Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 7

Sanctuaire, Grèce, début Avril 2006

La sensation était désagréable mais pas douloureuse. Rachel n’avait pas mal ; son corps ne s’en consumait pas moins jusqu’à ses tréfonds. La chaleur irradiait depuis le centre de chacun de ses os, avec une intensité plus marquée dans son bras gauche, dont elle savait qu’elle ne tarderait plus à se généraliser.

La surface de sa peau demeurait sèche, sans trace de transpiration. Sur elle pesaient un amas de couvertures sans que lui vînt à l’esprit l’idée de s’en débarrasser. Elle-même n’avait pas chaud et c’était là sans aucun doute l’effet le plus curieux – et le plus dérangeant – du processus à l’œuvre.

Elle ne parvenait pas à se rendormir néanmoins ; avec un soupir, elle se redressa dans son lit, vérifiant d’une main distraite la température des draps à côté d’elle. Saga s’était absenté depuis un bon moment déjà.Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 6

Sanctuaire, Grèce, fin Mars 2006

Les volets étaient encore fermés quand Milo revint de son footing matinal. Marquant un temps d’arrêt en contrebas de son temple, il réagit avec retard au salut d’Aldébaran qui le quittait pour redescendre vers ses propres quartiers :

« Tout va bien ?

— Pardon ? Ah, oui, je… Non, rien. A plus tard ? »

Un hochement de tête dubitatif du Taureau et un sourire contrit de sa part plus tard, le Scorpion amorça les pas qu’il n’avait pas envie de franchir et gravit les escaliers de son temple. Aucun bruit dans le naos, ni dans ses appartements. Pas plus en tout cas que lorsqu’il en était sorti deux heures plus tôt.Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 4

Paris, France, Mars 2006

L’attraction exercée par le mur sur la tête du Cancer fut la plus forte : son front cogna contre le carreau humide et resta là, immobile. Il n’y avait mis aucune puissance, hormis celle de la lassitude. Rien qui risquait d’alerter Marine.

La douleur derrière ses yeux avait encore grimpé d’un cran dans la nuit et la lumière qui tombait du plafonnier de la salle de bains ne l’aidait pas à desserrer les mâchoires. A ce compte-là, il n’allait pas tarder à se casser une dent ou pire encore, l’une de ses innombrables couronnes en céramique. Esthétiques, certes, mais définitivement trop fragiles.

Portant le bout des doigts à ses tempes, il les fit rouler dans un sens puis dans l’autre au rythme ralenti de sa respiration. Qui s’approfondit au fur et à mesure que son esprit se détachait de son enveloppe corporelle, le temps d’en oublier la douleur. Non, les douleurs. Son corps n’était plus qu’un patchwork bigarré de souffrances qui tétanisaient ses muscles et torturaient ses articulations.

Même Dôkho est dans un meilleur état que moi, je parie.

Bon, d’accord. Peut-être pas.

Mais pas loin. Lire la suite »

Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 3

Jamir, Tibet, Février 2006

« Et… le porteur… doit…

— C’est bon, ça suffit pour aujourd’hui. »

Et Shaka de reprendre plus haut tout en modulant son intonation sur un rythme calme et apaisant :

« La tour est là, Mü, tu l’aperçois. Elle n’a pas changé. Tu es à l’intérieur maintenant. Tu es installé à ton bureau. Tu es avec moi. »

La main de l’Indien passa devant le regard égaré de Mü qui cligna des yeux à plusieurs reprises comme ses pupilles se rétrécissaient face à l’éclat de la lampe à pétrole posée sur sa table de travail. A côté de lui, Shaka se levait :

« Je vais préparer du thé. »Lire la suite »

Nouvelle Ere – Emergence – Prologue

Adirondacks, Etat de New York, USA, Février 2006

L’eau clapotait autour de la barque, amarrée à l’un des corps-morts qui parsemaient la surface du lac. Chacun appartenait à la demeure à laquelle il faisait face mais leurs propriétaires ne s’offusquaient jamais qu’un voisin en utilisât un autre que le sien, au hasard de ses pérégrinations sur la vaste étendue d’eau.

Contre toute attente, le vent ne s’était pas levé et les brumes matinales achevaient de s’effilocher d’elles-mêmes, quelques longues écharpes pâles demeurant toutefois lovées dans les creux de la rive ou accrochées à la cime des sapins. Engoncé dans son épaisse parka, les mains bien au chaud dans leurs gants enroulés autour de la tasse de café fumant qu’il venait de se verser depuis son thermos, Aleister L. Corman, assis à la proue de la petite embarcation, observait le fil argenté qui plongeait droit dans l’eau tranquille.

Ce n’était pas la saison bien sûr. L’ouverture officielle de la pêche n’interviendrait pas avant deux bons mois mais d’une part personne n’aurait l’idée de le contrôler aussi tôt dans la journée et d’autre part, il savait qu’il n’attraperait rien par une température aussi glaciale. Il n’empêchait. Lire la suite »