Désert du Tahar, Inde, Juillet 2006
Assommé par la fatigue et les décoctions que Shaka l’avait forcé à ingérer avant de monter dans l’avion, Mü avait dormi la quasi-totalité des vingt heures de vol depuis Athènes jusqu’à Bîkaner. Exception faite des escales, qui ne l’avaient cependant pas vu beaucoup plus “présent” à son environnement, même éveillé ; le silence dans lequel les deux hommes attendaient leurs bagages n’en était que plus pesant.
Ils auraient pu “bénéficier” des largesses de leur Pope qui, s’ils le lui avaient demandé, leur aurait concédé un portail dimensionnel pour les transporter jusqu’à leur destination finale le temps d’un battement de cœur. Ils auraient également pu s’adresser à Angelo, lequel n’aurait pas manqué de râler mais aurait accédé malgré tout à leur prière. Le chevalier de la Vierge lui-même, avec un peu de concentration et d’effort, aurait réussi à emmener Mü avec lui par-delà les mondes de la métempsychose. A la vérité toutefois, Shaka se satisfaisait de ce voyage et bénissait les longs courriers pour ces moments d’entre-deux qu’ils offraient à leurs passagers et que l’Indien n’hésitait pas à qualifier d’inestimables. Le temps d’un vol, le temps et l’espace se suspendaient et se confondaient tout à la fois quand le voyageur perdait la notion de sa position géographique et de son fuseau horaire. Son existence alors s’arrêtait ou plus précisément, amorçait un lent tournoiement sur elle-même avec, au centre sa révolution, soi et rien d’autre que soi. Ce moment sans début ni fin, Shaka savait que Mü l’avait expérimenté, que durant cet intervalle, le passé, le présent et le futur s’étaient confondus et que la souffrance l’avait laissé en paix. Le moment venu, le Bélier saurait s’en rappeler quand il s’agirait de se libérer des ombres qui, pour l’heure, l’entravaient solidement. Il était cependant trop tôt.
La chaleur était si dense que son manteau épais pesait sur leurs épaules et Shaka entendit Mü s’étrangler quand ils quittèrent l’atmosphère climatisée de l’aéroport pour s’engouffrer dans un taxi hors d’âge. Cette réaction aussi soudaine que spontanée valut à l’Atlante un regard d’encouragement de la part de Shaka, auquel il répondit d’un signe de tête résigné, et non sans un temps de retard.
Le taxi les conduisit près du canal d’où ils empruntèrent un bus qui les transporta, cahin-caha, jusqu’au milieu de nulle part, ou presque : à quelques centaines de mètres de l’arrêt douteux où ils descendirent, se profilaient un regroupement d’habitations et des volutes de fumée qui stagnaient au-dessus des toits tel un couvercle de brume.
« L’ashram », dit simplement Shaka et Mü hocha la tête en silence.
Était-ce la chaleur, qui aurait été tout à fait insupportable si elle n’avait été si sèche, les couleurs, qui déployaient tout leur spectre compris entre le blanc aveuglant et l’ocre le plus profond, la végétation rare mais surprenante, ou bien encore les premiers sons d’une vie qui leur parvenaient depuis l’ashram au gré du vent du désert ? Toujours fut-il qu’au fur et à mesure de leur progression, le regard de Mü gagna en lumière et son pas en vivacité comme il se portait enfin à la hauteur de son ami.
Il ne posa toutefois pas plus de questions qu’il en avait formulé quand Shaka lui avait proposé de l’accompagner, à savoir aucune. Comme depuis leur départ, l’Atlante se laissait porter par le mouvement, une part de lui-même aux abonnés absents de l’annuaire du monde. Shaka cependant sentit ses zygomatiques s’étirer comme il apercevait, à l’entrée de l’enceinte, la silhouette haute et droite de Bashkar, sa peau sombre tranchant avec son habit immaculé et l’éclat de son sourire.
« Mon ami, sois le bienvenu chez toi, fit l’Indien en s’inclinant les mains jointes devant lui, imité par la Vierge. Je vois que tu n’es pas venu seul.
— Je te présente Mü, le chevalier d’or du Bélier.
— C’est un honneur de vous recevoir parmi nous, chevalier, le salua Bashkar en grec. Mais, ne nous sommes-nous pas déjà rencontrés ?
— C’est le cas, en effet. »
La voix de l’Atlante était enrouée de s’être confinée dans le silence depuis plus d’une journée :
« Il y a environ vingt ans, rajouta-t-il en Indi, tirant à Bashkar un hochement de tête à la fois approbateur et entendu.
— Je me le rappelle à présent. Pas le meilleur de mes souvenirs – il posa sa main sur l’avant-bras de Shaka – mais d’autres sont depuis venus le transformer en expérience.
— C’est ce que Shaka m’a expliqué, oui.
— Bien ! »
Il frappa dans ses mains, et la nuée habituelle d’enfants fondit sur eux pour les délester de leurs bagages et leur proposer des serviettes rafraichissantes :
« Ne nous attardons pas, le vent va bientôt forcir et nous serons plus à notre aise à l’intérieur. »
A l’instar de n’importe quel nouvel arrivant, Mü eu droit à une revue et un interrogatoire en règle de la part des plus jeunes lesquels, entravant son chemin, le séparèrent bientôt de Shaka qui cheminait aux côtés de Bashkar qui lui demanda :
« Je n’imaginais pas qu’un de tes pairs viendraient un jour jusqu’ici si bien que je n’ai jamais songé à te le proposer, commença ce dernier d’une voix douce.
— Cela te dérange-t-il ? Questionna Shaka, inquiet.
— Pas le moins du monde : tes amis sont les miens, tu le sais bien. Mais j’imagine que tu vas m’expliquer ?
— Je t’avais dit il y a quelques mois que Dôkho de la Balance était très affaibli ; il nous a quittés ces dernières semaines. Or… »
Shaka eut un geste vague de la main en direction de la silhouette de l’Atlante au milieu du tourbillon des enfants et Bashkar opina, l’air grave :
« Je comprends. Cela doit être très dur pour lui.
— En effet. Dôkho n’était pas seulement son pendant zodiacal sur le premier axe ; il était également le meilleur ami de Shion et a été un mentor et ce qui se rapprochait le plus d’un père pour Mü lorsque l’ancien Pope a été… est décédé. Avec sa disparition, mon ami a perdu ses repères et il est désorienté. Je n’ai pas voulu qu’il reste seul.
— Tu as bien fait de l’emmener avec toi. Nous avons toujours besoin de bras et nul doute qu’il saura ainsi trouver un peu de paix parmi nous.
— Merci. Je savais que tu comprendrais. »
Les deux hommes attendirent que Mü les rejoignît, enfin débarrassé de son comité d’accueil. Shaka eut le plaisir d’apercevoir l’ombre timide d’un sourire si ce n’était sur ses lèvres alors dans ses yeux, ombre qui s’éclaircit encore un peu plus quand Bashkar lui désigna l’entrée d’une habitation basse, un peu à l’écart du village :
« Cette maison est inoccupée depuis que la famille qui y logeait suite aux inondations a pu reconstruire sa ferme. Le confort en est sommaire mais j’espère que cela te conviendra. »
Le tutoiement avait été spontané et Mü répondit avec la même simplicité :
« Ce sera parfait, je te remercie. Où loges-tu, Shaka ?
— Juste à côté. » Et le chevalier de la Vierge de désigner une bâtisse similaire, à quelques dizaines de mètres de là.
— Vous ne serez pas loin l’un de l’autre, renchérit Bashkar. Shaka, je te laisse faire visiter les lieux à ton ami, tu sais où me trouver. »
L’Indien s’éloigna de quelques pas, puis se retourna, toujours avec son large sourire :
« Encore une fois, je te souhaite la bienvenue, Mü. J’espère que tu plairas ici. »
* * *
Dispensaire, école, marché, sanitaires, four… A chaque détour sa découverte aussi surprenante qu’utile au sein de ce qui s’était mué au fil du temps en un gros village avec plusieurs centaines d’habitants, comme le lui expliqua Shaka. Les pluies diluviennes qui s’abattaient sur la région depuis plus d’un an à la surprise générale avaient chassé nombre de personnes de leurs villages submergés où les bêtes et les cultures n’avaient pas survécu. Le canal Indira Gandhi, bénédiction de la région à laquelle il apportait les ressources en eau nécessaires à l’agriculture et à l’élevage, s’était transformé en une malédiction, lui qui n’avait pas été dimensionné pour contenir des pluies réputées inexistantes dans ce désert.
Shaka lui avait souvent parlé de l’ashram mais le voir de ses propres yeux conférait à l’endroit une substance en laquelle Mü avait eu du mal à croire ; jusqu’ici cette histoire d’ashram lui était apparue aussi crédible qu’une utopie, un avis un peu trop tranché qu’il s’était de fait gardé de partager avec son ami.
« Quand l’a-t-il créé, rappelle-moi ?
— Il y a environ deux ans.
— Beau travail.
— Il n’a pas été tout seul à la manœuvre : tous ceux qu’il a accueillis ont accepté de bon cœur de l’aider à construire tout cela, et à l’améliorer au fil des mois.
— En effet, cela fait beaucoup pour un homme seul. »
Mais pas sans cosmos.
Mü n’en avait rien perçu lorsqu’il était arrivé et encore en cet instant, devait produire un effort conscient pour percevoir la présence de Bashkar quelque part dans l’ashram. Pourtant, il savait l’homme puissant. Plus puissant que Shaka ainsi qu’il s’en rappelait, et Bashkar aussi, de toute évidence.
Il demeurait douteux qu’une poignée d’hommes et de femmes, même très bien organisés et dirigés, eût pu créer un tel lieu à partir de rien en aussi peu de temps et avec aussi peu de moyens. Rien que l’acheminement de l’eau avait dû prendre des mois, dérivée comme elle l’était depuis le canal qui serpentait à près de deux kilomètres de là. Shaka n’en avait rien dit mais l’évidence crevait les yeux.
Toutefois, il ne vint pas à l’idée de l’Atlante de la souligner. Oui, les règles existaient pour être respectées mais parfois, on pouvait accepter de les contourner lorsqu’il s’agissait d’œuvrer dans l’intérêt commun dans le meilleur des cas, ou de ne pas porter atteinte à l’intérêt de qui ce que ce fût, dans le pire. Le bon sens devait prévaloir et manifestement, il était aux commandes dans cet ashram.
De la musique retentissait depuis une petite cour environnée de hangars en planches et le claquement des mains qui accompagnait le rythme les attira : se faufilant entre les spectateurs, ils parvinrent au premier rang du spectacle présenté par Mohini.
« Une hijra », chuchota Shaka à l’attention de Mü qui eut un signe d’assentiment. Oui, il savait ce que c’était.
Ni tout à fait femelle, ni tout à fait mâle, la silhouette tournoyait dans une envolée de tissus chatoyants, dont les broderies dorées répondaient aux bijoux qui ornaient les chevilles, les mains, le cou, le nez et les oreilles de la hijra. Leur cliquetis se mêlait à la musique entraînante, et bientôt des encouragements s’élevèrent alors que le rythme s’accélérait. Les pieds nus de Mohini martelaient le sol de plus en plus vite, soulevant des nuages de poussière ; ses bras, arrondis en corolle au-dessus de sa tête, exprimaient une vie indépendante de celle du corps auquel ils étaient rattachés et ondulaient dans l’air brûlant tels deux serpents dont les gueules s’ouvraient, festonnées d’ongles peints et brillants ; son visage, lui, était extatique avec ses yeux fermés et sa bouche d’où s’échappait une mélopée sans paroles mais qui allait crescendo comme la musique qui soudain cessa tout net. Le corps de la hijra se cassa et elle tomba, aussi inerte qu’une poupée de chiffons sur le sol, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements.
Après une hésitation, Mü imita Shaka. Son immobilité se prolongeait et il ne percevait pas les battements de son cœur. Peut-être faudrait-il… ?
Lorsque la tête, seule, se redressa, elle était rieuse et les vivats redoublèrent quand Mohini se déplia, membre après membre en une série de mouvements souples et amples, avant de bondir sur ses pieds et de saluer son public, l’air enchanté.
D’un pas majestueux, elle se dirigea vers Shaka sous le nez duquel elle se planta avant d’affirmer, le front insolent :
« Si avec ce spectacle je ne fais pas fortune au prochain mariage, j’épouse une femme et lui fais trois enfants ! Non, cinq !
— Et avec quoi paieras-tu leur dot ?! Lança une voix masculine dans l’assistance et Mohini haussa les épaules :
— Ces hommes, aucun humour. Tiens, toi, qui es-tu ? »
De nouveau, et sans doute pour dixième fois, Shaka présenta Mü qui se fendit des salutations d’usage. Lesquelles se heurtèrent à une curiosité pire encore que celles des gamins qui l’avaient escorté à son arrivée.
« Tu es étrange », décréta Mohini, les mains sur les hanches tout en l’examinant de haut en bas puis de bas en haut avant de s’avancer si rapidement sur lui qu’il n’eut pas le réflexe de se reculer quand elle posa ses doigts sur les points de vie étirés en ellipses le long de ses arcades sourcilières.
« Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-elle.
— Mü est d’origine tibétaine, intervint Shaka ce qui lui valut un regard défiant par en-dessous :
— Il ressemble à tout, sauf à un tibétain.
— Il comprend l’Indi par contre, répliqua Mü tout en chassant les doigts indiscrets qui en profitèrent pour tâter la peau lisse des joues du Bélier :
— Je ne sais pas ce que tu es mais tu as de la chance, soupira-t-elle d’envie. Pas de barbe ! Pourquoi ne suis-je pas née »tibétain », tu saurais me le dire, Shaka, toi le maître du karma ? Qu’ai-je donc pu accomplir dans mes misérables vies antérieures pour mériter mon sort actuel ? Ah, que l’existence est injuste… ! Moi ici, et moi nulle part… ! »
Sous le regard interloqué de Mü et celui, amusé, de Shaka, Mohini s’éloigna, soliloquant à grands renforts d’exclamations et de pas de danse, sans plus se préoccuper de leur présence.
« Tibétain, hein…
— Qu’aurais-je pu répondre d’autre ? »
L’éclat du soleil parut s’amoindrir en même temps que le sourire de Mü palissait. Ce que la nouveauté, la musique et les rires avaient su tenir à distance s’en revenait tranquillement mais sûrement s’amasser devant la porte de son esprit lequel s’entrouvrait déjà avec un haut-le-cœur mais sans pouvoir résister à la pression ainsi exercée.
« Je ne voulais pas te blesser, fit Shaka.
— Tu n’y es pour rien. »
Déjà Mü songeait à Jamir, à la tour qu’il avait délaissée en catastrophe quand Saga l’avait rappelé. Il voyait, comme s’il les avait devant ses yeux, les monceaux de documents et de pages noircies de sa propre main accumulés sur ce qui avait été la table de travail de son maître sans que de ce chaos en fût sorti la moindre réponse à ses inlassables et incessantes questions. Il se rappelait la présence de Shaka à ses côtés mais aussi, souvent, celle de Dôkho bien des années plus tôt, lorsqu’il s’était agi de parachever sa formation de jeune chevalier d’or, lorsqu’il avait fallu remettre en ordre, et la tour, et sa vie après la mort d’Anycia, lorsqu’il se sentait seul, lorsqu’il avait besoin de quelqu’un à qui confier ses angoisses et ses doutes.
La porte était désormais grande ouverte : un vide, le vide s’était engouffré dans son esprit toutes voiles dehors, victorieux sur le flot morne de ses pensées et y creusait son sillage, retrouvant sans difficultés les routes qu’il y arpentait déjà depuis des jours.
« … Avec moi. Reste avec moi, Mü. »
Plus que la main de Shaka sur son épaule, ce fut son cosmos qu’il sentit en train de toucher le sien avec une délicatesse qui lui fit monter les larmes aux yeux.
« Je vais… Je suis fatigué, murmura-t-il. Le voyage, sûrement.
— Va te reposer. Je te rejoindrai plus tard. »
La Vierge avait hésité ; Mü toutefois lui sut gré de la confiance qu’il lui témoignait malgré son inquiétude quant à l’idée de le laisser seul, ne serait-ce que quelques heures. C’en aurait été risible si l’Atlante avait été capable, en cet instant, de se rappeler ce que rire signifiait.
* * *
Le crépuscule avait commencé à imprimer quelques étoiles sur la toile indigo du ciel quand Mü émergea d’un sommeil agité. Reposé, il ne l’était pas mais il réussit à rassembler ses maigres ressources pour se satisfaire de ces quelques heures arrachées à son marasme. Se redressant assis au bord du lit bas et étroit qui constituait la pièce maîtresse de l’ameublement des lieux, il inspira profondément ; le poids était toujours là, bien en place autour de son cœur et ce fut d’un pas lourd qu’il sortit dans la pénombre, percée çà et là par les flammes des lampes à pétrole et les éclats, plus falots, d’ampoules électriques fatiguées.
Il avait beau n’être arrivé que plus tôt dans la journée, il s’était déjà habitué au bruissement incessant de la vie qui débordait l’ashram de toutes parts. Aussi le silence inattendu qui tout à coup l’environnait ne lui parut que plus anormal.
Un réflexe le guida à la recherche du cosmos du chevalier d’or de la Vierge, qu’il localisa au centre du village vers lequel il se mit en chemin, sans croiser quiconque. Et pour cause : une foule immense était rassemblée sur ce qui tenait lieu de grand-place avec, en son centre dégagé, Bashkar seul face à un habitant de l’ashram.
Mü se fraya un chemin jusqu’à Shaka, dont les longs cheveux blonds viraient au blanc sous les pâles rayons de la Lune qui s’élevait lentement depuis l’horizon.
« Que se passe-t-il ?
— C’est l’Échange. Un moment privilégié pour permettre à chacun de s’exprimer au sujet de ses difficultés au sein de l’ashram, ou de proposer de nouveaux aménagements ou des améliorations.
— On n’entend pas la personne parler, remarqua Mü.
— C’est Bashkar qui entend et qui retransmet. Auparavant, l’expression était collégiale mais nous sommes trop nombreux désormais et les gens n’ont plus la patience nécessaire pour écouter l’autre. »
Bashkar, assis en tailleur face à son interlocuteur se leva en même temps que celui-ci, qui avait manifestement terminé. Ils s’inclinèrent l’un face à l’autre, les mains jointes puis l’Indien s’adressa à l’assemblée pour lui faire part de l’Échange. Il s’agissait d’une suggestion visant à agrandir l’aire dédiée aux cultures et à répartir les fossés destinés à l’alimentation en eau de façon plus équitable en fonction des besoins des plantations. Tout d’abord, Bashkar remercia l’intervenant de son implication en vue d’améliorer les conditions de vie de la communauté et annonça sa décision : il proposait de mettre ce projet en application et confiait à l’homme qui venait de s’exprimer la responsabilité de la gestion de l’irrigation de l’ensemble des terrains ainsi concernés. A cette annonce, une rumeur parcourut la foule, comme le vent sur les blés : « Vinay ! » entendit Mü, d’abord dans un chuchotis tout près de lui, bientôt repris de loin en loin par des voix étouffées où la dévotion se mêlait à une crainte révérencielle. Le mot fut bientôt scandé, d’abord en sourdine avant de s’enfler jusqu’à ce que, d’un seul geste, Bashkar ramenât le silence.
Dieu. Vinay signifiait Dieu en Indi. Regardant autour de lui, l’Atlante n’apercevait que le reflet des lampes dans les yeux sombres et agrandis, tous rivés sur Bashkar qui souriait paisiblement. A côté de lui, Shaka avait adopté une attitude similaire.
« Hé… »
Plutôt que sa discrète interjection, Ce furent les doigts que Mü posa sur son poignet qui fit pivoter la Vierge vers lui :
« Vinay ? Interrogea le Bélier.
— Bashkar n’apprécie pas beaucoup ce titre, confirma Shaka, mais il a conscience que tous ces gens, dont la plupart ont tout perdu, ont besoin de repères auxquels se raccrocher pour se reconstruire. Alors il laisse faire, même s’il ne l’encourage pas. L’humilité est dans sa nature profonde, rajouta-t-il dans un sourire, et il n’est pas responsable de ce que les autres pensent de lui. »
Un autre homme se présenta face à Bashkar qui l’invita à s’asseoir à même la poussière puis l’imita.
Comme pour le précédent, aucun mot ne parvint jusqu’au public et l’Échange dura longtemps. Puis Bashkar secouât la tête et se redressa, l’autre homme demeurant assis, la tête baissée.
« Sardar a quelque chose à vous dire », proclama-t-il et le silence tout relatif qui était revenu après l’annonce précédente, s’imposa de nouveau comme les têtes se dressaient pour mieux voir et entendre. Shaka lui-même s’était figé. Subitement mal à l’aise, Mü s’agita pour changer de pied d’appui : une impression sans réelle consistance mais dérangeante l’enveloppait, qui devait tout à l’angoisse latente qui gagnait la foule.
« Ma famille et moi…
— Plus fort ! Cria quelqu’un avant de se faire rappeler à l’ordre par quelques sifflets.
— Ma famille et moi, reprit Sardar d’une voix plus ferme, allons quitter l’ashram. »
Tandis que l’étonnement se propageait, Sardar marqua une pause qu’un geste de Bashkar écourta :
« Je tiens à remercier chacun d’entre vous pour toute l’aide apportée à moi aux miens au cours de ces deux dernières années ainsi que, toi, Vinay – l’homme s’inclina en face de Bashkar qui lui rendit son salut – pour ta patience et ta bienveillance à mon égard. Il ne nous sera toutefois pas possible de revenir sur nos terres, que la pluie et les inondations ont emportées ; nous irons plus loin, où nous trouverons à nous installer, comme vient de me le proposer Bashkar. »
De nouveau l’homme se tut et un aiguillon incandescent traversa de part en part le cosmos du chevalier d’or du Bélier qui eut un haut-le-corps. La brûlure fut aussi intense que brève ; elle se dissipait déjà alors même que Mü ne parvenait pas à en identifier l’origine. Sa nature par contre, était sans appel : une rancœur irrépressible.
« Nous allons profiter de la fraîcheur de cette nuit pour rassembler nos affaires, afin de partir à l’aube », rajouta Sardar, déclenchant cette fois une clameur confuse entre stupeur et protestations, et plusieurs voix s’élevèrent »
« Mais, Sardar, comment allez-vous faire pour transporter vos meubles ?
— Et tes légumes ? Il leur faut encore au moins quinze jours ! Là où tu vas, tu ne sais pas si tu vas trouver du travail tout de suite !
— Pourquoi partez-vous aussi vite ?
— Hé, n’oublie pas de me rendre mes outils ! »
Et les commentaires d’aller bon train, submergeant l’homme qui se ratatinait au fur et à mesure que la rumeur s’enflait et que la foule se rapprochait pour se resserrer autour de lui. Seul un petit groupe de personnes muettes demeurait en arrière, des femmes et des enfants dont Mü devina qu’il constituait la famille de Sardar. Ceux-ci ne bougeaient pas, figés, leurs visages impassibles ne laissant rien transparaître.
A côté de lui, Shaka avait froncé les sourcils et Mü commenta :
« Quelque chose ne va pas.
— Je suis étonné, admit la Vierge qui se dégagea de la presse humaine, Mü s’empressant de lui emboîter le pas avec soulagement. Sardar fait partie des premiers membres de cette communauté, il a participé à l’édification de la maison commune puis des premières habitations – il est charpentier de métier – et beaucoup ici ont pris l’habitude de se tourner vers lui en cas de besoin, ou lorsque Bashkar est trop occupé. Cela va être compliqué pour lui d’ailleurs car l’aide de Sardar lui était précieuse.
— D’un autre côté, cet ashram a pour vocation l’accueil temporaire des populations en difficulté, non ? Il est normal qu’une fois leur vie remise en ordre, les gens reprennent leur route.
— C’est vrai, oui, tu as raison – Shaka tourna vers Mü un visage éclairé – Il est décidément trop facile de s’attacher à des situations qu’on finit par considérer comme établies.
— Tout n’est qu’impermanence », récita l’Atlante ce qui lui valut un sourire entendu, auquel il ne répondit pas cependant. Lui-même aurait bien aimé se satisfaire de ce mantra auquel il était incapable de souscrire ces derniers temps.
« Ainsi va la vie. »
Ils se retournèrent dans un bel ensemble pour aviser la silhouette vêtue de lin clair de Bashkar qu’ils n’avaient pas entendu approcher. Le teint de sa peau se confondait désormais avec la nuit complètement tombée et les lumières du camp accrochaient de fugaces reflets aux courbes harmonieuses de son visage arrondi. Seul le blanc de ses yeux et de ses dents perçait encore la pénombre :
« Sardar et les siens sauront sans nul doute trouver la place qui leur convient dans une autre communauté. Il est d’un caractère fort : je n’ai pas de crainte en ce qui concerne son avenir.
— Il va nous manquer, fit Shaka de sa voix douce. Il va te manquer.
— … Certainement. »
Une cavalcade étouffée martela le sol à quelques mètres de là et les trois hommes aperçurent des ombres de petite taille courir dans leur direction. Encore des enfants songea Mü non sans un pincement au cœur, avec entre leurs mains un avenir que cet endroit leur a permis d’imaginer au lieu de le maudire. Shaka lui avait confié que Bashkar aimait beaucoup les enfants ; l’Atlante le croyait volontiers tant leur présence symbolisait l’espérance que l’Indien avait voulu restaurer au sein de ce désert malmené par les éléments.
Une première pierre cogna l’épaule de Bashkar. Une autre s’abattit à ses pieds. Les suivantes fusèrent de toutes parts depuis l’obscurité avec l’Indien pour seule cible, qu’elles n’atteignirent pas cependant ; une flambée de cosmos les atomisa, pour les réduire à l’état de poussière dorée qui retomba en pluie autour de lui. Cette démonstration de puissance n’arrêta toutefois pas les assaillants. Un petit garçon de six ou sept ans à peine surgit de l’obscurité et, lancé à toute vitesse, frôla Bashkar ; un crachat s’étoila sur la tunique de celui-ci mais quand il se retourna, l’enfant avait disparu et le silence était retombé.
Médusés, les deux chevaliers d’or contemplaient l’Indien qui, lentement, leur fit de nouveau face :
« Les fils de Sardar, laissa-t-il tomber d’une voix sans timbre. Ils me tiennent pour responsable de la décision de leur père.
— Pourquoi ? »
C’était Mü qui avait posé la question. Lui aussi avait reconnu l’enfant qui avait craché sur Bashkar et plus encore que l’action elle-même, la violence et le mépris qui la sous-tendaient l’interrogeaient.
Malgré l’obscurité environnante, le Bélier décela la surprise de l’Indien qui ne s’attendait pas à ce que fût lui, qui venait d’arriver et ne connaissait encore personne ou presque à l’ashram, qui posât une telle question.
« Ce ne sont que des enfants – le ton de Bashkar était ennuyé sans que Mü fut en mesure de saisir si la raison en était la question ou celui qui l’avait formulée – ils ne disposent pas des clés nécessaires à la compréhension de la situation. »
Et les adultes ?
La pensée, pétrie d’ironie pure, avait surgi toute seule ; le Bélier en fut le premier étonné et la ravala aussi sec. Il fallait croire que la dernière heure écoulée avait eu l’avantage de détourner son attention de son apathie émotionnelle ; si Angelo était là, il le féliciterait.
« En dépit des apparences, l’équilibre de l’ashram est fragile, expliqua Bashkar. Il y a ici des castes très diverses ainsi qu’une variété de populations qui, si elles proviennent toutes de la même région, présentent malgré tout des différences culturelles qui peuvent parfois mener à des… incompréhensions. J’ai la chance, pour avoir beaucoup voyagé, de disposer d’une assez bonne connaissance de ces coutumes ce qui me permet d’aider à la cohabitation. Ce n’était pas le cas de Sardar dont certains mots ou agissements ont heurté des personnes ici.
— Elles s’en sont plaintes ?
— Ce n’était pas utile. »
Le sourire de Bashkar s’épanouit dans la nuit mais en l’absence de visage auquel le rattacher, il semblait flotter là, tel un masque un peu inquiétant.
« Sardar est très attaché à cette communauté malgré ses maladresses et il a son bien-être à cœur ; c’est la raison pour laquelle il a de lui-même proposé de s’en éloigner. Ces pauvres enfants sont encore trop jeunes pour mesurer toute la noblesse de l’acte de leur père. »
Mü hocha la tête, digérant les paroles de Bashkar tandis qu’à côté de lui, Shaka achevait de se détendre :
« Tu as bien agi mon ami, déclara-t-il avec chaleur. Et il est tout à l’honneur de Sardar d’avoir agi ainsi dans l’intérêt de la communauté, comme il l’a d’ailleurs toujours fait. Mais peut-être devrais-tu l’expliquer à l’ensemble de l’ashram ? Tout le monde n’a pas ta sagacité et Sardar avait pris de l’importance pour certains d’entre eux.
— Je retiens ton idée, Shaka. Je verrai toutefois si cela s’avère vraiment nécessaire dans les jours prochains : j’ai toute confiance en notre communauté et ses capacités de compréhension. Sur ce, mes amis – Mü devina sa silhouette qui s’inclinait dans sa direction – il est tard et la journée de demain sera riche en travaux ! Je vais me retirer et vous invite à m’imiter afin que vous soyez frais et dispos. »
L’amusement pointait sous les dernières paroles de Bashkar et une aura de paix se diffusa dans son sillage lorsqu’il passa devant les deux hommes en direction de ses propres quartiers, une habitation aussi basse et aussi modeste que celles qu’eux-mêmes occupaient.
« Cet homme est plein de surprises, commenta le Bélier, songeur.
— Ne t’avais-je pas prévenu ? »
Shaka avait commencé à s’avancer de son côté, et Mü mit ses pieds dans les siens, à la suite de l’oriflamme opalescent sous la Lune qui tenait présentement lieu de chevelure au chevalier de la Vierge. Il se retourna néanmoins une dernière fois vers le lieu de repos de Bashkar. Ombre parmi les ombres, une silhouette s’avançait à pas souples et silencieux et ce fut le tintinnabulement plus que ses formes indistinctes qui renseigna l’Atlante sur son identité : Mohini s’apprêtait à rejoindre Bashkar à une heure qui n’était pas celle des considérations ni matérielles, ni spirituelles.
Sur le point d’interpeller Shaka, il s’en empêcha néanmoins, sans vraiment savoir pourquoi. Son ami n’avait rien vu, à moins qu’il sût déjà ? Et alors ? En quoi était-ce problématique ? En rien, jugea le Bélier tout en secouant la tête afin d’en chasser ses idées saugrenues. Tout cela ne le regardait, ni ne regardait qui que ce fût, en rien.
La perspective cependant de se retrouver seul d’ici quelques minutes, dans ce lieu qui n’était pas le sien et qu’il n’avait pas encore eu le temps de s’approprier, commençait à faire naître en lui une certaine appréhension : ses pensées allaient lui sauter à la figure pour lui dévorer la cervelle en moins de temps qu’il n’en faudrait pour abandonner une séance de méditation pas même initiée.
« Souhaites-tu que je reste un peu avec toi cette nuit ? »
Mü, qui avait vissé son regard au sol tant pour voir où il allait que vaincu d’avance par ses perspectives moroses, redressa la tête : Shaka s’était arrêté et lui tendait la main, paume ouverte vers le haut.
Du bout des doigts, l’Atlante en effleura le creux :
« Oui, je veux bien. »
Mü n’a pas fini de « trimbaler » sa mélancolie.. (entre le décès de Dôkho , les armures, son sentiment de solitude…).
Heureusement que Shaka est là pour le prendre en main. Ce qui est primordial, vu que le Bélier va être une pièce maîtresse dans les événements à venir.
Je verrai bien Bashkar comme maître bis pour Rosa (je dis cela, je ne dis rien 😉)
Un chapitre de transition pour ma part, mais très agréable. Vivement le prochain !
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En effet, notre pauvre Mü est loin d’être sorti d’affaires T_T Shaka est un ami précieux, attentif et vigilant mais pas sûr que ça suffise dans les semaines à venir : la disparition de Dôkho est un sacré coup de bambou pour notre Bélier dont il va avoir beaucoup de mal à se relever et qui risque de perturber sa prise de décision.
Je ne dirais rien concernant Bashkar, tu t’en doutes bien. J’en déduis toutefois que tu apprécies le personnage ? Pour quelles raisons ? 😀
Sur cette histoire, il faut bien avouer que je me suis fait rattraper par mes travers et comme il y a beaucoup de personnages, forcément ça « transitionne » beaucoup. Je pourrais faire des tas d’ellipses (et il y en aura, forcément) mais 1/ ça reste du travail amateur 2/ c’est pour le plaisir et 3/ le format est terriblement piège pour m’inciter à sauter dedans à pieds joints. Ceci étant, si tu as trouvé ce chapitre agréable, rien ne pourrait me faire plus plaisir !
Encore une fois un grand merci à toi de suivre les péripéties de cet univers encore et toujours, par-delà les années !
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Hello M’dame !
Pour répondre à ta question, j’apprécie le personnage, car il a su surmonter sa « non-sélection » au titre de chevalier d’or de la Vierge, ce, malgré tout son entrainement et ses années d’efforts.
Il aurait pu utiliser son savoir et sa force à des fins personnes (comme certaines personnes !).
Au contraire, il utilise ses « capacités » pour le bien d’autrui.
Enfin, je le vois bien jouer plusieurs rôles dans un avenir plus ou moins proche.
1) Un double jeu au profit du Sanctuaire, comme se faire « approcher » par les enfants du cosmos, faire semblant d’accepter, pour finalement les précipiter dans la gueule de Saga et de sa garde rapprochée.
2) Plus tard, être un maître pour Rosa, tout du moins un mentor pour elle.
Elle a la chance d’avoir un maître en « poste » et d’avoir un autre homme tout aussi doué et puissant pour l’aider à devenir une représentante de la Vierge vraiment « badass ». Un luxe que peu pourrait s’enorgueillir d’avoir (hormis Ethan)
Bref, un personnage, complexe, attachant et un allié précieux pour le Sanctuaire.
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Coucou,
Eh oui, il y a des gens comme ça, on ne sait pas pourquoi, qui donnent tout de suite envie de leur accorder notre confiance pleine et entière, même si on est de nature plutôt méfiant. Merci de m’avoir partagé ton ressenti sur Bashkar, c’est toujours très très intéressant de savoir comment les lecteurs perçoivent les personnages 😉
A bientôt !
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Beau rendez-vous en terre inconnue pour Mu ! Si ça ne lui remonte pas le morale, au moins ça lui permet de penser à autre chose.
On sent une belle cohésion (précaire) au sein du camp de villageois. C’est vivant tout ça! Par contre, je ne sais toujours pas de quel sexe est la danseuse. Soyons moderne et ne cherchons pas à deviner.
Bonne continuation.
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Ah ah, bien vu le parallèle avec RDV en terre inconnue XDD Bon, ce n’était pas voulu, tu t’en doutes ! (et puis, pas besoin de traducteur, Mü est polyglotte, ça aide XD) En effet, ça a le mérite de lui changer un peu les idées, c’était l’objectif de Shaka quand il a décidé de l’emmener avec lui (avec l’autorisation de Saga parce que faut pas déconner).
Le camp est effectivement très animé. Quant à la danseuse, c’est une hijra, un concept typiquement indien : biologiquement, c’est, en général (parce qu’il peut aussi y avoir des hermaphrodites), un homme (rholala, rien qu’en écrivant ça, à tous les coups je joue avec ma vie) et socialement, c’est une sorte de 3ème genre, ni homme, ni femme, ou un peu tout ça à la fois. C’est une caste à part, à la fois respectée (leur présence lors des mariages est gage de fertilité) et crainte (elles lancent le mauvais oeil) et dans tous les cas, au quotidien pas particulièrement enviable.
Mais Bashkar accueille tout le monde, loué soit-il n’est-ce pas ?
merci pour ta lecture et tes encouragements !
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Je n’en reviens pas d’avoir mis si longtemps pour commenter alors que j’ai lu ce chapitre plus ou moins à sa parution… (s’enfouit dans le sable). En tout cas, je suis ravie que Shaka s’occupe de Mu, déjà parce que c’est un de mes « duos » préférés dans ton univers, et ensuite parce que Mu a vraiment besoin d’une épaule sur laquelle s’appuyer. J’ai l’impression que la présence de Dhoko était un peu la seule chose qui l’empêchait de sombrer jusqu’à présent, entre sa solitude et l’impression d’être inadéquat parce qu’il ne parvient pas à ses fins avec les armures… En être privé doit vraiment être le dernier coup à son moral, et je ne serais pas fâchée de voir quelque chose de positif lui arriver (enfin)!
Et à part ça, c’était aussi très intéressant de voir l’ashram à travers ses yeux, et d’observer ainsi la relation de Shaka et Bashkar. Bref, j’ai bien aimé ce chapitre entièrement consacré à deux de mes chouchous (et qui en plus fait voyager)!
A bientôt!
Lily
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Bonjour Lily !
Je suis très heureuse te lire tes impressions sur ce chapitre car je sais que tu apprécies beaucoup ces deux personnages ♥
Tu as raison : Dôkho était le dernier lien qui rattachait Mü à lui-même et au monde, qui rendait tangible un lien dans lequel Mü pouvait se reconnaître. A présent, il se retrouve confronté à une vérité qu’il connait depuis longtemps : il est seul. Irrémédiablement seul. Le seul et le dernier de son peuple notamment, Dôkho de par son amitié avec Shion en était la mémoire vivante pour Mü, donc avec la Balance Shion était encore un peu « en vie » quelque part. Dôkho mort, c’est aussi un peu la deuxième mort de Shion. Et cette histoire d’armures n’arrange rien, en effet : il est le seul à pouvoir mais il n’y arrive pas parce que la mémoire des Atlantes s’est perdue. Bref, tout ce qui pourrait lui donner de la consistance lui glisse entre les doigts et il se sent comme une coquille vide. Ceci étant, quand on touche le fond, on ne peut que remonter, non ? 😉
J’ai fait mal de recherches concernant la géographie de l’ashram et ce qui l’environne, contente que cela t’ait dépaysée ! J’ai besoin de connaître le contexte pour écrire même si cela ne transparaît pas en mode « je te fais le catalogue détaillé de tout ce que j’ai appris » (comme certains auteurs français de polars que je ne citerai pas) parce que ça m’insupporte de le lire chez les autres. La relation entre Shaka et Bashkar est très confiante, on a l’impression que Bashkar est encore plus sage que lui.
Heureuse que ce chapitre t’ait plus, et merci beaucoup tout plein pour ta fidélité ♥ Cela compte.
Bises et à bientôt !
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Coucou !
Ouah, deux lectures et deux commentaires en deux jours, on voit que je suis en vacances ! (Jusqu’à mardi 😉)
J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce chapitre. Un chapitre qui fait voyager et qui donne envie de se poser pour prendre le temps de respirer, profiter, réfléchir.
Le début m’a bien plu car je partage exactement la même analyse que Shaka en ce qui concerne les vols long courrier : c’est une interlude délicieuse dans la vie, où l’on se retrouve seul avec soi-même (et les films à profusion 😅). J’aime tellement prendre l’avion 😁. Même si ça fait plus de cinq ans que je n’ai pas mis les pieds dans une carlingue.
Et j’ai bien rit en lisant que Shaka avait donné des « décoctions » à Mü avant de décoller. Mais des décoctions de quel genre ?! Je brûle de savoir (et d’en obtenir la recette 🤣 ) !
Ensuite, j’ai beaucoup apprécié découvrir l’ashram, son mode de vie, son environnement et ses habitants. Je n’ai que très peu de connaissances de l’Inde et de ses coutumes, hormis quelques documentaires ou lectures et des discussions avec des amis. Alors j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce que tu as mis en scène dans ce chapitre. J’espère que ce voyage permettra à Mü de se changer les idées et d’oublier un peu le fardeau qu’il est le seul à porter. Même si d’après ce que je comprends, il n’y a pas trop de raisons de déborder d’optimisme à ce sujet…
Et bien sûr, la fin donne envie de découvrir la suite puisque… Shaka et Mü vont passer la nuit tous les deux 😍. Je me demande ce qu’il va se passer entre eux et si tu nous permettras de le savoir. Mais quoi qu’il en soit, je suis convaincue que la présence de la Vierge fera beaucoup de bien au Bélier.
Merci pour ce très beau chapitre, riche en découvertes et toujours si bien écrit.
A très vite !
Bises,
Phed’
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Coucou !
Bonne reprise à toi si tu as repris aujourd’hui 🙂
Cela me fait très plaisir que tu aies apprécié ce chapitre, pour le moins dépaysant, c’est vrai ! Je n’ai jamais mis les pieds en Inde aussi me suis-je pas mal documentée ces dernières années, histoire de rendre crédibles les scènes qui s’y déroulent sans pour autant que ça vire à la démonstration de connaissances, travers dont j’ai horreur en tant que lectrice et dont certains auteurs sont les champions (coucou Grangé, coucou Minier). En gros, si les lecteurs veulent en savoir plus sur tel ou tel détail, charge à eux de chercher (je pense notamment au cas de Mohini, la hijra).
Mü ne file pas un très bon coton, j’en ai peur
Shaka lui a effectivement fait ingurgiter des tisanes cheloues XD on peut supposer qu’elles contiennent tout un tas de plantes à effets plus ou moins psychotropes histoire de le faire « planer » ou à tout le moins, anesthésier suffisamment son esprit pour l’empêcher de souffrir, même momentanément. Disons qu’on n’est pas sur de l’éléphant rose, mais pas très loin quand même XD (repère de hippies, Angelo a dit !)
Ah ah, les avions XD Perso, j’aime beaucoup aussi en prendre et j’ai l’habitude depuis toujours. Je me rappelle à l’époque d’UDC qu’un lecteur s’était étonné qu’un chevalier prenne l’avion. Ma foi, oui, Mü peut se téléporter, Shaka transiter par les mondes de la métempsychose, tout ça… mais l’UDC!verse se déroule dans notre monde et l’idée c’est justement d’humaniser des êtres surhumains. Et prendre l’avion, c’est tout de même un chouïa plus discret que des grands booms de cosmos, hein XD
Pas sûr (pas sûr du tout en fait) que la nuit commune de nos deux hippies de service (… mais quoi, heu ! ) fasse l’objet d’un compte-rendu circonstancié, je laisse les lecteurs se faire leur propre idée sur la question ou autrement dit, je laisse « planer le doute ». Et j’assume XD
Merci encore pour tes mots adorables et ta lecture, et je te dis à très bientôt !
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