Sanctuaire, Grèce, Juillet 2006
« Je suis désolé. »
De l’air piteux ou du ton frustré de Veresh, Rachel était bien incapable de deviner auquel des deux elle dut de ne pas se laisser submerger par la colère ; toujours fût-il que devant l’impuissance manifeste de l’informaticien, elle ravala ses imprécations, prit une profonde inspiration et hocha la tête :
« Merci d’avoir tout tenté.
— Tout, non ! Fit le Pakistanais avec précipitation. Mais le risque est trop grand de détruire le disque dur avec les moyens dont je dispose ici. Ils sont conséquents, c’est vrai, précisa-t-il encore, mais à ce niveau de complexité, il faudrait faire appel à des technologies très particulières dans des conditions qui le sont tout autant.
— Tu penses à quoi ? »
Veresh haussa les épaules et glissa un coup d’œil de côté qui se perdit dans le vide.
« Des spécialistes du renseignement numérique, des laboratoires équipés en conséquence, officiels autant que possible. Si j’avais les bons outils, je pourrais le décrypter. Je le sais », rajouta-t-il, les sourcils froncés et le regard sombre.
Rachel finit malgré tout par laisser échapper un petit soupir de déception. Au fond, elle s’était déjà résignée depuis plusieurs semaines devant l’obstination de Veresh. Si ce dernier avait du réussir, les données seraient déjà disponibles et exploitables. Le fait que ce ne fût pas le cas en disait long sur les intentions réelles de Dimitri : lui faire perdre du temps ou la faire tourner en bourrique. Peut-être bien les deux à fois.
« Je transmettrai ton rapport à Saga, fit-elle avec un sourire qui se voulait rassurant. Il verra ce qu’il peut faire de son côté.
— Et vous ? »
Rachel leva vers le jeune homme un regard étonné. Alors que le poste qu’il occupait et qui le passionnait le gardait la plupart du temps enfermé seul dans un bureau qui ressemblait chaque jour davantage à une tour de contrôle, Veresh s’impliquait pleinement dans la vie quotidienne du Sanctuaire et avait à cœur de protéger celui-ci à sa façon, avec ses moyens. Il n’était pas devenu chevalier mais démontrait le même niveau d’engagement et la même fidélité à son Pope que n’importe lequel d’entre eux : en témoignait entre autres son inquiétude de moins en moins larvée au sujet des blogs et désormais des sites qui fleurissaient chaque jour et dévoilaient au quotidien de nouvelles informations relatives au Sanctuaire.
D’un geste distrait, elle attira à elle son paquet de cigarettes, en extirpa une avant de se raviser et la remiser dans son logement. Son briquet toujours en main cependant, elle désigna devant elle la pile de photocopies issues des journaux des dernières semaines et qu’elle compulsait avant que Veresh n’entrât dans son bureau :
« J’imagine que tu es au courant ? Les braquages aux États-Unis – il acquiesça – la façon de procéder, la “rapidité” d’exécution comme l’écrivent les journalistes…Combien de temps d’après toi avant que le lien se fasse ? Je ne crois pas aux coïncidences.
— Dans ce cas, pourquoi laisser les sites se répliquer ?
— Parce que ça va changer quoi que ce soit ?
— Au moins, cela ralentirait la diffusion des informations et nous laisserait le temps d’intervenir.
— Contre qui ? Ou quoi ? Nous ne savons rien. Nous n’avons pas d’autre choix que de les laisser se découvrir. Même si…
— … s’il s’agit probablement des mêmes personnes. »
Veresh désigna son compte-rendu au sujet du disque dur de Dimitri Dothrakis, posé sur le rebord du bureau. Bon sang, si même ce garçon parvenait aux mêmes conclusions qu’elle…
Un vagissement indistinct provint du coin de la petite pièce et la Grecque tourna brièvement la tête vers le landau déposé là depuis le matin. Elle haussa un sourcil, se leva à demi : fausse alerte.
« Des individus que nous finirons bien par identifier, répondit-elle tout en raccompagnant Veresh à la porte. D’une façon ou d’une autre. Encore merci à toi. » Et Rachel d’écarter le vantail pour tomber nez à nez avec Thétis. Le jeune informaticien salua cette dernière avant de s’éloigner de son habituel pas pressé comme la Suédoise s’engouffrait dans le bureau à son tour.
Elle s’immobilisa, attendit puis soupira.
« Il dort, constata-t-elle après s’être penchée sur Andreas qui ne broncha pas, plongé dans un sommeil profond. Comment as-tu fait ? Décidément, il t’adore.
— Ce n’est pas moi qu’il adore mais mon cosmos, répliqua Rachel, fataliste. Et notamment la place qu’il y trouve.
— Ce n’est pas à ça que je pensais quand…
— Moi non plus, figure-toi. Mais j’imagine que c’est dans l’ordre des choses ? »
Thétis s’était laissée tomber sur le siège de l’autre côté du bureau, la tête basse et les paupières fermées au-dessus des cernes qui creusaient son regard. Elle tressaillit quand Rachel, passée derrière elle, posa ses mains sur ses épaules et se fendit d’une dérobade qui interloqua la Grecque :
« Thétis ?
— Tu… Peut-être que tu ne devrais pas me toucher. »
D’abord Rachel ne comprit pas. Puis, ses yeux s’écarquillant :
« Thétis, non ! »
Comme elle se reculait, ses deux paumes levées, la Suédoise pivota sur son siège pour la regarder :
« Je voulais qu’il arrête de pleurer ! »
La jeune femme avait crié. Saisie par le désespoir sous-jacent à la détresse de son amie, Rachel ne réalisa pas tout de suite que ses mains qu’elle tenait à distance étaient intactes et ne se ressentaient d’aucune douleur. Nulle réaction du côté d’Andreas non plus. Soulagée, elle vint poser un genou devant Thétis qui n’osait plus, soudain, la regarder mais lui abandonna ses doigts après une hésitation.
« Je… – elle se racla la gorge – ça n’a même pas duré une seconde. Mais il fallait qu’il me voie, tu comprends ? Que j’attire son attention, qu’il me reconnaisse. Moi. »
Et pas son père. Pas son oncle. Pas toi. Juste moi, sa mère.
La Grecque ne répondit rien, se contentant de serrer entre les siennes les mains de Thétis qui ravalait vaillamment ses larmes, une fois de plus. Son épuisement, combiné à la violence du deuil que son empathie l’obligeait à expérimenter avec une intensité sans aucune échappatoire, fragilisait les défenses patiemment érigées pendant des mois avec le concours de Shaka. Cela n’excusait rien à ses yeux cependant :
« Je n’aurais jamais dû faire ça. Si par malheur mon cosmos m’avait échappé…
— Mais ce n’est pas le cas, et tant mieux, l’interrompit Rachel en l’obligeant du bout de l’index à relever le menton pour la regarder. Même si tu penses le contraire, tu as su te maîtriser : moi-même, je n’ai rien senti. »
Alors que j’aurais dû. Fût-elle de l’ordre d’une étincelle, la Dothrakis aurait dû percevoir la manifestation du cosmos des Poissons au creux du sien. Cette anomalie la renvoya aussitôt aux réflexions sans réponse qu’elle s’efforçait de tenir à distance depuis plusieurs jours. Alors qu’elle s’était attendue – et préparée – à encaisser de plein fouet les conséquences de la disparition de la Balance, elle avait ressenti contre toute attente une… amélioration. La pression intérieure exercée de manière désormais permanente sur son squelette semblait s’être amoindrie et le fond diffus de douleur avec lequel elle avait appris à composer la laissait en paix. Plus ou moins. Un semblant de sommeil réparateur lui était revenu au point qu’elle retrouvait même du plaisir aux séances de conditionnement physique auxquelles elle n’avait pas sacrifié malgré son état général. Histoire de continuer à faire illusion.
Aussi paradoxal cela pût-il paraître, elle avait fini par mettre cette accalmie sur le compte de la disparition de Dôkho. L’absence de son cosmos au sein de sa propre aura avait probablement engendré un déséquilibre qui ralentissait, d’une manière ou d’une autre, le processus de transformation de son corps. Toute la question était désormais de savoir jusqu’à quand alors que le cosmos pourtant encore indifférencié d’Andreas junior semblait chercher ses marques dans un cercle zodiacal qui n’était pas le sien. L’enfant avait “compris” ce qu’elle était. A quoi elle servait. Et surtout comment en profiter.
« … Ne dis rien à Kanon. S’il te plaît. Sinon il va s’inquiéter. »
La demande hésitante de Thétis ramena à l’instant présent la Grecque qui dressa un sourcil :
« Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, je pense qu’il l’est déjà. »
Un pâle sourire ramena un semblant de lumière sur les traits de Thétis et Rachel se remit debout, l’entraînant avec elle jusqu’au landau. Elle désigna le petit garçon du menton :
« Ton sang coule dans ses veines. Cela mériterait vérification mais je doute que tu puisses lui faire du mal.
— Je ne prendrai pas un tel risque. Je ne le prendrai plus. »
Les poings serrés posés sur le rebord du landau, Thétis fixait son fils avec un mélange d’amour et de crainte, non pas pour lui mais de lui. Ce n’était pas la première fois que Rachel surprenait cette ambivalence dans le regard et les attitudes du chevalier des Poissons mais elle se refusait à aborder le sujet avec elle. Si Thétis voulait lui en parler, elle le ferait quand elle jugerait le moment venu.
« Mü a réussi à le stabiliser la dernière fois mais je ne me voyais pas le lui demander de nouveau avant son départ, dit doucement Thétis. Je n’avais toutefois pas imaginé que ce serait aussi… compliqué. »
Andreas n’était pas le premier bébé à ne pas faire des nuits complètes à neuf mois. Il s’en trouvait cependant nettement moins en capacité de pleurer voire de hurler des heures durant sans le moindre répit et ce, pendant plusieurs jours consécutifs. Dans le cas présent, si le contrôle mis en place par l’Atlante avait encore perduré pendant près d’une semaine après la mort de Dôkho, il n’avait pas suffi à contrebalancer le déséquilibre qui s’en était ensuivi pour l’enfant, dont le cosmos aligné sur la Balance s’était retrouvé amputé de son assise principale. Ce n’était encore qu’un petit enfant, un bébé incapable de conscientiser ce qui lui arrivait, de maitriser le septième sens avec lequel il était né et qui pour l’heure l’encombrait plus qu’il ne l’aidait à se construire.
« C’est un monstre », chuchota soudain Thétis, le visage penché vers son fils, à demi-masqué par les ondulations de ses mèches blondes avant d’aussitôt porter ses doigts à ses lèvres. Elle tourna un regard agrandi vers Rachel et balbutia : « Non ! Ce n’est pas ce que je…
— Je sais ce que tu veux dire. »
Le cas d’Andreas n’était pas inédit, mais il n’était pas pour autant fréquent. Par le passé, les unions diverses entre chevaliers ou plus largement d’hommes et de femmes dotés d’un cosmos éveillé avaient régulièrement donné lieu à des naissances sans pour autant que les nouveau-nés eussent systématiquement présenté des dispositions particulières. Certains d’entre eux n’avaient même jamais développé de cosmos, au grand dam ou à l’inverse au grand soulagement de leurs parents, tout dépendait du point de vue. D’autres avaient à l’inverse suivi les traces de leurs géniteurs sans pour autant assortir leur parcours des trompettes de la gloire. Et puis, il y avait les exceptions. Ceux que la loterie génétique avait dotés du meilleur des deux parents, cosmos compris. Ceux qui à peine sortis du ventre de leur mère avaient manifesté une puissance brute qui avait effrayé plus d’un membre des équipes médicales pourtant habituées à la prise en charge des membres du Sanctuaire. Sans compter ceux nés en dehors du Sanctuaire et auxquels Rachel n’avait pas du tout envie de songer pour le moment. Andreas faisait partie de ces enfants-là. Et personne n’avait jamais dit que ce serait facile.
« Il reste avant tout un être humain, dit doucement Rachel. Et ça aussi tu sais ce que ça veut dire. Le cosmos n’est qu’une composante. Il n’est pas “nous”.
— C’est ce que je croyais. »
Le cœur de Rachel se serra, bien plus qu’elle ne l’aurait souhaité, devant l’amertume palpable dégagée par Thétis, la belle, la douce, la lumineuse Thétis, son amie d’enfance, son amie de toujours dont elle avait si souvent envié la pureté et la beauté de l’âme. Cette ombre soudaine jetée sur sa lumière l’empêchait de rayonner et la confinait dans une obscurité où quelqu’un comme elle n’avait pas sa place.
Une fois de plus, la Suédoise se déroba quand Rachel entoura ses épaules de son bras mais cette dernière l’empêcha de fuir en la serrant contre elle. Un sanglot sec plus tard, le corps tendu de Thétis s’assouplit, le poids de sa fatigue et de son impuissance déposé momentanément au creux de leur étreinte.
« Te dire de t’occuper de toi ne servira à rien je suppose », soupira Rachel tout en lissant les cheveux blonds qui lui chatouillaient le cou. Un borborygme lui répondit, qui ressemblait fort à un gloussement, puis la voix étouffée de Thétis prit le relais :
« Si je ne sers pas bientôt à quelque chose, n’importe quoi, je vais devenir folle.
— On a toute une flopée de gamins fraîchement débarqués qui se sentent un peu perdus et qui auraient bien besoin d’une oreille compatissante en ce moment. Et même quelques chevaliers en cherchant bien. Alors si le cœur t’en dit…
— Et une Dothrakis, aussi ? »
Ce fut au tour de Rachel de laisser échapper un rire, forcé :
« Ça devrait aller mais au cas où, je prendrai quand même un ticket. »
Madrid, Espagne, Juillet 2006
« Vale, vale[1]… »
Concí éclatait déjà de rire en fourrant une tasse de café brûlant entre les mains de Shura qui s’entendit lui demander stupidement :
« Je peux savoir ce qui te met à ce point en joie ?
— Toi ! – Elle planta ses poings sur ses hanches, tout en bombant le torse qu’elle avait fort généreux – et ces magnifiques cernes que tu trimballes depuis qu’Angelo est de retour à Madrid. Bon sang, il était temps ! »
Et de s’esclaffer de plus belle en retournant s’asseoir derrière son ordinateur tandis que secouant la tête et levant les yeux au ciel, Shura rejoignait le poste libre-service qui, par la force des choses, lui avait finalement été attribué.
Concí n’avait pas tout à fait tort. Voire, elle avait raison sur toute la ligne, admit in petto Shura tout en s’affairant avec ostentation au branchement de son laptop sous le regard égrillard de la rédactrice en chef : il ne dormait pas beaucoup depuis quelques semaines et s’il devait les insomnies qui avait criblé ses premières nuits à Madrid à l’Absence de Dôkho au creux de son cosmos, il fallait désormais imputer son manque de sommeil à la Présence d’Angelo dans son lit. Et dans sa vie par la même occasion.
Tandis que son ordinateur portable sortait péniblement de veille et se reconnectait au réseau, il étouffa un bâillement et replongea le nez dans sa tasse. Vingt ans : non, vingt-deux pour être exact, vingt-deux années d’amour et de désir qui ne disaient pas leur nom, réprimés, remisés, résignés mais que son corps et sa tête n’avaient pas su – pas pu oublier et qu’aujourd’hui, enfin, il était libre d’exprimer.
Au souvenir de l’amour qu’il avait fait tantôt à Angelo avant de le quitter pour rallier la rédaction, au rappel de son corps tiède encore constellé des gouttelettes de la douche dont il venait de sortir, de ses hanches dures contre les siennes et dont la serviette qui les ceignait n’avait pas résisté à leur faim mutuelle, Shura s’agita sur sa chaise, soudain à l’étroit dans son jean mais sans pouvoir réfréner un sourire qu’il devinait consternant de béatitude. Il aurait donné beaucoup – pour ne pas dire n’importe quoi – pour rester cloîtré avec l’Italien encore quelques jours de plus. A peine leurs sacs posés dans l’entrée de l’appartement, il ne leur avait fallu qu’une paire d’heures pour replonger dans cette espèce d’univers parallèle dans lequel ils avaient su si bien s’enfermer à peine plus d’un an plus tôt, pour s’y aimer sans que rien d’autre ne comptât : ni le monde, ni le Sanctuaire, ni le temps. Plus rien, hormis eux.
La réalité avait fini par les rattraper mais uniquement parce qu’ils l’avaient laissée faire. Les sourcils de Shura se froncèrent l’espace d’une demi-seconde alors qu’il lui semblait toucher du doigt une perception qu’ils partageaient mais dont ils n’avaient pas parlé. Une perception à laquelle ils avaient déjà été confrontés mais qu’ils n’étaient pas encore prêts à convoquer entre eux pour l’examiner de plus près. Cette conférence de rédaction, programmée de longue date, était ainsi tombée à point nommé : les vacances, c’était fini dixit Concí qui avait un nouveau numéro trimestriel à préparer, “encore meilleur que le précédent” avait-elle précisé eu égard au succès des tirages de ce dernier.
Il inspira profondément, histoire de mettre en sourdine les images comme les sensations scandaleusement pornographiques qui se télescopaient sous son crâne et dans son ventre. En sourdine seulement : quelque chose lui disait que désormais elles lui tiendraient lieu de quotidien et cette certitude lui tira un nouveau sourire stupide avec lequel il retourna jusqu’à la cafetière tandis que ses innombrables mails professionnels se déversaient sur son écran.
Il tomba sur Rocío qui lui condescendit un coup d’œil blasé, ponctué d’un soupir à fendre le cœur d’un yéti.
« Adieu mon plan cul, se lamenta-t-elle, avant de soupirer de nouveau.
— Comme si tu n’avais que moi dans ton répertoire téléphonique.
— Certes, mais toi, tu étais en haut de la liste.
— Je suis flatté.
— Putain, les mecs, vous êtes tous pareils.
— Tu devrais peut-être essayer les filles dans ce cas ? Suggéra-t-il en se servant à son tour.
— Ah, ah, ah. Très drôle.
— Je suis sérieux.
— Bon, allez, arrête tes conneries – elle lui tapota le bras – et trouve-moi quelqu’un pour te remplacer. Tiens, parmi tes potes, il n’y en aurait pas un dans ton genre qui ferait l’affaire ?
— Hum, attends, laisse-moi réfléchir… Je ne crois pas.
— Ils sont tous gays, c’est ça ?
— Ils sont surtout déjà casés, vilaine fille à l’esprit tordu.
— Aïe, ça fait mal, les pichenettes sur l’oreille, on ne te l’a jamais dit ! Tous ?
— Plus ou moins. Ou pas intéressés.
— C’est bien ce que je disais. Enfin… »
Troisième soupir, avant qu’elle passât son bras sous celui que Shura lui offrait :
« Bah, je vais me consoler toute seule si c’est comme ça. Tu lui as dit, au moins ?
— De quoi ?
— Que tu l’aimais ?
— Je ne suis pas bien certain que ça te regarde.
— A partir du moment où tu as dansé le tango dans mon lit, tout me regarde. Alors ? »
“Te quiero”.
“Te quiero tanto”.
« Oui, je le lui ai dit.
— Super ! Alors, quand est-ce qu’on vous marie ?[2]
— Bordel, Rocío, tu ne voudrais pas…
— Qui se marie ? »
Concí avait passé la tête par l’embrasure de la porte de la cuisine, l’air suspicieux.
« Personne ! S’exclama Shura, indigné pendant que Rocío pouffait de rire, pendue à son bras.
— Tant mieux, parce qu’on n’a pas le temps. En salle de réunion, et que ça saute ! »
* * *
Les ventes avaient été excellentes. A tel point que le principal actionnaire du journal avait envoyé ses félicitations à l’équipe de rédaction :
« “En vous remerciant de nouveau pour l’excellence de votre travail et bla et bla et bla…” Il paraît qu’une bouteille de champagne était censée nous parvenir avec tout ce cirage, mais je l’attends toujours.
— Tu parles : je suis sûr que tu l’as déjà descendue toute seule dans ton coin ! S’exclama Santander depuis la dernière rangée de sièges, déclenchant l’hilarité générale. L’air faussement outré, Concí lui promit de réduire de quelques centaines de caractères la rubrique sportive du prochain numéro dominical ce qui lui valut une protestation à laquelle elle répliqua :
« … Qu’est-ce que tu dis ? – La rédactrice en chef affecta de tendre l’oreille – Le match Real – Barça ? Attends, tout le monde s’en fout, non ?
— Un point partout, balle au centre, commenta Rocío en traçant consciencieusement une petite barre verticale sur son cahier.
— Bon, les enfants, un peu de sérieux, on est quand même là pour bosser – Concí enfourna un chewing-gum tout en continuant à jouer avec un stylo – Avant d’attaquer le programme, je vous propose de jeter un coup d’œil aux réactions des lecteurs qu’on nous a compilées et que j’ai reçues ce matin. Je vous préviens tout de suite, je n’ai pas eu le temps de regarder, je vais les découvrir en même temps que vous ! »
Le vidéoprojecteur s’illumina tandis que les stores des fenêtres se fermaient dans un chuintement feutr
é.
C’était un rituel, qui ne faisait pas toujours plaisir aux concernés mais qui avait le mérite de mettre tout le monde devant ses responsabilités. Même Shura, qui n’était pourtant qu’un membre occasionnel de l’équipe, jouait le jeu et mine de rien, éprouvait toujours une petite pointe d’appréhension au moment de découvrir les avis des lecteurs concernant sa propre prose. Contrairement à ses camarades, tous sortis d’une école de journalisme ou à défaut, dotés d’une solide formation littéraire, lui-même avait tout appris sur le tas après que sa première pige – quinze ans déjà ! – eut été acceptée pour paraître dans le coin en bas à gauche des pages les moins lues du journal. Pour une raison que Concí n’avait jamais pris la peine de lui détailler, elle avait décidé de lui accorder sa confiance et de lui partager son expérience du métier. Et il était là, aujourd’hui, occupant une place dans un monde qui avait pourtant cessé d’être le sien le jour où le Sanctuaire s’était avisé de son existence.
Comme à son habitude, Concí avait entrepris de faire défiler les mails et les scans des quelques courriers manuscrits que recevait encore le journal, préalablement triés par rubrique. A cette occasion, le Capricorne serait le dernier à passer sur le grill, sa prose au sujet du changement climatique ayant occupé la dernière mais pleine page du numéro.
Il s’amusa, s’offusqua et s’émut des mêmes propos que ses camarades, se joignant aux récriminations des uns et aux satisfactions des autres avec une égale intention. Et lorsque arriva son tour, l’équipe de rédaction se mit à scander en chœur son prénom en guise d’encouragements.
« Et pour la star du jour…
— N’importe quoi.
— Pour la star – Concí insista sur le mot – donc, nous avons eu une avalanche, que dis-je, un raz-de-marée de réactions ! »
En effet. Sous les yeux effarés de Shura, les mails s’enchaînaient, faisant état de félicitations et de remerciements en tout genre, à qui pour le choix du sujet, à qui pour la clarté de l’exposé, à qui encore pour la précision de son traitement.
« Ça valait la peine que tu y passes autant de temps, hein, commenta sournoisement Concí, histoire de rappeler qu’il lui avait remis sa copie à moins de quarante-huit heures de l’impression.
— Ce n’est pas comme si tu ne m’avais pas mis de pression, je te rappelle.
— De la pression, moi – elle haussa les épaules – comme si ça pouvait servir à quoi que ce soit avec toi. On aura tout entendu. »
Un sourire en coin plus tard, Shura reporta son attention sur l’écran :
« Attends, stop. C’est quoi, ça ?
— Hein ? Ah oui tiens, ça faisait longtemps. Voyons voir ce que ça dit… « le changement climatique blabla… », « orchestré par les grandes puissances, blabla… », « pour organiser le grand remplacement… », conneries, tout ça, tout ça.
— Dites, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu droit à une théorie du complot, ajouta Rocío sans quitter des yeux le mur qui faisait office de support de projection. Ils me fascinent, moi, ces gens-là, pas vous ? »
Shura dodelina, l’air mi-figue, mi-raisin :
« Pendant mes recherches, je suis tombé sur quelques »interprétations » gratinées. Ceci dit, je ne m’attendais pas à en voir débarquer les auteurs sur un article paru dans une édition dominicale destinée aux loisirs et à la culture générale.
— Ne dévalorise pas ton travail s’il te plaît, rappela Concí sur un ton sévère. Cet article aurait eu toute sa place dans les pages générales du quotidien.
— Vas-y, fais voir la suite, intervint Federico, curieux. Oh, de mieux en mieux, dites donc ! »
Le rebord de son mug cachait à Shura la moitié inférieure de l’écran aussi le posa-t-il après une ultime gorgée de café comme les journalistes autour de lui s’esbaudissaient à qui mieux mieux.
Et faillit avaler de travers.
« Ni complot, ni manipulation » titrait le mail que Concí venait de faire apparaître. Puis juste en-dessous :
« Mais un pouvoir qui défie l’imagination. Un pouvoir qui contrôle le climat à l’échelle planétaire depuis l’aube de nos civilisations avec la bénédiction de nos gouvernements qui ont choisi de se soumettre à ce qu’ils ne peuvent combattre.
Il y a, sur cette terre, des êtres capables de commander à la terre et au ciel, capables de détruire notre monde d’un simple claquement de doigt sans que quiconque puisse s’opposer à eux. Ces êtres, ils sont comme vous et moi, peut-être même l’un d’entre eux est-il en ce moment assis à côté de vous ».
C’est. Quoi. Encore. Cette. Connerie !
Médusé, Shura poursuivit sa lecture tout en bénissant la pénombre dans laquelle la salle de réunion était plongée. Dans le cas contraire, il n’était pas certain que les gens assis à côté de lui eussent envie de rester à leur place en voyant sa tête.
« Depuis des millénaires, ils contrôlent notre monde et nos vies, imposent leurs lois et leur justice. Personne ne leur a confié la responsabilité de l’humanité, ils se la sont arrogée : à ce titre, ils prétendent nous protéger y compris de nous-mêmes.
Et pourtant, le climat change ! Il est en train de nous tuer à petit feu et rien ne se passe. Pourquoi ? Il est temps de se poser la question ! Le monde, qui a remis son destin il y a si longtemps entre les mains de ces êtres qui se prennent pour des dieux, est en droit d’exiger des comptes ! »
« … Il faut demander à ce gars ce qu’il fume. Absolument », décréta Rocío d’un ton sentencieux.
« Des compléments d’informations peuvent être trouvés sur ce site que manifestement l’auteur de cet article n’a pas consulté. A moins, bien entendu, qu’il ait choisi sciemment de les passer sous silence. »
Pas de signature.
« Non, ne clique pas ! »
Alarmé, Javier, le responsable de la rubrique nouvelles technologies, s’était à demi-levé de sa chaise et Concí le considéra, un sourcil à demi-relevé :
« On a un anti-virus. Et un pare-feu. Et tout un service informatique qui s’emmerde au sous-sol. Il faut savoir vivre dangereusement, mon p’tit Javier ! »
Et la souris de se diriger sur le lien en question pour cliquer dessus.
A vrai dire, Shura se persuada tout d’abord que la situation actuelle ne pouvait être pire que ce qu’elle avait déjà l’air d’être. Avec un peu de chance, en fermant les yeux, il pouvait même espérer que tout ceci n’était qu’un vaste malentendu. Ou une blague. Ou même un rêve dont il allait s’éveiller incessamment sous peu au début d’une journée qui n’avait en réalité pas encore commencé.
Sauf qu’au fond, il n’y croyait pas une seconde.
Merde.
Un fond noir. Pas de titre. Pas de texte. Une photographie aérienne. La mer. Une île, au milieu. Un cliché pris d’assez loin pour que les détails de l’occupation de ce morceau de terre, aride à première vue, ne puissent pas être distingués avec netteté. Shura cependant aurait pu y positionner un ponton, un village, douze temples, un palais et un putain d’escalier les yeux fermés. Sous l’image, un dessin. Un disque en or évidé en son centre pour laisser la place une silhouette stylisée rattachée à la base du disque. Un symbole. Un emblème.
Celui du Sanctuaire.
* * *
« C’est quoi ce bordel ?
— Je me pose la même question depuis douze heures. Je n’ai pas trouvé la réponse. »
Le laptop de Shura était ouvert sur ses genoux et les deux hommes contemplaient l’écran depuis dix minutes sans réussir à en détacher le regard.
Un peu plus tôt, l’Espagnol avait passé près d’une demi-heure au téléphone avec Veresh pour installer un VPN ainsi que “quelques petits machins en plus” dixit le responsable des serveurs informatiques du Sanctuaire, afin d’empêcher l’auteur de ce site de le pister trop facilement. Même si, comme l’avait persiflé Angelo, l’individu en question savait déjà où Shura habitait et où il travaillait donc pour l’efficacité du bousin, on repasserait.
« Ça pourrait être une coïncidence, dit lentement le Cancer.
— Tu te fous de ma gueule ?
— Écoute, il ne faut pas se leurrer : en deux mille cinq cents ans, il est impossible que l’existence du Sanctuaire soit restée totalement secrète.
— Qui a dit ça ?
— Ta gueule de trois mètres de long. Et la moitié du paquet de clopes que tu as cramé depuis que tu es arrivé.
— Dans ce cas, heureusement que tu t’es occupé de l’autre moitié, dis donc.
— Bordel, Shura… – Angelo enserra ses tempes entre son pouce et son majeur tout en prenant une profonde inspiration – il y a forcément tout un tas de gens qui “savent des choses” – il mima les crochets avant de poursuivre – sauf qu’ils ne savent pas tout. Et donc, il leur suffit d’un os à ronger pour, je ne sais pas moi, prêcher le faux pour savoir le vrai ? Le type, là, celui qui a envoyé ce mail et créé ce site, il a vu ton article, il s’est jeté dessus comme la misère sur le pauvre monde parce que, oh la la, il a entendu un gars qui lui dit qu’un autre gars lui a dit qu’il y avait des gens qui manipulaient le climat mais en fait, il a que dalle.
— … Angelo.
— … Quoi ?
— … Arrête. »
L’index de Shura était pointé sur l’écran, et plus précisément sur la photographie aérienne du Sanctuaire :
« Et ça : c’est une coïncidence d’après toi ?
— Ça pourrait. OK, c’est bon ! – Angelo leva les deux mains quand le poing de l’Espagnol menaça de s’écraser contre son épaule – Tu as raison, on est dans une merde noire, c’est la fin du monde et on va tous crever. Voilà, tu es content ? Putain… »
Il restait une cigarette dans le paquet. Une seule. Le Cancer la rafla au nez et à la barbe de son compagnon dont les narines se pincèrent d’exaspération, pour aller près de la fenêtre entrouverte. Le souffle de la circulation, ponctué de coups de klaxon, avait fini par constituer un bruit de fond qu’ils n’entendaient plus ni l’un ni l’autre.
« Mettre la tête dans le sable n’a jamais fait disparaître les problèmes, objecta Shura, mettant fin au silence rageur d’Angelo.
— Sans blague.
— La mauvaise foi non plus.
— C’est bon, tu as gagné, j’irai en racheter – le paquet vide traversa la pièce pour atterrir pile sur le couvercle de la poubelle – et sinon, on fait quoi, maintenant ?
— On prévient Saga.
— C’est tout ?
— Que veux-tu qu’on fasse d’autre ? – Shura ouvrit les mains pour accueillir une réponse à une question toute rhétorique– Je n’ai aucune idée de ce qui est en train de se passer, mais ça, là – il désigna l’ordinateur du menton – ne me dit rien qui vaille.
— Et tes copains du journal ? Ils ont réagi comment ?
— Ils ont rigolé.
— Toi aussi je présume.
— J’en ai encore des crampes. »
Le ton de Shura était morne et Angelo fixa un moment l’incandescence de sa cigarette qui grignotait le papier avant de relever son regard sur la ville. Bordel. De. Merde. Il n’était pas question de céder à la panique mais Shura avait raison, évidemment. Les sous-entendus dans le mail. La photo. L’emblème, bon sang !
Le tatouage sur sa clavicule le démangea tout à coup, mais ce fut son pouce gauche qu’il commença à gratter. Le hasard tombait rarement aussi juste.
Il ferma les yeux quand le bras du Capricorne s’enroula autour de sa taille. Il ne lui vint même pas à l’esprit de protester quand l’autre homme lui chipa la cigarette et entreprit de la terminer à sa place.
« Tu l’appelles ?
— Non. On y va.
— Quoi ? Mais… »
Le cou tordu en arrière pour scruter son compagnon qui avait posé son menton sur son épaule, Angelo protesta :
« C’est quoi l’intérêt de retourner au Sanctuaire ?
— Si tôt tu veux dire ? »
Le Cancer expira bruyamment par le nez, contrarié. Oui, si tôt. Il n’était jamais le dernier à accepter de rentrer en Grèce mais le cadavre de Dôkho n’était pas encore assez froid de son point de vue. Se retrouver sous la chape de plomb tombée sur le Sanctuaire depuis sa disparition ne l’agréait que modérément alors que dans le même temps, il goûtait les joies de se retrouver nel blu dipinto di blu[3], peut-être bien pour la première fois de son existence.
Nonobstant quelques menus détails à régler¸ persifla toutefois sa petite voix à qui il claqua sèchement le bec.
Shura l’avait resserré contre lui et sous l’effet de la chaleur de son corps contre le sien, Angelo se détendit. Un peu.
« Je n’ai pas plus envie que toi de m’y rendre en ce moment. Mais je crois aussi que d’une façon ou d’une autre… – il hésita – … nous sommes surveillés.
— Tu n’exagères pas un peu, là ? Je te rappelle qu’en admettant que nos identités soient connues par certaines personnes – ce qui est un putain de problème, on est bien d’accord – tu as signé cet article. Avec prénom, nom de la maman et nom du papa. La totale. Donc que tu sois ici ou ailleurs, pas besoin de te courir après pour faire en sorte que, petit un, tu reçoives ce mail et le lien internet qui va avec et petit deux…
— … j’en fasse part à Saga.
— Le problème, ce n’est qu’on sache où nous sommes…
— … C’est qu’on sache qui nous sommes. »
La tête de l’Espagnol s’alourdit dans le creux de l’épaule du Cancer en même temps que le silence. Un peu de sang perla sur le pouce d’Angelo.
Puis la voix de Shura s’éleva de nouveau, étouffée :
« Une coïncidence, hein…
— Tu sais, ce serait bien que de temps en temps, tu me laisses à mes illusions. »
[1] Elément discursif espagnol intraduisible qui peut tour à tour signifier : « ok », « allez », « j’ai compris », « ça suffit » ou dénoter un amusement, un agacement, etc. Bref : ça sert à tout, et c’est pour ça que c’est pratique.
[2] Le mariage entre personnes de même sexe est autorisé en Espagne depuis 2005.
[3] « Nel blu dipinto di blu » : expression italienne intraduisible mot à mot qui signifie peu ou prou « sur son petit nuage ».
On n’est pas sorti du sable, pour reprendre une expression consacrée ! Entre le Andréas nouveau né full power et les petits malins qui resserrent l’étau autour du Sanctuaire, Saga va finir par s’arracher sa longue tignasse à pleine poignées!!
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Ah ça c’est sûr, on n’a pas l’cul sorti des ronces ! Concernant Andreas, ça reste un bébé et ça grandit pas vite ces bêtes-là donc disons qu’il va surtout me servir de prétexte / m’être utile pour d’autres aspects de l’histoire. Sa vie, son œuvre, ce sera pour (beaucoup) plus tard, même si on en a eu quelques aperçus ici et là XD
L’étau se resserre en effet, et notre Grand Pope préféré (si, si. Je t’interdis de dire le contraire) va avoir fort à faire ! Pour le moment, bon, on va dire que ce n’est pas bien méchant. Mais…
Merci beaucoup pour ta fidélité sans faille à cette histoire, je te souhaite un bon congé s’il est en cours, ou une bonne reprise si c’est bientôt fini ! 🙂
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Hello !
Chic un nouveau chapitre pendant mes vacances ! Du coup pour une fois, je ne suis pas à la bourre dans ma lecture !Thétis m’a fait tellement de peine, encore une fois. Heureusement qu’elle peut compter sur Rachel : sur sa présence, son soutien, sa bienveillance. J’espère sincèrement que tout finira par s’arranger pour elle, qu’elle parviendra à compenser ce « manque » (béance ?) dans sa relation avec son fils et qu’une fois que celui-ci aura grandi et pourra s’exprimer par lui-même, ils trouveront d’autres moyens de partager le lien si fort qui les unit (indéniablement).
Bon et sinon, l’étau se resserre de plus en plus on dirait ! Notamment autour de Shura et Angelo. Je présume que le jour de « la » révélation de l’existence de certains clichés n’est plus très loin. Ils n’ont pas fini d’être énervés… (choix de vocabulaire clairement sous-évalué)
Ce qui fait qu’ils ont eu raison de profiter, savourer, jouir de cette intimité retrouvée dans cet appartement qu’ils connaissent si bien (et dont ils ont « exploré » les moindres recoins à deux 😉) J’ai adoré l’attitude de Shura, tout benêt d’amour et à l’étroit dans son jean à cause de souvenirs matinaux torrides à la prégnance gourmande et coriace. Je n’ai eu aucun mal à imaginer son sourire « consternant de béatitude », et ça m’a fait vraiment (mais vraiment) chaud au cœur de le sentir si heureux. Et je pense donc avoir poursuivi ma lecture avec le même sourire idiot sur mon visage à moi 😁.
J’ai aussi bien ri à la remarque de Rocio : « Ils sont tous gays, c’est ça ? ». Ben non ! En tout cas, pas dans cet univers fanfictionnel-là 😅 (alors que dans d’autres… No comment 🤣)
Je suis très curieuse et pressée de découvrir la suite ! Je sens que tout va monter en pression très vite et qu’une fois que ce sera fait, la pression ne sera pas prête de retomber. Ça va chauffer !
Encore merci de partager cette histoire avec nous !
Je t’embrasse et te dis à bientôt !
Phed’
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Coucou !
Alors, poster un nouveau chapitre en août, c’est quitte ou double : soit les gens sont en congés, ont le temps et envie de lire, soit ils sont en congés… et ont envie de faire n’importe quoi d’autre que de lire de la fanfiction XD Alors merci de faire partie de la première catégorie XD
Thétis est pour l’heure dans une sorte d’impasse dont elle a parfaitement conscience et c’est sans doute ce dernier point qui est le plus difficile à vivre. Elle sait pourquoi, elle sait qu’elle ne peut rien y faire (pour le moment), elle sait qu’elle en souffre. Comme tu le dis, Andreas va grandir et les choses vont forcément aller en s’arrangeant (… encore que, vu la filiation d’Andreas, le fait d’intégrer cette idée hautement saugrenue qu’on est aussi « autre chose » que son cosmos va avoir du mal à se frayer un chemin dans son cerveau d’Antinaïkos) mais d’ici là, la route va être longue. Très longue. Et Thétis n’a pas non plus envie de se contenter de n’être que « la mère de ». Sauf que son cosmos à elle est un problème. Bref, c’est compliqué pour elle, la pauvre bichette…
En effet, l’étau se resserre, Shura est le premier à l’expérimenter d’autant qu’il ne s’y attendait pas puisque les chevaliers d’or ne sont pas au courant pour les sites internet, ils ne connaissent que l’histoire du journal volé de Corman. Saga, qui voulait temporiser, va en être pour ses frais et va devoir leur dire la vérité. Suivant le tour que vont prendre les choses, ça risque d’être un « chouïa » difficile à gérer en fonction des perceptions et des ressentis des uns et des autres face à une situation inédite pour le Sanctuaire.
Shura a attendu pendant si longtemps… ! Même lorsqu’il s’était fait une raison, quelque chose au fond de lui n’a jamais vraiment cessé d’espérer. Et voilà que c’est arrivé. Que ça y est. Enfin. Le cadeau est si inespéré et si inattendu qu’il en profite à fond, des fois qu’on le lui enlèverait. Il a eu beaucoup (beaucoup !) d’aventures avec à peu près tout ce qui lui faisait envie sur le moment, il a connu tout un tas de bons moments mais il n’est jamais tombé amoureux de qui que ce soit parce que depuis toujours, son cœur n’a jamais appartenu qu’à Angelo même si ce dernier n’en avait aucune conscience. Donc je crois qu’on peut affirmer que désormais, Shura est enfin « complet » et a trouvé son Graal. Donc, oui, tu as bien raison d’être heureuse pour lui ! 😀
Ah ah, la remarque de Rocio ! Quand je l’ai écrite, je rigolais toute seule devant mon écran pour exactement la même réflexion que celle que tu t’es faite XDDD
Concernant la pression, en effet ça va grimper, mon seul problème – et sans aucun doute le gros défaut de cette histoire – c’est que nombre de fils narratifs et de personnages est tellement important que j’ai du mal à maintenir un certain rythme dans la narration.
De fait, un tout grand merci à toi de demeurer fidèle à cette histoire, profite bien de tes vacances et repose-toi bien ! 😉
Bises !
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Ah et j’ai oublié de mentionner deux autres petite choses :
La phrase en italien. J’ai beaucoup aimé ! 😊
La mention de la possibilité éventuelle de l’idée d’un hypothétique mariage. Oh mais en voilà une idée qu’elle est bonne !! 😁
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Pour la phrase en italien, il se trouve que j’aime beaucoup cette expression, certes plutôt connue au travers de la chanson « Volare », car je la trouve très poétique, notamment traduite mot à mot : « dans le bleu peint en bleu ». Et considérant que l’Angelo de l’UDC!verse est celui de l’anime, ma foi… XD
Ouiiii tavu ? Ecrire à rebours, c’est trop un kif ! XD Je m’éclate XD Merci beaucoup de l’avoir relevé ! ♥
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Les choses deviennent sérieuses… Non seulement les théories du complot se répandent sur le web, mais la menace devient beaucoup plus ciblée et personnelle avec le courrier de lecteur visant subtilement mais clairement Shura. De quoi crédibiliser franchement le danger. Ouh que j’ai hâte de savoir ce que cette progression va déclencher (ricanement de hyène).
Thétis m’a fait beaucoup de peine dans ce chapitre. La pauvre, elle est vraiment dans une situation aussi difficile qu’inextricable. Ça doit être terrible, cette sensation de ne pas exister pour son fils parce qu’elle n’a pas la seule chose dont il semble avoir besoin, à savoir un cosmos. Enfin, elle en a un mais ne peut pas s’en servir, ce qui est probablement encore pire. Tristesse… Je milite pour l’engagement de psychologues au service du Sanctuaire, je pense que TOUT LE MONDE en aurait bien besoin.
A bientôt! Lily
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Des hypothèses peut-être, quant aux intentions réelles de ces « théories du complot » ? Ou aux conséquences à venir ? 😉 Et encore : imagine qu’ils ne sont qu’en 2006 ! Facebook n’existe pas même encore pour de bon, dans le sens où il n’a pas encore été mis à disposition du grand public, Twitter n’en est qu’à ses balbutiements et le haut-débit n’est pas encore complètement généralisé. Même les smartphones n’existent pas encore…
Thétis cristallise ici l’un des nombreux revers de la médaille du cosmos. Oui, c’est super d’en avoir un mais ce que cela suppose comme contraintes, difficultés, ne doit pas être occulté. Je n’ai pas beaucoup parlé du sujet « inné/acquis », Angelo l’évoque à l’occasion mais sans rentrer dans le détail. Dans le cas présent, le côté « inné » de la chose qui sur le papier a l’air plutôt séduisant apparaît comme un poids pour Andreas. Et concernant Thétis elle-même, tu le soulignes très bien : le pire pour elle ce n’est pas de ne pas avoir un cosmos, mais d’en avoir et de ne pas pouvoir l’utiliser, alors que le cosmos est comme l’oxygène qu’on respire pour un chevalier. Quelque part, elle est comme « en apnée » depuis les Portes et c’est épuisant en plus de tout le reste.
L’armée de psys au service du Sanctuaire : tu cherches du boulot ? XD Plus sérieusement oui, ils sont tous, sans exception, plus ou moins névrosés, et pour certains jusqu’au dernier degré. Après, ne sommes-nous pas le produit de nos névroses ? Nous ne serions pas qui nous sommes sans nos petits et gros boulets. Aussi lourds soient certains d’entre eux, on apprend par la force des choses à composer avec ; si on nous les enlève, cela crée un déséquilibre sans qu’on sache si on va chuter du bon côté ou du mauvais côté. Bien entendu, il y a les cas où ça vire à la psychose et dans ces moments là, il faut agir. Mais en règle générale, je ne sais pas s’il faut céder au discours ambiant selon lequel nous devrions tous apprendre à devenir des êtres parfaits et équilibrés pour être heureux. Je conseille la lecture de Happycratie (et autres essais du même type), un essai sociologique qui met bien à plat toute la perversité sous-jacente au monde merveilleux du développement personnel. Je pense que Saga ricanerait du début à la fin en lisant ce bouquin XD
A bientôt et encore MERCI !
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La submersion arrive…. les premières vagues viennent lécher les rives du Sanctuaire…
Entre les affres de certains et ce que préparent les disciples de Dimitri (aidés par un général US frustré…), et une nouvelle génération à encadrer. Cela promet !
J’ai bien aimé le côté ado / amoureux de Shura, cela ne lui correspond tellement pas que s’en ai comique.
Sinon, toujours Shura et sa découverte lors de sa réunion, à la fin de la lecture de ce passage, j’avais la chanson d’Aznavour en tête « Mes amis, mes amours, mes emmerdes » 😂
Hâte de lire la suite 😉
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Aaaah, ça me fait plaisir de voir que tu fais le lien avec le sous-titre de toute cette (très) (longue) partie ! 😀 C’est tout à fait ça : ça commence avec des vaguelettes et puis… 😱
Le Shura de l’UDC!verse n’est pas coincé comme celui du canon même s’il a le sens de l’honneur chevillé au corps et qu’il « sait se tenir ». A ce stade, il savoure enfin ce qu’il avait pourtant imaginé pendant des décennies comme absolument irréalisable : laissons-lui la possibilité d’en profiter un peu XD
Sinon, bien d’accord : c’est pas son jour XD Parce qu’emmerdes est bien parti pour devenir le maître-mot de son existence XD
Merci beaucoup, et encore une fois du fond du cœur, pour ta fidélité à cette histoire ! A bientôt !
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