Quelque part en Suisse, Juillet 2006
Dominique avait refait du café. Entre temps, Wiggins s’était résolu à lui demander le chemin des toilettes et le jour avait baissé jusqu’au crépuscule.
« Vous avez faim, signala l’Américaine avec un index discret en direction des gargouillis qui émanait depuis plusieurs minutes des entrailles de son interlocuteur.
— Vous comptez m’inviter à dîner ?
— Vous comptez aller quelque part ? – elle tapota sa ceinture avec un petit sourire – vous m’avez trouvée, bravo mais je n’ai jamais dit que j’allais vous laisser repartir.
— Vous plaisantez ?
— Ça dépend de vous. »
Ce matin-là, une bonne heure avant le lever du soleil, ce fut avec un profond soupir de lassitude que Saga pénétra dans son bureau : oui, la pile de journaux était toujours là et non, elle n’avait pas diminué. Au contraire. Quasi une semaine qu’il n’y avait pas mis les pieds ; cela n’avait pas empêché ses assistants de remplir scrupuleusement leur devoir en prévision de la première tâche à laquelle le Pope du Sanctuaire s’astreignait chaque jour depuis bientôt vingt ans.
La berline noire quitta la route principale quelques kilomètres après la sortie de Mercury pour s’engager sur une piste qui dans les faits n’excéda pas quelques centaines de mètres : à l’issue d’un large virage qui s’achevait loin des regards, la voiture aux vitres fumées retrouva un ruban d’asphalte en parfait état qui filait droit au milieu de nulle part.