Nouvelle Ère – Submersion – Chapitre 30

Asgard, fin Juin 2006

Le chemin du retour s’amorça dans le silence. L’insouciance de l’aller, aussi feinte fût-elle, avait disparu et c’était le cœur lourd que Sigmund avait incité sa monture à emboîter le pas de celle d’Hilda qui avait décidé de passer par la forêt plutôt que par la plaine pour revenir au Palais.

La hauteur vertigineuse des sapins et des quelques très rares feuillus qui tentaient de rivaliser avec eux pour ne pas succomber dans leur ombre accentuait leur morosité. Seul s’entendaient le craquement des aiguilles et des feuilles mortes sous les sabots des chevaux et, de loin en loin, le couinement ou le grondement de quelque animal. Pour le reste, ils cheminaient au cœur d’une immobilité absolue.

A l’occasion, Sigmund jetait des coups d’œil furtifs à sa souveraine dont il n’apercevait que le dos droit le long duquel dansait sa longue chevelure argentée. Les paroles qu’elle avait adressées tantôt aux pêcheurs devaient peser aussi lourd dans leur cœur que dans le sien : confesser de la sorte son impuissance n’avait pas dû être facile pour la fière Polaris. Sigmund cherchait désespérément des mots susceptibles de soulager sa peine mais ne les trouvait pas, aussi choisit-il rester dans le silence plutôt que sa maladresse n’aggravât le mal-être d’Hilda.

Insensiblement, il tirait un peu plus sur les rênes à chaque pas pour ralentir une allure déjà réduite, alors qu’un malaise indéfinissable le gagnait. Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, il avait la certitude qu’on les observait. Fouillant sans succès les environs du regard, il faillit percuter le cheval de Hilda, stoppée net devant lui.

« Hilda… ? » Interrogea-t-il avant de s’interrompre. Devant eux, à demi-dissimulé dans la pénombre du sous-bois, se tenait la masse imposante de Ging, posé sur son arrière-train au beau milieu du sentier.

La monture de Sigmund volta comme il toupillait sur lui-même à la recherche de Fenrir. Il fallait bien qu’il fût quelque part, bon sang !

« Guerrier Divin d’Epsilon », fit la voix calme d’Hilda. L’interpellé se matérialisa soudain aux côtés du loup qui les tenait sous sa surveillance et Sigmund comprit qu’il n’avait pas cessé un seul instant de leur faire face. Simplement, ils ne le voyaient pas.

« Hilda », répondit simplement Fenrir avec une inclinaison de la tête à son égard et à celui de Sigmund qui la lui retourna avec raideur.

La souveraine d’Asgard ne semblait pas surprise de cette rencontre qui n’avait rien d’impromptu, saisit enfin Sigmund. Elle n’avait pas décidé de traverser la forêt par hasard, ainsi qu’elle le confirma :

« J’ai vu que Ging nous observait depuis le haut de la grève. Es-tu allé prendre la mesure des glissements de terrain de ces jours derniers, toi aussi ?

— En effet. Ils m’ont alerté. »

Le cheval de Sigmund dansa nerveusement sous lui : il venait de percevoir la présence de la meute de Ging dont le cercle se resserrait petit à petit autour du trio humain. De plus en plus mal à l’aise, le Guerrier de Thêta[1] se porta à la hauteur de Hilda :

« Fenrir ! Ceci est-il bien nécessaire ?

— De quoi parles-tu ?

— Tu le sais mieux que moi. Les chevaux n’aiment pas ça. »

Et moi non plus.

Alioth laissa échappa un mince sifflement strident et Ging lui condescendit son attention, ses yeux aux reflets rougeâtres rencontrant ceux attentifs de Fenrir, puis se dressa sur ses quatre pattes tout en s’ébrouant avec un grognement. Les autres loups reculèrent et les oreilles des chevaux se redressèrent prudemment.

« Et qu’en penses-tu ? Questionna Hilda, toujours focalisée sur le petit homme en face d’eux.

— Beaucoup vont perdre leur maison ainsi que leur travail. Si ce n’est pas cette année, alors l’année prochaine, probablement. Bientôt le rivage sera totalement inaccessible, sauf à prendre des risques inconsidérés.

— Ils viendront s’installer à l’intérieur des terres.

— En effet. Mais ce n’est pas dans leur nature. »

Les doigts de Fenrir effleuraient la fourrure drue et sombre de Ging. Cette symbiose entre le Guerrier Divin et le loup, si elle n’était pas rare dans l’histoire Asgardienne – les cas de liens privilégiés entre hommes et animaux nourrissaient le folklore local et comme toute légende, comportaient leur fond de vérité – constituait une singularité dans le cas présent, tant la puissance et le mode de combat de Fenrir étaient indissolublement intriqués à sa relation à Ging. L’un ne s’envisageait pas sans l’autre, ce que Sigmund considérait à la fois comme une force et comme une faiblesse. Fenrir était un adversaire très difficile à combattre du fait de cette spécificité mais de son point de vue, son interdépendance avec Ging le rendait vulnérable. Il n’avait toutefois jamais eu l’opportunité de vérifier cette hypothèse : Fenrir avait toujours été trop fort pour lui.

« Ce sera effectivement compliqué pour eux de s’adapter à un tel changement de vie, admit Hilda, toujours sur le même ton neutre. D’autant que le travail de la terre devient chaque année plus difficile et ne produit plus assez pour nourrir tous ceux qui en dépendent. Quand bien même nous sommes de moins en moins nombreux, rajouta-t-elle après un silence.

— Le destin d’Asgard n’est pas un chemin facile à arpenter, pour aucun d’entre nous.

— Il ne l’a jamais été mais ces dernières décennies, il est en passe de devenir impraticable. »

Le ton de Hilda s’était durci et alors que Sigmund saisissait enfin les raisons de cette confrontation, il vit le poing droit de Fenrir se resserrer. Alerté, il porta sa monture vers l’avant, laquelle s’arrêta tout net malgré la pression de genoux de son cavalier contre ses flancs : Ging, qui s’était déplacé à une allure invraisemblable, se tenait désormais à quelques centimètres des antérieurs frissonnants, imposant sa loi de prédateur à l’herbivore.

« Fenrir, reprit-elle d’une voix plus forte, toi qui parcours inlassablement nos terres, toi qui les connais mieux que je ne les connaîtrais jamais, toi qui vois, qui entends, qui ressens plus qu’aucun autre les battements de notre cœur à tous, ne perçois-tu pas les appels à l’aide de ceux que nous avons le devoir de protéger ? Leurs chagrins ? Leurs pertes ?

— Si, Hilda. Chaque jour que les dieux font, l’appel du destin se fait de plus en plus pressant.

— Le destin ? »

Sigmund n’y avait jamais prêté attention auparavant : Fenrir et elle étaient de la même taille exactement et lorsqu’après avoir démonté, elle fut en face de lui, proche à le toucher, il sentit s’abolir momentanément la distance qui existait entre la souveraine d’Asgard élevée et éduquée dans le seul objectif d’être à la hauteur de cette charge et celui que certains désignaient à demi-mot comme le  »sauvage ». Ces deux-là n’avaient pas grand-chose en commun ; pourtant, en cet instant très précis, Sigmund eut l’impression qu’ils parlaient le même langage.

« Selon toi, c’est donc notre destin que de disparaître ?

— Je ne sais pas : ce n’est pas moi, ni toi qui avons écrit ce que devait être la destinée d’Asgard que chacun et chacune embrassent pourtant depuis plus de deux mille ans. Que nous avons nous-mêmes endossées dès le jour de notre naissance. Ce que je sais en revanche, c’est que tout a une fin. »

Les sourires de Fenrir étaient rares. Non qu’il fût dépourvu de sens de l’humour ou de gentillesse, bien au contraire. Mais le Guerrier Divin n’était guère démonstratif et ses actes parlaient mieux pour lui que tout le reste. Il se tenait à l’écart des hommes depuis longtemps mais il n’oubliait jamais d’en être un, malgré tout.

Sigmund déglutit devant la douceur improbable de ce sourire auquel il ne s’était pas attendu. Et Hilda non plus : son visage se chiffonna fugitivement, en proie à l’émotion alors que Fenrir poursuivait :

« Tout naît, vit et meurt. Notre monde et tout ce qui le constitue, animal ou minéral, est soumis à ce cycle, il n’y a pas d’exception. Aucune. Je sais aussi que rien ne disparaît jamais vraiment, qu’il reste toujours quelque chose, quelque part. Mais quoi qu’il en soit, pendant que nous sommes sur cette terre, nous devons accomplir ce pourquoi nous existons. Car sinon, notre vie n’aurait pas de sens. Ce monde lui-même n’aurait pas de sens.

— Notre peuple court à sa perte, réagit Hilda en joignant les mains dans son giron, tu le sais, n’est-ce pas ? »

Il hocha la tête en silence.

« Alors dis-moi : quel sens y a-t-il à trouver dans cette absence d’avenir pour nous tous ? Asgard n’existe que pour préserver l’équilibre de la planète, c’est ce qu’on nous a appris, c’est ce que nous croyons, c’est ce qui justifie tout ce que nous sommes. Si demain, nous disparaissons, alors pourquoi avons-nous seulement existé ? La Terre sera toujours là, sans nous, et toutes ces souffrances, tous ces sacrifices… pourquoi, en fin de compte ?

— Tu viens de le dire : la Terre sera toujours là et les hommes qui la peuplent aussi. Eux aussi ont leur propre destin à accomplir, il est entre leurs mains, libre à eux de se l’approprier de la façon dont ils l’entendent. Mais c’est la réalisation du nôtre, celui de tous les Asgardiens qui va le leur permettre. Hilda… »

Il posa ses mains sur les épaules de la souveraine, lui adressant un nouveau sourire, la fois infiniment triste et immensément serein :

« … Nous ne sommes que de la poussière d’étoiles, quelques grains minuscules dans l’infinité de l’univers. Nous nous accordons une importance que nous n’avons pas en vérité. Nos vies ne sont que des étincelles spontanées, belles et surprenantes mais qui n’ont pas vocation à être autre chose que cela : des instants fugaces. Mais ce temps infime durant lequel nous nous consumons, parce qu’il est en soi extraordinaire, ne doit pas être gâché. Mon existence en tant qu’Asgardien ne vaut que pour et par l’accomplissement de ce devoir que je dois à tout ce qui vit. Elle n’est rien, et elle est tout à la fois. Je ne la conçois pas autrement. »

Sans doute jamais auparavant Fenrir n’avait parlé aussi longtemps à qui que ce fût. Ses yeux clairs grand ouverts, Hilda le fixait en silence. A côté d’elle, toujours juché sur sa monture, Sigmund considéra l’autre Guerrier Divin encore quelques instants, puis :

« Tu choisis donc la mort pour Asgard ?

— Je ne suis qu’un homme Sigmund, répliqua Alioth en renversant la tête pour mieux le voir. Je ne prétends pas choisir quoi que ce soit, pour qui que ce soit.

— Non Fenrir, tu es plus qu’un homme, tu es un Guerrier Divin : tu as le pouvoir, nous avons le pouvoir de sauver Asgard ! »

La véhémence soudaine du cadet des Dubhe lui attira le regard étonné d’Hilda qui demeura silencieuse cependant qu’il reprenait avec la même fougue :

« Si nous nous unissons, si nous mettons nos forces en commun, notre peuple peut être libéré de cet asservissement qui n’a plus aucune légitimité. Crois-tu vraiment que l’humanité mérite nos vies alors que c’est elle qui est en train de tous nous tuer ? Tu dis que nos existences ont de la valeur, qu’elles sont l’exception, aussi insignifiantes soient-elles : ne vois-tu donc pas que nous sommes en train de gâcher cette chance extraordinaire dont le destin nous a gratifié ? Aide-nous, Fenrir ! Si tu aimes cette terre, si tu aimes notre peuple autant que tu l’affirmes, alors viens lutter à nos côtés ! »

La surprise avait laissé la place à la reconnaissance sur les traits d’Hilda qui opina d’un hochement quasi imperceptible du menton quand les yeux de Sigmund croisèrent les siens.

« Comme je viens de te le dire, répondit posément Fenrir, je ne choisis pour personne. Et personne ne choisit pour moi non plus.

— Tu es un Guerrier Divin : à ce titre tu as des devoirs et des responsabilités, que cela te plaise ou non, et…

— Sigmund – Hilda posa une main sur le bras de l’Asgardien – allons-nous-en.

— Mais, Hilda…

— C’est un homme libre et il a pris sa décision. »

Ging, qui s’était reculé pour laisser Sigmund avancer, rejoignit Fenrir aux pieds duquel il reprit sa place habituelle. L’homme et l’animal observèrent Hilda qui se hissait sur son cheval avec Sigmund un peu plus loin qui arborait un air sombre.

« Hilda », interpella Fenrir alors qu’ils commençaient à s’éloigner. La tête de la jeune femme pivota vers lui, pour le regarder une dernière fois.

« Quoi que tu décides, sois prudente. »

 

Rodorio, Grèce, fin juin 2006

La climatisation donnait des signes de faiblesse et Shura se promit d’en toucher un mot à Saga à leur retour au Sanctuaire, comme il jetait un nouveau coup d’œil de reproche à l’appareil qui exhalait à grands renforts de grincements aigus un filet rachitique d’air supposément rafraîchi. Il était d’ailleurs étonnant que le système ait eu à ce point le temps de péricliter sans intervention du propriétaire des lieux, sauf à considérer qu’ils n’avaient pas été occupés depuis assez longtemps pour que personne ne s’en fût encore ému ?

Quoi qu’il en fût, cette climatisation avait bien besoin d’une révision de fond en comble et Shura de ce dérivatif aux pensées sur lesquelles il n’avait pas envie de s’attarder pour le moment. La sueur qui perlait sur son torse recouvrait également le dos d’Angelo allongé à son côté, ses deux bras croisés sous son oreiller. Le visage tourné vers Shura, l’Italien dormait profondément.

Plus encore que les effets collatéraux de leurs ébats de ces dernières heures, le Capricorne soupçonnait que le cauchemar qui avait tantôt dressé Angelo avec un cri étouffé au milieu des draps en désordre, et tiré l’Espagnol de son sommeil au passage, expliquait l’épuisement de l’autre homme au point de se rendormir aussi sec dans les minutes qui avaient suivi. Le Cancer n’avait même pas pris la peine d’élaborer une réponse intelligible quand Shura l’avait interrogé sur la teneur du cauchemar en question. Finirait-il par lui en parler ? Rien n’était moins sûr.

Avec un soupir las, Shura se résigna à aller ouvrir la fenêtre qui donnait sur la placette encore plongée dans l’obscurité mais plus pour très longtemps ; un coup d’œil à sa montre le lui confirma et il se prit à espérer en la brise matinale pour rafraîchir l’atmosphère. Son initiative couronnée de succès, il retourna s’asseoir contre les oreillers avec un soupir de soulagement, auprès d’un Angelo toujours immobile.

Ils avaient fini par tous se retrouver dans le temple d’Aldébaran. A l’issue de près de quarante-huit heures passées à s’éviter les uns les autres, chacun terré dans ses appartements pour cuver son chagrin en privé ou en tête-à-tête, le besoin de se parler, ou au moins de se voir pour se rappeler qu’on n’était pas seul, s’était montré le plus fort.

Premier constat : tous étaient profondément affectés par la mort de Dôkho, même si pour des raisons parfois différentes. Elles étaient évidentes pour Mü, à tel point que celui-ci n’avait pas ouvert la bouche, se contentant d’être là, au moins physiquement à défaut de son esprit dont il ne fallait pas être grand clerc pour se rendre compte qu’il était aux abonnés absents, y compris pour son propriétaire. Une inquiétude diffuse mais palpable s’était propagée entre eux devant son regard éteint et ses traits grisâtres et pire encore, devant le silence de ses pensées ; nul n’avait cependant su y répondre et tous s’étaient efforcés de se convaincre que le fait qu’il respirât encore et tînt debout était une bonne nouvelle en soi. Probablement.

Pour leur part, les Grecs avaient perdu un pair mais surtout un père, ou du moins ce qui se rapprochait le plus d’une figure parentale pour eux qui s’étaient retrouvés orphelins à un moment ou à un autre mais dans tous les cas beaucoup trop tôt. Thétis avait grandi avec eux ; elle était orpheline comme eux ; elle pleurait, aujourd’hui, avec eux.

Parmi les “étrangers”, Aldébaran, leur hôte du jour, traînait une sombre mélancolie qui s’était saisie de lui plusieurs jours avant le trépas de la Balance comme il se remémorait inlassablement son arrivée au Sanctuaire[2] et la bienveillance dont Dôkho l’avait entouré depuis ce premier jour sans jamais se démentir depuis. Pour lui, le Chinois avait occupé un rôle de parrain vers qui il savait se tourner en cas de nécessité ; la seule fois où il s’en était dispensé – sur ordre de Shion – il l’avait regretté tant le poids de son mensonge par omission avait pesé sur ses épaules des années durant. De nouveau taraudé par ce souvenir cuisant, il avait une énième fois présenté ses excuses aux jumeaux alors qu’ils partageaient une bière en souvenir du disparu ; de nouveau ils l’avaient bien volontiers absous d’un péché qu’il était le seul à considérer comme tel.

Le sourire paisible que Shaka avait accroché à ses lèvres pour sa part n’avait pas trompé grand monde pour qui savait les difficultés rencontrées par l’Indien depuis les Portes pour recouvrer sa sérénité. Ses récentes victoires en la matière peinaient à résister aux dernières semaines écoulées ; il aurait fini par dépasser le trouble dans lequel le mariage de Thétis et de Kanon l’avait de nouveau plongé – qu’il n’aurait pas admis pour tout l’or du monde – s’il avait pu se raccrocher au modèle que Dôkho avait représenté pour lui en la matière. Mais Dôkho avait sombré dans l’agonie après le mariage et de ce jour, Shaka avait compris que cette fois, il n’avait pas d’autre choix que de puiser dans ses seules ressources en matière de sagesse et de détachement. Ses connaissances étaient là ; son expérience aussi. Elles lui avaient été d’un grand secours au cours des derniers mois afin de dépasser ses doutes et recouvrer son équilibre. Du moins le croyait-il alors qu’aujourd’hui il aurait donné beaucoup pour bénéficier des conseils de Dôkho qui, le seul, avait su mesurer par quels affres Shaka était passé. A défaut, et dans l’espoir de recouvrer un minimum de cette sérénité qu’il s’efforçait de cultiver depuis son départ du Domaine Sacré, il avait recherché le secours de son ami Bashkar par la pensée ; celui-ci l’avait accueilli dans son esprit avec l’infinie gentillesse qui le caractérisait et s’il avait sincèrement compati au deuil douloureux qui frappait le Sanctuaire, il avait dans le même temps confessé son impuissance – mon ami, ton aura est si troublée par ce qui t’environne que toute l’aide que je pourrais t’apporter serait vaine – avant de l’inviter à se délester du poids de l’éphémère. Un sage conseil, reconnaissait Shaka qui avait conscience du caractère inconstant des émotions les plus intenses et de la nécessité de s’en éloigner à défaut d’être pour l’heure en capacité de les gérer ; il n’éprouvait pas moins une certaine culpabilité face à ses pensées égoïstes alors que Mü, l’être avec qui il partageait tant et qui était son ami, sombrait dans une douleur sans fond. Alors il conserva son sourire et chacun choisit au final d’y souscrire même sans y croire.

A l’image de l’Atlante, Camus n’avait pas décroché un mot, ou à peine. Les dieux seuls savaient ce qui remuait dans ses pensées claquemurées avec soin derrière ses barrières mentales mais le pincement amer au coin de ses lèvres et l’ombre qui ternissait la clarté habituellement translucide de son regard en disaient assez long à Shura pour le conforter dans l’idée encore confuse mais de plus en plus inconfortable que la mort de Dôkho ne se contenterait pas de n’être qu’un événement parmi d’autres pour la plupart des membres du Domaine Sacré.

Second constat : l’Absence était là et bien là, le Capricorne ne pouvait la nier alors qu’elle se taillait une place de choix au cœur de la croix cardinale. Mais Angelo aussi, était là. Ils étaient deux. Ou un. Il ne savait plus trop, n’était pas sûr de bien comprendre – ou de le vouloir – mais il avait compris au moins une chose : dans leur malheur commun, l’Italien et lui bénéficiaient d’une chance insolente.

Sa cigarette consumée, il la remisa dans un paquet vide de Marlboro qui rejoignit la boîte de préservatifs et la bouteille de lubrifiant posées sur la table de chevet. Il regarda de nouveau Angelo, son visage toujours étrangement rajeuni lorsqu’il dormait, empreint d’une paix qui le désertait aussitôt qu’il ouvrait un œil. Ces moments n’en étaient que plus précieux pour lui qui les avait fantasmés des années durant et s’ébahissait à chaque fois d’une réalité qui avait dépassé ses espérances les plus folles. Aussi hésita-t-il, avant de poser avec délicatesse sa main au bas de son dos, à la lisière des cicatrices. Il la laissa sans bouger, respirant à peine, pour ne pas le réveiller. De l’Italien, il avait aimé et appris à aimer toutes les facettes, y compris les plus obscures, mais l’homme ne saurait être complet sans cet Angelo-là qui s’ignorait lui-même, celui qu’il aurait pu – dû – être si le destin avait façonné son existence différemment. Ce qui n’avait pas été ne serait jamais mais cela n’empêchait pas le Capricorne de se remplir le cœur du minuscule aperçu de ce qui aurait pu être.

Malgré la touffeur ambiante, un frisson hérissa brièvement la peau d’Angelo qui demeura cependant immobile, conservant les yeux fermés. A peine réveillé, son esprit le renvoya aussitôt à ses dernières minutes de conscience alors qu’il tanguait, son corps amarré à celui de Shura, ses bras et ses jambes noués autour de lui pour retarder un peu, encore un petit peu, sa chute dans le gouffre sans fond de sa jouissance. Non qu’il le redoutât ; au contraire, il l’avait appelé de tous ses vœux dès le moment où ils s’étaient enfin retrouvés au Sanctuaire et cette envie, qui s’était très vite muée en besoin, voire en exigence, ne l’avait pas quitté une seule seconde, y compris au moment où la lumière de Dôkho s’était éteinte une bonne fois pour toutes. D’aucuns en auraient conçu une honte cuisante ; pas lui alors qu’il avait momentanément mis de côté toute velléité de contrôle sur lui-même et sur son cosmos. Quelque chose au fond de lui qu’il était infoutu d’identifier, l’assurait que ne pas lutter était le meilleur moyen de vaincre.

Mouais.

Est-ce qu’il avait crié ? Probablement. Supplié ? Fort possible. Il ne s’en rappelait pas. Il n’en restait pas moins que c’était lui qui avait proposé à Shura une exfiltration en bonne et due forme à Rodorio si tôt leur réunion improvisée terminée ; s’envoyer en l’air au Sanctuaire à ce moment-là lui avait semblé tout sauf une bonne idée.

Cela faisait si longtemps… Oui, ça, il se souvenait l’avoir pensé, non sans soulagement et gratitude, quand Shura avait enfin été en lui, avec cette autorité tranquille qui l’avait aussitôt plongé dans ce qu’il aurait qualifié d’hébétude en d’autre temps mais qui en l’occurrence était ce qui se rapprochait le plus de la confiance absolue. Il s’était ouvert, donné, livré sans retenue pour jouir de lui et pour qu’il jouît de lui. Surtout. Par-dessus tout.

Ils avaient baisé toute la fin d’après-midi puis fait l’amour une bonne partie de la nuit. L’exigence, repue, avait laissé place au besoin, lui-même satisfait – pour le moment – puis enfin au désir, simple et pur, débarrassé des contingences cosmiques. Durant ces quelques heures, leurs corps, leurs cœurs et leurs mots avaient comblé un peu de la béance que la mort de Dôkho et la détresse de Mü avaient ouvert en eux alors qu’ils se retrouvaient, se complétaient et se suffisaient.

Ils n’avaient besoin de rien d’autre.

La pénombre cependant s’éclaircissait petit à petit et le Cancer se résolut à ouvrir les yeux sur les persiennes qui filtraient les premières lueurs du jour. De fait, il était tôt, sans doute même pas six heures du matin. Il resta encore immobile quelques instants, savourant le poids de la main de Shura dans le creux de ses reins, puis se redressa. Son souffle effleura l’épaule de l’Espagnol, la gauche ; la peau couturée était trop lisse sous ses lèvres et il se demanda si Shura avait la même impression lorsqu’il s’égarait à la surface de son dos.

« Le jour est là. »

La voix du Capricorne était étonnamment rauque alors qu’il était manifestement réveillé depuis un bon moment et Angelo fronça les sourcils avant de se rappeler.

Ah oui. C’est vrai.

L’enterrement de Dôkho. Celui-ci n’ayant laissé aucune consigne particulière à ce sujet la tradition du Sanctuaire s’appliquait, aussi serait-il inhumé dans le carré du cimetière réservé aux Chevaliers d’or et à ce titre, il reposerait auprès de Shion. Et qui disait enterrement, disait cérémonie, et qui disait cérémonie disait hommage. Kanon s’était chargé de battre le rappel des troupes au sens littéral du terme et tout ce que le Sanctuaire comptait de chevaliers actifs comme retraités, apprentis, personnels et proches associés serait rassemblé en ce jour.

La réalité avec son cortège de doutes, questionnements et autres manifestations de mauvaise foi retomba sur Angelo et l’espèce de… sérénité ? – appelons-la comme ça – qui enveloppait encore son cerveau quelques instants plus tôt se délita pour laisser la place au voile épais et passablement désagréable de la confusion.

Relevant les yeux, il croisa ceux couleur de pétrole de Shura qui le détaillaient. Dans l’aube naissante, ils étaient plus noirs qu’un puits sans fond et parce que cette vision lui rappelait un désespoir contre lequel il avait lutté pied à pied sans la certitude de gagner le combat plusieurs mois auparavant, Angelo se détourna :

« Je vais prendre une douche. »

* * *

La perspective du retour à son quotidien dans un avenir beaucoup trop proche fut tout à coup insupportable. Retrouver la grisaille de l’absence et l’anesthésie de ses sens, vivre dans l’attente du temporaire et dans l’idée de l’ordinaire, continuer ainsi encore des jours, des mois, peut-être des années n’avait plus aucun sens. Le torse de Shura se gonfla mais la sensation de vide qu’il emprisonnait lui fit ouvrir de grands yeux : il n’y arriverait pas. Il n’y arrivait plus.

L’eau se mit à couler derrière la porte de la salle de bains. Assis sur le rebord du matelas, ses pieds nus sur la moquette, il regardait sans le voir le tas de leurs vêtements enchevêtrés qu’ils avaient abandonnés aussitôt arrivés dans l’appartement. Les rais de lumière s’étaient avivés et il plissa les yeux tout en baissant la tête.

Il n’était pas le seul, il en avait la certitude. Les mots d’Angelo à Milan, l’état effroyable de son cosmos, sa quête inconsciente de l’aura de l’Espagnol pour s’y abreuver dès qu’il se retrouvait à son contact, tout dans le Cancer hurlait son incapacité physique et psychique à demeurer loin du Capricorne.

Pourtant, Angelo ne lui demandait rien.

Le visage entre les mains, Shura crispa ses doigts sur son crâne. L’autre homme était-il plus courageux que lui ? Plus lucide ? Après tout, cette situation résultait d’une analyse pragmatique et raisonnable visant à garantir à l’homme que Shura et Marine aimaient la stabilité d’une existence dont il avait cruellement manquée. Et le principal intéressé lui-même avait convenu de la pertinence de la solution qui en avait découlé. Il en était heureux.

Vraiment ?

Si ce n’était cette dépendance cosmique dont tous les deux subissaient les conséquences de plein fouet, oui, cela devait être le cas. Marine aimait l’Angelo d’aujourd’hui ; Shura, lui, aimait aussi celui d’hier, et même celui d’avant-hier et à ce titre, il était pour le Cancer le miroir qui reflétait ce qu’il n’était plus. En ce sens, Angelo avait tout à gagner en s’affranchissant encore un peu plus du Masque de Mort et donc de tout ce qui pouvait le lui rappeler, non ?

Non.

Bien sûr que non. Lorsque ses mains retombèrent entre ses genoux, Shura s’aperçut qu’elles tremblaient. La vérité…

… C’est qu’il n’y a que toi pour l’aimer comme il doit être aimé. Tout entier.

Et Angelo ? Le savait-il ? Ou se contentait-il de croire ce dont Shura avait voulu se persuader puis le convaincre ?

Il ravala le rire désespéré qui menaçait de le déborder et ses cils papillonnèrent : quel con. Bordel, mais quel con j’ai été !

* * *

Quand l’Italien sortit de la salle de bains, l’odeur du café chaud flottait dans l’appartement, mêlée à celle du pain frais qui remontait depuis la boulangerie au rez-de-chaussée. Debout dans la kitchenette devant la cafetière, Shura lui tournait le dos.

Tant mieux. Il n’en continua pas moins à se frotter énergiquement le crâne avec sa serviette mouillée au cas où l’Espagnol se retournerait ; il n’était pas certain que les ombres de son cauchemar, revenues l’assaillir à la faveur de l’eau bouillante sous laquelle il s’était attardé, eussent tout à fait déserté son visage. Un coup d’œil dans le miroir en pied accroché derrière la porte de la chambre le rassura. A moitié. Ce qui ne se voyait plus tournoyait malgré tout dans son esprit et il redoutait ce que Shura serait fichu d’en conclure. Ceci étant, avait-il réellement le choix ?

Alors qu’il se baissait pour récupérer son jean et sa chemise froissée, il ne put s’empêcher de grimacer. Les douleurs soudaines qui l’assaillaient ne devaient toutefois rien ou pas grand-chose, ni à leur nuit agitée, ni à sa collection de fractures ; à dire vrai, il n’en avait jamais ressenti de semblables, pas même lorsqu’il mourait d’envie de se fracasser le crâne contre le mur pour annihiler les migraines insoutenables induites par son cosmos en roue libre. En l’occurrence, il se trouvait infichu de même identifier leur siège : il avait mal mais il ne savait pas où. Ni pourquoi.

La lumière cependant se fit alors que Shura pivotait à demi et qu’il apercevait enfin son profil, fermé et tendu ; contrairement à lui, ce dernier avait déjà fait le tri dans ses réflexions et choisi de partager avec le Cancer ce que celui-ci reconnaissait à son tour : une douleur fantôme. On ne prenait conscience de ce qui avait toujours été là qu’après sa disparition et en l’espèce, la mort de Dôkho s’apparentait à une amputation pure et simple. Angelo prit une inspiration profonde mais brève, avant de laisser filer lentement son expiration. Il avait déjà eu un aperçu – par procuration et contre son gré – de ce à quoi pouvait ressembler une telle perception, à présent il l’expérimentait pour lui-même et la bonne vieille angoisse qui l’avait tenaillé devant le puits sans fond de souffrances dans lequel Shura s’était enfoncé revint le tarauder.

Stop. Un soupir lui échappa alors qu’il venait d’écraser son bouton d’urgence mental et ses doigts cessèrent aussitôt de trembler alors qu’il boutonnait sa chemise. Des conneries, tout ça. Non, ça ne serait pas facile pour eux de surmonter la disparition de Dôkho, mais ça le serait encore moins pour d’autres, au hasard un Atlante de sa connaissance qui se retrouvait tout seul du jour au lendemain. Eux, ils étaient deux. Parce que Shura était en vie. Parce que Shura était là.

Ça passerait.

Ça irait.

Pas vrai ?

Il choisit de se raccrocher au mieux-être dans lequel il rêvait de continuer à se vautrer et qu’il ressentait plus pleinement à chaque heure passée aux côtés du Capricorne ; il se faisait l’effet d’une baudruche en cours de remplissage. Ou mieux : d’une montgolfière. Encore un peu de cette chaleur, de cette flamme réconfortante et il pourrait se libérer des chaînes dans lesquelles les caprices de son cosmos l’enfermaient depuis des mois et retrouver – enfin ! – son intégrité. Sa liberté.

« Une… montgolfière ?

— Hein ? »

Ahuri, Angelo releva les yeux vers Shura qui le considérait d’un air circonspect :

« Dans ta tête – il désigna le Cancer de l’index – pourquoi tu penses à… ? »

Pour toute réponse, Angelo haussa les épaules avec toutefois un sourire qui parut rassurer l’Espagnol. Ce dernier lui jeta encore un coup d’œil interrogateur avant de se détourner vers le plan de travail de la kitchenette.

Une table ronde assortie de quatre chaises occupait une partie de la modeste pièce à vivre du deux-pièces et l’Italien était déjà assis quand Shura lui tendit sa tasse de café avant de s’installer en face de lui, dument nanti de sa jumelle. Ils fumèrent un moment en silence sans se regarder puis :

« Qu’est-ce que tu vas faire ? »

Angelo avait tourné la tête vers lui, sa tasse vide dansant distraitement entre ses doigts. L’arête du nez pincée entre ceux de ses doigts qui ne tenaient pas sa cigarette, Shura prit quelques secondes pour répondre, non pas tant pour réfléchir que pour retarder l’inévitable retour à la réalité :

« Rester encore quelques jours, le temps de voir comment les choses vont s’organiser pour Armand et laisser les consignes nécessaires. Ensuite, je rentrerai à Madrid. »

Le silence revint, plus pesant. A quoi bon retourner la question ? Shura s’abîma dans la contemplation du fond de sa tasse. A l’heure qu’il était, Marine était en passe d’arriver à Rodorio où Angelo devait la rejoindre. Bien que Saga lui eût restitué ses accès au Sanctuaire, la Grecque ne se considérait pas légitime pour en user à sa guise. Par ailleurs, ainsi qu’elle l’avait confessé au Cancer l’idée d’arriver seule au beau milieu d’une veillée mortuaire ne l’agréait que très modérément. Angelo ne devait plus tarder s’il ne voulait pas la faire attendre.

Et ensuite… L’Italien n’avait pas déballé grand-chose de son sac, qui était resté au pied de la porte d’entrée des appartements de Shura. A l’issue de la cérémonie, il le récupèrerait et repartirait avec Marine vers l’aéroport, destination Paris. Jusqu’à la prochaine fois. Dans un mois ou deux. Ils se téléphoneraient. Ils en discuteraient. Ils…

Avachi sur sa chaise, Shura ne se rendit pas compte tout de suite qu’Angelo s’était levé pour jeter leurs déchets à la poubelle, rincer la cafetière et collecter ses effets personnels : paquet de cigarettes, briquet, lunettes de soleil. Il était sur le point de partir.

Alors c’est comme ça ?

C’était toujours comme ça.

Le Capricorne le contempla alors qu’il s’affairait et lentement mais sûrement, un poing se referma sur ses entrailles pour les tordre jusqu’à lui couper la respiration. Ses poings à lui se resserrèrent sur la table tandis que ses dents grinçaient les unes contre les autres. Il ferma les yeux, entendit la voix éraillée d’Angelo qui lui parvenait de très loin tout à coup :

« Bon. Je vais y aller, on se retrouve tout à l’heure au Sanctuaire puis…

— Angelo. »

L’autre homme, qui se dirigeait déjà vers la porte, se figea et se retourna. Shura, les coudes sur les genoux, le fixait depuis sa chaise :

« Je n’ai plus envie de te voir partir. »

Seul le silence lui répondit. Un silence dont il lut la surprise dans les yeux bleu sombre légèrement agrandis. Et l’attention, aussi.

Choisissant d’y lire un encouragement, le Capricorne entrecroisa ses doigts dans l’espace entre ses genoux, ses phalanges déjà blanches :

« Je sais, reprit-il après une hésitation, que ce n’est pas ce dont nous avons convenu, toi, moi et Marine. Je sais aussi que je n’ai pas le droit de te dire ça. Mais… »

Baissant les yeux un instant, Shura rouvrit les mains pour contempler le vide entre ses pieds, à la recherche des mots cent fois, mille fois ressassés et qui tout à coup le fuyaient.

« … Je ne le supporte plus », finit-il par avouer tout en relevant la tête pour regarder Angelo.

Celui-ci, immobile, ne le quittait pas des yeux sans que désormais quoi ce fût sur ses traits pût faire l’objet de la moindre interprétation. Ce n’était pas la première fois que le Cancer lui opposait ainsi un masque aussi impénétrable, pourtant et parce que vingt années durant il avait appris à en décoder le frémissement le plus infime, Shura sut, plus qu’il n’en prit véritablement conscience, que l’impavidité d’Angelo n’était qu’une façade sur le point de se fissurer.

Cette certitude le fit hésiter alors qu’il réalisait quel point de non-retour il s’apprêtait à franchir. S’il ne s’agissait que de lui-même, au fond, quelle importance ? Il finirait par s’en accommoder comme il s’était accommodé d’un amour qui ne pouvait, à l’époque, exister qu’à sens unique. Mais en ce qui concernait Angelo ? Avait-il le droit de foutre en l’air l’équilibre auquel l’Italien finirait par parvenir, une fois que son cosmos aurait retrouvé ses repères ?

La réponse est dans la question.

Le corps du Capricorne fut traversé par une décharge alors que son propre cosmos se rebellait contre son esprit, mû par la sollicitation sourde mais continue de celui, délabré, du Cancer mais qui petit à petit recouvrait sa vigueur. Son appel au secours inconscient, trois semaines plus tôt, depuis le quatrième temple ; sa soif inextinguible ; son exigence, impérieuse : des repères ? Oui, bien entendu : ceux, exclusifs, du quatrième axe.

Il n’y en avait, et il n’y en aurait jamais d’autres.

Plus jamais. Ni pour Angelo. Ni pour lui-même.

Crétin.

Shura prit une dernière inspiration puis son corps se relâcha quand il reprit la parole d’une voix calme :

« Je ne supporte plus ce vide, du matin au soir et du soir au matin sans rien pour le combler. Ce n’est pas une douleur ; c’est pire. Au moins, lorsque j’ai mal, je suis vivant. Mais il n’y a rien. Je n’ai plus rien. Et je ne suis…

— … plus rien. »

Les lunettes de soleil atterrirent sur le parquet. Angelo avait reculé d’un pas, puis un autre, avant de s’adosser contre la porte d’entrée, un pli en travers du front.

« Tu ne m’en as pas parlé plus tôt, pourquoi ? Demanda-t-il dans un grondement.

— Je te l’ai dit : ce n’est pas dans notre accord. Je ne voulais pas…

— Quoi ? Qu’est-ce que tu ne voulais pas ?! »

La voix, furieuse, de l’Italien se répercuta dans l’appartement.

« Je ne voulais pas t’imposer mes difficultés à demeurer loin de toi, répliqua Shura plus sèchement qu’il ne l’aurait souhaité. Je ne voulais pas te faire porter le poids d’une situation dont tu n’es pas responsable. Je ne voulais trahir personne, ni Marine, ni toi, ni… moi. Mon engagement. »

Les poings de Shura se serrèrent de nouveau et il rajouta, après un silence :

« Et je voulais que tu aies une chance de trouver la paix avec elle. Je voulais que tu sois heureux. »

Ils s’affrontèrent du regard quelques secondes puis Angelo laissa échapper un rire. Sa tête cogna contre la porte derrière lui une première fois, une seconde et tout à coup, ses mots dévalèrent comme des cailloux :

« Mon cauchemar de cette nuit, tu veux vraiment savoir ? Ce n’était pas Dôkho qui était mort. Ce n’était pas lui que j’accompagnais jusqu’au Puits. Ce n’était pas lui qui tombait dans le néant en me regardant une dernière fois. C’était toi. Et lorsque je me suis réveillé j’ai cru que moi aussi, j’étais mort. »

Une pause. Une inspiration :

« Tu sais pourquoi ?

— Oui – Shura se mordit les lèvres mais ne céda pas devant le regard étréci et orageux sous lequel l’autre homme le tenait – Je crois que je sais.

— Alors, bordel, quand cesseras-tu de penser à ma place ! »

La douleur avait remplacé la colère sous les mots du Cancer qu’un élan soudain décolla de la porte :

« Au nom de quoi te permets-tu de choisir pour nous deux ?

— Nous deux ? Mais tu…

— Tais-toi ! – Angelo avait dressé un index autoritaire devant son visage qui avait viré au gris – Moi, je ne me suis pas interdit de te dire, de te montrer ce que je supportais même si, c’est vrai, je ne t’ai pas tout montré. Mais je ne t’ai pas menti. Parce que je croyais que toi non plus, tu ne mentirais pas. Tu n’étais pas le seul à vouloir quelque chose : moi, je voulais savoir. Si tu allais bien. Ou mal. Si c’était simple, ou compliqué. Supportable ou insupportable. Sauf que tu ne m’as rien dit.

— Et ça change quoi ?

— Ce que ça change ? »

Angelo s’avança vers Shura qui releva encore un peu plus la tête lorsque le Cancer fut debout devant lui, les poings serrés le long de ses cuisses, ses genoux contre les siens.

« Tout. »

Ils s’entre-regardèrent, sans un mot. Puis, lentement, le front de l’Espagnol bascula vers l’avant pour s’appuyer contre la cuisse de son ami. De son amant. Il ferma les yeux quand la main du Cancer vint se poser sur son crâne :

« D’accord – la voix étouffée de Shura était percluse de lassitude – Donc aujourd’hui je te le dis : j’ai besoin de toi même si je m’étais promis… – un rire sec lui échappa, qui secoua ses épaules – Oh et puis merde : je ne peux pas vivre sans toi. Voilà. Je ne peux plus. Et je ne veux plus. »

Shura n’était pas le seul à s’être menti à lui-même. Écoute ton cœur, avait dit Dôkho à Angelo, cœur qui menaçait présentement de se propulser hors de la poitrine de ce dernier, affolé par ce qui le débordait de toutes parts ; cœur qui voulait fuir ce qu’il s’était efforcé d’ignorer, voire de nier dans les – rares – moments où la lucidité réussissait à se frayer un chemin dans les méandres de son aveuglement.

Compliqué, dans ces conditions, d’écouter ce qui ne veut pas se faire entendre, pas vrai ?

Le subconscient du Cancer, aussi sarcastique son propriétaire, n’escomptait aucune réponse à sa question toute rhétorique. Aussi se vit-il le bec cloué quand la voix de Dôkho émergea des tréfonds de sa cervelle épuisée, encore pleine de cette sagesse qu’il avait emportée avec lui :

« … Dans ce cas, laisse faire celui à qui tu l’as donné. »

Les doigts d’Angelo se crispèrent entre les mèches courtes et sombres de Shura dont le poids de la tête s’accentua contre sa jambe et il gronda :

« Alors demande-moi de rester. »


[1] Concernant l’armée d’Asgard, j’ai fait le choix de décliner l’alphabet grec dans sa totalité et ceci implique l’existence de 17 guerriers supplémentaires dévolus à la protection d’Asgard. Toutefois, seuls les 7 premiers que nous connaissons déjà sont qualifiés de divins. Par ailleurs, si physiquement, ce Sigmund est celui de SoG, la ressemblance s’arrête là : dans Nouvelle Ère, il est le frère cadet de Siegfried et non son aîné, et il est le guerrier n°8, donc de Thêta (mais son totem est bien affilié à Grani).

[2] Première(s) impression(s) – préquelle

8 réflexions sur “Nouvelle Ère – Submersion – Chapitre 30

  1. Fenrir!!! Content de le revoir celui-là.

    Sa nouvelle sagesse lui va bien. Tout le contexte (la balade en forêt, les loups, l’ermite qui donne de précieux conseils) fait très conte moyenâgeux. C’est parfait pour une contrée comme Asgard, supposée figée dans la temps. Hilda a raison de s’en remettre à celui qui connait le mieux la nature.

    Au sanctuaire, ça batifole encore ! Tss, c’est bien les mecs ça, juste capable de noyer leur chagrins dans le stupre ! Cela dit, c’est un excellent remède à la mélancolie. Et puis ça permet parfois de se dire les choses. La preuve.

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    • A vrai dire, j’ai trop regardé « Vikings » je crois XD Ceci, ajouté à ma petite faiblesse pour la narration « chevaleresque » (je m’éclate à écrire sur des univers comme Versailles no Bara, GoT et autres med-fantasy), « produit » une écriture particulière dès qu’il s’agit d’Asgard. La notion de destin est centrale dans la mythologie nordique et fait écho de façon intéressante à StS : j’ai trouvé pertinent de les mettre en regard, sachant que côté scandinave, il n’est pas question de transcender son destin pour tenter de le modifier mais plutôt de l’accepter et de l’accomplir parce que d’une façon ou d’une autre, il trouvera toujours le moyen de s’exprimer. Il m’a semblé également que Fenrir était le GW le mieux placé pour représenter cette façon de voir la chose, du fait de sa proximité avec la nature. Ca aurait pu être Albérich mais ce dernier utilise la nature à son profit donc ça ne collait pas. Par contre, Fenrir vit en symbiose avec elle et comme tu le dis, il est le mieux placé pour recontextualiser la situation, mais selon le prisme nordique : Asgard a un destin, il doit s’accomplir, il n’est pas envisageable de s’y opposer. Je suis vraiment contente que cette partie t’ait plu, car j’ai beaucoup aimé la rédiger !

      A choisir entre les cochoncetés, l’alcool ou la drogue, on va dire que la première option est sans doute la plus « safe » XD Ces deux-là ont la chance d’être deux justement et inconsciemment, ils ont compris que leur salut face au deuil qui les frappe réside dans ce qui les relie. Et, effectivement, c’est dans l’adversité que se dévoilent les solutions, quand toutes les barrières et protections finissent par tomber.

      Grand grand merci à toi d’être toujours fidèle au poste, ça me touche à chaque fois ♥ A bientôt !

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  2. Hello,

    À nouveau un très bon cru.
    La lecture de ce nouveau chapitre à fait écho à une publication lue le matin même (coïncidence ?) :
    Il a été demandé à Tenzin PALMO (nonne bouddhiste) son avis sur l’amour, la souffrance, l’argent et sa Philosophie de vie.

    Sa réponse (extrait) : « Vous savez, lorsque nous perdons quelque chose que nous aimons, le problème, c’est notre attachement, ce n’est pas la perte. C’est notre attachement qui est la cause de notre souffrance.
    L’attachement engendre la peur et la souffrance. Nous avons peur de perdre ce à quoi nous sommes attachés et nous souffrons lorsque nous le perdons ».

    – Qu’adviendraient-ils des asgardiens sans Asgard (et pas que les asgardiens d’ailleurs, au moins, Fenrir, regarde la vérité en face),
    – Comment vont réagir les XII à la disparition de Dohko ? (même si les drabbles donnent déjà des réponses). Hâte de lire tout cela en détail.
    – Que deviendrait Shura sans Angélo, et inversement ?

    Vivement le chapitre 31 !

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    • Coucou !

      Merci beaucoup, si ce chapitre t’a plu, c’est l’essentiel !
      La référence aux propos bouddhistes dont tu te fais l’écho répond aussi, je trouve, aux doutes du Shaka enfant dans le Junikyu-hen qui se désespère de la souffrance des hommes et qui ne comprend pas pourquoi la vie est aussi importante puisqu’elle conduit à la souffrance et à la mort. Et en effet : c’est bien l’attachement qui est la source de tous nos maux. Quand j’ai écrit Déchirement (une version alternative de Fragments qui, les dieux en soient remerciés, est purement virtuelle), c’est cette souffrance que j’ai décrite car « le pire, c’est pour ceux qui restent ». On se désole de la mort des gens « oh le pauvre il est mort » mais ça n’a pas de sens quand on y pense : à la vérité, on est désolé pour les proches.

      Ceci étant, cette vérité étant admise, faudrait-il ne pas aimer dans ce cas ? Ce serait la meilleure façon d’échapper à la souffrance. Mais sion n’aime pas, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ? A-t-elle seulement un sens ? Au fond, tout ce qui a de la valeur a un prix, qu’il faut payer tôt ou tard.

      Les Asgardiens vivent pour, par et à travers Asgard, au sens littéral du terme du reste, puisque le cosmos d’Asgard est collectif. Chaque Asgardien recèle une part du cosmos d’Asgard, en fait l’un n’existe pas sans l’autre. Et le monde a besoin d’Asgard, c’est vrai. Dans les fait, c’est le destin d’Asgard d’être ce qu’elle est et ce destin est irrémédiablement tragique. Fenrir dans son approche se rapproche d’une vision assez bouddhiste finalement.

      Les XII ne sont plus que XI et par définition, l’équilibre est rompu. Dans le même temps, c’est dans l’ordre naturel des choses en temps de paix (c’est à dire quand ils ne meurent pas tous en accomplissant leur devoir) (ce qui aurait du arriver devant les Portes) (ce qui est arrivé devant les Portes précédentes, Shion étant le seul survivant dans l’UDC!verse), c’est donc qu’ils sont censés surmonter la perte de Dôkho. Mais dans le même temps, leur génération est une génération « Portes », qui a donc développé des liens extrêmement forts. Et là, on se rappelle les mémoires de Bartolomeo du Scorpion. Bref, c’est pas gagné. Oui, on verra les conséquences de cette situation 😀

      Shura sans Angelo ou l’inverse ? Facile : il n’y survivrait pas. Ils ne se survivraient pas l’un l’autre. Mü l’a compris même s’il ne leur a rien dit, Dôkho aussi mais il n’aura plus l’occasion de le leur dire. Ils n’en sont pas encore conscients, mais au fond, je crois qu’ils l’ont déjà compris…

      Merci tout plein à toi ! Le chapitre 31 se met en place tranquillement – j’ai quelques difficultés sur une partie dont je ne sais pas par quel bout la prendre mais je vais y arriver 😉 Encore merci pour ta fidélité et ton intérêt pour cet univers, ça me va droit au cœur ♥

      Porte-toi bien et à bientôt !

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  3. Bonjour! Je rattrape gentiment mon retard de lecture et ce chapitre m’a vraiment séduite!

    Hilda a déjà fait preuve d’une grande force et de beaucoup de courage lors du chapitre précédent. Elle n’agit pas en politicienne, mais en vraie guide de son peuple, et cela force le respect. Sa conversation avec Fenrir était très touchante. C’était intéressant de faire intervenir ici ce personnage qui est effectivement bien placé pour comprendre la nature du fait de ses liens particuliers avec elle – tu insistes d’ailleurs bien sur son rapport avec Ging. Mais je dois dire que je comprends aussi la révolte de Sigmund. Son « Crois-tu vraiment que l’humanité mérite nos vies alors que c’est elle qui est en train de tous nous tuer ?  » fait écho aux questionnements qu’on pu avoir certains chevaliers au moment des Portes, je trouve.

    Et on assiste à un moment de bascule entre Angelo et Shura. J’ai envie de dire, enfin, parce que ce n’était vraiment plus possible… Je suppose que c’est la fin du fameux triangle avec Marine qui se profile. Et même si je dois dire que ça me semble parfaitement logique et naturel, surtout au vu de la situation actuelle des deux chevaliers, ça me fait de la peine pour Marine!

    Je me réjouis de savoir comment tout cela va évoluer!

    A bientôt!

    Lily

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    • Bien le bonjour Dame Lily !

      Hilda est une vraie Asgardienne, au sens viscéral du terme. Elle incarne Asgard et tu as raison : c’est son devoir envers son peuple qui la guide, ou tout du moins l’idée qu’elle s’en fait. Pour cette raison, elle est très respectée et le fait qu’elle soit régulièrement reconduite à la tête d’Asgard le prouve. Quand bien même ce sont les chefs de clan (donc les nobles) qui l’élisent, ceux-ci portent la voix du peuple et dans sa majorité, celui-ci se range derrière Hilda. Elle fait preuve d’écoute et d’empathie, tout en sachant se montrer ferme et juste autant que possible dans le cadre imposé par Asgard et sa raison d’être. Son implication est totale et elle se voue entièrement aux Asgardiens. Et c’est peut-être là que ça se complique : l’intérêt du peuple avant toute chose. Fenrir, à l’inverse, replace chacun à la place que le destin lui a dévolue et dans le cas présent, cette vision des choses se télescope avec la vision d’Hilda. Et en l’occurrence de Sigmund également.

      Le lien entre Ging et Fenrir est très prégnant dans l’anime. Le loup est un animal sauvage qui se tient loin des hommes. Pour qu’il soit à ce point proche de Fenrir, il faut bien que ce dernier ait une conscience aiguë de l’équilibre naturel du monde (dans l’UDC!verse, Fenrir n’est pas élevé par les loups : il est un fils cadet de clan dont la position dans la hiérarchie familiale lui permet de vivre selon ses propres règles (… et ses parents doivent être des hippies, c’est pas possible autrement XD)) . D’ailleurs, Fenrir et Ging se considèrent comme des égaux. J’ai toujours trouvé le personnage très intéressant, car vraiment à part de ses pairs et j’ai voulu conserver cet aspect ici.

      La phrase de Sigmund repose sur des faits établis : le dérèglement climatique est le fait de l’homme or Asgard a pour vocation de maintenir l’équilibre climatique. Ca fonctionne quand cet équilibre est régi par des forces naturelles qui interagissent. Ca fonctionne déjà beaucoup moins bien quand une action qui n’a rien de naturel vient se rajouter aux interactions de base. Donc en soi, il a factuellement raison. Lors des Portes, certains chevaliers d’or doutaient du bien-fondé d’une action de leur part du fait de leur interprétation personnelle de l’histoire du monde, et de leur résignation face à la capacité des hommes à s’entretuer. En gros il y a la team candide (l’homme nait naturellement bon), et la team réaliste (l’homme nait avec ses travers) C’est vrai que les deux aspects se répondent entre UDC et NE mais dans le premier cas on est dans une approche plus subjective que dans le second cas.

      Je te confirme : Angelo et Shura ne pouvaient pas continuer comme ça. Quant à Marine, elle n’est pas naïve, ça fait un moment qu’elle se doute bien que cette situation ne pouvait pas perdurer et c’est sans doute mieux pour tout le monde. A elle de choisir la meilleure façon de considérer la situation 😉

      Merci beaucoup pour ton appréciation de ce chapitre, s’il t’a plu, cela suffit à me faire plaisir parce j’écris pour moi et je publie pour les lecteurs donc s’ils sont contents, je suis contente ♥

      A bientôt !

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  4. Hello Al’,

    Bon je galère toujours autant à te poster des commentaires. J’avais posté celui-ci il y a 3 jours, mais je viens de me rendre compte que cela n’avait pas fonctionné alors que je l’avais clairement vu s’afficher sur la page de ton chapitre avant de m’en aller. Je crois qu’il y a vraiment un bug. Allez, je retente… 🤞

    Superbe chapitre ! J’ai tellement aimé la deuxième partie, tu t’en doutes, mais comme je ne me peux m’affranchir de mon sens logique, je commencerai tout de même cette review par le début.

    Fenrir est un personnage très intéressant. Un homme véritablement libre, dans sa façon de vivre, d’agir, de penser. Hilda a raison de donner de l’importance à son opinion, car qui mieux que lui pourrait percevoir les chamboulements qui ébranlent la terre d’Asgard ? Ses paroles concernant le caractère à la fois éphémère et immuable de tout ce qui est m’ont rappelé les derniers mots de Shaka à l’issue de son combat contre Saga, Camus et Shura dans l’animé. Tout comme les interrogations de Sigmund quant à l’intérêt de sauver ceux qui sont responsables des dérèglements qu’ils subissent et contre lesquels ils s’épuisent à lutter quitte à laisser Asgard exangue ont fait écho chez moi (et a priori aussi chez Lily) aux questionnements de certains Ors avant Les Portes. Et encore une fois la question du Destin revient sur le tapis. Un thème central dans StS. J’ai hâte de découvrir le rôle qu’Asgard jouera dans la suite de ton récit.

    Bon et cette deuxième partie, dans le microcosme de cet appartement de Rodorio qui a déjà été le témoin discret de tant de choses… (qu’en lectrice attentive, je n’ai pas oubliées bien entendu 😉). J’ai tellement aimé toute cette partie. L’introspection de Shura puis celle d’Angelo. Et la prise de conscience du Capricorne, qui s’impose finalement à lui. Enfin ! Je crois que je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher un « eh ben voilà, Boudiou ! » La phrase prononcée par Shura pour lui même m’a bouleversée. « C’est qu’il n’y a que toi pour l’aimer comme il doit être aimé. Tout entier. » Cette phrase résume à elle seule tout ce qui caractérise l’amour qu’il porte à Angelo. L’explication du cauchemar d’Angelo m’a serré le coeur elle aussi. J’ai parfaitement ressenti le sentiment d’angoisse pure, la terreur, le vide qui ont dû ravagé les entrailles du Cancer à son réveil. J’ai été heureuse de relire la phrase de Dohko qui m’avait tant émue au précédent chapitre. Je savais qu’elle était d’importance !
    Et la dernière phrase d’Angelo. Celle qui clôt de la plus belle manière qui soit ce chapitre. « Alors demande-moi de rester ». Vraiment ce que tu as écrit dans ce chapitre, c’était presque trop pour mon pauvre petit coeur sensible ! Mais punaise, qu’est-ce que c’était beau 😍. Alors je sais que la décision que Shura et Angelo semblent prêts à prendre signera la fin de « l’arrangement » qu’ils avaient avec Marine. Mais je ne suis pas inquiète. Je sais que Marine rebondira. Et puis comme elle veut le bonheur d’Angelo, elle sait qu’il n’existe pas d’autre voie possible. Ce qui est sur le point de se produire était inéluctable, et Marine le savait.

    Alors voilà… Si je ne savais pas déjà ce qui attendait nos héros, j’aurais presque envie de me dire : « et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des jours ». Sauf que eh ben non. Ça ne collerait tellement pas à ces deux là et à l’univers que tu as créé et que j’apprécie tant.

    Vivement la suite.

    Je t’embrasse !

    Phed’

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    • Coucou Phed’ !

      Ah là là, heureusement, que tu as réussi à poster ton ressenti sur ce chapitre car tes mots ont illuminé ma journée ♥ Vraiment, et je t’en remercie du fond du coeur ♥ Mais je vais y revenir et comme toi, commencer par le commencement ! XD

      Fenril est un homme libre dans l’espace de son destin : il est contraint par celui-ci mais parce qu’il en a conscience, il mène son existence du mieux possible, de manière honorable et il a choisi de rendre hommage à son destin plutôt que de lutter contre lui. C’est effectivement un homme très sage ! Il s’entendrait bien avec Shaka je pense. Après, c’est un choix de sa part qui peut ne pas être celui d’autres Asgardiens. Car qui sait ? Le destin est-il véritablement immuable ? Ne peut-il être transcendé dans certaines circonstances ? Ou au nom de certaines valeurs ? C’est vrai que le destin est une notion centrale dans StS et j’ai toujours trouvé son poids encore plus pesant dans la partie Asgard qui suintait une sorte de désespoir résigné du début à la fin. A voir donc comment les personnages vont se positionner par rapport au poids en question, s’ils vont lutter et si oui, comment ils vont s’y prendre. Cela me fait très plaisir que tu adhères à l’approche asgardienne de cette histoire, j’espère rester dans la même veine jusqu’au bout !

      Ah la deuxième partie… Tu me croiras si je te dis que j’en ai réécrit plus de 80 % par rapport à la première version ? Tout d’abord, j’ai considérablement expurgé le premier jet (écrit sous NaNo donc avec pleeeeeeiiiin de mots inutiles sans compter les cochoncetés qui font grimper le compteur mais qui ne servent pas à grand-chose XD) et surtout, les années étant passées depuis, je me suis rendue compte que j’étais quand même partie dans une direction un peu trop… neuneu. Donc j’ai fait le ménage et je suis repartie de quasi 0. Le fond par contre est resté le même, tout comme l’aboutissement.

      Rodorio, oui, l’appartement qui en a vu beaucoup (et le boulanger d’en dessous aussi XD). Tes mots m’ont vraiment beaucoup beaucoup touchée à vrai dire. D’abord, et bien entendu, parce que ces deux-là, leur histoire, sont pour moi quelque chose d’extrêmement important. Je m’efforce de retranscrire ce qu’ils sont, de le faire ressentir aux lecteurs comme moi je le ressens et rien ne peut m’enthousiasmer plus que de savoir que les lecteurs – toi en l’occurrence – perçoivent les choses comme elles sont censées être.

      Shura s’est caché derrière son petit doigt depuis des mois mais il sait. Il sait qu’il ne peut en être autrement. Simplement, il lui fallait trouver le courage de l’avouer, parce que ce faisant, il se désavoue lui-même et ça, pour lui, c’est com-pli-qué. Quant à Angelo, il savait aussi hein, faut pas croire, c’est juste que sa mauvaise foi légendaire a un peu trop tendance à mettre la balle dans le camp d’en-face parce que ça l’arrange bien. Bref, l’un est trop têtu, et l’autre trop de mauvaise foi. Mais, oui, enfin, ils se parlent, ils communiquent et le résultat est ce qu’il doit être. ce qu’il aurait toujours dû être, au fond.

      Shura sait aimer Angelo depuis toujours et les dieux savent si ça n’a pas été simple. Il sait aussi qu’il a encore beaucoup à apprendre et à découvrir mais il a toujours été prêt pour ça. Quant à Angelo, Shura a été dans sa vie dès le premier jour même s’il ne s’en rendait pas compte. Il ne saurait concevoir les choses autrement, simplement (enfin, simplement…) il ne savait pas l’exprimer.

      La dernière phrase, elle, n’a pas été modifiée 🙂 tout ce que j’ai écrit devait y aboutir, d’une façon ou d’une autre. Je suis vraiment très très heureuse que tu l’apprécie, parce que j’y tenais, à ces mots-là ♥

      En effet, Marine s’en sortira. Parce qu’elle est comme elle est, que ce n’est pas lui rendre justice de penser qu’elle ne supporterait pas de perdre Angelo. Et comme tu le dis, elle a toujours su qu’ils en arriveraient là tous les trois.

      Aaaah, disons qu’avant la conclusion « et ils vécurent heureux », il va s’en passer des choses, c’est certain XD mais cela n’en rendra que plus fort cette fin qui lorsqu’elle arrivera sera sacrément méritée XD

      Merci, merci de tant aimer cet univers, d’y adhérer comme tu le fais, et d’aimer les personnages à ce point. Merci d’être là ♥

      Des bises et à très bientôt ! (au moins pour ⚽ ! XDDD)

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