Nouvelle Ère – Submersion – Chapitre 33

Temple du Verseau, Sanctuaire, Grèce, fin juin 2006

Ne t’en va pas !

La supplique, muette, se heurta aux murs érigés autour de ses pensées sans espoir de s’en échapper. Une fois de plus, Milo ravalerait ses doutes et l’impuissance qui allait avec pour faire bonne figure. S’y efforcer, à tout le moins. Mû toutefois par un réflexe, il attrapa l’avant-bras que Camus lui tendait pour l’attirer contre lui. Le corps du Verseau était docile contre le sien mais Milo n’était pas dupe : son compagnon se trouvait déjà loin du Sanctuaire et si ce n’était son corps alors son esprit, devenu inaccessible.

« Ne commet pas d’imprudences. »

Soit le conseil le plus absurde qu’on pût donner à un chevalier d’or et qui vit Camus dresser un sourcil alors qu’il se reculait pour considérer le Scorpion une dernière fois avant de partir :

« Sérieusement ?

— Fais attention à toi, c’est tout, s’efforça de corriger le Grec avec un sourire contrit dont il espérait qu’il dissimulait suffisamment son désarroi. Cette histoire de journal ne me dit rien qui vaille. »

Il fallait continuer à se taire encore un peu. C’est l’affaire de quelques jours, avait insisté Saga auprès du Taureau et de lui-même sans pour autant les convaincre, au point qu’Aldébaran avait préféré quitter le Sanctuaire plutôt que de continuer à mentir par omission, usant pour une fois sans vergogne des privilèges offerts par son rôle de recruteur en chef, ainsi qu’il avait pris l’habitude de se désigner lui-même dans un éclat de rire. En l’occurrence c’était cependant avec le plus grand sérieux qu’il avait annoncé son départ pour l’Angola mais de toute façon, qui avait le cœur à rire en ce moment ?

« C’est ennuyeux, en effet, concéda Camus mais si ça peut te rassurer, je n’ai aucune envie de me faire remarquer de quelque manière que ce soit. Tout ce dont j’ai envie, c’est…

— De prendre l’air, oui, j’avais compris. »

Malgré tous ses efforts, l’amertume avait rattrapé le Scorpion et ce fut sans surprise et vaguement résigné qu’il nota le léger raidissement de l’autre homme qui acheva de s’éloigner de lui pour aller prendre son sac.

« Je ne voulais pas… Camus, attends. »

Le Français se retourna vers lui alors que Milo franchissait les quelques pas qui les séparaient, et lui adressa un sourire dont la chaleur inattendue crucifia le Grec sur place :

« Je sais, fit doucement le Verseau. Et c’est à moi de te présenter des excuses. J’aurais vraiment préféré être capable de rester ici, avec toi, mais tout ça – il eut un signe du menton en direction de la fenêtre qui s’ouvrait sur le Domaine Sacré – c’est trop lourd. Je m’y attendais, mais pas à ce point-là. »

Milo ne pouvait que partager le constat de l’autre homme, lui-même assez désorienté pour saisir à quel point il ne pouvait en être autrement pour ses pairs. Il n’existait pas de bonne ou de mauvaise manière de gérer le deuil qui les frappait aussi n’avait-il pas le droit d’en vouloir à Camus d’opter pour la fuite.

Une fuite temporaire.

Mais il lui en voulait quand même.

« Je te laisse m’appeler, suggéra le Grec. Si tu quittes le Sanctuaire, ce n’est pas pour que le Sanctuaire te poursuive, pas vrai ? »

Camus laissa échapper un rire spontané, le premier depuis des jours, et Milo se surprit à lui sourire en retour avec autant de sincérité.

« Tu n’es pas que le Sanctuaire pour moi et tu le sais très bien. Mais c’est gentil de le proposer. » Et le Verseau de saisir la nuque du Scorpion avec fermeté pour plaquer ses lèvres contre les siennes :

« Je ne vais pas plus loin que Paris, souffla-t-il, sa joue contre celle de son compagnon qui avait fermé les yeux. Histoire de retrouver quelques repères familiers.

— Qui sont… ?

— Ma langue, ma culture, mon pays, en bref mon identité.

— Et moi qui croyais que tu allais me parler de fromages, de vins et de grèves.

— De telles considérations sont beaucoup trop intimes, voyons. »

Cette fois, ils éclatèrent de rire tous les deux et l’écho de leur voix s’échappa par les fenêtres grandes ouvertes. Ils s’entre-regardèrent, amusés mais aussi un peu gênés. Si d’autres les avaient entendus…

« Je ne serai pas absent très longtemps, rajouta Camus. Et je t’appellerai. »

Milo hocha la tête sans répondre et ne se rendit compte qu’il serrait les doigts du Verseau entre les siens que lorsqu’ils lui échappèrent.

« A bientôt. »

* * *

La honte le disputait au soulagement qui finit par gagner le duel alors que le pas de Camus s’était allégé à peine entamée la descente des escaliers. Il aurait pu opter pour les souterrains, et conférer ainsi un F majuscule à sa fuite, mais il éprouvait le besoin de saluer une dernière fois ses pairs avant de partir.

Pas longtemps.

Il n’avait rien préparé, ni calculé. Il s’en allait, point. Pour combien de jours, il n’en avait pas la moindre idée. Sa seule certitude reposait sur un besoin viscéral de s’éloigner de tout et de tous. D’un seul. Milo ou lui-même, au choix ? Une fois qu’il aurait tranché – s’il y parvenait – il commencerait à y voir plus clair, du moins l’espérait-il car il avait beau y mettre du sien, il n’entrevoyait rien qui ressemblât de près ou de loin à un avenir s’il poursuivait sa vie sur ses bases actuelles. C’est-à-dire aucune, ou loin s’en fallait.

« Sur le départ ? »

La voix de Shura le stoppa net dans son élan et il aperçut l’occupant du dixième temple assis sur les marches du parvis, en train de terminer sa cigarette. La silhouette tout de sombre vêtue de l’Espagnol se redressa pour venir à sa rencontre ; Camus leva légèrement son sac en réponse à la question puis le posa à ses pieds :

« J’ai le temps. Mon avion décolle en fin d’après-midi – il se saisit de la Marlboro allumée à son attention – Pour Paris.

— Tu vas faire quoi là-bas ?

— Me retrouver avec moi-même pour savoir si je peux encore faire quelque chose du bonhomme », répliqua-t-il, pince sans rire avant de rajouter en haussant les épaules : « Me changer les idées, je suppose. Enfin, à vrai dire, je ne sais pas. Je n’ai rien prévu de particulier.

— Et tu comptes y rester… ?

— Je ne sais pas non plus. »

Le Verseau se surprit à secouer la tête, amusé par la vacuité de ses propres réponses et par l’air circonspect de Shura qui avait croisé les bras en face de lui.

« Rassure-moi, tu sais au moins où tu vas dormir ?

— Enfin une question à laquelle je peux répondre : oui, j’ai toujours mon appartement. » Celui qu’il avait acheté quelques années plus tôt et dont le souvenir éclaira le visage du Capricorne :

« Au moins, on saura où te trouver.

— En espérant que ce ne soit pas nécessaire.

— Au vu des circonstances, un “foutez-moi la paix” ne vexerait personne, tu sais.

— Il faut croire que je suis trop poli.

— À d’autres. »

Les deux hommes échangèrent un sourire entendu et s’adossant à la dorienne la plus proche, Camus tira une profonde bouffée sur sa cigarette, les yeux vers le ciel désespérément bleu. Shura se rassit sur un bloc de marbre tout proche, aux angles érodés par les siècles et se perdit pour sa part dans la contemplation du Domaine Sacré dont les temples s’étageaient en contrebas. Un calme tout ce qu’il y avait d’olympien y régnait et le silence qu’ils partageaient se fondit dans celui qui avait recouvert le Sanctuaire. Pas pour longtemps toutefois : un “porca miseria !” sonore, assorti d’un concert de vaisselle malmenée fusa hors du temple et tira un sourire à Camus :

« Il va mieux ?

— Ça en a tout l’air, commenta l’Espagnol, sibyllin, et qui ne s’était même pas retourné. Donc toi aussi tu t’en es rendu compte ?

— Shura, tout le monde s’en est rendu compte.

—Disons qu’il va falloir un peu de temps pour qu’il récupère complètement mais… oui, désormais, les choses devraient pouvoir rentrer dans l’ordre.

— Je vois. Je suis content pour vous deux. Vraiment content, rajouta-t-il devant le coup d’œil de l’autre homme. Après tout, ce n’était pas gagné, si je me souviens bien.

— Je n’y avais même jamais songé en ces termes.

— Bienvenue au club. »

Un sourire hésitant étira les lèvres minces de Shura dans lequel le Verseau discerna la compassion qu’il n’avait pas envie d’y voir mais qu’il ne pouvait pas lui reprocher. Pas à lui qui pendant longtemps – depuis toujours – avait été le seul à tout savoir ou presque du combat quotidien auquel Camus se livrait. Pas à lui qui avait partagé son impuissance et sa frustration. Pas à lui à qui il avait appris à prendre et à donner pour leur bénéfice mutuel à une époque où la solitude se faisait trop lourde à porter pour tous les deux.

« Et toi ? Reprit Camus d’une voix plus ferme. Comment tu te sens ?

— Comme quelqu’un qui a retrouvé ses cinq sens.

— C’est vrai que le septième, c’est tellement surfait. »

Shura réprima un gloussement et le cœur du Verseau se gonfla de cette tendresse amicale qu’il lui avait toujours conservée : en dépit de ses vêtements de deuil qu’il peinait encore à remiser dans son placard, l’Espagnol revenait doucement mais sûrement dans la lumière qui était la sienne depuis l’adolescence. Il ne manquait plus grand-chose pour qu’il fût de nouveau l’homme sûr de lui-même et de ses choix que Camus avait toujours envié en secret et cette idée, inexplicablement, l’apaisait.

Shura eut un discret raclement de gorge, après un regard rapide par-dessus son épaule en direction de son temple :

« Si tu vas à Paris…

— … Je passerai voir Marine, répondit le Verseau en hochant la tête. Ça, au moins, c’est dans mes plans.

— Dans ce cas, dis-lui qu’il va bien.

— Je pense qu’elle le sait déjà mais je transmettrai. »

Shura avait froncé brièvement les sourcils mais Camus se contenta de lui retourner un sourire tranquille avant de poursuivre :

« Et de votre côté, quel est le programme ?

— On reste jusqu’à ce que Shaka emmène Mü.

— Ils partent eux aussi ? Où ça ?

— En Inde. Dans son repaire de hippies. Ce n’est pas de moi, précisa encore Shura avec un sérieux consommé devant les sourcils levés de Camus qui laissa échapper un rire bref et vite étouffé. Au moins, il ne restera pas seul et Shaka sera là en cas de problème. Lui ne va pas bien du tout et très franchement, je ne suis pas tranquille.

— Dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux qu’il reste ici ?

— Avec une vue imprenable sur la tombe de Shion et maintenant celle de Dôkho depuis sa fenêtre ? Les armures qui le harcèlent non-stop ? Ses souvenirs ? Laisse tomber – Le Capricorne soupira –Shaka est bien mieux placé qu’Angelo ou moi pour l’épauler, surtout d’un point de vue spirituel. Mü a besoin de tout en ce moment sauf d’être entouré de cosmos à problèmes, il a assez des siens. Et Shaka…

— … a un cosmos de Bouddha.

— Voilà. Ensuite on part à Madrid où j’ai des engagements avec le journal. »

Et la vie reprendra son cours.

« Bien, fit Camus en se décollant de la dorienne, avant de saisir les anses de son sac. Je vais y aller. Même si je ne réponds pas – il répondit d’un sourire torve au ricanement sec de Shura – laisse-moi un message pour me donner de vos nouvelles. Histoire que je sache jusqu’à quel point vous maudire.

— J’en ai autant à ton égard. »

Ils s’enlacèrent brièvement en guise d’au revoir et Shura rajouta, ses yeux sombres et étroits plantés dans la clarté glacée de ceux du Verseau :

« N’oublient pas ceux qui t’attendent. Et pourquoi.

— Je vais m’y efforcer.

— Pas sûr que ça suffise cette fois.

— … Message reçu. »

Asgard, Norvège, Fin juin 2006

Le claquement sonore des talons dans le grand vestibule annonça l’arrivée d’Albérich de Megrez avant même qu’elle lui fut officiellement notifiée et d’un geste de la main, Hilda congédia le héraut qui venait de se faufiler par la double porte qui menait à la salle d’audience. Elle le rappela toutefois :

« Dans le grand salon », lui notifia-t-elle après réflexion. Elle connaissait assez son interlocuteur pour savoir qu’il n’apprécierait pas d’être reçu en salle d’audience comme n’importe quel autre requérant.

Lorsqu’il fit son apparition, Hilda était en train de servir le café. Denrée exotique sous ces latitudes mais qu’elle appréciait, et bien plus que de raison. Elle ne voyait, au fond, aucune raison de s’en priver : sa nature s’en accommodait volontiers même après plusieurs tasses consommées tout au long de la journée.

Albérich aussi en était friand, d’autant qu’il en était l’importateur. Comme tant d’autres choses, songea la souveraine d’Asgard, partagée entre reconnaissance et résignation à l’idée que le peuple tout entier devait beaucoup – beaucoup trop – au clan Megrez. S’il n’avait pas été élu trois mois plus tôt, il le devait bien plus à sa personnalité clivante qu’à ses idées novatrices et ses compétences de gestionnaire. Pourvu qu’il décidât de devenir sympathique et la prochaine fois, elle devrait lui céder sa place.

Si tant était qu’il y eût une prochaine fois.

« Hilda.

— Albérich. »

L’Asgardien avait marqué un temps d’arrêt sur le seuil et incliné brièvement la tête en guise de salutation, avant de se diriger vers le fauteuil désigné par la jeune femme. Cette dernière ne se formalisait plus depuis longtemps du minimum syndical de politesse auquel Albérich de Megrez sacrifiait à son égard. D’abord parce qu’ils avaient le même âge, étaient issus de la même caste et de fait, avaient grandi ensemble ou quasi en fréquentant les mêmes précepteurs et les mêmes maîtres d’armes. Cette familiarité de longue date les dispensait du protocole lorsqu’ils s’entretenaient en privé. Ensuite parce qu’on ne pouvait pas obliger un âne à boire s’il n’avait pas soif : l’héritier des Megrez mettait un point d’honneur à ne jamais plier le genou devant quiconque, souveraine d’Asgard comprise. Hilda avait le choix de ses propres luttes et obliger Albérich à lui consentir des courbettes n’en faisait plus partie depuis longtemps.

« J’ai ouï dire que Dôkho de la Balance était mort. Enfin », entama l’Asgardien sans autre préambule, son regard couleur de jade fixé sur les mains d’Hilda qui lui tendait une tasse fumante. « J’ose espérer que nos condoléances ont été à la mesure du personnage et de ses actes ?

— J’ai envoyé un courrier officiel au Sanctuaire pour le notifier de notre profonde compassion devant cette triste nouvelle et l’assurer qu’Asgard ne manquerait pas de conserver aussi vivant que possible son dernier souvenir du Chevalier de la Balance.

— En ces termes ?

— En ces termes exacts, oui.

— A la bonne heure. » Et un sourire glacé de fendre la moitié exposée du visage d’Albérich, ses mèches rousses recouvrant un peu plus sa tâche de naissance alors qu’il penchait la tête pour reposer sa tasse sur le guéridon le plus proche. Hilda le considéra un moment, retenant à grand-peine un accès d’hilarité. La réaction de l’héritier du clan Megrez était tout sauf inattendue et il s’agissait de l’un des rares sujets sur lequel ils s’accordaient tous les deux ainsi qu’avec probablement la très grande majorité de leurs concitoyens. Dôkho de la Balance avait laissé un souvenir impérissable lors de son dernier passage en Asgard, du moins pour ceux qui y avaient survécu. D’autres n’avaient pas eu cette chance et ils s’en trouvaient encore, parmi les Asgardiens les plus âgés, pour conjurer le mauvais œil d’un signe discret – et maudire le Sanctuaire par la même occasion –lorsqu’ils traversaient l’esplanade du Palais où les “traîtres” désignés à l’époque avaient perdu leur honneur et leur tête[1].

« Ceci étant, ce n’est pas au sujet de cet individu que j’ai sollicité une entrevue, reprit Albérich, sa neutralité coutumière ayant réintégré ses traits lisses. J’imagine que tu es au courant pour les glissements de terrain sur la côte ?

— En effet, répondit-elle en repositionnant avec soin le service en porcelaine sur le plateau à côté d’elle. Dans notre malheur, heureusement que le gibier est abondant en cette saison.

— Il convient toutefois de demeurer vigilant. »

Albérich faisait allusion au risque de prélèvements excédentaires. En effet, en cette période de l’année, les mises bas étaient nombreuses et il était extrêmement facile de dénicher des bêtes moins mobiles que de coutume. Bien qu’il fût rigoureusement interdit de chasser les jeunes, la disparition de leurs parents réduisait de fait leurs chances de survie à la portion congrue.

« J’organiserai une série de contrôles sur les marchés, argumenta Hilda, afin de dissuader les dérives éventuelles.

— Cela me semble nécessaire, en effet. »

Une tasse entre ses mains toujours froides, elle s’était installée en vis à vis du Guerrier Divin, sur le fauteuil jumeau du sien. La cheminée était éteinte mais pas le poêle d’appoint qu’elle laissait toujours en fonctionnement, été comme hiver, quoi que voulussent signifier ces termes sous les latitudes asgardiennes.

« J’ai d’ailleurs pu m’entretenir avec les pêcheurs, reprit-elle. Ils n’entrevoient pas d’amélioration avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois et m’ont indiqué que le problème était le même dans les eaux norvégiennes.

— Je sais, leur ministère de l’Agriculture me l’a confirmé. »

Un bref instant, les narines d’Hilda se pincèrent : la façon de procéder du guerrier divin de Delta était toujours aussi horripilante. Bien que cela n’entrât pas dans ses prérogatives, il prenait des libertés avec le protocole à l’extrême limite de la correction. Il l’en informait, bien sûr. Mais le plus souvent a posteriori, et lorsqu’il pouvait arguer d’une issue positive à ses prises d’initiatives ainsi qu’il les qualifiait avec un sourire bonhomme. Elle ne pouvait alors rien lui reprocher, puisqu’il s’était montré efficace dans l’intérêt de tous, n’est-ce pas ?

« Toutefois, les modélisations en cours semblent montrer que la masse des limons ne devrait pas s’étendre au-delà de quelques kilomètres, au plus.

— C’est déjà trop loin, rétorqua Hilda, leurs bateaux ne sont pas conçus pour aller pêcher à de telles profondeurs.

— En bien dans ce cas, il suffit d’en changer. Non ? »

Au moment même où elle avait énoncé son objection, la souveraine avait su qu’elle commettait une erreur et qu’une fois de plus, Albérich ne raterait pas une aussi belle occasion de la repousser dans ses retranchements. Et en effet :

« Je ne pense pas que ce soit si compliqué, renchérit-il, et plus tôt ce sera fait, plus vite notre peuple pourra retrouver du poisson sur les étals. Tu sais comme moi l’importance de maintenir une bonne diversité alimentaire.

— Certes mais ce ne serait pas la première fois que nous soyons obligés de nous rationner en tel ou tel denrée. Rappelle-toi, il y a deux ans. »

Un été cataclysmique que de mémoire d’Asgardien, ils n’avaient pas connu depuis près de sept décennies. Pour tout dire, l’été en question n’était jamais vraiment arrivé et toutes les serres du monde ne pouvaient pas lutter contre un froid glacial et surtout l’absence du soleil. Les cieux étaient demeurés chargés de nuages épais et sombres pendant près de trois mois si bien que les fruits et légumes qui avaient pourtant démarré moururent en l’état et que pour éviter une épidémie de scorbut, Hilda avait dû non seulement importer en urgence des tonnes de denrées mais aussi et surtout solliciter Saga pour une aide exceptionnelle. Celle-ci lui avait été consentie mais à un moment où le Sanctuaire lui-même se trouvait dans une passe difficile financièrement du fait de sa reconstruction.

Avec le recul, le Grand Pope et la souveraine d’Asgard étaient tombés d’accord sur le fait que la survenue des Portes constituait la principale cause de ce phénomène. La dernière fois, c’était en 1938. Il était on ne pouvait plus probable que le cosmos de la planète lui-même eût été la victime de perturbations induites par les Portes ce qui avait engendré des anomalies majeures mais ponctuelles, et qui n’avaient rien à voir avec les dérèglements observés depuis plusieurs décennies.

Un semblant de bonne nouvelle donc, au milieu d’un océan de mauvais augures.

« … Il suffirait par conséquent d’abonder le fond des pêcheries de la somme correspondante afin qu’elles puissent emprunter sur une durée raisonnable tout en couvrant leurs coûts d’exploitation. »

Le ton professoral d’Albérich ramena Hilda sur terre, et plus précisément dans son fauteuil, ses yeux égarés dans le vague focalisant de nouveau sur son interlocuteur.

« Il faut, il suffirait, nous devons… soupira-t-elle avec commisération. A t’entendre, cela apparaît si facile qu’on est en droit de se demander pourquoi toutes ces solutions n’ont pas été mises en œuvre plus tôt.

— En effet, on peut s’interroger, répliqua-t-il avec un sourire que démentait la froideur de son regard de jade.

— Albérich, rappela-t-elle sévèrement, tu connais aussi bien que moi et que tous les autres chefs de clans l’état des finances d’Asgard. Quand bien même remplacer notre flotte de pêche par des bâtiments plus performants devient une nécessité, nous n’avons pas de quoi financer une telle opération, même en empruntant de l’argent auprès des banques.

— Qui a parlé de banque ? Tu ne m’as donc pas écouté ? »

Cette fois il souriait pour de bon, sa malice revenue au fond des yeux qu’il leva au ciel en une mimique exagérée :

« Allons, je recommence. Je te disais que cet argent, je… le clan Megrez pourrait l’avancer aux pêcheurs à un taux très avantageux. En outre, il peut être mis à disposition tout de suite, ainsi nous ne perdrions pas plus de temps. Le peuple serait ainsi rassuré de voir que nous lui proposons des solutions et pourra se consacrer plus sereinement à son devoir.

— Et cet argent ? – le front de Hilda s’était plissé de perplexité – comment comptes-tu, toi, le financer ?

— Savais-tu que nos eaux territoriales s’étendaient bien plus au nord que le dessin de nos côtes le laisse à penser ? »

Reposant sa tasse sur le petit guéridon le plus proche, Albérich quitta son siège et d’un pas souple, s’approcha de la vaste carte encadrée au mur. Elle était neuve, et avait remplacé une très ancienne gravure qui pour élégante et soignée était-elle, ne rendait pas compte du territoire asgardien avec la précision qu’on était en droit d’attendre au vingt-et-unième siècle. Par le biais du gouvernement norvégien, Albérich avait déposé une demande officielle de prises de vue satellite des terres de l’enclave, domaine maritime compris. Toute trace de cette mission de reconnaissance disparut toutefois des archives, tant du prestataire que du gouvernement lorsque celui-ci eût décrété le caractère secret défense du secteur en question, tenant ainsi compte de la pertinente suggestion d’Albérich à ce sujet. Sur la base des données collectées, une nouvelle carte avait été générée, d’une précision absolue, et c’était elle qui depuis trônait dans le grand salon attenant à la salle d’audience.

A l’instar de la Grèce vis-à-vis du Sanctuaire, la Norvège avait pleinement connaissance de l’existence d’Asgard sur ce qui était considéré aux yeux du monde comme son sol et en vertu d’accords séculaires, s’engageait à en protéger le secret. En contrepartie, le pays savait qu’il pouvait compter sur Asgard en cas de nécessité pourvu qu’il ne s’agît pas de prendre parti dans un conflit ou de porter atteinte à des innocents.

Bien malgré elle, le regard d’Hilda glissa jusqu’aux pieds d’Albérich. Les semelles de ses chaussures étaient plus épaisses que celles de ses compatriotes et elle savait qu’elles cachaient en sus des talonnettes. Sa petite taille avait toujours complexé le chef du clan Megrez bien qu’il sût par sa vivacité d’esprit et son sens de la répartie compenser plus que largement ce qu’il considérait comme un handicap. Ces réflexions la ramenèrent à Fenril qui pour sa part s’en était également accommodé bien que d’une autre manière. Songer au Guerrier Divin d’Epsilon lui serra le cœur et une fois de plus, elle dut s’obliger à se reconcentrer sur le moment présent.

« Ici le domaine maritime de la Norvège. Là, le nôtre, désigna-t-il de son index. Or, il se trouve que dans le cadre de ses dernières campagnes de prospection, nos voisins ont détecté l’existence de réserves de gaz et de pétrole certes particulièrement profondes et compliquées d’accès mais considérables, qui s’étendent à cheval sur nos deux territoires : quarante pour cent environ de ce gisement nous appartiennent. Aussi…

— Jamais. »

Dressée au milieu de la pièce, Hilda fusillait du regard Albérich qui avait fait volte-face dans sa direction, l’air surpris.

« Il n’est pas question qu’Asgard se lance dans une telle opération, ni même se préoccupe de sa faisabilité. Non seulement nous ne le ferons pas, mais la Norvège non plus. Je ne prendrai pas le risque d’un désastre environnemental qui pourrait engendrer des répercussions insupportables pour Asgard et je refuserai par conséquent à la Norvège l’autorisation de prospecter ces réserves.

— Es-tu sérieuse ? Demanda Megrez avec une telle douceur qu’elle frémit. Crois-tu réellement détenir une légitimité quelconque pour refuser au pays à qui nous devons notre protection et notre subsistance sur le plan administratif et juridique le droit d’exploiter des ressources qui, officiellement et aux yeux du monde, sont localisées sur son domaine maritime ? Tu devrais déjà t’estimer heureuse qu’ils prennent la peine de nous consulter.

— Ils violeraient purement et simplement les accords qui nous lient et ils n’y ont aucun intérêt, riposta sèchement Hilda.

— C’était peut-être vrai avant. Mais aujourd’hui, dans notre monde actuel, veux-tu bien m’expliquer en quoi nous représenterions la moindre utilité pour eux ?

— Les mines de fer.

— Ah. Oui. Ces mines, contre lesquelles tu ne t’es jamais opposée, me semble-t-il ? Pourtant, à t’entendre, l’exploitation des ressources terrestres sont sources de danger.

— Elles sont sur tes terres aussi je doute que tu prennes le moindre risque en ce qui concerne leur gestion. Et je n’ai jamais dit que j’étais défavorable à toute exploitation. La géothermie en est une et elle n’impacte en rien notre qualité de vie, au contraire.

— J’en déduis donc que jusqu’ici, les opérations que j’ai pu mettre en œuvre dans l’intérêt collectif présentent un solde positif à tous points de vue, n’est-ce pas ? Alors en quoi cela serait-il différent en ce qui concerne ces réserves pétrolières ? Nos réserves ?

— Ce n’est pas… ! »

Dieux qu’elle le haïssait parfois ! Qu’il l’agaçât, c’était un fait, mais Albérich agaçait tout le monde. C’était même sa marque de fabrique dont il n’était d’ailleurs pas peu fier, dans le sens où cette capacité qu’il avait de mettre le doigt là où ça faisait mal aussi souvent et aussi longtemps que nécessaire finissait par lui remporter toutes les adhésions, non par conviction, mais par lassitude. Mais à l’occasion, il pouvait se montrer si retors et si manipulateur que ne pas s’en rendre compte était mission impossible. Pourtant, même lorsqu’il se complaisait dans de tels extrêmes, il réussissait à se donner le beau rôle, celui de l’éminence grise incomprise qui avait tant à cœur de servir son peuple et sa souveraine. Elle savait pourtant – et elle n’était pas la seule – que Albérich n’avait jamais servi et ne servirait jamais personne d’autre que lui-même.

Prenant une profonde inspiration, elle reprit d’une voix plus maîtrisée :

« J’ai dit non, Albérich. Et quoi que tu en dises, la Norvège saura m’écouter et entendre mes arguments.

— Tu sais quel est ton problème, Hilda ? Ton absence de vision. »

Les mains nouées dans son dos, il la considérait, apitoyé :

« Je ne prétends pas être au fait des détails de ton quotidien pour ce qui concerne l’administration d’Asgard, avec laquelle tu sembles si à ton aise. Mais pour ce qui concerne l’avenir de notre peuple et le chemin qu’il convient de tracer pour lui, tu manques singulièrement d’ambition et de perspicacité. C’est en cela que j’ai regretté de ne pas avoir été élu cette fois-ci encore : nous aurions pu former, toi et moi, un tandem d’une redoutable efficacité. Quel dommage.

— Tu ne sais rien, rien, de l’avenir d’Asgard ! Et pourquoi ? Parce que tu ne te rends même pas compte qu’il n’y en a plus, d’avenir ! »

Ça y était, il avait réussi à lui faire perdre son calme, encore. Oui, cette fois, elle le haïssait pour de bon, il la révulsait à un tel point que confrontée de nouveau à cette impuissance qui grignotait sa raison chaque jour un peu plus, ses digues personnelles cédaient :

« Tu échafaudes des plans, ourdis des stratégies, tu sèmes le doute, manipules tout le monde en tablant sur je ne sais quel futur dans lequel tu occuperais le trône d’Asgard. Mais pour diriger quoi ? Tu n’auras plus rien à diriger, tu ne t’en rends donc pas compte ? Depuis quand n’as-tu pas parcouru tes propres terres, rencontré tes gens et leurs familles ? Depuis quand n’es-tu pas allé faire ton devoir au milieu d’eux, pour soutenir ceux avec qui le sort a été défavorable et qui tout entiers dédiés à ce cosmos qui les épuise ne peuvent plus subvenir aux besoins des leurs ? Depuis quand, Albérich ? Pour toi, Asgard n’est rien d’autre qu’un terrain de jeu, un outil destiné à satisfaire ton ego démesuré. Tu te fiches bien de ce peuple que tu prétends vouloir aider ou, soyons fous, sauver. Tu te fiches bien de notre devoir. Tu te fiches bien de cette terre !

— … Tu as terminé ? Demanda calmement Albérich.

— Sors d’ici ! »

Le Guerrier Divin s’ébranla et, sans se hâter, frôla Hilda pour se saisir de son manteau sur le dossier du fauteuil avant de sortir enfin, ses talons s’éloignant à un rythme si paisible qu’ivre de rage, Hilda propulsa sa tasse contre la porte qui venait de se refermer en douceur sur son passage. Le fracas de la porcelaine contre le bois, puis sur les dalles de pierre, déchira tout net le voile rougeoyant de fureur qui menaçait de se reployer sur elle ; soudain épuisée, elle se laissa retomber sur son siège, une main crispée sur l’accoudoir, l’autre sur son genou.

Et, comme d’habitude, elle se surprit à se demander si elle ne s’était pas montrée trop injuste envers le chef du clan Megrez. Comme d’habitude, le doute s’insinua en elle en même temps que la culpabilité alors que ses propres paroles résonnaient dans son esprit et qu’elle les jugeait disproportionnées tout à coup. Comme d’habitude, elle se livra à une séance d’auto-flagellation en bonne et due forme. La part lucide de son esprit s’insurgeait – comme d’habitude elle aussi – contre ce traitement qu’elle s’infligeait, consciente de ce qu’il ne s’agissait là de rien d’autre que des conséquences directes de la manipulation dont elle était la victime. Elle réagissait conformément aux attentes d’Albérich et elle savait que sa crise d’hystérie l’avait une fois de plus desservie, quand lui était resté impavide. Pourtant… Était-il réellement si mauvais qu’elle l’en accusait ? Tout ce qu’il réalisait, tout ce que ses prédécesseurs avaient concrétisé avant lui, était réellement bénéfique au plus grand nombre. Qu’il agît dans son propre intérêt était une chose, mais le résultat final n’était-il pas le plus important en fin de compte ?

Ses paupières s’abaissèrent et elle porta une main à sa tempe : le sang y battait encore beaucoup trop fort et elle se trouva honteuse.

Une chose toutefois lui fit relever la tête. Peu importait ce qu’il lui reprochait dès lors qu’il s’agissait de ce qu’Asgard ne réussissait plus à accomplir. Même lui ne s’aventurait pas à la contester sur ce terrain. Un sourire amer étira ses lèvres : il avait raison lorsqu’il affirmait qu’ils auraient tout les deux fait un tandem formidable à la tête du royaume. Si seulement leurs visions de l’avenir d’Asgard n’étaient pas aussi antinomiques… Elle ne le convaincrait pas. Et lui ne la convaincrait pas non plus.


[1] Cf. la side-story écrite par Chrysos intitulée Orgueil et liberté, qui se déroule en 1951 selon la chronologie de l’UDC !verse

9 réflexions sur “Nouvelle Ère – Submersion – Chapitre 33

  1. Alberich !!! Le voilà enfin !!! Je ne sais pas si Hilda sera d’accord, mais il a été magistral dans son rôle, avec toujours en bouche le mot qui fait plaisir à son interlocuteur. En tous cas, tu l’as laissé aussi malin et fourbe que dans le canon. Mais, au delà des considérations de morale, on peut se demander s’il a si tort que ça sur certains points. Même Hilda en vient à douter, c’est dire.

    Merci pour le renvoi à la side^^. Puisqu’on parlait du canon, là aussi ça se recoupe bien. Dohko est déjà une belle entaille à la légende de sa lignée. Pas étonnant qu’il se réjouisse autant de sa mort, même si c’est à mots couverts (Hilda n’est pas en reste, remarque). 

    Au Sanctuaire, tout part en vrille puissance mille. Va falloir du temps pour regrouper ce petit monde, quand les vrais embrouilles vont commencer. 

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    • Ah ah ah ! XD Alors à vrai dire, Alberich est déjà apparu à plusieurs reprises depuis le début de Nouvelle Ere mais dans ce chapitre, il donne à voir son « plein potentiel » 😀 Ca c’est de l’Alberich, du vrai XD Et c’est ce qui fait tout l’intérêt du personnage, n’est-ce pas ? 😉 A vrai dire, avec le recul, je me suis rendue compte avec horreur que… ce personnage-là, c’est la copie conforme d’un ex-collègue dont j’ai dû subir la présence pendant 10 ans. Voilà, j’avais un Alberich dans mon équipe. Et ce que Hilda vit, et la façon dont elle le vit, eh bien ma foi, c’est ce que j’ai vécu ^^;

      Alors, oui, Alberich a plutôt raison sur pas mal de points, d’autant qu’il est loin d’être idiot. Sa vision est sans doute trop « moderne » pour Asgard mais elle est en phase avec son temps, y compris sur les aspects les moins reluisants. Ceci étant… il n’a pas encore dévoilé toutes ses cartes et il pourrait te surprendre 😉

      Ta side est une pièce maîtresse dans Nouvelle Ere à un point que tu n’imagines même pas. Si tu es preneur, je peux te balancer le draft absolument pas relu ni corrigé d’une préquelle qui fait le lien.

      Même Saga, tout roxxor qu’il soit, n’a pas encore pris la mesure de ce qui va lui tomber sur la gueule. Comme tu dis, les vraies embrouilles n’ont pas encore commencé… mais ça ne va pas tarder 😀

      Encore une fois, un très grand merci à toi, d’autant plus que tu risques au final de te retrouver le seul et unique lecteur de cette histoire ^^;

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  2. Ah ouais, bosser avec un Alberich en puissance, ça doit être sportif…

    Content que la side te soit utile. C’est un peu triste au final que tu n’aies pas plus de lecteurs, maintenant que tu es en « free lance ». Après, c’est malheureusement un signe des temps, notre fandom est vieillissant et plus grand monde ne s’intéresse aux fics.

    Je n’ai pas l’impression, cela dit, que ça se limite à Saint Seiya, les œuvres plus actuelles n’ont pas l’air de déclencher la même vague de pulsion littéraire qu’à notre époque ou alors c’est limité à un petit nombre de rédacteurs. Les temps changent…

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    • Oui, c’est un signe des temps mais qui était malheureusement prévisible. Au-delà du fait que StS soit une vieille licence et que plus grand-chose ne sorte en rapport avec StS pour réveiller le fandom (quand on regarde, c’est l’adaptation de TLC en anime qui a signé le dernier regain notable du fandom – même Soul of Golds (dont la qualité était certes très discutable) n’a généré qu’un léger frissonnement qui a disparu quasi aussi sec), tout va trop vite sur internet. Il faut que tout aille vite, tout se consomme vite, dans une époque où, qui plus est, la capacité de concentration a fondu comme neige au soleil. Donc qui a encore envie, aujourd’hui, d’arrêter tout le reste pour se poser et lire un chapitre de fic ? Juste ça ? Plus grand-monde. Parce que les notifs des réseaux sociaux, parce qu’au bout de 5 mn, ça saoule et il faut passer à autre chose, parce que tout est devenu tellement accessible qu’il est devenu normal de consommer en oubliant qu’il y a des gens derrière. Ca a commencé avec le téléchargement illégal de musique et de vidéos au début des années 2000, ça s’est accentué avec l’ADSL et la démocratisation du net, pour qu’au final, les réseaux sociaux, très ironiquement d’ailleurs, finissent par tuer ce qu’Internet avait de magique, c’est à dire les échanges et surtout le partage entre des gens qui ne se connaissaient pas mais se retrouvaient autour d’une passion commune. Mais bon, c’est comme ça et je suis heureuse malgré tout d’avoir connu un âge d’or vraiment génial et que les jeunes d’aujourd’hui ne pourraient même pas imaginer.

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      • Ah ça, c’est clair que tout va vite désormais. On a trop de films, trop de séries, trop de « contenus ». C’est comme un repas trop chargé, tu manges tellement d’aliments différents sur un temps trop court qu’au  final tu n’apprécies plus aucune saveur (on parle vraiment comme des vieux…).

        Bien sûr que c’et une chance d’avoir connu l’époque glorieuse des débuts d’internet et des forums (et par extension, d’avoir connu l’époque où intenet n’existait pas du tout^^).  Ce que je trouve un peu étonnant, mainteant, c’est que beaucoup de personnes, que ce soit sur facebook, Youtube ou autre,  se mettent en vedette en train de regarder des épisodes, des films, des livres, etc…

        C’est de la starisation à bas prix, déjà, mais ça donne surtout l’impression que plus grand-monde n’essaye de comprendre les œuvres. Il faut juste les commenter de façon superficielle, parce que sinon c’est trop long, tout le monde décrochera dès que ça deviendra trop pointu, etc… Tout le monde ne fait pas ça, heureusement, mais quand tu vois que les Youtubeurs historiques râlent des contenus actuels, c’est qu’on a atteint un nouveau pallier.

        Je ne dis pas qu’au temps des fanfics, on analysait plus pertinemment l’œuvre sur laquelle on écrivait, mais dans l’ensemble il y avait quand même souvent un peu plus d’implication et de recherches. Bref, ce n’était pas parce que c’était du fandom que c’était fait sans boulot derrière. 

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  3. Hello!

    Mon coeur de shippeuse se fendille doucement… Car hélas je devine que ce voyage à Paris va être plus long que prévu et que Camus va s’y perdre au lieu de s’y retrouver. La première scène était malheureusement emblématique de la relation entre Camus et Milo: Camus qui fuit sans doute le Sanctuaire et le deuil, mais aussi très spécifiquement Milo; Milo qui aimerait le retenir mais ne lui dit pas; et aucun des deux qui ne parvient à communiquer franchement sur le malaise entre eux. La discussion avec Shura était, par contraste, très sincère même si c’était souvent à demi-mots, comme il convient bien au Verseau et au Capricorne. J’ai beaucoup apprécié cette scène, comme j’apprécie la relation que tu décris entre eux, fondée sur l’affection et le respect mutuel. Je suis fan de la bromance version Verseau/Capricorne XD

    (Petit aparté ici pour dire que j’espère beaucoup lire les aventures de Shaka et Mu dans le repaire de hippies – et que je suis contente de voir que Shaka s’occupe de Mu! Il en a bien besoin mon petit agneau!)

    Albérich est vraiment l’archétype du manipulateur fourbe et Hilda, ma foi, réagit comme la plupart des gens face à ce genre d’individus: mal. Je me demande pourtant si leurs visions sont si irréconciliables ou s’ils ne pourraient pas trouver des points d’entente, par exemple confrontés à une menace extérieure. Déjà, ils n’aimaient pas beaucoup Dhoko, ça leur fait un point commun!

    Et sinon, je saisis l’occasion de sauter sur un nouvel indice pour mon épisode de X-Files! Après l’île mystérieuse, une carte effacée de toutes les archives qui d’après les rumeurs représenterait les frontières d’un ancien royaume caché au grand jour sur les terres norvégiennes… Je me demande si Mulder n’aurait pas dans ses connaissances des geeks capables de pirater les ordinateurs du gouvernement norvégien pour retrouver des traces du document, car on sait bien que rien n’est jamais vraiment effacé. Par ailleurs, malgré le scepticisme de Scully, son enquête sur le Sanctuaire avance. Les rumeurs (toujours elles) parlent d’enfants dotés de talents surnaturels, emmenés très jeunes sur l’île pour y subir un entraînement hors du commun. Une pensée s’insinue lentement dans l’esprit de Mulder: et si sa soeur faisait partie de ces enfants? Et si elle avait été enlevée non pas par des alien, mais par un des êtres aux capacités surhumaines qu’il a lui-même vus à l’oeuvre?

    (suite au prochain épisode)

    Blague à part, je suis vraiment impatiente de voir tous ces fils se rejoindre dans un cataclysme absolu (oui parce que je ne suis pas tellement optimiste sur le fait que les choses vont se résoudre dans la douceur et l’harmonie). Je continue toujours à te lire avec plaisir, et je t’encourage vivement pour le Nano! Je ne sais pas si tu as prévu d’écrire les 50’000 mots, ou juste « beaucoup », mais force à toi! Brûle ton cosmos!

    Bises, Lily

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    • Coucou Lily !

      Avant toute chose, grand merci à toi d’avoir pris le temps de lire ce chapitre et de me faire de tes impressions, toujours précieuses et que j’adore découvrir ! 😀

      Ehhh oui, Milo et Camus n’ont toujours pas trouvé la clé de la communication et c’est de pire en pire, d’autant que leurs esprits sont grandement parasités par la mort de Dôhko. Quant à Camus, on sait quand il part mais on ne sait pas quand il va revenir. Lui le premier. C’est vrai par contre que sa relation avec Shura est beaucoup plus simple XD Ainsi qu’elle l’a toujours été, finalement et ce, depuis leur rencontre. Il n’y a jamais eu le moindre non-dit entre eux car leur objectif était clair dès le départ : se rendre service mutuellement XD Sans oublier que Shura lui doit son « apprentissage » qui plus est. Ils se sont toujours très bien entendus, ne se sont jamais jugés et ça se sent lorsqu’ils échangent. Le principe du demi-mot est, me semble-t-il, quelque chose de normal entre deux personnes qui se connaissent très bien. J’essaye toujours de rendre les dialogues les plus naturels possible et à mon sens, ce ne serait pas le cas ici s’ils se disaient des choses… qu’ils savent déjà très bien tous les deux. Cela rendrait un truc très artificiel qui n’aurait que pour seul objectif que d’informer le lecteur. Or, pour moi, le lecteur est un « spectateur » de l’histoire qui se déroule indépendamment de lui. En tout cas, je suis ravie que cette bromance comme tu dis te plaise ! XD

      Pour répondre à ton aparté concernant Shaka et Mü : oui, c’est prévu et même d’ores et déjà écrit depuis fort longtemps ! Il suffit *juste* que j’en arrive au chapitre qui va bien, ce qui je pense ne saurait plus trop tarder.

      Aucun Asgardien n’apprécie Dôkho XD Comme ça au moins… ! Et il ne s’en trouve pas beaucoup non plus pour apprécier le Sanctuaire au sens large. Ils n’ont jamais digéré le fait que Odin accepte d’être sous l’égide (ghohoho) d’Athéna pour le contrôle de l’équilibre climatique terrestre, et ils cultivent cette détestation depuis des générations. Quant à Albérich, il est effectivement détestable et donne envie de lui coller des gifles à longueur de journée. A défaut, Hilda fracasse sa tasse contre le mur XD Quant à l’idée d’une menace extérieure… cela pourrait en être pour l’un mais pas forcément pour l’autre… *sourire sibyllin*

      Dis, tu ne voudrais pas te lancer dans une side story X-filienne ? :p Si ça se trouve, la soeur de Mulder avait un cosmos actif ! Et si se trouve (bis), lui-même est doté d’un cosmos latent sans qu’il le sache et c’est pour cette raison qu’il présente une telle « sensibilité » aux phénomènes surnaturels et une telle disposition à voir les choses sous un point de vue divergent par rapport à Scully ? Voire, allez soyons fous : c’était peut-être lui qui devait être enlevé et pas elle ? (… faut pas me lancer XD)

      MERCI pour tes encouragements pour le Nano !!! Oui, ça commence dans 2 jours, j’ai hâte ! Et en même temps, je suis un peu inquiète car j’ai malheureusement du faire l’impasse l’année dernière et j’espère que je n’ai pas trop perdu mes réflexes et surtout mes automatismes. Mon objectif principal est bien entendu de faire les 50 000 mots (et plus si possible), et aussi d’en profiter pour achever certains fils narratifs de cette histoire. Au moins deux, ce serait top. Je vais donc devoir cramer mon cosmos à fond la caisse en effet XDDD

      Encore merci pour tout, plein de bises et à bientôt !

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  4. Coucou !

    Comme tu le vois, je rattrape mon retard petit à petit.Tranquillement.

    Enfin, tranquillement… Que le début de ce chapitre a fait mal à mon pauvre petit coeur de Camiloteuse !

    Camus, t’en va paaas ! 😭 Et tiens, tandis que j’écris ma review, voilà que les paroles d’une vieille chanson de notre jeunesse me reviennent en mémoire…

    Je te perdrai peut-être là-bas…N’y va pas…Mais je me perds si je reste là… Là-baas…

    Finalement, ça leur irait plutôt pas mal, non ?

    Bon mais pour revenir à notre Scorpion et à notre Verseau… Comme j’aimerais croire que cet exil parisien sera bref et salutaire, et que Camus en reviendra ressourcé et convaincu par l’idée que Milo et lui pourraient être heureux, ensemble et amoureux. Sauf que booouh !! 😭 C’est pas juste ! Pourquoi Milo ne l’a pas attaché à l’une de ces fichues colonnes qui traînent partout au sanctuaire ?! Ou je sais pas… Il n’avait qu’à le Scarlet Needler pour le faire dormir et l’empêcher de partir. Pardon, mais mon chagrin m’incite au délire 🤣. Je sais que quelque part, Camus n’a pas le choix, et que s’il avait pu rester, s’il en avait été capable, il l’aurait fait. Mais toute cette histoire ne serait pas la leur si les choses étaient aussi simples. Alors je me raccroche à l’idée qu’au final, après, dans « quelques temps », Camus et Milo finiront par être ensemble et par être heureux. Hein ? Promis ? Mais en attendant… j’ai beaucoup aimé la scène de leur adieu et leur dernier baiser 😍. Tout comme la discussion entre Shura et Camus. Ils se comprennent si bien tous les deux… Et puis l’évolution de la « situation » entre Shura et Angelo devrait donner de l’espoir au Verseau. Après tout, ils étaient plutôt mal barrés ces deux-là, et maintenant… Si Camus pouvait en prendre de la graine, et éviter de se perdre dans les nuits parisiennes. J’aimerais te dire que j’ai hâte de lire la suite pour savoir ce que Camus va tirer de son séjour « là-bas », mais mon coeur saigne déjà. Bon, j’en rajoute un peu là, je te l’accorde. Surtout qu’en bonne lectrice masochiste (et autrice un brin sadique sur les bords), je dois bien avouer que si : j’attends la suite avec impatience ! Et puis qui sait ? Peut-être as-tu prévu d’écrire que Milo viendra chercher Camus à Paris, sur son beau cheval blanc pour le sauver des griffes de tu-sais-qui tel le prince charmant ? (Pardon, la rédaction de cette review m’a vraiment plongée en plein délire, je crains 🤣)

    Bon et pour parler d’autres choses — car oui, il reste beaucoup d’autres choses à dire sur ce chapitre –, alors comme ça, Shaka va emmener Mû se changer les idées dans un repaire de Hippies ?! Mais je languis tellement de découvrir ça !! Du patchouli, des tapis moches, des décoctions « relaxantes ». Je suis convaincue que tout cela fera le plus grand bien à notre pauvre petit Bélier en détresse. Et puis qui sait ? Peut-être que Shaka et lui finiront par trouver un autre moyen de se réconforter mutuellement ? 😉

    Et pour finir… Asgard, Hilda et Albérich. Si la souveraine n’avait pas dit moulte fois combien elle le haïssait, j’aurais presque envie d’imaginer l’existence d’une certaine forme de « tension » entre ces deux-là. Enfin c’est pas moi qui pense à ça, hein. C’est ma jumelle maléfique ! 🤣 Quoi qu’il en soit, l’échange entre les deux héritiers m’a beaucoup plu. Ils sont intelligents et se comprennent parfaitement malgré leurs profonds désaccords et toute la fourberie dont Albérich est capable. Je me demande quel rôle ce dernier jouera dans la suite de ton récit. Je n’ai pas été surprise d’apprendre qu’Alberich détestait Dohko. Très beau clin d’oeil à l’anime dans lequel la Balance avait occis l’ancêtre du guerrier de Delta ! Ah et au fait : au début de ta scène, lorsque tu décris l’arrivée d’Alberich avec ses talons qui claquent sur le sol, j’ai tout de suite imaginé lors de ma lecture que c’était parce qu’il portait des talonnettes. Et pan, dans le mille ! J’ai explosé de rire en découvrant quelques lignes plus bas que j’avais vu juste ! 🤣

    Bon ben voilà, comme d’habitude, j’ai adoré ma lecture, et pourtant, la première scène de ce chapitre a été éprouvante pour moi (ça, je crois que tu l’auras compris). Mais le talent de ta plume a su faire la différence, comme toujours.

    A tout bientôt pour la suite!

    Bises

    Phed’

    PS : et si jamais… Je crois être tombée un jour sur ffnet sur un cross over X-files x Saint Seiya. Bon je ne m’en rappelle pas grand-chose (ce qui n’est probablement pas bon signe), mais si cela vous motive, Lily et toi, pour concrétiser toutes vos belles idées, on sait jamais ! 😉

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    • Coucou !

      Alors ton « t’en vas pas », sur le coup m’a plutôt fait penser à la chanson d’Elsa ! Et ensuite, oui, bien vu pour la chanson de Goldman ! (bon sang, si qui que ce soit de moins de 40 ans lit ce thread, il ou elle va se demander dans quelle dimension on se trouve…) Et tu as tout à fait raison, cette chanson leur irait comme un gant 🙂

      Eeeeeh oui, dans un monde idéal peuplé de gens sains d’esprit sans névrose ou autre psychose d’aucune sorte, Camus ne partirait même pas pour Paris, ça ne lui viendrait pas à l’idée. Mais Camus étant ce qu’il est, il fait des bêtises en pleine conscience qui plus est. Non parce que l’excuse du décès de Dôkho, ça va bien deux minutes : tous sont affectés par cette disparition, tous le vivent mal et ils sont tous suffisamment proches les uns des autres pour se parler et soulager leur peine. Bref, c’est juste un prétexte et Milo le sait bien. Simplement, il essaye de ne pas (trop) y penser et de se convaincre que c’est vrai. Quant à Camus, il s’efforce lui aussi de se convaincre qu’il part réellement pour cette raison sauf qu’au fond… Bref, il le sait lui aussi, dommage que la constellation de l’Autruche n’existe pas, n’est-ce pas !

      Oui, dans « quelques temps ». « Queeeeeeeelques temps ». Nous sommes dans StS, c’est l’Espoir qui fait vivre, ne l’oublions pas !

      Contente en tout cas que malgré ce qui va arriver, tu aies apprécié leurs adieux 😉 Shura et Camus se comprennent à demi-mots, ils sont amis depuis assez longtemps comme ça et ont « partagé » leurs malheurs fut un temps en mode « friends with benefits » comme tu le sais :D. Shura n’est pas dupe, Camus le sait mais pas sûr que la sagesse capricornienne suffise à lui remettre les idées en place T_T Quant à celui qui va sauver Camus… J’ai étudié l’option Milo. J’en ai aussi étudié d’autres. Je pense avoir définitivement acté mon choix à ce jour mais on n’est jamais à l’abri d’une surprise ! XD (et, non, je ne te dirai rien XD)

      Un « repaire de hippies » selon Angelo c’est un repaire de perdus. Il te met là-dedans tout ce qui ressemble de près ou de loin à ce qui lui semble inadapté à la société et il ne fait pas de tri XD En tout cas, un endroit dans lequel il faudrait le payer cher pour qu’il y mette un pied XD

      Alors de l’UST entre Hilda et Albérich, c’est non. Mais vraiment, non. Ils auraient pu être amis dans des circonstances différentes, et si Albérich n’était pas… Albérich. Sauf qu’il est comme il est, et il ne changera pas. Jamais. Il a de bons côtés, il est intelligent, il réfléchit vite, il a des idées intéressantes et il est très attaché à Asgard, mais sa personnalité est un vrai repoussoir. De là à se demander s’il ne le fait pas un peu exprès pour garder les autres loin de lui, je dirais qu’il y a peut-être un sujet à creuser. Ceci étant, et c’est très rare pour moi, ce qu’on voit de lui ici ainsi que la réaction qu’il engendre chez Hilda est directement inspiré de mon expérience personnelle avec un ancien collaborateur qui nous a pourri la vie pendant 10 ans. D’ailleurs, il y a eu un côté inconscient quand j’ai écrit ce passage, c’est après en me relisant que j’en ai été horrifiée tellement c’est CA.

      Ah les talonnettes ! XDDD Parce que, franchement, dans Asgard, je me suis toujours dit que ce garçon souffrait d’un complexe lié à sa petite taille et que c’est pour ça qu’il voulait être calife à la place du calife. Donc : les talonnettes. CQFD. Ravie que ça t’ait fait rire XD

      Pour le X-over avec X-files, faut voir XD j’ai cru d’ailleurs voir passer récemment une fic sur ce thème, donc si ça se trouve, c’est déjà fait ?

      Merci beaucoup beaucoup d’avoir pris le temps de me faire part de tes impressions, même douloureuses 😉 En espérant que la suite continue à te plaire ! 😀

      Bises et à bientôt !

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