cours de ces fameuses dix prochaines années ? Une mauvaise fracture, un coup derrière la tête mal calculé, une chute malencontreuse dans le Puits… Et pouf, plus d’apprenti !
— Une. Une seule gosse. C’est une fille. »
Ah.
Il n’avait fait que survoler le contenu des documents et à présent qu’il y regardait de plus près, l’âge lui sautait aux yeux – neuf ans – putain, c’est n’importe quoi – de même que les blancs qui parsemaient des rubriques pourtant censées être renseignées : provenance, contexte familial, état de santé, évaluation psychique et il en passait et des meilleures.
« C’est quoi ça ? »
Saga haussa les épaules :
« On l’a trouvée dans un orphelinat. Un matin, le personnel a découvert sa chambre ravagée du sol au plafond et comme cela faisait a priori plusieurs mois que la gosse présentait un comportement “bizarre” – l’Italien esquissa une moue désabusée devant les crochets mimés par le Pope – le Sanctuaire a été averti.
— A priori ? Bizarre ? Et puis d’abord, c’est qui “on”, que j’aille lui dire deux mots ? Parce que ça, là – il brandit le dossier qu’il venait de refermer – ce n’est ni fait ni à faire. Aldébaran, il en dit quoi ?
— Il en dit, répondit lentement Saga, que c’est à toi de te faire ta propre opinion. Quant à “on”, Jamian a fait son boulot comme il a pu. En l’occurrence, il était dans le coin et a donc reçu le premier la demande de l’orphelinat.
— Et il a accepté de l’embarquer sans aucune autre information ?
— Il fait plus confiance à l’avis de ses corbeaux qu’à celui des êtres humains. »
Ce en quoi Angelo ne pouvait qu’être d’accord mais ravalant son opinion, il eut un reniflement tout en rebaissant les yeux sur les documents.
« Au fait. Elle est française.
— Su-per.
— Du moins, c’est ce qui est écrit sur ses papiers d’identité. »
Devant le regard torve que lui lança Angelo, Saga précisa :
« Elle n’a pas décroché un mot. »
Le dossier du siège grinça quand Angelo s’y appuya de tout son poids, les bras croisés et le menton levé en signe de défi
« Et donc, si je comprends bien, tu veux que ce… cette gamine soit mon apprentie.
— Ce n’est pas une question de vouloir ou de ne pas vouloir. Si tu avais pris la peine de tourner la page, tu aurais vu que les premières évaluations de son cosmos laissent penser qu’il pourrait être assez puissant pour développer le septième sens. Et comme elle est née début juillet…
— … Tu t’es dit, on ne sait pas d’où elle sort, elle n’a pas l’air bien nette, elle sera parfaite pour Angelo, j’ai bon ?
— Et si tu allais la voir ?
— Tu l’as vue, toi ?
— … Tu devrais la voir. »
Saga ne lui répondrait pas, ce qui augurait de tout sauf du meilleur. Les coudes posés sur la table, le Pope jouait avec son paquet de Philip Morris dont il tira deux cigarettes. Angelo alluma la sienne à la flamme que son vis-à-vis lui partagea :
« D’accord, je vais y aller. Mais, Saga, je n’ai pas l’intention de prendre un – ou une – apprenti pour le moment. Un long moment. J’ai… »
Pas mal de bordel à ranger. Et accessoirement, une nouvelle vie à mener qui a tout pour plaire mais qui va me demander un peu de boulot.
« J’ai besoin de temps. Et du temps, il me semble qu’on en a pas mal devant nous, maintenant. Alors – du bout de sa cigarette, il désigna les chemises de différentes couleurs préparées par Aldébaran – je comprends ta démarche mais laisse-nous digérer la mort de Dôkho. Et après, on verra. Je verrai.
— Je te demande seulement d’aller la voir, soupira Saga. Pas de me signer un contrat en trois exemplaires avec ton sang.
— Pas tout de suite tu veux dire. »
* * *
Le baraquement numéro trois se situait à mi-pente, sur le versant opposé à celui sur lequel s’étageait le Domaine Sacré. Quand le second bénéficiait de la lumière du midi et du soir, le premier profitait du lever du soleil et sous la lueur déjà vive de ce plein été, Angelo ne put s’empêcher de penser que, d’une certaine manière, les gosses qui se trouvaient là n’étaient pas si mal lotis en définitive. Les dortoirs avaient été modernisés par Saga, quasiment dès sa “prise de poste” – il esquissa un sourire tordu à ce souvenir – et faisaient l’objet d’un entretien régulier afin d’y assurer des conditions de vie décentes et surtout bien plus conformes au millénaire actuel qu’elles ne l’avaient été au cours des siècles précédents. Encore un peu, et il serait bientôt question de colonies de vacances. L’idée lui arracha un éclat de rire aussi bref que rugueux qui ne fit cependant se retourner aucun des gamins qui s’adonnaient à une partie de foot sur le replat poussiéreux à côté des dortoirs. Les corps de la plupart d’entre eux – ils étaient jeunes – ne portaient pas encore les stigmates inévitables des entraînements. Pour l’heure, les journées de ces gosses demeuraient rythmées par l’école et les séances de renforcement physique qui doucement mais sûrement les préparaient à leur véritable formation. Celle qui les épuiserait tous tellement au quotidien que la simple idée de courir derrière un ballon en fin de journée leur ferait bientôt horreur.
Quelques gamines traînaient au bord du terrain improvisé mais aucune ne ressemblait à la photographie agrafée dans le dossier. Non qu’il fût facile de repérer un enfant parmi des dizaines d’autres en mouvement mais enfin, dans ce cas précis, il aurait déjà dû percevoir ce soit-disant cosmos de Cancer censé clignoter en lettres géantes au-dessus de la tête de sa future apprentie. Or, il n’en était rien.
Il bifurqua vers les portes du baraquement, grandes ouvertes sous le soleil. A l’intérieur il découvrit d’autres enfants, moins nombreux, petites silhouettes plus ou moins immobiles, les unes occupées à jouer en silence dans un coin, les autres, plus solitaires, plongées dans des livres ou autres rêvasseries quelconques. A première vue, rien non plus ici mais alors qu’il tournait les talons, son œil fut attiré par une chevelure flamboyante et son oreille par la mélodie d’une voix fluette. Intrigué, il se rapprocha ; la langue dans laquelle chantait la petite fille rousse lui était inconnue.[1]
L’enfant, cependant, s’interrompit tout net en remarquant sa présence. Elle leva un regard aussi vert que le printemps dans sa direction, l’étudia quelques instants en silence puis s’écarta, laissant apparaître une autre gamine aux cheveux noirs comme la suie qui retombaient devant ses yeux, grands ouverts sur le néant.
La voilà.
Assise sur une chaise, elle ne bougea pas quand Angelo franchit les derniers pas qui l’en séparait, ni quand il se pencha pour planter son regard dans le sien. Lentement, il passa et repassa une main devant son visage sans susciter la moindre réaction. Même le claquement de doigts qu’il fit résonner à son oreille ne lui tira pas le moindre sursaut.
Il finit par se redresser et, les poings sur les hanches, prit le temps de mieux l’observer. Elle était maigre, ses épaules creuses, ses genoux protubérants sous sa jupe. Ses ongles, rongés jusqu’au sang, s’agrippaient au tissu et de larges plaques rouges marbraient la peau de ses bras et de son cou dont il nota la tension anormale : contrairement à ce qu’il avait cru, elle avait conscience de sa présence.
Oh bon sang, qu’est-ce que c’est que ça…
La première image que son cerveau daigna lui fournir en guise de réponse fut celle de ces innombrables chats tous plus efflanqués les uns que les autres qui peuplaient les rues de Rodorio et, dans une moindre mesure, les recoins du Sanctuaire pour ceux qui trouvaient le moyen de se glisser subrepticement à bord des navettes reliant le continent à l’île. Des chats auxquels personne ne portait attention et qui ne devaient leur survie qu’aux nombreux lézards, volatiles et autres rongeurs qui avaient le malheur de croiser leur route, ainsi qu’à la charité de quelques amoureux des bêtes, y compris les plus galeuses d’entre elles.
Le cosmos était là, oui, cela ne faisait aucun doute. Mais dans quel état ! Comment un chevalier d’argent du niveau de Jamian n’avait-il pas pu s’en rendre compte ? Angelo eut un reniflement de contrariété : le bonhomme avait toujours été particulier dans son genre, et adepte d’un humour encore plus tordu que le sien. Ceci étant, sous ses dehors désinvoltes, le chevalier d’argent du Corbeau ne badinait pas avec les responsabilités qui lui étaient confiées, même quand elles le plaçaient dans des situations délicates. Qu’aurait-il pu faire ? Laisser la gosse dans un orphelinat qui n’en voulait plus ? Et après ?
Angelo détailla l’aura souffreteuse qui émanait de l’enfant. Délabrée au dernier degré, son énergie ne pulsait plus que par à-coups, ultimes sursauts incontrôlés et probablement inconscients d’un cosmos en lambeaux. La consistance dont celui-ci aurait pu se réclamer – avait-elle seulement existé un jour d’ailleurs ? Angelo nourrissait de sérieux doutes à ce sujet – n’était plus qu’un lointain souvenir alors que ce qui restait de sa trame était criblé de béances obscures. Quant à l’or, il ne scintillait plus qu’à la marge de ce qui avait été une existence et qui aujourd’hui n’était plus qu’une empreinte sur la psyché du monde.
Des âmes abîmées, Angelo en avait croisé son content depuis sa première incursion au Puits des Morts. Et dans son genre, la sienne ne faisait pas exception. Néanmoins, son cosmos lui était demeuré. Malmené, assombri, révolté mais il ne lui avait jamais failli malgré, certes, des moments difficiles. Le Chevalier d’Or du Cancer n’avait survécu que grâce à cette petite parcelle d’univers que le destin lui avait réservée.
La gamine n’aurait pas cette chance. Il ne restait plus d’elle qu’un corps mu par des réflexes innés, déserté par son esprit. D’ailleurs, n’était-ce pas pour le mieux ? En dépit du soleil qui chauffait son dos, un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale jusqu’à hérisser les courts cheveux sur sa nuque. Quoi que cela eût pu être, ce qui avait détruit son âme et son cosmos de la sorte devait être suffisamment insoutenable pour que l’incapacité de les éprouver, l’une comme l’autre, pût être considéré comme une bénédiction.
Sa main s’était avancée vers elle dans un réflexe qu’il ne comprit pas et il suspendit son geste. La moquerie déforma ses lèvres : s’il commençait à prêter attention à tous les bras cassés qu’il croisait – et les dieux savaient s’ils étaient nombreux – il deviendrait dingue. Pour de vrai cette fois. Et puis… que pouvait-il faire pour cette gosse ? Absolument rien. Voilà la vérité.
L’autre petite fille – la rouquine – le contemplait fixement comme il tournait les talons pour se diriger vers la porte.
« Quoi ? » S’entendit-il aboyer alors qu’elle ne baissait pas les yeux en dépit du regard peu amène qu’il venait de lui lancer.
Pas de réponse, seulement cet examen aussi silencieux que pénétrant dont il devinait qu’il n’avait rien de normal. Le septième sens, comprit-il avec un temps de retard. Mais, si jeune ? Il fronça les sourcils : et une surdouée de plus, une. Mais aussi et avant tout une enfant qu’il vit reculer de trois pas quand son propre cosmos s’enfla l’espace d’un instant infime mais suffisant pour rappeler de quel côté se situaient la force et l’expérience.
Les yeux verts s’abaissèrent et il sortit enfin du baraquement, le torse gonflé par une profonde inspiration. C’était qu’il en avait presque oublié de respirer avec ces conneries !
Putain, Saga, tu sais où tu peux te le mettre, ton dossier de merde ?
Il n’attendait pas de réponse et il n’en reçut aucune. Quant à ce qui ressemblait furieusement à un ricanement à la surface du Surmonde, il choisit de l’ignorer tout en dévalant la colline avec empressement. Bordel.
Mais pourquoi avait-il la furieuse impression d’oublier quelque chose ?
* * *
Angola, début Juillet 2006
L’homme était revenu. Comme prédit. Toujours aussi imposant. Toujours aussi fort. Dissimulée derrière les larges feuilles luisantes d’humidité, Sema tordit le nez, ses lèvres retroussées découvrant ses dents. Son visage récupéra toutefois sa neutralité habituelle alors que d’un pas souple, elle reprit son chemin parmi la végétation dense, parallèlement à la route en terre sur laquelle l’homme s’avançait.
Il fut bientôt rejoint par une nuée de gamins qui se ruèrent à son assaut avec force cris de joie et hululements victorieux. Elle se rappela qu’il leur avait promis de revenir. Elle se rappela aussi qu’elle l’avait haï pour ça. Qu’elle le haïssait, toujours.
Bientôt le village apparut au détour d’une courbe, au milieu d’une clairière naturelle mais agrandie par la main de l’homme, qui en avait taillé les arbres les plus solides pour construire les bases de son foyer. Chacun s’affairait, à qui les repas, à qui le linge, à qui les soins. Le dispensaire qui avait élu domicile depuis plusieurs mois à la lisière deshabitations ne désemplissait pas.
Les adultes ne se redressèrent que le temps d’aviser la présence de l’homme avant de retourner à leurs occupations. Il passa près d’eux, en salua certains, avant de se diriger vers le centre médical toujours suivi par la meute d’enfants.
Le tuer. Elle aurait dû le tuer plus tôt sur la route. Plus tôt, lors de sa venue précédente. Plus tôt, dans un autre pays. Plus tôt sur un autre continent. Plus tôt ! Le démon déferla dans ses veines, sa bouche s’ouvrant pour aspirer une goulée d’air étouffant, les yeux écarquillés et le cœur emballé.
* * *
Aldébaran était revenu mais sans conviction. Ce n’était pas la première fois que quelqu’un – un chef de village, un marabout quelconque ou bien encore une grand-mère dotée de vagues compétences en sorcellerie – lui affirmait que, oui, oui, il y avait un enfant comme il en cherchait, là-bas, et que s’il le souhaitait, on pouvait même l’accompagner pourvu qu’il fît quelque chose. Quant à définir le quelque chose en question, cela variait : le plus souvent, il s’agissait de distribuer des espèces sonnantes et trébuchantes – des dollars ou des euros, c’était le mieux – mais parfois, on poussait devant lui une gamine à peine pubère qui fixait obstinément ses pieds et dont il se devait d’assurer l’avenir parce que, comprenait-il, on n’abandonne pas une princesse, ou alors un gamin dont on lui affirmait qu’il était le petit frère de celui qu’on se proposait de lui donner et qu’il ne fallait pas séparer les fratries car cela portait malheur. Sans compter qu’un deuxième garçon, cela pourrait lui être utile, n’est-ce pas ?
Par la force des choses, il avait appris à décliner de telles propositions en évitant de vexer ses interlocuteurs mais non sans, à chaque fois, une pensée peu charitable à l’égard de ceux qui l’avaient précédé et semé de telles perversions dans leur sillage. Au fond, il ne désespérait pas un jour de tomber sur l’un de ces énergumènes afin de lui transmettre un message des plus limpides et de le laisser suffisamment en vie pour qu’il s’empressât de le propager à son tour. Ce genre d’impulsion aussi violente que viscérale ne lui ressemblait guère, il en avait conscience et il se demandait dans quelle mesure la tension permanente dans laquelle baignait la population de ce pays n’altérait pas également son propre équilibre.
« Monsieur, dis, tu m’emmènes ? Allez, emmène-moi !
— Non, moi, Monsieur, moi ! Moi je suis meilleur que lui. Plus fort ! C’est pas ce que tu veux, un garçon fort ? Pour toi ? »
Il sourit, tapotant au hasard le sommet des têtes qui se bousculaient autour de lui. En revanche, il s’ingéniait à ne rien entendre, à ne rien comprendre des propositions qui se faisaient de plus en plus explicites à chacune de ses incursions dans ces secteurs reculés de la forêt. Il s’était d’abord demandé où ces gamins – et leurs parents, enfin, du moins avait-il supposé qu’ils en avaient encore – étaient allés pêcher des propos aussi dévoyés, avant de prendre la pleine mesure de la guerre civile dans laquelle était plongé le pays et plus encore de ses dommages collatéraux. Parce qu’il était un membre du Sanctuaire et qu’il considérait que cela aussi faisait partie de ses missions, il s’était spontanément présenté auprès des organisations non gouvernementales en charge du soutien humanitaire, afin de proposer ses services. Un bon moyen selon lui de prendre la température du contexte dans lequel il envisageait de glaner des informations et, en fonction, d’y étendre sa recherche d’apprentis potentiels.
Plus que son sourire éclatant et son air bonhomme en dépit de sa stature impressionnante, c’était la bienveillance qui émanait de tout son être qui avait amené la plupart des chefs de mission à accorder leur confiance à cette imposante providence tombée du ciel, aussi serviable qu’infatigable lorsqu’il s’agissait de participer à la construction d’un centre d’hébergement de réfugiés, de mettre un peu de discipline au sein de populations affamées et de rassurer des enfants isolés dont Aldébaran comprit bien vite que tous n’étaient pas de simples orphelins. Les récits des médecins et des psychologues avaient achevé de le conforter dans sa compréhension de la situation.
Les gosses qui pour l’heure ne le lâchaient pas d’une semelle n’étaient pas – pas tous – d’anciens enfants soldats que les humanitaires avaient entrepris de démilitariser. Mais parce que ces derniers étaient hébergés dans des villages comme celui-ci afin de les maintenir aussi loin que possible de la ligne de conflit et les resociabiliser, ils étaient au contact d’autres gamins qui voyaient leurs blessures, entendaient leurs cauchemars, écoutaient leurs récits. Des gamins qui s’appropriaient la logique de certains adultes pour l’employer à leur avantage, du moins l’imaginaient-ils.
Parvenu sur le seuil du dispensaire, il se retourna pour disperser son escorte d’un geste gentil mais ferme. Certains résistèrent bien un peu ; ils se résignèrent toutefois quand le médecin sortit pour les houspiller dans leur langue natale.
« On m’a dit de venir jusqu’ici », fit Aldébaran en portugais [2]afin de capter plus facilement l’attention du soignant à l’air revêche qui s’était planté en travers de l’entrée, les poings sur les hanches et dont la taille atteignait péniblement le milieu du torse du chevalier d’or. « Qu’il y avait ici un garçon particulier.
— Qu’est-ce que vous voulez ? Rétorqua l’autre sèchement. Il n’y a rien ici pour des gens comme vous ! »
Aldébaran leva ses deux mains – dont la largeur fit involontairement reculer son interlocuteur – en signe d’apaisement :
« Je ne veux aucun mal à qui que ce soit. Vous permettez ? »
Et d’un geste mesuré, de tirer de l’intérieur de sa poche arrière une enveloppe pliée en deux et qui avait vu des jours meilleurs.
« Tenez. »
Méfiant, l’homme se saisit du courrier et se retourna pour le lire pendant qu’Aldébaran relevait la tête et parcourait la salle du regard. Adultes et enfants, jeunes et vieillards se côtoyaient sous les lumières parfois clignotantes de néons fatigués, dans l’attente d’un diagnostic ou de soins dans ce coin-ci, alités ou assis sur des fauteuils médicalisés dans ce coin-là. Quelques ventilateurs s’échinaient à dispenser une fraîcheur illusoire mais ne réussissaient pas à faire oublier la moiteur omniprésente, ni à masquer par leur ronronnement continu les gémissements des plus atteints. Un soupir lui échappa : il n’avait rien à faire ici.
« Venez. »
Avec un regard interrogateur il emboîta le pas au médecin qui se frayait un chemin parmi les patients et le matériel jusqu’au fond de la pièce, occulté par un rideau que l’homme écarta dans un mouvement brusque. Derrière, trois lits au fond desquels s’engloutissaient trois silhouettes sombres et menues au milieu des draps blancs.
« Ces deux-là vont mourir, fit l’Angolais en désignant les lits au centre et à droite. Celui-là, par contre… – il haussa les épaules – il devrait être mort depuis longtemps.
— Je vous remercie.
— Vous savez – l’homme s’était immobilisé, la tête levée pour dévisager Aldébaran – les gens comme vous, ils en sauvent un par ci, un par là. Mais tous les autres ? Vous en faites quoi ?
— Les gens comme moi ?
— Vous n’êtes pas le premier à passer par ici, ou ailleurs, pour chercher des gosses qui sont “différents”. Eux, ils vous intéressent. Mais les autres, parce qu’ils sont comme tout le monde, ils peuvent bien crever, pour ce que vous en avez à foutre.
— C’est faux ! »
Les épaules d’Aldébaran s’étaient tassées et ses poings serrés. Les yeux étincelants de colère, il poursuivit :
« Lorsqu’elle le peut, mon organisation agit pour protéger les innocents et ne reste pas insensible face à la détresse de ceux qui subissent la guerre ou la maladie.
— Et en quoi faisant, dites-moi ? En donnant de l’argent ? Pour qu’il soit plus facile de tourner le dos quand vous en emmenez un et laissez les autres derrière ?
— Si nous pouvons au moins en sauver quelques-uns, c’est toujours…
— Ne vous fatiguez pas. Mon organisation à moi m’a briefé sur la vôtre. Je sais que je ne peux pas vous empêcher d’agir et comme vous dites, ça en fera toujours un de moins dans cet enfer. Mais on ne m’empêchera pas de penser que “sélectionner” les êtres humains n’est pas ce qui aidera ce monde à mieux tourner. »
Le médecin désigna du menton le lit de gauche :
« Ne tardez pas trop. »
Le rideau retomba, isolant Aldébaran et les trois garçons. Mâchoire crispée, il s’approcha des deux premiers pour constater que l’homme avait raison. La puanteur qui se dégageait de leurs plaies infectées et les reflets grisâtres qui recouvraient peu à peu leur peau noire et anormalement sèche témoignaient d’un sursis en passe de s’achever. Pour eux, la mort serait miséricordieuse, songea-t-il sombrement avant de se détourner vers le troisième garçon.
A première vue, il n’était pas en meilleur état. Le corps recouvert de bandages, une perfusion plantée dans son bras trop maigre, il respirait à petites goulées, les yeux fermés et a priori ignorant de sa présence. Toutefois, une mince pellicule de sueur le recouvrait et contrairement à ses deux camarades, la douleur qui émanait de lui était vive mais contrôlée, telle un feu follet renfermé dans son creuset. Se rapprochant du lit, Aldébaran étendit une main une dizaine de centimètres au-dessus du corps inerte. Et la retira presque aussitôt alors qu’elle était brutalement repoussée vers le haut avec, au creux de la paume, la rougeur caractéristique d’une brûlure.
« D’accord », murmura-t-il tout en élevant son propre cosmos de quelques degrés. « Voyons voir ce que tu nous réserves. »
Aldébaran n’était pas doué des mêmes compétences que Mü – il ne pouvait pas examiner un corps ou un cosmos à un niveau inframoléculaire – mais il était capable d’en déchiffrer sans difficulté les variations de fréquence, même les plus infimes. Ses propres techniques de combat reposaient d’ailleurs sur cette faculté particulière : parce qu’il pouvait ainsi anticiper les mouvements, voire les intentions de son adversaire, il était en mesure d’élaborer sur mesure et dans l’instant une défense infranchissable.
Le cosmos de l’enfant – car il s’agissait bien d’un cosmos, éveillé et plutôt solide pour ce qu’il pouvait en juger – était tout entier consacré à la régénération du corps qui l’abritait. La fréquence qui lui était propre vibrait sur une harmonique apaisante, support d’une multitude de variations aussi nombreuses que les blessures à soigner. Contrairement à ce que le Taureau avait cru de prime abord, le garçon était conscient de sa présence par le biais de son jeune cosmos. Celui-ci grandit en intensité au contact de celui d’Aldébaran sans pour autant interrompre sa besogne. Vigilant, mais non agressif. S’enhardissant, le Chevalier d’or s’empressa d’harmoniser sa propre fréquence avec celle du gamin avant de soulever quelques-uns des pansements : les blessures étaient propres mais surtout en voie de cicatrisation accélérée. Sous son regard intéressé, les chairs récupéraient à vue d’œil.
Un examen complémentaire acheva de le renseigner : entailles de machettes, impacts de balles, sutures hasardeuses, toutes autant de blessures impeccablement refermées et qui en auraient tué bien d’autres. Le gosse avait, quoi ? Treize ans, quatorze ? Peut-être même quinze, difficile à dire. Sa survie tenait du miracle, pas étonnant que deux mois plus tôt, certains eussent déjà évoqué son existence devant lui. Il n’y avait pas vraiment cru ; il avait eu tort.
D’un geste, il chassa les mouches attirées par la mort qui planait au-dessus des lits voisins mais alors qu’il soulevait le rideau pour partir en quête d’un ventilateur, une voix enrouée lui parvint :
« S’il vous plaît… – Aldébaran se retourna – … eux… »
Le garçon tendit son bras hérissé par la perfusion et désigna d’un index frémissant et à moitié recourbé ses compagnons de chambrée :
« … souffrent… »
De saisissement, Aldébaran laissa retomber le rideau, transpercé par les yeux du garçon, sombres et brillants comme des billes d’obsidienne. Le bras, lui, restait tendu dans ce qui aurait constitué un effort surhumain pour n’importe qui d’autre. Une volonté extrême était aux commandes de ce geste, une volonté que le garçon s’efforçait de transmettre par la force de son regard rivé au chevalier d’or. Il attendrait, aussi longtemps que nécessaire comprit-il alors, atterré.
« Je n’ai pas le droit de faire ça.
— … souffrent… ! »
Une quinte de toux ponctua ce qu’il fallait bien appeler de l’indignation et Aldébaran se mordit les lèvres. Par les dieux ! Mais le regard ne se démettait pas et devenait accusateur.
Le Chevalier d’or réprima un sursaut : son cosmos, demeuré en équilibre avec celui de l’adolescent, se contracta sous l’effet d’une brûlure identique à celle dont il percevait encore la chaleur dans le creux de sa main, avant d’être submergé par un cri silencieux. Un cri de révolte.
« Je vous suivrai, si vous les aidez. »
Stupéfait, Aldébaran ouvrit grand les yeux. Ce gosse, il venait de s’adresser directement à son esprit en usant du Surmonde ! S’y projetant à son tour, il ne l’y aperçut pas cependant, seule sa voix lui parvenait d’une ou plusieurs directions, bien malin celui qui aurait pu le débusquer au cœur de cette absence absolue de repères.
« Il faut arrêter ça. Ayez pitié ! »
Le brouhaha informe dans le reste de la salle enveloppait le silence entre l’homme et le garçon. Les injonctions des soignants, les plaintes des soignés, les pales grinçantes, la rumeur du village, la vie poursuivait son cours à quelques mètres de là. Et n’interromprait pas sa course, même pour deux existences qu’elle avait choisi d’ignorer. Aldébaran s’avança d’un pas lent entre les deux lits. Il contempla les deux garçons une dernière fois puis, au bout de ses deux bras étendus de part et d’autre, ses poings s’ouvrirent simultanément projetant une onde de choc au droit du cœur de chacun des deux enfants.
Lorsqu’il pivota de nouveau vers celui qui était encore en vie, ce fut pour constater qu’il avait refermé les yeux et que son cosmos était retombé à un niveau proche du repos.
« Merci », crut-il entendre sans pour autant que les lèvres de l’adolescent eussent bougé. Hochant la tête, il tira une chaise près du lit et s’y laissa tomber, lourdement. D’aucuns n’auraient peut-être pas pris toute la mesure de l’acte qu’il venait de commettre mais ce n’était pas le cas de ce garçon, il en était certain. La lassitude le vit baisser la tête, regardant sans le voir le sol à la propreté douteuse. Combien d’enfants comme celui-là ayant oublié ce que signifiait l’insouciance ? La mort était attachée aux pas de ce garçon aussi sûrement qu’à ceux de ses camarades, ceux qui par un heureux coup du sort avaient pu échapper aux milices et ceux qui à cette heure encore, les armes à la main, tuaient, tuaient tant et plus pour ne pas être tués.
Au bout d’un moment, il se redressa pour le contempler. La respiration du garçon s’était apaisée et il dormait, profondément. Le rideau se leva pour livrer le passage à deux infirmiers qui, sans un mot, enveloppèrent les corps et les emmenèrent, laissant derrière eux des matelas souillés. L’odeur s’amoindrit mais ne disparut pas pour autant.
Un silence bref s’était noué dans le reste de la salle sur le passage des deux hommes, avant de se dissiper presque aussitôt. Place aux vivants.
Aldébaran exhala un profond soupir. Au vu de la vitesse à laquelle le garçon recouvrait ses forces, le Brésilien ne tarderait pas à pouvoir l’emmener. Des feuilles tâchées et froissées dépassaient sous le matelas et il les ramena jusqu’à lui, tirant ses lunettes de vue depuis la poche de sa chemisette.
« James », lut-il, assorti d’un âge estimé. “James”, c’était tout. Pas de date de naissance, pas de nom de famille, rien d’autre que “James”.
« James », dit-il plus haut, sans tirer la moindre réaction au sus-nommé. Malgré lui, un sourire étira ses lèvres craquelées par le soleil. Il avait reconnu le cosmos de ce gosse, comme ce dernier avait reconnu le sien. Sa possession du septième sens ne faisait aucun doute. Quant à la maîtrise qu’il était susceptible d’en acquérir… Son sourire décrut. Le garçon n’était plus si jeune. Son équilibre psychique restait à évaluer. Et l’état de son corps ne serait peut-être pas compatible avec un usage à pleine puissance de la force qu’il recelait. Autant d’inconnues pour une seule équation qu’il n’était pas certain de pouvoir résoudre.
Bon sang, James. Que vais-je faire de toi ?
* * *
« Lâche. Moi ! »
Geist, les bras solidement arrimés au corps de Sema, tenait bon. Ou du moins s’y efforçait avec la conscience cuisante que si l’adolescente se mettait en tête de se libérer pour de bon, elle ne ferait pas le poids. Elle prit néanmoins le risque de solliciter son propre cosmos – aussi misérable fût-il en comparaison de celui de Sema – pour raffermir sa prise ; Aldébaran ne la repérerait pas, pas alors qu’il se trouvait en compagnie de l’ami de Sema, lequel manifestait une puissance au moins égale à celle de la jeune fille.
L’Italienne avait compris tout de suite, avant même de voir le visage de Sema s’éclairer à l’approche de cet énième village : n’importe qui doté d’un minimum de sensibilité au cosmos ne pouvait pas manquer celui du garçon dont Sema avait fini par lui parler tant et plus. Son démon était comme le sien lui avait-elle affirmé avec fierté, Alexei aurait besoin de lui autant qu’il avait besoin d’elle. Elle le lui amènerait et à eux deux, ils empêcheraient pour toujours le Sanctuaire de voler des enfants.
Sauf qu’en l’occurrence, le Sanctuaire avait été le plus rapide et elle sentir Sema se raidir contre elle, quand Aldébaran sortit du dispensaire.
« Je ne veux pas te faire de mal », gronda l’adolescente entre ses dents serrées tout en se tortillant comme une anguille.
Geist choisit de la croire et se raccrocha à cette certitude pour maintenir son emprise et tenter de la raisonner par la même occasion :
« Tu as entendu ce que t’a demandé Alexei.
— Pourquoi ? Pourquoi ne devrais-je pas le tuer alors qu’il est en train de l’emmener ! Il va devenir comme eux ! Il ne faut pas ! Il ne faut pas ! Laisse-moi y aller, laisse-moi le tuer ! »
Ce serait pourtant si facile. La lâcher. Se débarrasser de cette responsabilité dont elle n’avait pas voulu et qu’Alexei l’avait pourtant obligée à endosser. Puis la regarder se faire tuer, faire demi-tour et disparaître. Ça, au moins, elle savait faire. Avant même qu’elle fût parvenue au bout de son raisonnement, son cœur se comprima si fort qu’elle dut prendre une profonde inspiration tout en serrant rageusement les paupières.
« Sema, tiens-toi tranquille, bon sang ! murmura-t-elle avec précipitation. S’il nous voit, c’est nous qu’il va tuer ! »
A dire vrai, Geist ne croyait pas beaucoup en une telle menace. Des quelques fois où sa route avait croisé au Sanctuaire celle d’Aldébaran du Taureau, elle avait conservé le souvenir d’un homme imposant, voire un peu effrayant du fait de sa carrure surdimensionnée, mais affable, toujours souriant et d’un naturel paisible, en accord avec sa réputation parmi les apprentis et les chevaliers. Tout le contraire de certains chevaliers d’or qu’elle se serait bien passée de rencontrer.
Chassant le souvenir de sa confrontation avec le Cancer et le Capricorne, elle entreprit de reculer, pas à pas, entraînant Sema avec elle.
« Arrête ! » L’avertit cette dernière. « Il ne partira pas avec James !
— Si. Si, il va partir avec lui et tu vas le laisser faire.
— Non ! »
Le corps de Sema, soudain, devint si brûlant qu’en dépit de toute sa volonté, Geist fût obligée de la lâcher. Au creux de ses bras, déjà sa peau commençait à cloquer.
« Qu’est-ce que tu… »
Elle perçut le souffle du coup avant son impact, qui implosa au creux de son ventre. Les yeux exorbités et la bouche ouverte, elle se plia en deux avant de se retrouver propulsée plusieurs mètres en arrière, le tronc d’un arbre stoppant net son envol quand elle s’écrasa contre lui avec brutalité.
Chutant lourdement le nez dans la boue, elle ne bougea plus.
* * *
Il ne le prendra pas !
La pensée, paniquée, éclata comme une bulle dans le cerveau de Sema qui entendait des voix masculines se rapprocher de la lisière. Pliée sur ses jambes, elle commença à se faufiler sous les feuillages bas tandis que dans son esprit les mots la martelaient sans relâche.
Il ne le prendra pas ils ont déjà tout pris ils ont déjà tout volé ils ont tué mon père ils ont tué ma mère ils n’ont pas le droit pas le droit pas le droit.
Le regard fixe, le souffle saccadé, elle s’était figée pour regarder l’homme immense avancer sur le chemin tout en parlementant avec le docteur, droit vers elle.
Maintenant !
Ses jambes, cependant, se refusèrent à l’élan que Sema venait d’impulser alors qu’un gémissement ténu traversait la litanie de ses pensées. Les poings et les lèvres serrées, elle vit l’homme passer à moins de vingt mètres devant elle. Là, à sa portée.
Et après ?
Après, James serait à ses côtés. Avec elle. Comme elle.
Plus jamais elle ne serait seule !
Tu lui feras peur.
Il te fuira.
Le gémissement se fit de nouveau entendre, plus faible que le précédent.
Alors tu le tueras, lui aussi.
Non !
Un sanglot la secoua et elle commença à reculer, sans bruit, à l’abri de la végétation. Une fois le chemin perdu de vue, elle fit volte-face et se précipita en direction de Geist qui s’était péniblement traînée jusqu’à l’arbre heurté tantôt, pour s’y adosser tant que bien mal.
Elle respirait avec difficulté et ses yeux étaient à peine entrouverts : à genoux devant elle, Sema avait levé des mains tremblantes qu’elle ne savait où poser.
« Je…, hoqueta-t-elle. Je… »
Les larmes coulaient sans discontinuer sur les joues de l’adolescente dont les épaules tressautaient à intervalles irréguliers comme elle s’efforçait de reprendre son souffle. Se voutant sur elle-même, ses ongles sales et cassés enfoncés dans la terre meuble, elle chercha à croiser le regard de Geist, sans résultat.
« Tu ne peux pas partir, finit-elle par articuler en reniflant et en s’essuyant le nez sans autre résultat que de maculer un peu plus son visage. Tu n’as pas le droit ! Alexei a dit que tu devais rester avec moi ! »
Percluse par la souffrance qui rayonnait telle un soleil ardent depuis le centre de son torse – Geist devinait qu’elle avait plusieurs côtes cassées et probablement un ou deux organes qui n’étaient plus tout à fait à leur place – l’Italienne devinait plus qu’elle n’entendait Sema depuis le fond de son tunnel de douleur.
Elle sentit deux mains se poser sur ses épaules et par-delà son égarement, comprit que si elle n’ouvrait pas les yeux, si elle ne prouvait pas toute de suite à Sema qu’elle était en vie alors celle-ci la secouerait tant et plus jusqu’à obtenir un résultat, fût-ce celui de sa mort. Cette idée lui fit monter la nausée au bord des lèvres aussi, mobilisant des forces dont elle se croyait pourtant dépourvue, elle articula :
« Se… ma.
— Geist ! »
La jeune métisse ne l’appelait jamais par son prénom, qu’elle avait de la peine à prononcer. Mais à présent qu’elle avait commencé, elle se mit en tête de le répéter, encore et encore :
« Geist ! Geist ! Geist ! Ge… »
Comme y réussit-elle, elle ne le sut jamais. Toujours fût-il que l’Italienne attrapa l’un des poignets de Sema, ou plus exactement s’y raccrocha ce qui eut le mérite de figer la jeune fille, qui n’osa plus s’agiter.
« Je t’entends », grimaça Geist, s’efforçant de former ce qui était censé passer pour un sourire sur sa bouche tordue par la douleur. Le résultat ne devait pas être très beau à voir, conclut-elle devant l’ahurissement qui se peignit sur les traits de Sema.
Silencieuse et attentive tout à coup, celle-ci l’examinait, son visage à quelques centimètres du sien.
« Tu vas vivre. »
Ce n’était pas une question. Ni un constat. Plutôt un ordre.
Avec une douceur et une délicatesse que Geist ne lui aurait jamais imaginées, Sema se positionna à côté d’elle pour glisser son bras sous le sien et arrimer son dos. Elle avait cessé de pleurer.
« Le feu va te soigner, affirma-t-elle.
— Tu vas me soigner, trouva la force de corriger l’Italienne avec un soupir épuisé.
— Moi, oui. Toi, tu vas rester. »
L’autre bras de Sema vint alors entourer le cou de Geist qui sentit les boucles drues de la jeune fille chatouiller son menton lorsqu’elle appuya sa tête un instant contre son sternum douloureux. Pendant quelques instants, elle n’entendit plus que les battements de son propre cœur et la respiration de l’adolescente. Puis, les mots de cette dernière lui parvinrent et ce qui serra la gorge et piqua les yeux de Geist n’avait rien à voir avec ses blessures :
« Je ne serai plus jamais tout seule. »
Note de l’auteur : en cette fin janvier, je suis encore à temps de vous souhaiter une belle année 2025. J’en profite pour vous remercier de suivre cette histoire et, j’espère, de l’apprécier. Je suis heureuse de la partager avec vous, et je le serais encore plus en ayant la possibilité d’en discuter avec vous, de connaître vos ressentis, de découvrir vos hypothèses, bref d’échanger afin que vous soyez, pour moi, autre chose que des statistiques de fréquentation. N’hésitez pas ! 😊
[1] Rosalind chante en gaélique.
[2] L’Angola est une ancienne colonie portugaise.
Gniiiih, les Twix sont de retour X) Et James </3
Ça fait bien plaisir de retrouver tout le petit monde !!
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Yes ! Mine de rien, on en voit 3 dans ce chapitre et Ethan est évoqué lui aussi ☺️
Ma foi, je me suis mis de sacrés coups de pied aux fesses pour ce chapitre, ça me fait plaisir que ça t’ait fait plaisir ! 😆
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Eh ben voilà, Elle commence à prendre forme, cette nouvelle génération de chevaliers, dans un camp comme dans l’autre ! J’aime beaucoup la réaction d’Angelo (et ses échanges caustiques avec Saga) en découvrant sa possible nouvelle élève. Qui se ressemble, comme on dit…
Quant à Aldébaran, il n’est pas en reste non plus. Triste besogne qu’il a à se coltiner ! D’un autre côté, il vaut mieux que ce soit lui qui ait à gérer ce pan là du recrutement plutôt que ce soit confier aux éléments les plus explosifs du Sanctuaire.
Et la pauvre Geist qui fait ce qu’elle peut de son côté! Pauvre choupinette, ça donne envie de la câliner (oui j’aime bien Geist…) ! La preuve, même Sema ne résiste pas!
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Hello !
Comme tu dis, voilà la relève ! Nouvelle Ère reste l’histoire de nos bons vieux chevaliers d’or mais elle permet aussi de donner à voir l’avenir du Sanctuaire par l’apparition progressive des petits nouveaux 😉 Angelo, clairement, n’est pas encore prêt XD Sybil est encore jeune et comme on le voit dans ce chapitre, elle devra en passer par quelques années de préparation avant d’entamer sa formation proprement dite. Tant mieux pour Angelo qui a d’autres chats à fouetter en ce moment 😅
Aldebaran est un chouette gars mais qui ne perd pas de vue son rôle et ses responsabilités. Il fait ce qu’il faut quand il faut même si ça ne lui fait pas plaisir. Et en effet tu as raison : mieux vaut lui qu’un autre un peu moins posé.
Ah ah, moi aussi j’aime bien Geist ! Mais comme dirait un grand penseur dont le nom commence par un C et finit par un S : la vie n’est pas facile 😆 Geist, c’est quelqu’un de bien, c’est juste qu’elle n’est pas dans le bon camp …
Merci beaucoup vraiment pour ta lecture et le partage de ton ressenti ! Ça me fait vraiment plaisir ☺️
Porte toi bien !
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Merci à toi de continuer l’aventure et aussi pour nous ressortir de ton chapeau les personnages oubliés de l’anime.
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Je me demande bien ce que peuvent être toutes ces nouvelles soulignées de rouge… Pauvre Saga, il n’a pas une seconde de répit!
La rencontre d’Angelo avec sa potentielle future apprentie était intrigante. On dirait que ça ne va pas être la plus facile à former… Et en plus, elle est française, ça semble être la goutte d’eau qui fait déborder le vase à la découverte de son dossier;-)
Quant à la visite d’Aldébaran dans le village… Ce qui est horrible, c’est que ce que tu décris de la situation de ces (ex) enfants soldats est probablement réaliste. En tout cas, je n’ai pas de peine à l’imaginer, sans connaître particulièrement le sujet. Ça fait froid dans le dos. Et cela fait probablement d’Aldébaran la meilleure personne possible pour assumer cette tâche, car il est à la fois impressionnant (dans ce genre de contexte, il faut en imposer) et suffisamment rassurant pour inspirer confiance au personnel sur place et savoir communiquer avec des enfants traumatisés. A la fois ferme et doux, il saura probablement gagner le respect et la confiance de James – il a d’ailleurs déjà commencé, même si le geste n’a pas dû être facile.
Geist de son côté n’a vraiment pas la tâche facile… Mais on dirait qu’une alliance entre elle et Sema se dessine. Affaire à suivre!
J’apprécie beaucoup en tout cas la manière dont ce chapitre aborde la question des enfants recrutés par le Sanctuaire et de ce que représente leur « adoption »… une sélection élitiste? Un sauvetage? Du vol de ressources? Tout ça à la fois? C’est une question épineuse et je me demande comment le Sanctuaire y répondra à l’avenir.
A bientôt pour de nouvelles aventures j’espère!
Lily
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Coucou Lily !
Concernant les nouvelles soulignées en rouge, un indice était présent dans un chapitre précédent mais il est assez lointain : c’est la rançon de la publication qui s’étire, qui s’étiiiiiire XD (et aussi, plus sûrement la faute de bibi qui ne peut pas s’empêcher de dérouler beaucoup trop de fils narratifs à la fois, ce qui est un gros défaut). Pas d’inquiétude ceci dit, les clarifications viendront en temps et en heure 🙂 Quoi qu’il en soit, Saga n’a effectivement pas l’cul sorti des ronces (d’ailleurs, pour l’instant, elles ne font que le caresser).
Les Italiens n’aiment pas trop les Français (Napoléon, tout ça…) : il s’agit bien entendu d’un bon vieux stéréotype mais j’adore les stéréotypes (et puis, il n’y a pas de fumée sans feu, ne l’oublions pas) et dans le cas présent, ils s’accordent tellement bien avec la mauvaise foi légendaire d’Angelo que je ne pouvais pas le louper. Plus sérieusement, cette gamine n’est clairement pas un cadeau, je dirais même qu’à ce niveau-là, ça relève du challenge XD
A vrai dire, je pense que la vraie réalité des enfants soldats est encore pire (j’ai encore vu un docu il y a 2 semaines sur le sujet, c’est effrayant). Aldé en a sous le pied, heureusement, mais même les meilleurs voient leurs limites repoussés. Et pour lui, être confronté à ce genre de situation, c’est particulièrement dur. Ceci étant, tu as tout à fait raison, c’est quelqu’un comme lui qu’il faut dans ce genre de situation. La confiance se gagne aussi (et surtout) dans les moments les plus difficiles et en l’occurrence, on peut difficilement faire pire (enfin… non, rien).
Les propos du médecin du dispensaire ont le mérite de leur réalisme. Il dit tout haut la vérité : le Sanctuaire fait du tri et choisit ceux qui présentent les dispositions requises, sans tenir compte du contexte. Et donc, oui, alors qu’il pourrait sauver des gamins en détresse, il ne le fait pas parce que les gamins en question ne répondent pas aux attentes. Parce qu’on ne peut pas sauver tout le monde. C’est comme ça. C’est comme ça que fonctionne le monde, aussi cruel et inique cela puisse-t-il paraître. C’est moche et il me semble assez illusoire de croire que le monde se transformera un jour en un joyeux bisounoursland (surtout en ce moment), et je crains fort que le Sanctuaire n’ait pas plus de solution à apporter.
Pour la suite, ce sera… je ne sais pas quand ! Pas beaucoup de temps en ce moment, j’espère que ça s’arrangera en mars *croise les doigts*
Merci beaucoup encore une fois pour ta lecture et ta fidélité si précieuse, porte-toi bien et à bientôt !
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Quatre mois de retard pour répondre, j’ai fait pire… 😂
J’aime beaucoup ce chapitre, des histoires de vie qui s’apprêtent à connaître de nouveaux tournants.
Je suis fan de Sybil, (comme j’aime lire sa relation tourmentée avec Angelo) donc, je ne peux que valider sa présence !
C’est toujours un plaisir de te lire !
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Hello !
Oh tu sais, je mets désormais 3 mois à sortir un chapitre, alors… 😅 (ce n’est pas tant que je n’ai pas la matière, mais plutôt pas envie / courage) Merci de rester fidèle malgré tout, ça me touche énormément !
Heureuse de voir que les destinées de tous les personnages t’intéressent et, oui, je sais que tu apprécies beaucoup Sybil 😉 C’est sa toute première interaction avec celui qui deviendra son maître (même si pour le moment, il n’en a aucune envie XD), on ne peut pas dire que ça parte bien !
Merci beaucoup d’apprécier ta lecture, c’est précieux et motivant ♥
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Hello !
Encore un chapitre dont la lecture nous tient pleinement en haleine !
J’ai beaucoup aimé l’échange entre Aioros et Saga. Leur complicité retrouvée et la profonde amitié qui les lie. Le pardon qu’a été capable d’accorder le Sagittaire force le respect. C’est vraiment un mec bien. J’espère sincèrement que tout ira au mieux entre Myriam et lui, et qu’il trouvera auprès d’elle le bonheur et la paix qu’il mérite.
Le passage suivant entre Saga et Angelo était d’un autre acabit, mais tout aussi bien écrit. Le voilà bien monté, notre Angelo ! Heureusement que de ce que je comprends, il va avoir un peu de temps devant lui avant de pouvoir commencer à former son apprentie. Je me demande ce qui a brisé la jeune fille à ce point. Sa famille ? Son environnement social ? Ou juste la cruauté du destin ? Bon et la future disciple de notre Italien préféré se trouve donc être française ? Ha ha, pauvre Angelo ! Et encore, en ce début juillet 2006, une grande page de la rivalité franco-italienne n’avait pas encore été tournée !! 🤣 (Quoi, c’est l’Italie qui a gagné la coupe du monde, cette année-là ? Non, pas possible ! Je ne m’en rappelle pas ! Et quoi ? Quel coup de boule ?!! ) (D’ailleurs, question de la lectrice non exhaustive de ton oeuvre que je suis : as-tu écrit quelque chose au sujet de ce fameux match ? Si oui, je serais plus que ravie de le découvrir. Près de 20 ans plus tard, je crois que je suis prête… 😂)
Et donc Aldebaran est de retour en Angola. Il n’a pas un rôle facile, c’est certain. Mais comme l’ont souligné d’autres lecteurices avant moi, il me semble en effet que le Taureau est de loin le mieux placé pour exercer cette fonction ingrate et complexe. Le Sanctuaire ne peut effectivement pas sauver tout le monde… (enfin les sauver… façon de parler, parce que si la nouvelle génération doit un jour elle aussi se taper des Portes à fermer ou le même genre de fardeau, c’est clairement pas un cadeau…), mais exercer une sélection, même fondée sur un critère comme le cosmos, ça doit demeurer un crève coeur, surtout pour un homme comme Aldebaran. Toute l’empathie du Taureau transparaît parfaitement dans ce passage.
Sema et James se connaissent ? Je me demande ce que cela donnera quand ils se retrouveront, chacun dans un camp différent ? J’ai été soulagée de lire que Geist allait s’en sortir, car moi aussi, je l’aime bien 😉.
Hâte de découvrir la suite ! A mon rythme, comme d’habitude 😁.
Merci pour ton écriture et pour ton univers !
Je t’embrasse et te dis à bientôt !
Phed’
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Coucou Phed !
Aioros, c’est le Sauveur, ne l’oublions pas XD Autant j’adore lire les versions « dark » d’Aioros, autant dans l’UDC!verse j’ai pris l’option « simplifiée », à savoir le gars qui a su regagner son équilibre malgré tout ce qui a pu lui arriver. D’une certaine manière, il « repose » Saga par son sourire, sa bonne humeur, sa positivité, et bien entendu, comme tu le soulignes, le pardon qu’il lui a accordé (le pardon n’étant pas synonyme d’oubli, on est bien d’accord XD).
Concernant la future apprentie d’Angelo, j’ai déjà écrit un texte au sujet de son passé mais je me tâte à l’intégrer à NE ou en faire une side-story. Je pense opter pour la seconde solution parce que sinon, je ne vais jamais m’en sortir ! ^^; (déjà que…) Je vais relire le texte en question, peut-être le retravailler un chouïa si nécessaire et le poster, ça en dira plus sur le sujet.
Eeeh oui, Sybil est française et quand on connaît la rancune des Italiens vs les Français (Napoléon, tout ça tout ça…) malgré tout ce qui les rapproche, va falloir que notre Cancer mette un peu d’eau dans son vin XD Alors au sujet de 2006, il ne me semble pas avoir écrit quoi que ce soit au sujet du coup de boule, ceci étant je n’en jurerais pas non plus. D’ici à ce qu’Angelo et Camus se soient chamaillés à un moment donné, il n’y a pas long pour que cette histoire ressorte du bois ! Il faudrait que je vérifie. En tout cas, ta remarque me fait songer que la CDM de 2006 va passer à l’as puisque Nouvelle Ere se déroule en 2006, c’est balot ! XD
Aldébaran est parfait en recruteur en chef, je trouve aussi 😉 Il a en lui toute l’humanité nécessaire là où d’autres chevaliers pourraient se laisser aller à un sentiment de supériorité et/ou à une distanciation avec l’humain « de base ». Il faut certes un cosmos pour devenir chevalier, mais il faut aussi et surtout avoir de belles qualités humaines pour devenir un « bon » chevalier. Aldé a toutes les compétences pour identifier les deux pré-requis et dans le cas présent, il comprend que James est un « bon » humain, au-delà de disposer d’un « gros » cosmos.
En effet, c’est James que Sema recherche, son ami, celui qui est *comme* elle. Sauf que le Sanctuaire a été plus rapide.
Merci beaucoup pour ton temps, en matière de lecture et de partage de tes ressentis ! Je suis moi-même très à la bourre sur pas mal de choses, j’espère que cette semaine de congés me permettra de rattraper mon retard 🙂
Bises et à bientôt !
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