Nouvelle Ere – Emergence – Chapitre 11

Fort Meade, Maryland, Etats-Unis d’Amérique, avril 2006

national-security-agency-nsa_5153941Il n’était pas du matin. Il ne l’avait jamais été mais le monde du travail s’en cognait joyeusement aussi fût-ce avec son habituel soupir exténué que Stanley Wiggins appuya sur le bouton du distributeur, la tête basse, un dossier pendu au bout de son bras ballant.

De ce café-là, ou de celui que d’autres plus réveillés que lui préparaient chaque matin dans la salle de pause de son étage, il ne savait pas lequel était le plus infâme. Les quatre dernières années passées à la NSA ne lui avaient toujours pas permis de les départager mais s’il avait du choisir, disons que celui de la machine était plus supportable. Sûrement parce qu’il n’était pas obligé de faire la causette à qui que ce fût à partir du moment où sa tasse était remplie.Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 9

Asgard, Norvège, Avril 2006

Les patins du traîneau crissaient par à-coups sur les plaques encore glacées de neige et s’enlisaient quand, à l’inverse, cette dernière devenait trop molle pour se transformer en une boue informe. Patiemment, Thol enroulait alors les cordes de l’engin autour des bras en bois afin qu’elles ne s’emmêlassent pas avant d’aller redresser le tout au centre du chemin et reprendre sa route.

Bientôt, songeait-il sans enthousiasme, il lui faudrait remiser l’engin une bonne fois pour toutes jusqu’au prochain hiver. Qui arriverait probablement encore un peu plus tard, et se terminerait encore un peu plus tôt. Jusqu’au jour où ce moyen de transport traditionnel qu’il affectionnait devrait être définitivement abandonné pour cause d’inutilité face au manque de neige.

Alors que, perdu dans ses pensées, il procédait pour la quatrième fois aux rectifications nécessaires – non sans un énième soupir et désormais une légère pointe d’agacement – des éclats de voix et une cavalcade soudaine le firent se redresser. Attentif, il pivota sur lui-même lentement avant de s’immobiliser. Là.Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 8

Milan, Italie, Avril 2006

Ils n’avaient pas parlé. Ne s’étaient pas même salués. Le sac d’Angelo était tombé à ses pieds sitôt la porte franchie et refermée, Shura, déjà debout, s’était avancé, et ils s’étaient arrimés l’un à l’autre. Mains d’abord, bouches ensuite, corps enfin, unis, verrouillés, enchâssés, puis ils avaient baisé, toujours en silence.

Le coït avait été rapide et brutal, à l’image de la première jouissance qui l’avait soldé ; après seulement, et pour la première fois depuis des semaines, ils avaient fait l’amour.

Et retrouvé la faculté de parler, par la même occasion.

« Tu as maigri », commenta Shura allongé sur le dos sur les draps en désordre, sa poitrine s’élevant et s’abaissant au rythme de sa respiration, ample et profonde. Il avait tourné la tête vers l’Italien qui s’était levé pour s’approcher de l’immense baie vitrée de la suite localisée au dernier étage de l’hôtel où Shura lui avait donné rendez-vous. La vue sur le Duomo1 de Milan, éclairée par les dernières lueurs du soleil, était imprenable.

Pour toute réponse, Angelo laissa échapper un rire bref et sec en se retournant à demi :

« Hé, salut, comment tu vas ? Moi aussi je suis content de te voir ! »

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Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 7

Sanctuaire, Grèce, début Avril 2006

La sensation était désagréable mais pas douloureuse. Rachel n’avait pas mal ; son corps ne s’en consumait pas moins jusqu’à ses tréfonds. La chaleur irradiait depuis le centre de chacun de ses os, avec une intensité plus marquée dans son bras gauche, dont elle savait qu’elle ne tarderait plus à se généraliser.

La surface de sa peau demeurait sèche, sans trace de transpiration. Sur elle pesaient un amas de couvertures sans que lui vînt à l’esprit l’idée de s’en débarrasser. Elle-même n’avait pas chaud et c’était là sans aucun doute l’effet le plus curieux – et le plus dérangeant – du processus à l’œuvre.

Elle ne parvenait pas à se rendormir néanmoins ; avec un soupir, elle se redressa dans son lit, vérifiant d’une main distraite la température des draps à côté d’elle. Saga s’était absenté depuis un bon moment déjà.Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 6

Sanctuaire, Grèce, fin Mars 2006

Les volets étaient encore fermés quand Milo revint de son footing matinal. Marquant un temps d’arrêt en contrebas de son temple, il réagit avec retard au salut d’Aldébaran qui le quittait pour redescendre vers ses propres quartiers :

« Tout va bien ?

— Pardon ? Ah, oui, je… Non, rien. A plus tard ? »

Un hochement de tête dubitatif du Taureau et un sourire contrit de sa part plus tard, le Scorpion amorça les pas qu’il n’avait pas envie de franchir et gravit les escaliers de son temple. Aucun bruit dans le naos, ni dans ses appartements. Pas plus en tout cas que lorsqu’il en était sorti deux heures plus tôt.Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 5

New York, USA, Mars 2006

« Ah, le voilà. »

Camus suivit le regard chaleureux de Jane en direction d’Aiolia qui venait d’apparaître sur le toit de l’immeuble. Un sourire de bienvenue s’épanouit sur le visage du Verseau, auquel Aiolia répondit avec la même spontanéité tout en s’approchant de leur table, l’une des plus proches de la rambarde qui séparait le restaurant du vide.

Le Grec se faufila avec aisance entre les quelques convives déjà installés et l’armée de serveurs qui s’affairaient à enregistrer les commandes. L’habitude ne dispensa pas Camus de s’étonner une fois de plus de la radiance qui auréolait le Lion à chacun de ses pas, entre la danse du soleil sur ses boucles d’or cuivré et les harmoniques de son cosmos flamboyant. Aiolia demeurait lumineux, en toute circonstance, et le cœur du Verseau se gonfla de gratitude à l’idée de compter parmi ceux qui lui étaient proches. Il pouvait ainsi se réchauffer auprès de son aura pétillante d’assurance et de bonne humeur et cette simple idée ne manquait jamais de le rasséréner.

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Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 4

Paris, France, Mars 2006

L’attraction exercée par le mur sur la tête du Cancer fut la plus forte : son front cogna contre le carreau humide et resta là, immobile. Il n’y avait mis aucune puissance, hormis celle de la lassitude. Rien qui risquait d’alerter Marine.

La douleur derrière ses yeux avait encore grimpé d’un cran dans la nuit et la lumière qui tombait du plafonnier de la salle de bains ne l’aidait pas à desserrer les mâchoires. A ce compte-là, il n’allait pas tarder à se casser une dent ou pire encore, l’une de ses innombrables couronnes en céramique. Esthétiques, certes, mais définitivement trop fragiles.

Portant le bout des doigts à ses tempes, il les fit rouler dans un sens puis dans l’autre au rythme ralenti de sa respiration. Qui s’approfondit au fur et à mesure que son esprit se détachait de son enveloppe corporelle, le temps d’en oublier la douleur. Non, les douleurs. Son corps n’était plus qu’un patchwork bigarré de souffrances qui tétanisaient ses muscles et torturaient ses articulations.

Même Dôkho est dans un meilleur état que moi, je parie.

Bon, d’accord. Peut-être pas.

Mais pas loin. Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 3

Jamir, Tibet, Février 2006

« Et… le porteur… doit…

— C’est bon, ça suffit pour aujourd’hui. »

Et Shaka de reprendre plus haut tout en modulant son intonation sur un rythme calme et apaisant :

« La tour est là, Mü, tu l’aperçois. Elle n’a pas changé. Tu es à l’intérieur maintenant. Tu es installé à ton bureau. Tu es avec moi. »

La main de l’Indien passa devant le regard égaré de Mü qui cligna des yeux à plusieurs reprises comme ses pupilles se rétrécissaient face à l’éclat de la lampe à pétrole posée sur sa table de travail. A côté de lui, Shaka se levait :

« Je vais préparer du thé. »Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 2

Arlington, USA, Février 2006

Wiggins n’eut pas à attendre longtemps :

« Voulez-vous me suivre s’il vous plaît ? Il vous attend. »

C’était bien la première fois que Grisham le recevait aussi vite, constata-t-il, sarcastique, alors que les portes du bureau devenu familier se refermait derrière lui. Situé au cinquième étage de la façade nord-ouest du Pentagone, le service dévolu au chef d’Etat-Major interarmées en occupait la quasi-totalité. Une équipe restreinte disait-on sans ironie aucune : certains des prédécesseurs de Grisham avaient jugé nécessaire de s’entourer d‘un nombre de conseillers plus consistant au point de déborder sur les étages inférieurs.

Le militaire aux quatre étoiles – son patron sut se rappeler Wiggins – était installé derrière sa table de travail, son parapheur ouvert devant lui.Lire la suite »