Comté de Lincoln, Nevada, États-Unis d’Amérique, fin juin 2006
La berline noire quitta la route principale quelques kilomètres après la sortie de Mercury pour s’engager sur une piste qui dans les faits n’excéda pas quelques centaines de mètres : à l’issue d’un large virage qui s’achevait loin des regards, la voiture aux vitres fumées retrouva un ruban d’asphalte en parfait état qui filait droit au milieu de nulle part.
Le Général Grisham n’avait pas relevé les yeux du journal qu’il tenait déployé devant lui, pas même lorsque les cahots destinés à dissuader les curieux de poursuivre leur exploration l’avaient brinquebalé sur la banquette arrière. Tout juste laissa-t-il échapper un grognement que personne n’entendit : il avait dispensé son enseigne de l’accompagner et une vitre épaisse le séparait de son chauffeur.
Il froissa les pages avec humeur : combien de temps cette mascarade allait-elle durer ? Il ne savait pas ce qui le contrariait le plus, entre l’incompétence des forces de police de ce pays ou leur naïveté. Les attaques d’agences bancaires, un temps concentrées sur la ville de New York, s’exportaient désormais dans tout l’est des États-Unis. Le mode opératoire ne variait pas d’un iota or il ne se trouvait toujours personne pour s’étonner de la vitesse des malfaiteurs. La première reconstitution venue mettrait à mal ne serait-ce que la faisabilité de tels exploits et alors même que les autorités étaient prévenues par un appel anonyme de la dernière attaque – le lieu, l’heure, que demander de plus ? – elles avaient fait preuve d’une impuissance crasse en démontrant leur incapacité à empêcher le braquage qui s’était ni plus ni moins déroulé sous leurs yeux. Sans qu’ils s’en rendissent compte.
Grisham avait compris, lui. N’importe qui doté d’un semblant de jugeote et au fait de l’existence de ces individus – et à son goût, il se trouvait beaucoup trop de ces n’importe qui – était en mesure d’établir le lien. Pourtant… rien. Pas la moindre réaction un tant soit peu sensée. C’était à croire que les élites elles-mêmes du peuple américain avait abdiqué toute capacité de réflexion. Quant à celles du reste du monde… Le général eut un reniflement de mépris et regarda enfin à l’extérieur.
La voiture venait de franchir le premier contrôle de sécurité, le moins pourvu en matière militaire pour plus de discrétion, néanmoins à partir de cet instant, les déplacements du véhicule étaient filmés au moyen de caméras juchées à intervalles réguliers en haut de candélabres qui n’en avaient la fonction que de nom : il n’y avait rien à éclairer dans le no man’s land que Grisham était en train de traverser sous un soleil de plomb.
Le troisième et dernier checkpoint vit le général descendre sa vitre et présenter ses papiers d’identité. Ridicule, considérant que le dernier des troufions connaissait son visage ; il n’esquissa pas moins un sourire d’approbation en réponse au soldat qui l’avait interrogé sur un ton légèrement hésitant. Il était nécessaire – vital ! – que les règles, même les plus simples, fussent respectées à la lettre et en toutes circonstances. Ce n’était qu’ainsi que l’armée américaine, dont il était le chef, continuerait à porter haut les couleurs du pays.
Sur un ordre bref de sa part, le chauffeur dévia de la route qui menait au complexe principal, pour s’engager sur une allée secondaire en direction d’un bâtiment sans étage et d’envergure modeste à l’arrière. Aucun mouvement, ni garde posté n’était visible aux alentours et une fois descendu de la voiture, le général renvoya son chauffeur vers le parking à l’entrée de la zone : il le rappellerait quand ce serait nécessaire.
* * *
« Bonjour Général. »
Grisham maîtrisa son sursaut en reconnaissant la voix qui l’interpellait depuis un couloir et se retourna posément :
« Roudnikov, salua-t-il sans chaleur particulière. Depuis quand êtes-vous arrivé ?
— Je suis revenu depuis quelques jours. »
L’Américain hocha la tête sans répondre puis désigna du menton le couloir d’où Alexei avait surgi :
« Nous y allons ?
— Un peu de patience Général, nous ne vous attendions pas si tôt, l’équipe est en train de sécuriser le laboratoire.
— Sécuriser ? »
Grisham avait dressé un sourcil mais le Russe conserva son impassibilité coutumière :
« Il ne s’agit pas d’une simple opération de mécanique mais vous le savez déjà. »
Non. A vrai dire, Grisham ne le savait pas. Enfin, pas précisément. Et c’était d’ailleurs bien ça le problème : ne pas savoir, c’est ne pas contrôler. Il avait déjà abdiqué une partie de sa maîtrise de la situation en acceptant de faire confiance à Roudnikov et de lui allouer ce bâtiment ainsi que ses utilités. Cette situation ne lui plaisait pas particulièrement mais l’accord passé avec Dimitri Dothrakis perdurait, même après la mort de ce dernier, au vu des contreparties en jeu, assez significatives à ses yeux pour qu’il outrepassât certains principes. Il n’avait toutefois pas signé un chèque en blanc et disposer d’un droit de regard de ce qui se tramait ici lui apparaissait comme une exigence légitime.
« Général, seriez-vous contrarié ? »
Un léger accent russe s’entendait sous l’anglais par ailleurs parfait de Roudnikov qui attendait patiemment le remplissage automatique d’un gobelet de café servi par un automate dernière génération.
« Tenez », rajouta-t-il en tendant le récipient fumant à Grisham qui s’en saisit, sans pour autant se départir de son irritation :
« Le Caporal Orwell. Il n’était pas prévu qu’il tombe aux mains du Sanctuaire !
— C’était pourtant prévisible, fit le Russe en haussant les épaules. A partir du moment où Saga Antinaïkos a été informé du vol du journal et de ce qui est susceptible d’y être consigné, il avait tout intérêt à le vérifier par lui-même. D’ailleurs, à ce sujet… »
L’homme eut un sourire. Aussi froid qu’à l’accoutumée et dont Grisham avait cessé de se formaliser, sans pour autant se départir de sa méfiance :
« … La NSA a fait un travail remarquable. »
La neutralité du ton de Roudnikov était elle aussi en tout point remarquable et un accès soudain de fureur empourpra les joues flasques et ridées du Général dont les yeux s’agrandirent et la bouche s’ouvrit, avant de se refermer aussi sec. Une profonde inspiration chassa les stigmates de sa colère et son vieux cœur cessa de s’emballer : comme trop souvent, il lui était impossible de déchiffrer les intentions de son interlocuteur et il aurait dû savoir depuis le temps que ce serait faire trop d’honneur à cet individu que de réagir à ses provocations. Car sans nul doute, sa remarque en était une en dépit du sérieux apparent avec lequel elle venait d’être formulée.
N’est-ce pas ?
« Après tout, poursuivit Roudnikov avec une légère grimace de dégoût quand il trempa ses lèvres dans le liquide fumant qualifié de café, les Etats-Unis d’Amérique et le Sanctuaire ne poursuivent-ils pas un objectif commun ? Que les moyens employés diffèrent n’en diminuent pas pour autant l’importance. Malgré vos divergences avec Saga Antinaïkos, celui-ci ne peut pas vous reprocher de tout mettre en œuvre pour préserver le secret du Sanctuaire, comme le fait d’avoir ramené le Caporal Orwell du front où sa présence était pourtant indispensable. »
Sous le regard entendu du Russe, le Général Grisham finit par hocher la tête après un quart de seconde d’hésitation :
« Les informations détenues par Orwell sont partielles de toute manière.
— Précisément. Je suis heureux de voir que nous nous comprenons, Général.
— Le Sanctuaire finira par s’en rendre compte, prévint toutefois le vieil homme, les yeux plissés. Il n’aura plus alors qu’à remonter le fil.
— Sauf qu’il sera déjà trop tard. »
La dureté dans la voix de Roudnikov ramena Grisham à ses lectures le temps de son trajet :
« A ce sujet, ces braquages vont-ils se poursuivre encore longtemps ? Les autorités locales et à présent fédérales commencent à passer pour des incapables.
— Et c’est un problème ?
— Roudnikov, sachez vous rappeler votre place. »
Le bras de Grisham, qui se déploya dans l’espace autour de lui, avait accompagné sa réplique glacée. Il fut satisfait de déceler l’hésitation du Russe qui finit par répondre avec une – très – légère inclinaison de la tête :
« Le temps d’attirer l’attention du Sanctuaire.
— Cela fait des semaines que ça dure et je commence à recevoir des demandes d’appui de la Garde Nationale de la part de certains établissements : je n’y ai pas encore répondu mais je ne pourrai pas tergiverser indéfiniment.
— Vous n’êtes pas sans savoir que Dôkho Chen est mort il y a quelques jours : sa disparition a semble-t-il considérablement ébranlé ses pairs dont Saga Antinaïkos lui-même, aussi surprenant cela puisse-t-il paraître. Je ne doute pas, cependant, qu’il revienne très vite aux affaires. Et si ça ne suffit pas, nous avons tout prévu. »
Le Général haussa un sourcil interrogateur mais n’eut pas le temps de s’enquérir d’une information qu’une fois de plus, Roudnikov l’empêchait de maîtriser :
« Alexei ? Nous sommes prêts. »
L’homme en blouse blanche qui venait de les interrompre scrutait Grisham avec curiosité depuis l’entrée du couloir. Roudnikov s’effaça du passage tout en désignant la main les entrailles du bâtiment :
« Général, si vous voulez bien vous donner la peine. »
Enfin !
Un frisson d’anticipation incongru cloua le vieil Américain sur place avant qu’il ne s’ébranlât, passant devant les deux autres hommes, la tête haute et les épaules droites. D’un geste désinvolte, il jeta son gobelet de café à la poubelle au passage : il n’en avait pas bu une goutte.
* * *
Son impatience ne fut pas immédiatement récompensée. Entre l’enchaînement de trop nombreux couloirs et le passage cadencé par un sas de décontamination qui le vit dans l’obligation de revêtir une combinaison stérile depuis le sommet du crâne jusqu’à la pointe de ses chaussures, il se passa encore une bonne demi-heure au cours de laquelle Roudnikov et lui-même n’échangèrent pas le moindre mot.
Grisham se fichait comme de son premier galon de ce que le Russe pensait à son sujet : les raisons de sa présence ici supplantaient tout ce que quiconque pourrait trouver à y redire. Il attendait ce moment depuis près de soixante ans. Soixante ans ! Il y avait eu tant de promesses, tant de faux espoirs, tant de déceptions ; n’importe qui d’autre aurait cessé d’y croire mais pas lui. Parce que sa personne toute entière était au service de son pays et qu’il savait ce qui était bon pour celui-ci. Il l’avait toujours su, réalisa-t-il, à partir du moment où il avait découvert l’existence du Sanctuaire.
Son pas s’accéléra alors qu’il suivait un couloir entièrement étanche et éclairé par une lumière crue, dont les parois vitrées laissaient entrevoir de part et d’autre un vaste hall en demi-sous-sol découpé en cellules plus ou moins vastes, vitrées elles aussi. Les anciennes installations techniques qui dataient de la seconde guerre mondiale avaient été entièrement démantelées pour laisser la place à des aménagements dernier cri. Il n’en connaissait pas les détails ; il s’était contenté de signer le bon de commande ainsi qu’il en avait convenu à l’époque avec Dimitri Dothrakis. En dépit de son allure croissante, il ne manqua pas de noter le nombre de personnes présentes – une quinzaine – toutes affairées derrière leurs paillasses et ordinateurs. Un silence studieux régnait, ponctué par le ronronnement des machines et le cliquetis discret des imprimantes. Tout semblait sous contrôle.
Cette fois, c’est sûr. On va réussir !
Ce fut d’un pas aussi leste que celui de ses dix-huit ans, lorsqu’il s’était promis de sauver l’Amérique, qu’il parvint au bout du couloir, barré par une imposante paroi aveugle et métallique au centre de laquelle s’ouvrait une porte vitrée dans son tiers supérieur. L’homme qui était venu les chercher et qui s’était lui aussi équipé pour préserver la propreté absolue des lieux s’arrêta devant lui, sans toucher à la porte. Grisham se tourna vers Alexei :
« C’est là ? Eh bien qu’attendez-vous ! Ouvrez nom de Dieu !
— C’est impossible, Général, pour des questions de sécurité que je vous exposerai tout à l’heure, répondit le Russe d’une voix paisible. Par contre, vous pouvez vous approcher et regarder. »
Regarder ?
Son indignation mourut sur sa langue quand Alexei se décala sur la droite, dégageant la vitre qui s’illumina tout à coup. Grisham comprit avec retard qu’un volet automatique venait d’être relevé ; il s’avança d’un pas hésitant, posa ses mains tavelées bien à plat contre la porte métallique – étonnamment froide – et approcha son visage jusqu’à toucher du nez la surface transparente.
Et arrêta de respirer.
Le mur du fond de la pièce, la dernière du hall, était entièrement occupé par une vitrine, qui courait du sol au plafond. Bien qu’il fût à trois bons mètres, le Général se rendit compte de l’épaisseur respectable du verre mais aussi et surtout que la lumière qui en émanait – douce, chaleureuse et, il ne pouvait s’empêcher de le penser, vivante – ne devait son existence à rien d’autre qu’à ce que contenait la vitrine. L’affolement soudain de son vieux cœur l’extirpa de son ébahissement et il se recula, les yeux fermés et une main crispée sur sa poitrine.
« Général ? »
Alexei se tut aussitôt quand l’interpellé dressa son autre main dans sa direction, comme pour l’empêcher d’approcher. Une profonde inspiration, un peu saccadée, rompit le silence puis :
« De quoi s’agit-il ? Demanda Grisham, incertain. J’ai vu… »
Il ne savait pas ce qu’il avait vu. De l’or, oui, ou du moins cela en avait-il tout l’air. Deux artefacts métalliques d’une quarantaine de centimètres de hauteur sur une base d’une vingtaine de large se faisaient face. L’épaisseur, significative, du matériau était arrondie jusqu’à rendre les deux pièces concaves et si ses yeux ne l’avaient pas trompé – malgré l’âge, sa vue était demeurée excellente comme il se plaisait à le proclamer à qui voulait l’entendre – la surface en était décorée d’arabesques d’une teinte plus claire mais gravées dans la matière elle-même et dont les déliés s’intersectaient avec une grâce et une harmonie qui conféraient à l’objet une valeur que le Général tenait, à première vue, pour inestimable. Ainsi présentés face à face, les deux éléments formaient un vase précieux et sans âge dont les contours aveuglants continuaient à dessiner des lignes brûlantes sous les paupières baissées de Grisham alors qu’il s’efforçait de convoquer chaque détail de ce qu’il venait d’apercevoir.
« Les avant-bras.
— Je vous demande pardon ? »
Le vieil Américain rouvrit les yeux, considéra Alexei avant de se tourner de nouveau vers la vitre.
« Ces deux pièces. Ce sont les protections des avant-bras. Elles s’ajustent d’elles-mêmes à leur porteur, et sont reliées aux coudières ainsi qu’aux gantelets.
— Je ne vois pas le reste de l’armure.
— C’est parce qu’il n’y a rien d’autre. »
Comme à l’accoutumée, la voix du Russe demeurait égale mais Grisham crut y déceler un frémissement qui l’incita à le scruter avec plus d’attention. Que cachait cet homme froid derrière son impassibilité ? Fébrilité ? Amertume ? Duplicité ? Pour sa part, il dut maîtriser un tremblement qui devait tout à la colère qui s’apprêtait de nouveau à submerger ses pensées :
« Comment ça rien d’autre ? Dimitri Dothrakis m’avait promis…
— Je sais ce qu’il vous avait promis, coupa Alexei, j’étais présent, rappelez-vous-en. Ce qu’il vous a promis, ce n’est pas une armure, mais le moyen de vous en procurer.
— Ne jouez pas sur les mots, siffla Grisham entre ses dents serrées. Ça – il désigna la porte du doigt – c’est ce qui a protégé les Chevaliers du Sanctuaire il y a deux ans. Or, je ne vois là que deux morceaux de métal, certes en or…
— Ce n’est pas vraiment de l’or, plutôt un alliage.
—… mais insuffisants à couvrir le corps d’un homme tout entier, poursuivit le militaire sans tenir compte de l’interruption. De plus, Saga Antinaïkos a interrogé mes services à plusieurs reprises au sujet de la disparition de diverses pièces d’armure. Où sont les autres ? Et pourquoi ce que vous me montrez est incomplet ? Ça n’a pas de sens ! »
La voix du Général s’était enflée mais le couloir était si hermétique que les personnes affairées dans le hall ne tournèrent même pas la tête.
« Répondez-moi ! » Exigea-t-il encore sur un ton impérieux, sans ciller face au Russe qui soutenait son regard empreint de fureur ; sa satisfaction fut totale quand, au bout de plusieurs secondes, Roudnikov rompit le premier, tournant à demi la tête vers la porte métallique pour répondre sourdement :
« Les armures du Sanctuaire ont toutes été détruites il y a plusieurs siècles. S’il ne reste absolument rien des protections dites et de bronze et d’argent, des vestiges ou plutôt des débris de celles en or ont toutefois été conservés. D’une manière que nous ignorons encore, ces morceaux d’armures ont non seulement rejoint les chevaliers du Sanctuaire devant les Portes mais leur ont aussi permis de rester en vie et de conserver leur intégrité physique. Dimitri vous a fait une promesse, Général – Alexei reporta son attention sur Grisham qui se raidit encore un peu plus – et je la respecterai. Mais j’ai besoin de temps. Pour comprendre. »
D’un large geste du bras, Roudnikov engloba le bâtiment et son équipe toujours au travail :
« C’est ce que nous faisons ici : étudier les protections que vous venez de voir pour déterminer leur composition, leur conception et leurs propriétés pour les reproduire. En intégralité. Car, Général, si vous ne pouvez pas entrer dans cette pièce, c’est avant tout pour votre sécurité : la lumière dorée qui émane de ces deux pièces d’armure n’est rien d’autre que le propre cosmos de la protection d’origine. Vous ne résisteriez pas en sa présence, aucun être humain ne le pourrait s’il est lui-même dépourvu de cosmos.
— J’en déduis que vous pouvez vous en approcher ?
— En effet, opina le Russe, mais ce que vous attendez de nous, Général, c’est de pouvoir vous en approcher vous-même, n’est-ce pas ? De les utiliser ? Alors maîtrisez votre impatience. »
A son tour, Alexei Roudnikov avait haussé le ton sans toutefois en perdre la maîtrise. Les poings serrés et la mâchoire contractée, Grisham ravala à grand-peine l’offense, le regard irrémédiablement attiré de nouveau par le halo doré qui pulsait doucement au travers de la vitre. Il avait longuement hésité à donner suite à la proposition de Dimitri Dothrakis, cinq ans plus tôt, une proposition qu’il avait de prime abord jugée sans fondement et considérée comme une plaisanterie ; les preuves alors avancées – et confirmées depuis devant les Portes – combinées aux convictions et à l’espoir que le Général nourrissait en secret depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale avait toutefois fait pencher la balance en faveur du Grec. Grisham n’était pas naïf : il avait conscience de la part de manipulation dont il avait été l’objet et se demandait encore aujourd’hui comment diable cet homme au charisme et à la puissance indiscutables malgré le fauteuil roulant dans lequel il était cloué avait pu savoir. Il n’y aurait pas d’autre opportunité. Non, pire que ça : ladite opportunité aurait pu être proposée à une autre puissance, comme la Russie, ou la Chine. Il n’aurait pas été à la hauteur des responsabilités qui lui avaient été confiées s’il s’était rendu coupable d’une telle erreur. Or, s’il se targuait d’une qualité – parmi d’autres – qui lui avait valu son poste, c’était bien son sens de la stratégie.
« J’attendrai, finit-il par consentir en hochant la tête. Mais pas trop longtemps.
— Croyez-bien que nous partageons la même volonté d’accélérer les choses, Général. Et nous nous y attelons chaque jour, ainsi que vous l’avez remarqué.
— J’ai toutefois deux dernières questions.
— Je vous en prie.
— Où sont les autres morceaux que vous avez récupérés ? A moins qu’il y ait ici une pièce cachée dont je n’aurais pas connaissance, je ne vois nulle part une lumière semblable à celle-ci.
— Ils sont en lieu sûr, confirma le Russe, afin de multiplier nos chances de réussite. Nous n’avons pas affaire à une arme lambda mais à des artefacts dont les propriétés dépassent notre entendement parce que beaucoup de choses à leur sujet ont été oubliées au fil du temps. Différentes approches sont actuellement testées afin de leur redonner vie, en sus de ce que nous réalisons ici. Mais là encore, nous avons besoin de temps.
— Je suis en droit de vous demander où sont ces pièces.
— C’est vrai. Quant à moi, je suis en droit de vous répondre que le lieu importe peu, pourvu que le résultat soit au rendez-vous. En tout état de cause, vous ne disposez pas des connaissances nécessaires pour comprendre les méthodes alternatives que nous mettons en œuvre, soit dit sans offense. »
L’absence de ce soupçon d’ironie que Grisham croyait souvent détecter sous les propos du Russe l’empêcha de se hérisser de nouveau bien que le constat auquel l’autre homme le confrontait le renvoyait désagréablement à ses lacunes en dépit des années passées à collecter de l’information au sujet du Sanctuaire et plus largement du cosmos. Il en savait bien plus que n’importe qui, mais n’en saurait jamais autant que ces gens dépositaires de ce pouvoir mystérieux et sans limite. Il ravala néanmoins son amertume comme Roudnikov reprenait :
« Et votre seconde question ?
— Pourquoi ces pièces sont-elles toujours là ? Ainsi que celles dont vous disposez “ailleurs” ? De toute évidence elles disposent d’une volonté propre, comme nous avons pu le constater il y a deux ans. Les autres artefacts ont rallié le Sanctuaire de leur propre chef ; pourquoi ceux-là ne les imitent-ils pas ? »
A moins que ce Russe te mente depuis des mois. A moins que ce que tu viens de voir ne soit qu’une illusion.
La pensée soudaine traça si bien son sillon incandescent dans son cerveau qu’il n’entendit pas les premiers mots de la réponse de Roudnikov :
« … que nous ne nous expliquons pas mais dont nous nous satisfaisons. N’est-ce pas l’essentiel, Général ?
— … Certes – Grisham s’ébroua – Faites néanmoins en sorte que cette situation se maintienne en l’état. » Et le vieil Américain de se détourner de la porte cette fois de façon définitive pour s’acheminer vers la sortie.
« Je vous suis », fit Alexei qui lui emboîta le pas après avoir vérifié la poignée de la porte d’un effleurement discret. Un sourire mince éclaira brièvement son visage : elle était toujours aussi glacée.
Rodorio, Grèce, fin juin 2006
Angelo demeura un long moment devant la terrasse bondée du bar de Konstaninos Théotokis, pour observer le taxi qui emmenait Marine à l’aéroport d’Athènes et roulait au pas au milieu des touristes sous un soleil de plomb. Le véhicule finit par disparaître au détour de la rue principale et le souffle qu’il avait retenu lui échappa enfin, ses épaules lasses retombant comme il enfonçait ses mains dans ses poches à la recherche d’un briquet.
D’un pas lent, sa cigarette allumée au coin des lèvres, il rebroussa chemin en direction du quai privé où la navette du Sanctuaire était amarrée.
Ça ne s’est pas si mal passé que ça, hein ?
…
Hein ?
Il fila une claque mentale à l’arrière de la tête de sa conscience alors qu’il sautait souplement sur le pont du bateau, répondant au hochement de tête interrogateur du passeur par deux doigts levés négligemment en direction du large. Le ronronnement des moteurs le vit baisser la tête avec un soupir : ça s’était beaucoup trop bien passé. Et il ne savait pas s’il devait en être soulagé ou mortifié.
* * *
Marine avait quitté le Sanctuaire dans l’heure qui avait suivi la fin de la cérémonie protocolaire, peu désireuse de supporter plus longtemps la chape de chagrin qui avait enveloppé les cœurs de tout un chacun et plus particulièrement ceux du Zodiaque. Son septième sens, aussi brut fût-il, ne lui épargnait rien ou pas grand-chose de la détresse profonde dans laquelle les chevaliers d’or étaient désormais plongés ; le fait de ne pas appartenir à leur ordre cependant lui permettait de conserver assez de lucidité pour décider sagement de s’en éloigner le plus vite et le plus loin possible, ce qu’elle avait expliqué en quelques mots à Angelo avant qu’il rejoignît ses pairs au cimetière.
A coup sûr, elle avait cru qu’il ne l’avait pas écoutée aussi le Cancer ne put réfréner une certaine satisfaction quand il avisa la compréhension dans ses yeux bruns alors que depuis la minuscule table derrière laquelle elle s’était installée, elle le regardait fendre la foule en direction du bar. Sans son sac de voyage.
Elle commanda
une bière supplémentaire à son attention tandis qu’elle continuait à siroter la sienne et qu’il s’installait en face d’elle. Ils demeurèrent d’abord silencieux, ses mains à lui jointes autour de sa main à elle posée sur le vieux plateau en bois. Elle savait ce qu’il était sur le point de lui annoncer pourtant elle attendait, son attention tournée vers les clients installés sur la terrasse, derrière la vitre de l’établissement.
Konstaninos lui-même vint servir le Chevalier d’or :
« Toutes mes condoléances, Seigneur du Cancer, dit simplement le vieil homme en posant la bière fraîche sur un bock en carton. Sache que ce soir, je ne fermerai pas à l’heure habituelle. Alors…
— Je transmettrai. Merci. »
Le tenancier hocha la tête d’un air entendu et partit reprendre sa place derrière le zinc patiné par les ans.
Angelo détacha sa main droite pour boire quelques gorgées puis :
« Je vais rester au Sanctuaire. Quelques jours, peut-être plus. Je ne peux pas partir comme ça. Les laisser. Pas tout de suite. »
Il avait retourné cent fois les mots dans sa tête sur la navette qui l’avait emmené à Rodorio mais aucun de ceux qu’il avait soigneusement choisis n’était sorti. A la place, il se rendit compte que ce qu’il s’était résigné à utiliser comme un prétexte éhonté n’en était pas un et qu’il pensait chacune des paroles qu’il venait de prononcer.
Plongeant le nez dans sa bière pour masquer sa soudaine confusion, il ne vit pas tout de suite que Marine le dévisageait, l’air pensif et assez compatissant pour qu’il fronçât les sourcils et marmonnât :
« Ce n’est pas la fin du monde non plus. C’est juste que…
— … C’est difficile. »
Merde. Il ne s’était pas imaginé un tel pouvoir de conviction alors que sous son crâne toujours fouaillé par la migraine avec une constance qui forçait l’admiration se télescopaient les mots de Shura et les derniers instants de Dôkho. Il finit par porter ses mains à son visage, ses doigts allant et venant sur ses joues jusqu’à se rejoindre devant ses lèvres :
« Oui, ça l’est, en effet. »
Le deuil, elle pouvait comprendre. Le respect et l’aide mutuellement dus au sein de ce qui se rapprochait le plus d’une famille, aussi. Mais le Manque d’une partie de soi, sa disparition subite, son absence irrémédiable et définitive, cette amputation invisible de ce qui faisait ce qu’on était et que soudain on n’était plus, non, ça, elle ne pouvait pas.
Tu es injuste. Et sa conscience de se taire aussi sec après avoir posé là son jugement. Il eut une brève inspiration : ce n’était pas une question qu’elle lui avait posée mais un constat énoncé sans emphase, un adjectif banal et mesuré pour mieux ravaler sa propre perte, dont elle ne parlait jamais[1]. Il dodelina doucement :
« Ça l’est, répéta-t-il un ton plus bas tout en accrochant son regard et la tendresse qu’il y lut lui tordit le cœur.
— Qu’est-ce qui va se passer ? » Demanda-t-elle, posant une main sur son poignet. Il suivit son bref coup d’œil : il n’avait pas eu le choix que d’envelopper son pouce gauche d’un pansement bien serré, non pas tant pour arrêter le saignement que pour s’empêcher, au moins pour un temps, d’en gratter la cicatrice.
« Je ne sais pas, soupira-t-il. Et pour être honnête, je ne suis pas sûr d’avoir envie de le savoir même si je ne vais pas trop avoir le choix. On savait que ça allait être compliqué mais ce n’est pas pour autant qu’on y était préparés. De toute façon – il haussa les épaules – je ne vois pas comment on peut être prêt à ça.
— Les mémoires de Bartolomeo du Scorpion. Vous les avez tous lues, non ?»
Il lui jeta un regard pénétrant : elle aussi les avait lues et ce détail oublié le renvoya aussi sec à l’autre raison pour laquelle il avait déplacé son sac du quatrième vers le dixième temple avant de se rendre à Rodorio. Il soupçonnait Shura et Marine de ne pas lui avoir tout dit[2] – certaines réponses informulées de la part du Capricorne le confortait dans cette certitude – mais il se refusait à les confronter, en tout cas pour le moment : vouloir des réponses et être prêt à les entendre constituaient deux aspects très différents de la vérité.
Pour l’heure, la pulsation du cosmos de Shura au cœur du sien s’imposait chaque heure un peu plus, recadrant les errements de sa propre aura et en cet instant très précis, tenant à distance l’Absence de Dôkho autant que possible. Si l’Espagnol ne lui avait rien demandé, peut-être bien que lui-même aurait craqué en premier, réalisa-t-il alors que les battements de son cœur s’accéléraient sous l’effet de la chaleur incongrue qui s’épanouissait sous ses côtes à cette idée.
Il se racla la gorge, se reconcentra sur le visage attentif de Marine, sa question lui offrant une échappatoire bienvenue :
« C’est vrai mais… Tu sais ce qu’on dit : ça n’arrive qu’aux autres. »
Sauf que c’est notre tour, aujourd’hui. Mon tour.
« Ils n’en sont pas morts ceci dit, rajouta-t-il en une dérisoire tentative d’humour qui tomba à plat.
— Mü n’avait pas l’air bien du tout. Ni Rachel. Ni…
—… Aucun d’entre nous. J’avais remarqué.
— Ce n’était pas un reproche. »
Non, évidemment. Plutôt une perche qu’elle lui tendait obligeamment – en avait-elle conscience ? Il aurait été bien en peine de parier dessus – et qu’il s’empressa de saisir à défaut d’un argument qui serait le sien mais dont il se trouvait pour l’heure fort dépourvu :
« Tu as raison. Ce qui nous arrive aujourd’hui était à prévoir et nous allons devoir le gérer, d’une manière ou d’une autre. Ou de plusieurs – il esquissa un sourire sans joie – moi je vais rester un moment, pas sûr que d’autres fassent le même choix. Ou même qu’ils l’aient, le choix. Si ça se trouve…
— Toi tu en as fait un en tout cas. »
Marine avait terminé son verre et eut un signe de dénégation quand Konstaninos lui en proposa un second, avant de se lever et de saisir les anses de son sac posé à ses pieds.
« Tu t’en vas ? » Se surprit Angelo à demander avant même d’y réfléchir. Le déjà qui allait avec se perdit dans un murmure qu’il fut le seul à entendre et il se leva précipitamment pour poser ses mains sur sa taille. Elle leva la tête vers lui :
« L’avion ne m’attendra pas.
— Marine…
— Tu vas dire une bêtise, le coupa-t-elle en posant le bout de ses doigts tièdes sur la bouche entrouverte de l’Italien. Ou quelque chose que tu vas regretter. Je comprends. Vraiment. Mais je te demande une chose : ne me laisse pas dans le silence.
— Mais enfin, bien sûr que…
— Quoi que tu aies à me dire. Je peux compter sur toi ? Angelo ? »
Il s’était perdu dans les grands yeux bruns qui l’examinaient et qu’il avait appris à déchiffrer au fil des mois. Ces mêmes yeux dans lesquels il avait sombré deux ans et demi plus tôt, attiré par la liberté farouche qui les illuminait, d’autant plus précieuse eu égard au prix payé pour l’obtenir. Il était tombé amoureux de cette femme et savait aujourd’hui qu’il continuerait à l’aimer, tout en étant parfaitement infoutu d’expliquer pourquoi. Comme Shura avait toujours été, d’une certaine manière, dans sa vie, elle y était entrée pour y prendre une place dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence et dont il ne concevait pas, aujourd’hui, qu’elle en disparût.
Sauf que tu vas la quitter. Le beurre et l’argent du beurre, ça te parle ?
« Angelo ? »
Ses cils papillonnèrent alors qu’il se reconnectait à l’instant présent pour aviser son air sérieux. Ses mains, toujours sur les hanches de la Grecque, resserrèrent leur emprise :
« Oui. Je te tiendrai au courant.
— Quoi qu’il arrive ?
— Quoi qu’il arrive. »
* * *
Elle avait alors demandé à Konstaninos de lui appeler un taxi et ils l’avaient attendu, ensemble. Ni l’un ni l’autre n’appréciaient les effusions publiques ; il ne l’avait pas moins retenue au dernier moment alors qu’elle venait de jeter son sac sur la banquette arrière pour l’obliger à se retourner une dernière fois vers lui. Le baiser se voulait bref ; il s’était prolongé assez pour se parer d’un goût d’adieu qu’Angelo percevait encore sur ses lèvres malgré les embruns qui fouettaient son visage tendu vers l’île du Sanctuaire.
Oui, il avait fait un choix. Il sourit, avant d’éclater d’un rire féroce et sans joie à la face du ciel. Un choix ? En avait-il jamais eu un ?
Fort Meade, États-Unis d’Amérique, fin juin 2006
Le point rouge surmontant l’icône de la messagerie interne de la NSA clignotait sans relâche depuis un bon quart d’heure à présent, sans que Stanley Wiggins daignât céder à la tentation. Il devinait que cette alerte était consécutive à l’appel transmis tantôt par son secrétariat et auquel il n’avait pas donné suite : son besoin de concentration était prioritaire.
Pour la quatrième fois, il repassa chaque ligne du bout de code qu’il avait créé au cours de la nuit précédente. L’erreur persistait à lui échapper et il se rejeta au fond de son fauteuil avec un soupir de frustration. Son idée était bonne pourtant ! Dans le cas contraire, elle ne l’aurait pas tenu éveillé jusqu’à l’aube et il ne serait pas présentement en train de siroter un plein thermos de café comme d’autres éclusaient des cannettes de Coca à la chaîne. Enfin, d’autres… Ceux de son équipe regroupée au sous-sol. Un instant, il faillit céder à la facilité : n’importe lequel de ces gars trouverait son erreur en moins de deux minutes, d’autant que de par son poste, il était fondé à leur demander n’importe quoi : ils étaient payés pour lui obéir aveuglement et surtout, sans poser – ni se poser – de question. Pour sa part, il n’était plus censé mettre les mains dans le cambouis depuis des années. Sauf que ça lui manquait trop.
Son œil fut de nouveau attiré par l’alerte dans le coin droit de son écran mais plus encore que sa persistance, ce fut le mouvement dans le couloir derrière sa porte fermée qui le vit froncer les sourcils. Il n’y avait pas prêté attention mais depuis plusieurs minutes à présent, le sommet d’une tête en passe d’être dégarnie précocement allait et venait avec empressement au-dessus de la vitrophanie de son bureau.
La tête de Bob, le responsable communication extérieure.
« Ah ! Enfin te voilà ! »
Le soulagement de Robert Orwyoski était manifeste comme il venait de s’arrêter net au milieu de ses cent et quelques pas en apercevant son supérieur. Ce dernier, planté au milieu du couloir, les mains au fond de ses poches déformées, le dévisageait par en-dessous :
« Qu’est-ce qui se passe, Bob ?
— Il se passe que Saga Antinaïkos a essayé de te joindre il y a très exactement – Bobo consulta sa montre – vingt-deux minutes et que tu n’as pas pris l’appel. Saga. Antinaïkos ! » martela-t-il encore devant l’absence incompréhensible de réaction du directeur adjoint de la NSA. « Tu n’as donc pas vu l’alerte du secrétariat ? »
L’immobilité de Bob avait fait long feu. Trépignant sur la moquette, il donnait l’impression de danser sur des braises. Ou de lutter contre une furieuse envie de pisser, au choix. Wiggins refoula ces pensées peu orthodoxes – du genre de celles qui, lorsqu’il les exprimait étant gamin, lui valaient des regards au mieux interrogatifs, au pire empreints de pitié – puis demanda :
« Et il voulait quoi ? »
Raté. Pour l’aspect conformité aux codes sociaux, il pourrait – encore – repasser. Bob avait haussé les sourcils et secoua imperceptiblement la tête sans quitter Wiggins des yeux, visiblement partagé entre l’ébahissement et la consternation :
« Il ne l’a pas précisé. »
La réponse se voulait aussi neutre que possible face à celui qui était son supérieur hiérarchique mais Stanley n’avait aucune peine à déceler les efforts auxquels son interlocuteur consentait pour ne pas se mettre à lui hurler de…
« Il a demandé à ce que tu le rappelles et a laissé ses coordonnées. »
… décrocher son téléphone fissa, nom de dieu !
* * *
Derechef, Wiggins s’enferma dans son bureau après avoir renvoyé Bob à ses occupations quotidiennes. Oui il allait le rappeler. Tout de suite. Oui aussi, il lui raconterait. Du moins, si ce que le Sanctuaire avait à lui communiquer n’était pas confidentiel. Confidentiel comment ? Avait demandé Bob, plein d’espoir. Confidentiel comme la disparition d’un certain caporal de l’armée au nez et à la barbe de la NSA toute entière et d’une très blonde agent de liaison du FBI sous la responsabilité d’un certain Robert Orwyoski, avait rétorqué Wiggins.
Ce fut avec ces réflexions aussi mesquines que peu réjouissantes en tâches de fond sous son crâne qu’il rappela le Grand Pope du Sanctuaire. Une petite voix, qui ressemblait trait pour trait à celle de Bob, murmura dans sa tête : « Tu te rends compte ? Le Sanctuaire ! C’est un truc de fou ! »
Wiggins fit taire le nerd qui lui servait d’alter ego depuis… eh bien depuis toujours quand la voix infiniment grave qu’il avait eu l’occasion de découvrir quatre mois plus tôt lors de « l’entrevue » entre le Pope et ses services résonna dans le combiné :
« Monsieur Wiggins. Je vous remercie d’avoir trouvé le temps de me recontacter. »
Aucune question dans le ton de Saga Antinaïkos. Pour un homme tel que lui, il ne faisait pas l’ombre d’un doute que son interlocuteur ne manquerait pas de le rappeler en personne, bien qu’il eût manifestement préféré que cette évidence fût formalisée… plus tôt.
« Mes services m’ont fait part de votre appel. Que puis-je pour vous ? »
Un silence. Du peu dont Wiggins disposait pour analyser la personnalité du Pope du Sanctuaire, il en avait retiré quelques conclusions dont celle que cet homme avait horreur de perdre son temps. Et aussi qu’il était particulièrement sûr de l’étendue de son pouvoir. Aussi, plus encore que son identité, ce qui surprenait le plus Wiggins, était sa démarche. Qu’est-ce qui pouvait bien motiver Saga Antinaïkos à le solliciter ? Il avait demandé à être rappelé. Donc, il avait besoin de la NSA. Et cette seule déduction avait de quoi le stupéfier.
« Il y a un peu plus de trois semaines, une photographie aérienne de l’île du Sanctuaire a été découverte sur internet par l’un de nos apprentis. Depuis, le site qui la présentait semble s’être… répliqué.
— Répliqué ? »
Wiggins se prit à espérer que le petit sourire qu’il n’avait pu empêcher de s’épanouir sur ses lèvres à l’audition de ce terme ne se fît pas entendre dans sa voix.
« D’après le responsable de notre réseau informatique, oui. »
Le sourire du directeur adjoint se fana aussi sec et de façon totalement illogique, il balaya son bureau du regard. Personne. Il n’y avait personne pour l’observer, conclut-il in petto avec un empressement teinté d’un soupçon d’hystérie. Pourtant, il ne pouvait se défendre de la sensation d’être scruté par celui avec qui il conversait, à des milliers de kilomètres de là.
La main posée un instant sur le combiné, il prit une profonde inspiration. Qu’il relâcha le plus lentement possible.
Sois raisonnable. Et concentre-toi.
« Cette photographie n’est pas censée exister », finit-il par énoncer avec calme sans rien obtenir d’autre que le silence en guise de réponse.
Avec sa nomination au poste de directeur adjoint de la NSA, Stanley Wiggins avait hérité d’un accès élargi aux dossiers classés secret défense du pays. A la vérité, l’accès en question était total pour la simple et bonne raison qu’il n’était plus guère possible de cacher quoi que ce fût à la NSA. Il avait toutefois gardé cette objection pour lui au moment de signer le formulaire en trois exemplaires.
Le Sanctuaire faisait partie des dits dossiers et s’il en avait entendu parler pour la première fois de façon officielle lors de sa prise de poste, il ne s’était plongé dans le sujet qu’à partir du décès »suspect » du général Corman. Il avait certes entendu des « choses » qui avaient peint dans son imaginaire un tableau de cette organisation assez improbable pour quiconque n’avait pas été biberonné à la fantasy dans sa jeunesse ; or, non seulement ses lectures de prédilection n’avaient pas varié une fois entré dans l’âge adulte, mais aussi et surtout, la réalité s’était chargé de donner du sens à l’existence du Sanctuaire, tout du moins un sens qu’il était en mesure d’appréhender et d’accepter. Ils ne devaient pas être très nombreux dans son cas au sein des instances dirigeantes des États-Unis et le général Grisham n’en faisait pas partie.
« D’après les informations dont je dispose, reprit Wiggins, il apparaît que l’île du Sanctuaire est dotée d’une protection empêchant sa localisation par quelque moyen que ce soit.
— C’est le cas, toutefois ce sujet relève de mes responsabilités et compétences, répliqua le Grand Pope avec une froideur qui fit couler un frisson le long de l’échine de Wiggins. Le contrôle de la diffusion de cette photographie via internet relève à l’inverse des vôtres. »
Un point partout, balle au centre. Le secret de l’existence du Sanctuaire était partie intégrante des accords qui liait ce dernier avec le reste du monde, à savoir qu’en contrepartie de la non-ingérence du Sanctuaire dans les affaires courantes de l’humanité à l’exception des urgences humanitaires, les dirigeants de la planète s’engageaient à préserver le secret en question.
Or, de toute évidence, quelque chose avait merdé quelque part. Ravalant un soupir de contrariété, Wiggins admit posément :
« Une telle défaillance n’est, en effet, pas acceptable. Je vais prendre ce sujet en charge personnellement, afin d’en identifier les causes et mettre en œuvre les actions correctrices nécessaires. Dans l’immédiat, je vous invite à me communiquer les coordonnées de votre responsable informatique pour l’intégrer à notre protocole. Nous pourrons ainsi enrayer la propagation de cette photographie sous vingt-quatre heures.
— Non.
— … Je vous demande pardon ? »
Sans s’en rendre compte, Wiggins s’était redressé dans son siège, comme piqué par une guêpe. Dans le silence qui s’ensuivit, il crut se persuader avoir mal entendu, quand :
« Non, répéta le Pope du Sanctuaire, sur le même ton définitif. Je vous ai parlé de « contrôle », pas de « suppression ».
— Je ne vous suis pas.
— Au contraire, je crois que vous m’avez très bien compris. Ne comptez-vous pas parmi les esprits les plus brillants issus du MIT, toutes promotions confondues ? »
Comment… ? Wiggins ravala sa salive et ce faisant, referma sa bouche béante. C’était de bonne guerre. Les États-Unis, et la NSA en particulier, n’avaient pas l’apanage du renseignement. Quiconque se targuait d’assez d’argent ou de pouvoir était fondé à faire de même. Et Saga Antinaïkos disposait des deux. Wiggins en savait long à son sujet ? Le contraire était tout aussi vrai et n’avait rien d’étonnant.
« Vous me demandez de suivre sur le net le ou les auteurs de cette fuite et de les localiser. Ils ne se douteront pas que nous les traquons si nous n’intervenons pas dans la diffusion de leurs contenus, il sera alors plus facile de les trouver.
— J’apprécie d’échanger avec des gens intelligents.
— Vous prenez un très gros risque, répliqua aussitôt Wiggins sans prendre la peine de relever le compliment, et j’imagine que si votre responsable informatique est compétent…
— Il l’est.
— … il vous a d’ores et déjà prévenu. Le web n’est plus ce qu’il était il y a ne serait-ce qu’encore cinq ou six ans en arrière. L’accès à internet s’est démocratisé à l’échelle mondiale et la technologie évolue si vite que très bientôt, n’importe qui pourra s’y connecter à partir de son seul téléphone, où que ce soit sur la planète et pour un prix modique. Laisser se propager plus longtemps cette information vous concernant implique d’en perdre très vite le contrôle et d’oublier jusqu’à l’idée d’en découvrir l’auteur. A l’heure actuelle, c’est une question de jours ; demain, ce sera une question d’heures. Êtes-vous certain de vouloir tenter le diable ? »
Le silence qui succéda à sa question avait quelque chose… d’amusé. L’impression était aussi inexplicable que ridicule mais Wiggins ne réussissait pas à s’en défendre comme il patientait, le combiné vissé à l’oreille et devenu moite entre ses doigts serrés. Finalement, la voix profonde et grave de Saga Antinaïkos résonna de nouveau dans l’écouteur :
« Vous savez, le diable est comme Dieu : il n’existe pas. »
[1] Cf. Une deuxième chance. Marine a eu un enfant près de vingt ans plus tôt avec Aiolia, mort à la naissance.
[2] Cf. Fragments
Ben voilà, on retrouve enfin la trace d’une partie des fragments d’armures manquants. Il joue avec le feu, Grisham, de s’accoquiner avec les renégats , si tant est que ce terme leur soit bien adapté.
On s’organise aussi en face, avec un Saga toujours aussi expéditif. Comme on dit, il n’est pas là pour enfiler des perles. Et la pauvre Marin qui se fait une raison. L’est bien courageuse, cette petite.
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Hello !
Eh oui, on sait enfin où se trouvent certains des morceaux manquants : d’ailleurs, d’après toi, de quelle armure ceux-là sont-ils issus ? 😀 Grisham a un vieux rêve qui a fini par virer à l’obsession avec les années, on aura l’occasion d’en savoir plus sur le contexte et les tenants de ce désir fou d’obtenir des armures. Est-il aveuglé par l’obsession en question ? Who knows ?
Saga est toujours dans l’ef-fi-ca-ci-té. Ca fait partie du job et à force, il en maîtrise toutes les composantes. Puis, bon, être un Gémeau doublé d’un Antinaïkos, ça en impose niveau « charisme » (XD). Ceci étant, Wiggins est loin d’être un crétin et je crois que Saga l’a bien compris.
Quant à Marine, très franchement, ça m’étonnerait qu’elle le soit, étonnée :-p Ca fait un moment qu’elle s’est fait une raison… Par contre, c’est pas le genre à se laisser abattre, elle en a vu d’autres ! 😉
Merci beaucoup pour ta lecture et ton avis, à bientôt pour la suite !
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Merci de ta réponse.
L’armure, c’est celle du Verseau, non?
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Yes ! ^__^ (Pour moi, c’était clair dans ma description mais bon, on ne sait jamais 😉
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Coucou!
Et voilà le retour de nos amis américains! J’ai beaucoup aimé voir l’intrigue avancer sur ces points, notamment avec la réapparition des armures (plus précisément celle du Verseau non)? Le tout dans un laboratoire secret au fond du désert, ça fait très X-Files, j’adore. Et la question que se pose le général est très bonne, au fond: pourquoi diable ces armures ne rentrent-elles pas au bercail? Est-ce qu’elles ont décidé de se désolidariser de leur porteur et/ou du Sanctuaire pour une quelconque raison, comme celle du Cancer dans le combat contre Shiryu? Ou elles ont simplement une petite envie de vacances? Ça m’intrigue beaucoup!
J’ai aussi adoré le coup de fil entre Saga et Wiggins, à commencer par le fait que Saga Antinaïkos semble faire à peu près aussi peur et détenir autant de pouvoir symbolique auprès des employés que, je ne sais pas, le Président des Etats-Unis. Well done, Saga. Et sinon, j’ai été surprise parce que je ne m’attendais pas à ça: je pensais au départ que la NSA pourrait être coupable des théories du complot, parce qu’elle serait en fait du côté du Sanctuaire… Même si ça fait évidemment sens, j’avais probablement un peu oublié le fonctionnement de la dynamique complexe entre les autorités et le Sanctuaire. Du coup, j’ai trouvé très intéressant le « partage des tâches » entre la NSA et le Sanctuaire, et la manière dont les deux vont travailler ensemble. En espérant que la stratégie choisie par Saga, qui est certes maligne, ne lui retombe pas sur la face…
Et sinon, j’ai mentionné X-Files plus haut, je me sens donc obligée de partager que dans un état de pré-endormissement j’ai repensé à ce chapitre et imaginé (rêvé?) une espèce de cross-over entre Nouvelle Ere et X-Files, dans laquelle Fox Mulder et Dana Scully enquêteraient sur de mystérieuses rumeurs concernant une organisation secrète aux pouvoirs très spéciaux, nées suite à la parution sur internet de photos d’une île mystérieuse qui n’apparaît sur aucune carte… Des témoignages classés secret défense refont surface, et eux-mêmes sont confrontés à d’étranges événements… Mais que croire, quand leur propre gouvernement semble leur mettre des bâtons dans les roues? LA VERITE EST AILLEURS.
A bientôt!
Lily
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Coucou Lily !
Ma foi, tu ne seras donc pas surprise donc si je te dis que j’étais une grande fan d’X-Files ! Tes impressions sont tout à fait justifiées XD A vrai dire, l’UDC!verse est nourri par tout ce avec quoi j’ai grandi, y compris et surtout la télévision. Ca va de Dallas à X-Files, en passant par Stargate, la 4ème dimension, toutes les séries policières type Magnum et tant d’autres dont j’ai oublié le nom mais que je regardais religieusement tous les samedis après-midi (avec cette UST permanente entre les personnages XD). Bref, je suis un pur produit revendiqué des années 80 et 90 et ça se ressent dans mes écrits.
Et donc si tu fais le lien avec X-Files, le « laboratoire secret au fond du désert » est en réalité « bien connu » pour qui trouve la référence 😉 (et les infos géographiques données dans ce chapitre sont d’ailleurs exactes) Il était temps en effet qu’on aille faire un petit tour du côté des prota US et d’Alexei, histoire de voir où nous en sommes ce qui nous donne l’occasion d’enfin (!) en savoir plus sur les armures (leurs restes en tout cas) manquantes. C’est donc le camp d’Alexei qui les a. Ceci étant dit, on aurait pu s’en douter au vu du chaos qui régnait lors de la bataille finale contre les Portes, Alexei et ses sbires n’étant pas présents juste parce qu’ils ont vu de la lumière XD
La question de Grisham est effectivement pertinente : pourquoi diable ces résidus d’armures toujours dotés de cosmos ne rentrent-ils pas au bercail ? Je pense que la réponse se trouve dans ce qu’elles symbolisent d’une part, et ce qui les rattache aux êtres humains d’autre part. Bien qu' »évoluées », les armures restent inféodées à ces deux composantes 😉 (bonnes cogitations ! XD)
Saga est le charisme incarné, voyons ! XD J’adore l’écrire sous cet angle, et essayer de retranscrire l’aspect littéralement écrasant de sa présence… même à distance XD En fait, Saga terrifie ceux et celles qui savent qui il est, et surtout, surtout de quoi il est capable. Les sphères bien informées savent qu’il a assassiné son prédécesseur et qu’il dirige depuis le Sanctuaire sans que quiconque remette son autorité en question, sachant que les « quiconques » en question sont en capacité de détruire la planète d’un claquement de doigts. Donc ça en dit long sur la puissance colossale du bonhomme (moi, une fangirl de Saga ?…. Non, vraiment, je ne vois pas ce qui te fait dire ça ?).
Wiggins et Grisham se détestent, on le sait. Ils symbolisent aussi, chacun, deux époques, deux conceptions du monde très différentes. Le premier est jeune, progressiste, et vit avec son temps, le second est vieux, conservateur, et vit dans le passé. Wiggins a trouvé « étrange » la façon dont Grisham a « rapatrié » Orwell et l’a détenu sans donner l’impression de vouloir coopérer avec la NSA pourtant en charge de l’enquête sur le journal. Et Wiggins n’est pas convaincu non plus que le Sanctuaire ait volé le journal et tué Corman. En face, Saga a interrogé Orwell, il sait comment s’est déroulé son entretien avec Wiggins et ça lui a mis la puce à l’oreille : il se pourrait que Wiggins jour contre Grisham et Saga n’a aucune confiance en Grisham (ce dernier a quand même voulu les laisser pour morts devant les Portes). Or tu sais ce qu’on dit : les ennemis de mes ennemis sont mes amis 😉 Mais bon, la confiance, ça se gagne donc on va voir comment les choses vont tourner !
J’a-do-re ton rêve éveillé ! XD C’est excellent et ça collerait parfaitement à Nouvelle Ère ! Et on imagine nos deux enquêteurs « croiser » la route d’un chevalier du Sanctuaire, voire le surprendre dans ses oeuvres avec cette pauvre Scully qui essaye de se persuader qu’elle a souffert d’une hallucination dûe à une allergie alimentaire, tandis que Mulder se sentirait investi d’une nouvelle mission sacrée visant à découvrir le quoi, le comment et le pourquoi. Ca serait génial ! Tu aurais fait une excellente scénariste pour la série 😉
Merci beaucoup pour ton commentaire enthousiaste sur ce chapitre, cela me fait vraiment plaisir de voir qu’une histoire comme celle-ci trouve tout de même quelques lecteurs intéressés dans le fandom, parce que bon, ne nous leurrons pas, ce n’est pas franchement ce que les lectrices du fandom apprécient de lire en général XD Merci encore donc de rester fidèle au poste, c’est motivant pour moi (d’autant que j’ai un NaNo à préparer).
Passe un bon WE, prends soin de toi et à bientôt !
Al’
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Hello Al’!
Et… comme d’habitude (malheureusement), pardon pour mon affreux retard de lecture !
Comme je te l’ai dit par ailleurs, j’ai un peu abandonné les lectures fanfictionnelles ces derniers mois, mais ton histoire garde malgré tout une place importante (primordiale) dans ma TRL (to read list) (acronyme de mon cru, enfin en tout cas, s’il existe déjà, je ne le connaissais pas 🤣).
Bon tout ce blabla inintéressant étant maintenant écrit et partagé, passons aux choses sérieuses…
AH, AAHH !! Le retour des armures disparues ! Évidemment, elles sont dans le camp d’Alexei ! Les fourbes, ils les ont piquées après les portes ! La question du vieux Grisham est celle que je me pose moi aussi. Mon hypothèse : elles ne reviennent pas au sanctuaire car elles n’en ont pas envie. Parce que le chevalier de la Balance est mort, et que celui du Verseau sera bientôt parti. Alors à quoi bon rentrer au bercail ? J’ai bon ? Après cette théorie ne tient peut être pas pour les autres armures manquantes. Mais comme la piètre lectrice que je suis ne se souvient plus du nom des armures en question, eh ben je ne peux pas juger de la pertinence de mon analyse.
La scène d’adieu entre Angelo et Marine m’a un peu mis le bourdon. Même si je sais que cela était inévitable. Je me demande comment et quand la grande discussion finale aura lieu… A moins qu’il n’y en ait jamais car Marine n’en aura pas besoin.
Saga fiche toujours autant la frousse à ce que je vois. Normal en même temps…
Et donc Wiggins est un nerd qui aime bien mettre les mains dans le cambouis informatique ? Et dis, je suis curieuse : il code en quel langage ? En fortrans ? 🤣
Encore merci de continuer à partager ton histoire avec nous malgré le caractère peu assidu de certains de tes plus fervents lecteurs (et là bien entendu, c’est à moi que je fais référence !)
Des bisous et à tout bientôt pour la suite !
Phed’
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Coucou Phed ! 🙂
Il n’y a pas de demande de pardon qui tienne : on fait comme on peut, quand on peut, et si on a envie 😉 Cela me touche de savoir que NE est dans ta TRL (pour ma part, j’appelle ça ma PAL – pile à lire XD) en dépit de ton désintérêt pour le fandom, j’aime à penser que NE trascende le strict cadre fandomique dans ce cas 😀
Yep, ce sont les Enfants du Cosmos qui ont piqué les armures ! Ils ont contribué à sauver les chevaliers d’or après leur victoire sur les Portes mais en contrepartie, se sont « servis sur la bête ». Quant aux raisons pour lesquelles elles ne sont pas rentrées au bercail… Hum : les autres sont revenues d’elles-mêmes sauf trois. La question qu’on peut se poser est qu’est-ce qui a pu les en empêcher ? Ou posée différemment : qu’est-ce qui peut bien les retenir là où elles sont en ce moment ? (tu as 4 heures XD) (les armures en question sont Balance, Verseau et Poissons).
Concernant la discussion finale entre Marine et Angelo, je me tâte encore : j’ai des bouts ici et là, mais je crois que je vais opter pour une 3ème voie par rapport à ce que j’avais prévu initialement pour que ce soit plus cohérent. Mais nouvelle discussion il y aura, c’est certain 🙂
En Fortran !!! XDDD Non mais arrête, on appelait notre prof de Fortran Mamie Nova (ce qui en dit long sur la « modernité » dudit langage). En vrai je ne sais pas, mais je suis sûre que Wiggins fait tout sous Linux, déteste Microsoft et touche du langage de programmation que seuls trois pequ’ au monde sont capables de maîtriser. Ce gars est un petit génie en fait 😉
Merci d’avoir pris le temps de lire, du fond du coeur. Je suis heureuse de partager cette histoire et j’ai hâte d’arriver à certains moments tout en ayant bien conscience que… ça prend son temps, alors vraiment, merci ♥
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