Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 3

Jamir, Tibet, Février 2006

« Et… le porteur… doit…

— C’est bon, ça suffit pour aujourd’hui. »

Et Shaka de reprendre plus haut tout en modulant son intonation sur un rythme calme et apaisant :

« La tour est là, Mü, tu l’aperçois. Elle n’a pas changé. Tu es à l’intérieur maintenant. Tu es installé à ton bureau. Tu es avec moi. »

La main de l’Indien passa devant le regard égaré de Mü qui cligna des yeux à plusieurs reprises comme ses pupilles se rétrécissaient face à l’éclat de la lampe à pétrole posée sur sa table de travail. A côté de lui, Shaka se levait :

« Je vais préparer du thé. »

Depuis combien de temps était-il “parti” ? Un coup d’œil à la fenêtre devant lui le renseigna : la nuit était tombée, et depuis un moment s’il en croyait la hauteur de la lune dans le ciel sombre.

Il roula les épaules avec précaution, avant de s’étirer, puis de se lever à son tour. Il se sentait bien.

« J’aurais pu continuer, je crois, lança-t-il à l’attention de Shaka qu’il entendait s’activer dans la petite cuisine.

— Pas moi. »

La Vierge réapparut quelques minutes plus tard, avec un plateau surmonté d’un antique théière et de deux bols.

« L’hypnose n’est pas un jeu, fit-il en inclinant le filet d’eau bouillante sur la boule d’argent arrimée au rebord de la porcelaine. Aussi efficace soit-elle, rajouta-t-il en avisant Mü en train de brandir un paquet de feuillets noircis par son écriture.

— Ça a fonctionné en tout cas.

— Tu es content ?

— Je te dirai ça lorsque j’aurais réussi à me relire. »

Quelque fût le résultat, il ne pouvait pas être pire que l’absence de résultat qui avait fini par miner son quotidien : une telle progression était inespérée. Pour la première fois depuis des semaines, voire des mois, la chape familière de la culpabilité semblait disposée à laisser respirer l’Atlante qui profita de l’aubaine pour savourer son thé sans son habituel arrière-goût d’amertume. Il avait peut-être tout détruit ou presque à l’époque, son esprit n’avait pas oublié. Shaka avait raison.

Ce dernier répondit d’un sourire paisible à celui empreint de reconnaissance du Bélier qui reprit :

« Je ne sais pas, en vérité, si ce que ma mémoire a retenu va nous être d’une quelconque utilité pour les retrouver mais… ça compte malgré tout.

— Pour toi. »

L’Atlante hocha la tête, tandis que son regard dérivait dans la pièce circulaire du rez-de-chaussée, celle où les occupants de Jamir avaient de tout temps organisé l’essentiel de leur existence. S’y côtoyaient une table dont une lauze plate et oblongue faisait office de plateau posé sur une empilement d’anciennes meules en granit, un ensemble de fauteuils et de sièges disparates fabriqués dans la vallée en contrebas et recouverts de tissus en laine et en soie dans des tons de violet et de vert, ainsi que des étagères en bois, travaillées sur mesure pour épouser l’arrondi des murs. Une telle précision dans la découpe incitait Mü à penser qu’un Atlante les avait sans doute rapatriées de l’étranger plusieurs siècles plus tôt. Un âtre aussi large que haut occupait un quart de la périphérie de la pièce, diffusant la chaleur du feu qui y brûlait continuellement jusqu’aux niveaux supérieurs par le biais de son imposant conduit. Quant au sol, en pierre lui aussi, il était recouvert de tapis assez nombreux et épais pour se faire oublier pendant que s’entassaient çà et là le stock – précieux dans cette contrée – de bois nécessaire au chauffage et à l’eau chaude, des bibelots, des bols tibétains et autres artefacts dont Mü n’était même pas sûr qu’il eussent appartenus à Shion lui-même. Là encore, l’un de leurs prédécesseurs les avait amenés ici un jour, un autre peut-être les avait assez appréciés pour les conserver. Aussi inutiles fussent-ils, voire encombrants pour certains, Mü s’était toujours refusé à s’en débarrasser.

Et parce qu’il se sentait bien dans cette pièce en particulier, il avait décidé d’y aménager son bureau, alors que Shion avait toujours eu le sien à l’étage, dans sa chambre. Par ailleurs, s’il l’avait laissé là-haut, les lieux auraient été trop exigus, et pour y accumuler sa documentation, – qui pour l’heure s’étalait partout au rez-de-chaussée, entre vieux ouvrages poussiéreux et lambeaux de parchemins à moitié calcinés – et pour y travailler aux côtés de Shaka qui aurait alors dû s’installer ailleurs. Or, Mü avait envie de profiter de sa compagnie.

« Et après, pour le Sanctuaire. »

Après la mort du dernier des Atlantes. La sienne. Étrangement l’idée ne lui perça pas le cœur, pas ce soir. Cette paix de l’esprit ne durerait toutefois pas ; autant la savourer.

« Peut-être qu’un jour quelqu’un sera assez curieux pour s’intéresser au sujet et qui sait, réussir un exploit ?

— Oui, qui sait ! » S’esclaffa Mü de concert avec Shaka avant de rajouter non sans malice :

« Même s’il ou elle aura intérêt à se méfier du résultat, vu la vie d’enfer qu’elles me font mener alors qu’elles sont en miettes.

— Tu les entends toujours ?

— Je suppose que oui. Je me suis habitué, rajouta l’Atlante devant les sourcils de Shaka levés par la surprise. Rendu à une telle distance du Sanctuaire, c’est presque supportable.

— Tu vas pourtant y aller. »

Mü eut un petit sourire qui oscillait entre joie et résignation :

« Les armures elles-mêmes ne me feraient pas rater le mariage de Thétis et de Kanon. Et pour tout te dire, je préfère ce genre de raison-là à une convocation en bonne et due forme de Saga m’obligeant à rentrer. Même s’il sait déjà ce que j’ai à lui dire, à savoir, rien. Comme la dernière fois. »

La grimace du Bélier à ce souvenir pénible n’échappa pas à Shaka qui inclina la tête sur le côté, l’air amusé :

« Ce n’est pas parce que tes conclusions demeurent inchangées que tu n’as pas progressé. Non, Mü : ne dis pas le contraire. »

L’Indien venait de contrer les protestations de son ami d’une paume à demi levée :

« Ne pas trouver une explication, signifie parfois tout simplement qu’elle n’existe pas.

— Comme j’aimerais te croire.

— Pourtant, continuer à penser que ces trois armures, ou ce qu’il en reste, ont disparu de leur plein gré me semble de plus en plus improbable.

— Admettons. Mais dans ce cas, c’est une autre explication qu’il convient de chercher. »

Mü marqua un silence puis soupira :

« Et c’est bien ce que Saga me reproche.

— Il ne te reproche rien.

— Bien sûr que si – le Bélier haussa les épaules – il attend de moi une réponse que je suis incapable de lui fournir. Que crois-tu qu’il en déduise ?

— Qu’il va devoir la trouver ailleurs ?

— Il n’y en a pas, ailleurs. Voilà le problème. »

Le thé sombre tournoya au fond de la porcelaine alors que l’Atlante s’abîmait dans sa contemplation. Puis :

« Je ne lui en veux pas, admit-il quelques instant plus tard sous le regard attentif de Shaka. Après tout, son inquiétude est légitime. Non seulement des artefacts dont la composition n’a pas grand-chose d’humain – et dont le Sanctuaire est responsable, ne l’oublions pas – se promènent dans la nature, mais nous savons aussi aujourd’hui qu’en dépit de leur état, leur pouvoir résiduel est, disons, notable. »

Il s’entre-regardèrent, partageant un même souvenir confus à base de chaleur et d’apaisement mêlés, en totale contradiction avec la douleur insoutenable dont leur corps et leur esprit se rappelaient bien malgré eux. Quoi qu’il se fût passé ce jour de solstice d’été qui aurait dû contresigner leur mort, ils en étaient sortis vivants. Grâce aux armures.

« Si vraiment nous avons raison – et, entre nous, je préférerais que ce ne soit pas le cas – alors va savoir ce que ceux qui les auraient en leur possession envisagent d’en faire.

— Si tant est qu’ils puissent les utiliser d’une quelconque manière. Ne crois-tu pas que dans le cas contraire, nous en aurions eu vent d’une façon ou d’une autre, depuis le temps ? »

Les yeux en amande de Shaka demeuraient rivés à ceux de l’Atlante qui prit un moment pour se reposer sur leur azur clair, morceaux de jour au cœur de la nuit qui avait envahi les recoins de la pièce. Depuis plusieurs jours à présent, le ciel sans nuage dans le regard de la Vierge lui tenait lieu d’oasis alors qu’il lui abandonnait son esprit pour partir en quête de réponses. Il était son repère quand il s’abandonnait à l’hypnose, celui qu’il quittait en confiance et vers lequel il revenait empreint de gratitude, lorsque Shaka le rappelait à la réalité.

Il ne s’était pas rendu qu’il lui avait manqué à ce point.

« Tu n’as pas tort, admit le Bélier. Mais nous devons malgré tout les trouver, ne serait-ce que par précaution. »

Pour que tu retrouves la paix.

Et que Saga ne te déteste pas pour de bon.

« Voudras-tu que je t’accompagne ? » Demanda Shaka avec un sourire dont Mü se demanda s’il avait un rapport avec la pensée peu enthousiasmante qui venait de lui échapper. Il secoua néanmoins la tête :

« Qui t’a dit que je comptais retourner au Sanctuaire plus tôt que nécessaire ? »

La lueur entendue qui venait de s’allumer dans le regard parme du Bélier tira un sourire à son compagnon :

« Non, un nouveau rapport sur l’état d’avancement de mes recherches devrait le faire patienter, expliqua Mü et me laissera du temps pour tâcher de lui offrir quelque chose de plus consistant à se mettre sous la dent d’ici trois mois. Enfin, j’espère. »

Quittant son siège, l’Atlante s’étira de tout son long avant de poser ses mains sur les hanches et tourner lentement sur lui-même pour jauger la masse d’informations qu’il lui restait à traiter. Sa propre écriture en caractères et lignes étroitement serrés acheva de drainer son attention sur les feuilles empilées à côté de sa tasse de thé et il manqua de sursauter quand la voix douce de Shaka retentit de nouveau :

« Auras-tu encore besoin de mon aide ? »

Toujours !

« Ça devrait aller. Avec tout ce dont j’ai a priori pu me rappeler, j’en ai pour des semaines de prise de tête. Et puis, il est temps que tu repartes, n’est-ce pas ?

— En effet. »

Et les traits de Shaka de s’illuminer d’un si sourire heureux qu’il érafla le cœur de Mü.

Quel ami ingrat tu fais. Ne devrais-tu pas être content de le voir aussi serein ?

Car serein, oui, Shaka l’était. A dire vrai, le chevalier d’or de la Vierge n’avait pas le souvenir de s’être senti aussi bien depuis… Un souvenir rêveur remonta à la surface de ses pensées, et il toussota dans son bol dont il acheva le contenu attiédi d’une unique gorgée. L’image de Thétis en train de lui offrir l’amour s’évapora aussi vite qu’elle était apparue, sans toutefois empêcher qu’une chaleur troublante remontât depuis la large cicatrice sur son torse jusqu’à la naissance de son cou. Sa peau brûlée par le poison contenu dans le corps de la Suédoise avait conservé un peu de sa présence, c’était indéniable. Et cette idée l’emplissait de joie. La profonde tendresse qu’il ne voulait pas s’empêcher de lui conserver s’éveillait avec lui le matin, et l’accompagnait dans le sommeil le soir. Rien qui le fît souffrir mais plutôt le petit trésor d’une certitude tranquille à laquelle il savait pouvoir se raccrocher à tout instant, avec une allégresse qui demeurait intacte malgré les mois écoulés. Thétis était dans sa vie comme la mer au rivage : inlassablement présente sans que l’ordre des choses en fût jamais changé.

Depuis, il avait néanmoins embrassé sa propre existence et choisi de relire le passé pour mieux écrire son présent. D’autres ne se seraient pas retournés, mais lui, oui. Parce que le doute demeurait sur ce qui n’était pas achevé à ses yeux et il lui fallait le dissiper. Ce qui en découlerait ne changerait pas celui qu’il était ; il ne l’en comprendrait toutefois que mieux.

Comme d’autres de ses pairs il avait quitté le Sanctuaire après sa convalescence, pour retourner là où son destin et celui de quelqu’un d’autre avaient basculé, un même jour ; ses incertitudes, ses craintes, ainsi que ses hontes avaient alors toutes été dissipées. Il était bien à sa place.

« J’ai promis à Bashkar de l’aider dès la fin de la mousson pour accueillir les nouveaux réfugiés.

— En cette saison ?

— Comme tu dis : en cette saison, se rembrunit la Vierge. C’est la troisième année consécutive que cela se produit, les populations n’ont pas le temps de se relever.

— As-tu sollicité Saga ? A t’écouter, l’ashram de ton ancien condisciple ne sera bientôt plus assez grand pour loger tout ce monde.

— Bashkar ne souhaite pas d’aide du Sanctuaire.

— Oh.

— Non, ne te méprends pas, répondit Shaka avec douceur en voyant Mü se raidir d’incompréhension. Chaque nouvel arrivant doit contribuer à l’édification de son propre toit au sein de l’ashram. Et si ce n’est avec son argent – dont bien peu disposent – alors avec ses bras. C’est là le meilleur moyen pour tous de développer son sentiment d’appartenance à la communauté. Bien sûr, tout le monde aide tout le monde, acheva-t-il en riant devant l’air quelque peu ahuri du Bélier. On ne s’improvise pas maçon ou charpentier du jour au lendemain !

— Je vois. Et j’imagine que ton coup de main doit être très apprécié.

— Autant que toute cette énergie soit utile, non ? Ainsi Bashkar n’est plus seul pour y pourvoir. »

Bashkar, l’homme qui aurait dû être le chevalier d’or de la Vierge si Shion n’en avait pas décidé autrement. Mü se rappelait mal de lui, d’autant qu’ils n’étaient alors que des adolescents et qu’il ne l’avait vu qu’une seule fois. Il en avait conservé l’image d’un indien à la peau sombre et aux grands yeux noirs bordés de cils démesurément longs. Il ravala un petit rire à ce souvenir : ce détail l’avait, sur le moment, durablement impressionné. Mais Bashkar n’était pas seulement beau ; il était aussi très fort. Cette puissance qui à l’époque lui avait permis de terrasser son adversaire mais qui par la même occasion lui avait volé la charge pour laquelle il s’était entraîné toute sa vie, qu’en avait-il fait ? Les règles du Sanctuaire étaient strictes : chaque chevalier s’engageait à ne jamais utiliser son cosmos à des fins personnelles. Il en était de même pour tous ceux et toutes celles qui avaient, à un moment donné de leur existence, reçu une formation destinée à développer leurs capacités sans pour autant l’achever, peu importait les raisons.

Ça, c’était pour la théorie. En pratique, personne n’était dupe et la notion de « fins personnelles«  était en général laissée à la libre appréciation de chacun, le bon sens en tête de liste, loin devant toutes autres justifications possibles et imaginables. Les dérives existaient ; néanmoins elles finissaient toujours par être connues et châtiées à hauteur des abus perpétrés avec des sanctions pouvant aller du simple avertissement à la mort, en passant par le bannissement. Tout était une question de dosage.

Comme d’habitude.

De ce que racontait Shaka au sujet de Bashkar toutefois, rien ne laissait à penser qu’il pût enfreindre la règle de façon “inappropriée”, au contraire : cet homme était considéré comme l’équivalent d’un saint parmi les gens auxquels il vouait sa vie, au point que certains ne le désignaient plus que sous le nom de Vinay1 d’après la Vierge qui semblait d’accord avec ce choix. Ainsi qu’avec l’action de son ancien camarade dont il ne masquait rien du respect qu’il avait à son égard. Ainsi que pour le reste :

« Je suis content qu’il accepte de me laisser l’aider.

— Et moi, qu’il ne t’ait pas gardé rancune.

— Aussi, oui ! »

Ils éclatèrent de rire puis Shaka serra l’avant-bras de Mü, qui lui retourna la pareille :

« Dans ce cas mon ami, nous nous retrouverons pour les noces de Kanon et de Thétis. »

Sanctuaire, Grèce, Février 2006

Depuis bientôt deux ans, les lieux n’avaient plus grand-chose à voir avec ce à quoi avaient ressemblé les appartements privés du temple de la Balance mais elle avait beau s’y être habituée, Rachel découvrait quelque chose de nouveau à chacune de ses visites. L’empreinte de Thétis était partout : dans les estampes figurant quelque paysage et qui décoraient les murs autrefois nus de tout ornement, dans les amoncellements savamment disposés de couvertures et autres plaids multicolores sur le fauteuil près de la fenêtre ou au bas du lit dans le renfoncement qui servait de chambre, dans les bouquets de roses, enfin, qui ornaient le rebord de la fenêtre comme pour laisser entrer la nature auprès de celui qui ne pouvait plus aller vers elle.

Ce jour-là, un imposant assortiment de roses aussi jaunes que le soleil du matin illuminait la pièce principale, leur parfum aussi discret qu’élégant embaumant assez les lieux pour faire oublier, au moins pour un temps, l’odeur de la vieillesse et de la maladie.

« Bonjour Dôkho. »

Délaissant son manteau sur la chaise la plus proche de l’entrée, Rachel se dirigea en souriant vers le chevalier d’or de la Balance, allongé près de la fenêtre, le haut du corps soutenu par une armada d’oreillers que l’infirmier dédié à son service, était en train d’arranger. Celui-ci esquissa un salut avant de s’éclipser sur la demande muette de la jeune femme. Elle saurait prendre le relais si le besoin s’en faisait sentir.

Dôkho avait tourné la tête vers elle, ses lèvres craquelées amorçant un sourire mince tandis que ses yeux noirs pétillaient des dernières étincelles de vie contenues dans son corps usé.

« Comment vas-tu aujourd’hui ? Demanda-t-elle en s’asseyant sur le tabouret près du lit médicalisé.

— Fort bien, plaisanta le vieil homme. Le soleil me réchauffe et j’ai un nouvel ami. Regarde. »

Se penchant par-dessus les couvertures de laine empilées sur le corps amaigri, elle découvrit un gros chat noir et blanc en train de sommeiller, lové contre le Chinois : un énième spécimen issu de la population de matous qui erraient depuis toujours dans le Domaine Sacré et dont tous, du chevalier d’or au serviteur, s’occupaient en leur laissant régulièrement à manger et à boire au détour d’un temple. Du bout de l’index, elle lui gratta le sommet de la tête ; il ne bougea pas une moustache.

« Il n’y a plus grand-chose qui le dérange, celui-là, commenta Dôkho en laissant retomber une main déformée par l’arthrite jusque dans la fourrure soyeuse de l’animal qui s’étira d’aise en baillant.

— Comme toi, non ?

— J’aimerais bien. »

La voix était désormais assourdie par un enrouement chronique et il fallait tendre l’oreille pour en percevoir les mots. Ceux-ci cependant n’avaient rien perdu de leur précision et de leur justesse, à l’instar de l’esprit du vieil homme, toujours aussi alerte.

« Quelles nouvelles ?

— Rien de bien nouveau, soupira Rachel en glissant sa paume contre celle, sèche et tiède, de Dôkho. Un disque dur toujours muet, trois armures toujours aux abonnés absents, et trop de chevaliers d’or toujours ailleurs. Ah, si : de nouvelles recrues sont en route pour le Sanctuaire. Mais Aldébaran a déjà du t’en informer.

— Rien, c’est déjà quelque chose », répliqua le vieil homme non sans malice et de presser la main de Rachel entre ses doigts tordus avec une force qui n’était plus que le fantôme de celle qui l’avait animé des décennies durant. Avec délicatesse, elle lui rendit l’étreinte.

« Toujours pas de nouvelles d’Angelo ?

Il finira bien par t’appeler. Tu sais comment il est. »

Un rire secoua les épaules et la tête de Dôkho avant de se muer en une quinte de toux qui vit Rachel lui tendre le verre d’eau posé à côté du lit. La main posée sur le poignet de la Grecque, il se redressa pour boire quelques gorgées avant de se laisser de nouveau aller contre les oreillers, le teint un peu plus gris.

« Mü est toujours à Jamir. »

Quand bien même le cosmos du chevalier d’or était désormais réduit à sa plus simple expression, il demeurait sensible à la présence – ou à l’absence – de ses pairs. Pour sa part, Rachel percevait toujours son être, aussi affaibli et ténu fût-il, au travers du zodiaque qu’elle portait dorénavant en elle. Depuis longtemps, elle avait cessé d’éprouver de la douleur à l’entour de son poignet, malgré l’or qui s’était substitué à sa chair. Parfois, une légère tension le lui faisait lever à hauteur des yeux, pour constater l’altération fugace de l’énergie qui s’y concentrait. Cela pouvait être dû à tout et à n’importe quoi : une blessure au cours de l’entraînement pour les uns, des pensées un peu trop moroses pour les autres et dans tous les cas, une douleur quelconque dont la plupart du temps, les principaux concernés eux-mêmes n’avaient aucune conscience. Dôkho, lui, savait les effets de son propre état sur ce lien qui l’unissait à Rachel et à ses compagnons et la jeune femme le soupçonnait de faire en sorte de limiter au maximum la gêne qu’il était susceptible de lui occasionner, en usant de cette discipline du corps et surtout de l’esprit qu’il s’était toujours imposé, du plus loin qu’elle s’en rappelait.

Cependant, il ne pouvait pas tout lui cacher et sous son constat concernant l’Atlante pointait une anxiété qu’elle tâcha de balayer d’un sourire qui se voulait rassurant :

« En effet. »

— Shaka est avec lui ?

— Je ne sais pas. Aux dernières nouvelles, il était en Inde auprès de son ancien compagnon d’apprentissage, mais peut-être a-t-il de nouveau rejoint Mü ?

— Je n’aime pas le savoir seul. »

Moi non plus. Elle se tut néanmoins, son regard dérivant par-delà la fenêtre fermée sur le froid du matin mais derrière laquelle la chaleur était agréable. La vie quotidienne du Sanctuaire suivait son cours, comme inconsciente de tout ce qui l’avait pourtant bouleversée presque deux ans plus tôt. A moins qu’il ne fallût en déduire une résilience propre à l’endroit, qui transcendait depuis toujours tout ce qui avait pu en ébranler les fondations ? Ce qui minait Mü au point qu’il rechignât à revenir était-il si important en fin de compte ? Et ses propres angoisses, que valaient-elles au regard de tout ce que le Sanctuaire avait traversé et qu’elle était bien incapable de mesurer ? Fermant les yeux, elle laissa la douceur de l’atmosphère s’enrouler autour de son corps, infiniment consciente tout à coup de la présence de Dôkho à ses côtés, forte, ainsi qu’elle l’avait toujours considérée au fil des années.

« Et toi ?

— Moi ? »

Elle avait rouvert les yeux, pour croiser ceux, attentifs, du vieux Chinois, posés sur elle.

« Tu ne m’as pas dit comment tu allais. »

De la part de n’importe qui d’autre, une telle sollicitude l’aurait aussitôt vue se dérober. A peine la tolérait-elle de la part de Saga qui avait fini par se résigner à ne plus partager ses inquiétudes à son sujet qu’avec son frère. Elle ne lui déniait pas le droit de se préoccuper d’elle ; simplement, elle considérait qu’il était inutile de lui rajouter des motifs d’inquiétudes tant qu’il lui était encore possible de s’en dispenser.

Mais de la part de Dôkho, c’était différent.

« Pour le moment, je vais toujours bien, fit-elle en haussant légèrement les épaules. Je sais que c’est là, je le sens qui s’étend petit à petit, mais c’est sans douleur. J’ai encore du temps devant moi.

— Si ton père l’avait su…

— Il n’en avait pas la moindre idée, coupa-t-elle, et tant mieux.

— Rachel, tu devrais en parler à Saga.

— Non. »

C’était sans appel. Pourtant, au prix d’un effort qui devait lui coûter, Dôkho se redressa un peu plus sur ses oreillers et ramena son autre main sur celle de la jeune femme pour la serrer entre les siennes.

« Ma petite fille, tu ne peux pas porter ça toute seule.

— Ce ne sera pas le cas, tu le sais bien. Tôt ou tard, ils comprendront et ils se tiendront à mes côtés.

— Mais pas moi. Je ne serai plus là. »

Et ce sera le début de la fin.

Ravalant sa salive, elle contempla un moment les mains tavelées, déformées et noueuses, témoignage monstrueux de la vieillesse autour des siennes qui pour l’heure, demeuraient celles de l’être humain qu’elle était encore. Mais pour combien de temps ? Elle n’avait pas la moindre idée de la façon dont elle allait gérer la disparition annoncée de Dôkho et cette issue inévitable la tétanisait de terreur à l’idée des conséquences qui en découleraient. Pour elle-même d’abord avec l’inévitable déséquilibre qui allait perturber le cosmos du zodiaque dont elle était la dépositaire et qui, petit à petit, grignotait son être ; pour leurs camarades, aussi et surtout.

Elle n’était pas certaine que tous eussent pris la mesure de ce que la mort de Dôkho allait signifier pour chacun d’entre eux. Bien sûr, ils avaient lu – avec plus ou moins d’attention selon les individus – les mémoires de Bartolomeo du Scorpion dont Saga avait distribué lui-même les douze exemplaires qu’il avait fait éditer, et frapper sur la tranche du sceau du Sanctuaire doré à l’or fin. Ils avaient vu les mots, les avaient éprouvés pour certains, savaient la souffrance et le désespoir que leur pair avait ainsi partagés avec eux par-delà les siècles.

Il n’empêchait. Personne n’était en mesure d’appréhender la réalité de ce qui allait se passer, la manière dont ils allaient réagir, le contrecoup qui ne manquerait pas de déstabiliser l’équilibre commun, si chèrement acquis. Personne, au fond, ne voulait y penser et elle ne sentait pas le droit de leur jeter la pierre pour ce qui n’était qu’un sursis miséricordieux qu’ils avaient tous décidé de s’accorder.

« On verra bien à ce moment-là, finit-elle par répondre en hochant la tête.

— Tu as déjà accepté ton destin, on dirait.

— Je n’ai pas vraiment le choix. Pas plus que toi en tout cas. Ce qui devait être fait, a été fait. Tout ce qui m’importe à présent, c’est que chacun puisse vivre en paix, autant avec les autres qu’avec lui-même.

— Saga…

— S’il te plaît – elle secoua la tête – non. »

Elle répéta ce “non” dans un murmure et pour la première fois depuis des semaines, laissa ses pensées et son cosmos la déborder. Ce n’était pas pour elle-même qu’elle avait envie de pleurer ; plutôt pour celui qui depuis toujours possédait la moitié de son âme et dont elle allait l’en dépouiller sans autre alternative possible. Elle ne savait pas précisément ce qui l’attendait, comment les choses allaient se passer, comment elles se… termineraient. Elle pourrait demander à Mü de faire quelques recherches en ce sens, mais elle savait aussi qu’à partir du moment où elle évoquerait le sujet, c’en serait fait de son “secret”. Le mot la fit sourire en dépit de ses yeux embués par le chagrin et la résignation. C’était ridicule. Qu’ils sussent maintenant ou plus tard ne changerait strictement rien pour elle. Alors autant se taire. Et si vraiment les choses devenaient trop difficiles à supporter après la disparition de Dôkho, alors elle prendrait à deux mains le courage qu’elle n’avait pas encore trouvé.

« Mü a été prévenu, pour le mariage. »

Elle avait pris une profonde inspiration, et essuyé ses larmes inutiles du bas de la paume.

« Alors il va bien falloir qu’il revienne, au moins ce jour-là, s’il ne veut pas vexer Kanon et faire de la peine à Thétis, plaisanta-t-elle, tirant un sourire doux au vieil homme.

— Et moi, je vais devoir vivre jusque là, si je ne veux pas tous vous voir maudire ma prochaine réincarnation.

— C’est à peu près ça, en effet ! »

Cette fois, le rire de Dôkho, accompagné de celui de Rachel, cascada jusqu’à son terme et le chat, tiré de sa sieste par ce vacarme intempestif, sauta à bas du lit pour filer sans demander son reste.

Elle resta encore un moment auprès de Dôkho et le quitta, momentanément rassérénée. Le mariage d’abord. Thétis d’abord. Trop préoccupée par elle-même, elle n’avait pas su trouver le temps nécessaire pour son amie dont elle voyait pourtant le désarroi grandir chaque jour un peu plus. Ce qui devait être une fête n’était pas censé se muer en une épreuve. Thétis avait peut-être fait une croix sur son cosmos mais son empathie, elle, lui demeurait avec son cortège de montagnes russes émotionnelles que même aguerrie comme elle l’était, elle peinait parfois à négocier comme il conviendrait dans son propre intérêt. Sans compter Andreas. Et Dôkho. Et… Tout le reste.

Sans s’en rendre compte, elle avait accéléré le pas pour rejoindre l’entrée des souterrains la plus proche, au pied de laquelle le chat était assis. Elle marqua un temps d’arrêt :

« Qu’est-ce que tu fais là, toi ? »

Évidemment, l’animal ne lui répondit rien. Mais lorsqu’il entreprit de se frotter contre ses jambes avant de redescendre vers le septième temple, Rachel ne put s’empêcher de lui trouver un air… Satisfait.

Madrid, Espagne, début Mars 2006

Le froid s’était abattu la semaine précédente sur la capitale madrilène avec une brutalité inouïe. Le thermomètre avait perdu plus de dix degrés en l’espace de vingt-quatre heures, et les vingt-quatre heures suivantes avaient vu l’irruption de la neige par le biais d’une tempête comme la ville n’en avait pas connu depuis près d’un demi-siècle. Les congères – de deux bons mètres pour certaines – accumulées par le vent glacial avaient paralysé le trafic et plus largement la ville tout entière. Le réseau électrique n’avait pas résisté, de même que les canalisations d’eau potable peu habituées à un tel traitement sous de telles latitudes et enterrées trop peu profondément pour résister au gel.

Néanmoins, passées les premières soixante-douze heures, la vie avait tant bien que mal repris son cours au fur et à mesure que les services municipaux dégageaient les axes principaux et rétablissaient le courant. L’approvisionnement en eau demeurait encore problématique mais la mairie, assistée par l’armée, avait mis en place des points de ravitaillement dans la plupart des quartiers en s’efforçant de les rendre accessibles au plus grand nombre.

Shura salua l’un de ses voisins à l’entrée de l’immeuble. Celui-ci s’en revenait chargé de deux bidons de cinq litres chacun ; Shura, lui, n’avait eu droit un peu plus tôt dans la journée qu’à un seul jerrycan du fait de son statut de célibataire sans enfant. Il aurait pu mentir, comme d’autres l’avaient fait avant lui dans la file d’attente. Mais à quoi bon ? Il avait déjà survécu avec moins, pendant plus longtemps, et dans des conditions autrement plus spartiates lorsqu’il était adolescent et encore en formation au cœur des Pyrénées espagnoles. A dire vrai, la situation ne le dérangeait pas spécialement voire même lui rappelait des souvenirs qu’il avait toujours considérés comme agréables. Ce qui, en soi, était plutôt bienvenu.

Emmitouflé dans sa parka, son bonnet enfoncé jusqu’au ras des sourcils et les mains bien au chaud au fond de ses poches, il sortit de l’abri du porche pour rejoindre l’avenue en direction du siège de El País.

* * *

« Eh bien, je vois que tout le monde a réussi à venir ! »

La porte s’ouvrit avec fracas sur la silhouette imposante de Concí qui l’avait poussée du bout du pied, encombrée par deux plateaux surmontés de grands cafés fumants qu’elle déposa au centre de la table de rédaction avant de se défaire de sa doudoune et de ses gants dans un grand soupir de soulagement.

« Bon sang, je me fais l’effet d’un bibendum depuis le début de la semaine !

— On en est tous là, chef, lança Javier du fond de la salle où il s’était installé, au plus près des radiateurs.

— N’empêche : j’étais mieux chez moi. Comme chacun d’entre vous, oui, je sais. Mais les prochaines éditions du week-end ne se feront pas toutes seules, hein ! Nom de dieu, où est passé le cendrier ?

— A la poubelle, tu as déjà oublié ? »

Rocío, qui s’était rapprochée pour prendre un café, en profita pour ôter son briquet et sa cigarette à la rédactrice en chef qui lui lança un regard offensé :

« Hé, c’est un cas de force majeure, là ! Tu préférerais donc que j’aille me geler sur le trottoir ?

— Et toi, tu préférerais payer l’amende ?

— Parce que tu crois franchement que les flics n’ont pas un peu autre chose à faire en ce moment ?

— Tu veux qu’on les appelle, pour voir ? »

Concí leva les yeux au plafond tandis que Rocío brandissait victorieusement sa prise de guerre qu’elle remisa toutefois dans le vaste sac de sa collègue :

« Allez, va, dis-toi que tu n’es pas la seule qui devra prendre son mal en patience.

— Shura, tu m’accompagneras ?

— Pas de souci. »

Le Capricorne, déjà installé à sa place habituelle à deux chaises de distance de Concí, leva son café à son attention alors qu’elle s’asseyait enfin, sonnant ainsi le début de la conférence.

* * *

Shura avait fini par décrocher. Physiquement, il était toujours là et bien là, les yeux bien ouverts, son café aux trois-quarts bu et un stylo tournant et retournant agilement entre les doigts de sa main droite qui, de loin en loin, prenait des notes sur le petit carnet en moleskine qu’il emportait toujours dans sa besace. Mais dans les faits, l’essentiel de son esprit avait déserté la salle de rédaction pour aller se perdre au beau milieu de nulle part. Une parcelle encore consciente de lui-même s’interrogeait légitimement sur cette errance, sans trouver la moindre réponse satisfaisante. Ce n’était pas si grave toutefois : il ne ressentait rien de particulier, ni malaise ni douleur, ni bien-être, ni sérénité. Il ne ressentait rien, tout court.

« … climatique, ce serait doublement d’actualité pour le coup – des rires autour de la table – une page complète, ça t’irait ? »

« Shura ? »

On lui parlait. Ses pupilles cillèrent alors que ses pensées étaient soudain précipitées droit vers l’instant et le lieu où il était censé se trouver et sa tête pivota vers Concí qui le regardait avec un mélange de surprise et d’agacement :

« Oui, une page, ce serait parfait, je pense.

— Ouf. Pendant une minute, j’ai cru que tu n’avais absolument rien écouté de ce que je racontais.

— La preuve que non, répliqua Shura en brandissant son carnet sous le nez de la rédactrice en chef qui souriait, bonne joueuse.

— Deux mois, ça te paraît raisonnable comme délai ? »

Délai pour quoi, exactement ? Un coup d’œil discret aux pages noircies devant lui le renseigna. Son écriture nerveuse et resserrée y avait retranscrit, en mode pilotage automatique, les informations intégrées tantôt par son cerveau. Les rubriques habituelles en prévision du prochain numéro dominical avaient été balayées rapidement sans qu’a priori il fût concerné, avant que vînt le tour du prévisionnel des mois suivants. Et de son cas personnel, par la même occasion.

« Pour un sujet de fond comme le réchauffement climatique ? répliqua-t-il presque du tac au tac. C’est jouable. Même si affirmer que l’année dernière aura été la plus chaude jamais enregistrée après notre “blizzard” de ces derniers jours risque de faire sourire.

— C’est le but, mon cher, c’est le but – Concí avait dressé un index sentencieux – des lecteurs qui rient sont des lecteurs qui s’intéressent. Et puis d’ici là, va savoir ce qui risque de nous tomber encore sur le coin du nez ! »

Acquiesçant d’un sourire mince, Shura replongea dans ses notes, concentré cette fois. L’idée n’était pas mauvaise et Concí ne s’était pas trompée en le désignant, lui en particulier, pour plancher sur le sujet. Elle savait qu’il affectionnait les thématiques globales qui lui permettait de multiplier les points de vue et surtout que c’était là un exercice dans lequel il excellait.

Il réalisa soudain qu’il avait assisté à toutes les conférences de rédaction de l’équipe depuis près de trois mois, sans exception. D’habitude, il y participait sur demande spécifique de Concí ou en fonction de ses disponibilités et surtout, de ses envies. Il n’avait qu’un statut de pigiste occasionnel, ce qui avait toujours convenu à merveille à son mode de vie : ainsi ses engagements auprès de la rédaction étaient délimités dans le temps, le laissant libre par ailleurs d’assumer son “véritable” métier. Si tant était qu’on pouvait appeler ça un métier, toutes choses égales par ailleurs. En l’occurrence néanmoins, son rôle au sein de l’équipe s’assimilait de plus en plus à celui d’un permanent et il se rendit compte que l’idée ne lui déplaisait pas. Après tout, il avait le temps désormais. Plein de temps, rajouta une petite voix perfide qui crispa brièvement sa mâchoire. Et puis cela lui occuperait l’esprit, pour le meilleur espérait-il alors qu’il passait en revue une énième fois ses annotations.

« Ce soir ? Mais il gèle !

— Et alors ? Rétorqua Rocío avec bonne humeur à un Javier scandalisé. C’est de la neige, pas la fin du monde ! On ne va quand même pas rester enfermés chez soi pendant encore des plombes, non ? »

Shura leva la main, comme les trois quarts des présents, lorsque la chargée de la rubrique culturelle passa les troupes en revue. Elle n’avait pas tort : s’il restait coincé chez lui un soir de plus à tourner en rond, il finirait par devenir fou.

* * *

Les chaînes d’information en continu tournaient boucle sur les intempéries qui désormais s’étiraient le long d’une latitude allant de Porto à Istanbul en passant par le Maghreb et l’extrême sud de l’Italie. Il secoua la tête, amusé, alors que planté devant l’écran en train d’essuyer machinalement la vaisselle restée au fond de l’évier depuis le petit-déjeuner, il examinait la carte présentée : d’ici à ce que quelques flocons se fussent égarés jusqu’à l’île du Sanctuaire, il n’y avait pas long. Seule l’absence de réaction outragée – pas de mails, ni de messages téléphoniques pour se plaindre – de la part des natifs parmi ses compagnons le confortait dans l’idée qu’il devait certes y faire froid, mais sans pour autant bouleverser leurs habitudes de façon trop inconsidérée. Contrairement aux pays touchés qui, pour les plus au sud d’entre eux, n’étaient ni habitués, ni équipés pour faire face à une vague de froid aussi intense malgré la saison.

Les experts se succédaient sur les plateaux, mais Shura eut tôt fait de ne plus les écouter. Aucun n’était en mesure d’apporter la moindre réponse à un événement aussi inhabituel, et semblaient en outre prendre plaisir à se contredire. Pour les uns, une pression atmosphérique anormalement basse au dessus de la Méditerranée en butte à de l’air polaire en provenance de Scandinavie via l’Europe centrale et poussé par un vent d’est expliquerait la situation. Pour les autres, tout découlait des courants océaniques dont le fonctionnement anarchique des derniers mois avait contribué à dérégler les masses d’eau et par voie de conséquence les pressions atmosphériques à une échelle planétaire.

Comme à l’accoutumée, la vérité devait se situer quelque part entre les deux hypothèses avancées et alors qu’il expédiait la salade de fruits en boîte élue comme dessert pour la soirée, il tira jusqu’à la lui la pile d’articles et d’extraits de dépêches qu’il avait emmenés avec lui avant de quitter la rédaction. De prime abord, il ne lui serait pas utile d’y retourner avant un moment, ayant la possibilité de s’organiser depuis son appartement : il avait là-dedans largement de quoi amorcer sa réflexion et étayer ses propos. Pour le reste, le net y pourvoirait. Et puis rien n’excluait qu’il utilisât ses propres ressources documentaires, si ce n’était pour y faire référence, au moins pour remettre les choses en perspective.

Sans réellement le vouloir, ses pensées se dispersèrent alors qu’il s’abandonnait à son cosmos pour rechercher la présence de Mü, qu’il savait pourtant lointaine. Et en effet. Il la perçut à l’extrême lisière de sa conscience active ; sans le “voir” à proprement parler, il le devina dans la lueur de l’aube, concentré sur il ne savait quoi et apparemment ignorant de sa présence à son entour.

Apparemment.

« Shura. »

Il leur aurait suffi, à tous les deux, d’intensifier leurs cosmos pour se propulser dans le Surmonde et ainsi échanger en face à face, mais ni l’un ni l’autre n’en éprouvaient l’envie – pour des raisons bien différentes devina Shura, qu’ils ne souhaitaient pas partager.

« Comment vas-tu ? Demanda Mü avec dans le ton une sollicitude bienfaisante qui vit les yeux de Shura se fermer l’espace d’un instant.

Bien. Très bien mon ami, je te remercie.

Tu me le dirais, cette fois, si ce n’était pas le cas, n’est-ce pas ? »

Shura eut un léger rire :

« Je crois bien que oui. Et de ton côté ?

Ça va. » Un silence trop court, puis : « En quoi puis-je t’aider ?

Je vais sans doute avoir besoin de procéder à quelques recherches en rapport avec l’évolution du climat au cours du dernier siècle, voire avant, répondit Shura, respectueux du souci de l’Atlante de ne pas s’étendre plus que nécessaire. Où est-ce que je pourrais trouver mon bonheur dans tes archives ?

Ce ne sont pas mes archives, mais celles du Sanctuaire – l’amusement était revenu dans le ton de Mü – Tout ce qui a trait à ce sujet est dans la section “Physique”, à gauche en rentrant, en partie haute. Peut-être voudras-tu également compléter avec des ouvrages asgardiens ?

C’est une idée, en effet. Je ne savais pas que tu… que nous en avions.

Peu, concéda le Bélier. Mais leurs propres observations et analyses, qu’ils ont consignées depuis presque aussi longtemps que nous, nous ont été transmises au fil des siècles, bien qu’à un rythme disons… aléatoire ? Tu pourras ainsi recouper certaines observations. C’est pour un article ?

Comment as-tu deviné ? »

Leurs rires se trouvèrent par-delà la distance et Mü rajouta :

« Tu me le feras passer ? Je suis curieux de le lire.

Avec plaisir.

Shura, tu es sûr que tout va bien ? »

L’Espagnol devinait le cosmos du Bélier en étroite résonance avec le sien, non seulement du fait de la croix cardinale à laquelle ils appartenaient tous les deux, mais aussi et surtout des liens désormais indéfectibles tissés l’été précédent lorsqu’il s’était agi de sauver le bras gauche du Capricorne. Ce dernier avait remis son existence entre les mains de Mü ; Angelo, lui la possédait déjà. A eux deux – et non sans un coup de main salvateur de Dôkho lorsque le contrôle de l’opération avait manqué de leur échapper – ils lui avaient rendu sa mobilité, son honneur et une raison de vivre toute neuve. Ou presque. Sa sœur restait morte par sa faute et Angelo… Shura se reconcentra sur le moment présent, ses pensées malencontreuses se dissolvant dans l’entre-deux qui le séparait de Mü.

Nul besoin de se trouver au détour des brumes du Surmonde en fin de compte, lorsqu’il ne suffisait, pour témoigner d’un malaise, que d’une unique harmonie discordante. Voire, manquante.

« Oui, finit cependant par répondre le Capricorne avec une résignation qu’il savait ne pas pouvoir cacher à son alter ego. Il faut que ça aille.

Je comprends. »

Mü ne dirait rien de plus, car il n’y avait rien de plus à en dire. Shura lui sut gré de sa délicatesse et prit congé. Lui-même avait saisi au vol un peu de cette mélancolie déjà ressentie chez le Bélier ; il ne pouvait toutefois pas plus lui apporter d’aide que Mü en était capable à son égard. L’un et l’autre n’avaient d’autre choix que d’apprendre à gérer ce qu’ils n’avaient pas le pouvoir de modifier.

Foutue impuissance. La nuit était tombée depuis un bon moment et seul l’écran de la télévision donnait de la lumière dans le vaste ensemble salon et cuisine ouverte qui faisait office de pièce de vie dans l’appartement. Ce nouveau logement, Shura l’avait choisi avec Angelo, à un moment où il avoir cru pouvoir reprendre sa vie en main pour de bon. La souffrance dans son épaule n’était presque plus qu’un souvenir, l’idée saugrenue de maintenir le Cancer loin de lui avait montré ses limites et une sorte d’équilibre avait fini par se mettre en place entre Marine, Angelo et lui. Rien qui soit absolument satisfaisant mais qui dans tous les cas s’en rapprochait le plus possible. De quoi se montrer plutôt optimiste pour la suite, d’autant que le quotidien qui lui était propre – dans son pays, avec ses activités – constituait pour lui un repère essentiel.

Mais aujourd’hui, en dépit de leur modernisme, de leur confort et des empreintes laissées par Angelo – ici, un Zippo rangé près du cendrier sous la fenêtre, là un pull plié sur le dossier d’un fauteuil – les lieux demeuraient vides. Comme l’esprit de Shura qui venait, une fois de plus, de déserter son âme.

Ce fut la sonnerie de l’interphone qui l’extirpa de sa torpeur hébétée, une bonne heure plus tard. Une partie des documents qu’il ne se rappelait plus avoir rassemblés avait glissé à bas de la table, et le scintillement de l’écran sur lequel les informations défilaient sans cesse le fit grimacer alors qu’il prenait conscience de l’obscurité autour de lui.

Descendant de son tabouret, il activa le premier interrupteur qui lui tomba sous la main avant d’aller appuyer sur le bouton de l’interphone :

« Je te réveille ou quoi ?

— Hein ? Non, pourquoi ? »

La voix de Rocío, en bas de l’immeuble. Avec une note de reproche :

« Tu avais oublié, c’est ça.

— … Non ! Non, j’ai… – il jeta un coup d’œil du côté des placards encore à moitié entrouverts – … j’ai grignoté un morceau en attendant, mais je n’avais pas oublié.

— Parfait dans ce cas ! Je monte le temps que tu te prépares, ou tu es prêt ?

— Non, c’est bon, je descends. A tout de suite. »

Il actionna de nouveau le bouton. Deux fois. Pour être bien certain d’avoir raccroché. Un regard de biais au miroir en pied sur le placard de l’entrée le conforta dans la conviction que la nuit hivernale ainsi que la pénombre dans le bar où il s’apprêtait à se rendre seraient ses meilleures alliées pour la soirée. Avec un peu de chance, personne ne ferait attention à sa mine en berne et à son regard morne.

Il prit quelques minutes pour aller appliquer – avec parcimonie – un gant mouillé sur son visage et attraper un pull supplémentaire. Les dieux seuls savaient à quelle heure il allait rentrer. S’il rentrait.

* * *

L’absence de surprise peut – souvent – s’avérer réconfortante. Parce qu’on sait comment les choses vont se dérouler et s’achever, il est inutile de réfléchir à une situation déjà écrite. Il suffit de se laisser porter. Et tout se passe impeccablement bien.

La soirée s’était étirée jusque tard, pas loin des deux heures du matin, alors que le gel avait déjà recouvert les trottoirs malgré le sel épandu un peu plus tôt dans le journée. Ce qui en disait long sur la chute des températures pendant la nuit : il ne devait pas faire loin de moins dix degrés avait jugé Shura en sortant du bar, Rocío accrochée à son bras et passablement égayée par le vin avec lequel chacun n’avait pas manqué de se réchauffer, lui y compris. Pas de quoi non plus être éméché, pas vraiment. Juste… désinhibé ? A peine plus que d’habitude toutefois, alors que des regards entendus les avaient accompagnés tous les deux jusqu’à la sortie de l’établissement.

Elle avait proposé d’aller chez lui – “pour changer” avait-elle précisé – mais ils avaient atterri chez elle. Elle habitait plus près avait argué Shura, ce qui n’était pas complètement faux mais pas au point de ne pas consentir cinq cents mètres de plus en dépit de la glace et du froid. C’était absurde, sans aucun doute. Mais soudain, il ne lui avait pas été possible d’imaginer une présence, dans son lit, dans ses draps, autre que celle d’Angelo.

Alors, tout s’était déroulé comme d’habitude. Ils s’étaient déshabillés sans autre préliminaire – ni paroles creuses, ni tendresse affectée – avant de baiser dans sa chambre à elle, sur son lit à elle, dans ses draps à elle. Il l’avait fait gémir et crier tandis qu’il jouissait mécaniquement dans son corps, une fois, deux fois, peut-être plus sans que cela présentât pour lui un intérêt de retenir une telle information. Puis il s’était levé pour prendre une douche pendant que nue, elle s’asseyait en tailleur au beau milieu du lit pour préparer un joint. Un vrai cliché ne pouvait-il s’empêcher de penser à chaque fois, non sans indulgence toutefois : il aimait bien Rocío. Il l’aimait même plus que bien en ce sens qu’il se sentait à l’aise avec elle, comme on pourrait l’être avec une vieille copine dont il n’y a pas à redouter le jugement. Elle n’attendait rien de lui, ni ne lui demandait quoi que ce fût. Elle se contentait de prendre du bon temps, de profiter des opportunités et de satisfaire ses envies. En ce sens, tous les deux n’étaient guère différents et c’était là très clairement la raison principale pour laquelle ils avaient décidé un jour, quelques années plus tôt, de terminer une soirée ensemble plutôt que chacun de leur côté. Depuis, et sans pour autant les ériger en rituels immuables, les occasions s’étaient succédé, parfois fréquentes, parfois non. De la vie de Rocío, il ne savait rien, et l’inverse était tout aussi vrai. Cela ne le dérangeait pas, et elle non plus. La jeune femme était d’un naturel curieux néanmoins ; il lui arrivait de poser des questions mais plus par simple amusement que pour répondre à des interrogations plus profondes qu’elle n’avait pas. Shura y répondait, la plupart du temps. Pourquoi ne l’aurait-il pas fait ? Il n’y a rien à cacher, lorsqu’il n’y a rien à prouver.

Lorsqu’il ressortit de la salle de bains, la radio était allumée en sourdine et un froid glacial avait envahi la chambre – petite pièce encombrée de livres grimpant à l’assaut des murs dans un joyeux désordre et de revues empilées au petit bonheur la chance sur tous les meubles disponibles – alors que Rocío s’était emmitouflée dans la couette, le joint à l’extrémité incandescente bien à l’abri dans le creux de sa paume.

« J’ai ouvert, prévint-elle en avisant l’air faussement accablé de Shura qui s’empressa de renfiler son pantalon, sa chemise et son gros pull noir par-dessus. Vu que Monsieur déteste l’odeur.

— En l’occurrence, Monsieur se serait bien passé, et de sentir l’herbe, et de choper la mort. T’es cinglée ?

— Petite nature, soupira la jeune femme en éteignant soigneusement le joint sur le rebord du cendrier. Allez, va fermer. »

Shura ne lui laissa pas le temps de changer d’avis, puis attrapa son paquet de cigarettes avant de passer dans le salon. Autant Rocío était à cheval sur le respect des règles de vie en communauté, au grand dam de Concí qui ne digérait toujours pas qu’on lui interdît de fumer dans sa salle de conférence, avec son équipe, à son étage, autant pas grand-chose ne la dérangeait dès qu’il s’agissait de sa sphère privée. Et elle ne leva pas même une ombre de sourcil lorsqu’elle le rejoignit, toujours drapée dans sa couette, tandis qu’il fumait, assis de biais sur l’accoudoir du divan.

« Dis, commença-t-elle en se rencognant dans l’angle opposé du sofa, ses jambes nues ramenées sous elle, ça fait un bail qu’on n’a pas vu ton pote, tu sais, l’Italien.

— Pourquoi, il te manque ?

— C’est toujours agréable de voir de nouvelles têtes, du genre beau gosse qui plus est. »

Elle avait répondu avec la même vivacité que Shura et il ne put s’empêcher de rire devant le sourire égrillard qui étirait les lèvres de la jeune femme.

« Angelo. Et, oui, en effet, ça fait un petit moment, un peu plus de deux mois peut-être. »

Est-ce qu’il avait laissé échapper ce qu’il n’aurait pas dû ? Une inflexion dans sa voix ? Ou un geste ? A moins que ce ne fût son regard. Oui, c’était sûrement ça, alors qu’il prenait conscience qu’il avait détourné celui-ci au moment de répondre à Rocío.

« Je peux te poser une question ? Tu n’es pas obligé de me répondre, hein, mais… je me demande, c’est tout.

— Vas-y. »

Shura avait haussé les épaules. La question, il la devinait déjà.

« Angelo, c’est juste ton pote, ou c’est ton pote avec qui tu t’envoies en l’air ?

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— Une impression. »

Shura avait penché la tête de côté, l’air assez peu convaincu pour qu’elle rajoutât, angélique :

« Ou l’intuition féminine, comme tu préfères. »

Achevant sa cigarette dans une dernière bouffée, il l’écrasa au creux du couvercle de son paquet vide dans lequel il en fit rouler le mégot.

« Je ne baise pas tout ce qui passe à ma portée.

— Non mais tu baises tout ce qui te fait envie.

— Et… ?

— Et il suffit de voir la façon dont tu le regardes pour savoir qu’il entre pile dans cette catégorie. »

Observatrice Rocío, à qui rien n’échappait. Il esquissa un sourire crispé alors qu’elle le scrutait , un peu trop sans doute. Déjà elle reprenait, un sérieux inusité peint sur ses traits :

« Ça, et puis l’espèce de mélancolie que tu te traînes depuis le début de l’année – tiens, ça fait quasi deux mois, quelle coïncidence – plus le fait que tu n’as pas pris ton pied ce soir, ni la dernière fois d’ailleurs.

— Qu’est-ce que tu racontes, bien sûr que… »

Non.

« Tout ça c’est pas ton genre, Shura, reprit-elle, sur un ton sibyllin alors qu’il baissait la tête. Tu ne serais pas un peu amoureux, par hasard ? »

Amoureux ? Il se retint d’éclater d’un rire désespéré.

« C’est compliqué, se contenta-t-il de répliquer sans quitter des yeux ses propres mains qu’il frottait lentement l’une contre l’autre dans un geste inconscient.

— Et merde. »

Devant le regard interrogateur qu’il lui lança par en dessous, elle consentit à rajouter en levant les yeux au plafond :

« Ça veut dire qu’il va falloir que je me trouve une autre bouillotte plus enthousiaste pour l’hiver ! Et aussi – il réprima une hilarité aussi subite qu’inattendue alors qu’elle poursuivait d’un même ton faussement morne – que tu n’es pas prêt de te débarrasser de cette tête de trois pieds de long, là – un geste désinvolte qui désignait à la fois le visage et tout le reste de la personne du Capricorne drapé dans ses vêtements trop sombres – et ça m’ennuie pour toi.

— Ta sollicitude me touche, fit-il, amusé.

— Bah – elle haussa les épaules – si tu avais pu tomber amoureux de moi, dis-toi bien que j’aurais tenté ma chance depuis longtemps. Mais il se trouve que j’ai toujours su que ce ne serait pas possible. Et je crois bien que c’est en rencontrant ton ami que j’ai enfin compris pourquoi. »

Quelques notes de piano classique s’échappèrent de la radio dans la chambre pour dériver jusqu’à eux. Du Chopin, nota distraitement Shura juste avant de reconnaître le titre que l’air familier introduisait et cette fois, le rire le déborda, sous le regard perplexe de Rocío. La soledad2. Il ne manquait plus que ça.

Les paupières de Shura s’abaissèrent l’espace d’un instant, ses épaules s’arrondissant sous le poids d’une fatigue qu’il découvrait. Il ne s’était pas rendu compte qu’il en avait autant accumulé depuis…

Depuis la dernière fois que tu l’as vu. Que tu l’as touché. Que tu l’as aimé.

« Allez, approche. »

Rocío avait ouvert la couette, exposant son corps nu aux courbes pleines et harmonieuses.

« Tu as le droit d’en profiter encore une fois, histoire que tu me regrettes au moins un peu. »

Asgard, Norvège, début Mars 2006

Les rochers, points de repère commodes dans le paysage, émergeaient au dessus de la banquise trop fine pour la saison. La glace, mouvante et fragile sous ses pas, obligeait Alexei à accélérer le mouvement afin de s’attarder le moins possible sur chacune de ses impulsions. Un centième de seconde de trop et son équilibre perdu le précipiterait dans les eaux glacées de l’océan Arctique. Non qu’il n’en ressortirait pas indemne ; néanmoins, il n’avait pas de temps à perdre.

Dès qu’il posa le pied sur la terre ferme, l’ébranlement profond du sol grimpa à l’assaut de son squelette et il ne put s’empêcher de tanguer en dépit de ses appuis pourtant solides. L’onde de choc suivait de près ; bandant ses muscles et baissant la tête, il l’encaissa avec moins de quelques centimètres de recul. Acceptable, jugea-il en examinant la trace de ses propres semelles sur le sol gelé. Mais seulement parce qu’il s’y était préparé.

Les secousses continuèrent à se succéder alors qu’il se rapprochait de leur origine. La roche souffrait sous les coups portés avec une puissance qui si elle n’était pas extrême, demeurait assez significative pour qu’Alexei s’immobilisa à une distance prudente. Dans les environs, le chaos avait remplacé un paysage pourtant déjà hostile par nature ; plus loin s’enflait une sphère dorée de pure énergie et d’un diamètre imposant, à l’image d’un soleil déchu.

Une dernière explosion assourdit le Russe qui ferma les yeux dans le même temps pour ne pas être aveuglé. Et lorsqu’il les rouvrit, une fois que le calme fut redescendu sur la petite île, Mélanthios Kolosidis se tenait devant lui.

« Toujours aussi en forme à ce que je vois, lança Roudnikov à l’homme qui le dépassait d’une tête et entreprenait de vêtir son torse large et nu d’un épais manteau en peau d’ours.

— Tu t’essayes à l’ironie, Alexei ?

— Je crains de ne pas être très doué. »

Le Russe avait incliné la tête en signe de respect à l’attention de son interlocuteur qui, après l’avoir considéré en silence, laissa échapper un grondement guttural qui lui tenait lieu de rire. Alexei sourit en retour, encaissant sans ciller la claque amicale que l’autre lui asséna sur l’épaule avant de nouer les mèches poivre et sel qui s’étalaient sur ses épaules en un chignon serré, juché sur le sommet de son crâne.

« Tu t’es attardé, remarqua Alexei.

— J’ai pris du bon temps, répliqua Mélanthios aussi sec. Cette région, pour tranquille et sûre qu’elle soit, devient pesante au quotidien. C’est un reproche ?

— Nullement. »

Le Russe, entreprenant d’emboîter le pas à son massif compagnon, le suivit comme ce dernier l’avertissait :

« Mets très exactement tes pieds là où je mets les miens. » Et Mélanthios de s’engager sur une étroite langue de terre en direction du continent, avec une légèreté de pas pour le moins incongrue de sa part.

Alexei nota à part lui qu’il ne connaissait pas cet accès, que l’autre homme lui dévoilait en ce jour. Si tant était qu’il fût encore permis d’en douter, Mélanthios Kolosidis s’était approprié ce territoire au fil des mois et régnait, seul, sur ce chapelet d’îles désolées pourtant propriété d’Asgard. Mais comment l’enclave aurait-elle pu le deviner? Sans rien en voir, Alexei percevait le cosmos étroitement tissé par le Grec tout autour d’eux, dans un rayon d’environ trois kilomètres. Et s’il le devinait, c’était parce que Mélanthios lui avait permis de franchir cette barrière impénétrable pour qui que ce fût d’autre. Des courants subitement contraires éloignaient les bateaux de pêche qui s’aventuraient dans le secteur ; à terre, les chasseurs poursuivaient leurs proies sans prêter attention à leur course qui s’infléchissait soudainement et entraînait hommes et bêtes au loin. Et nul, y compris parmi les Asgardiens dotés d’un cosmos aguerri, ne détectait la présence de cette protection qui plaçait les lieux et leur occupant hors du monde.

La maîtrise de Mélanthios était exceptionnelle mais jamais, en près de trente ans, Alexei ne s’était attendu à moins de sa part.

Ils parvinrent bientôt sur le continent dont ils suivirent la rive sur quelques centaines de mètres avant de bifurquer en direction de ce qui ressemblait de loin à un assemblage disparate de rochers de nature et de tailles diverses mais de plus près à une maisonnette aux murs constitués de pierres non taillées et emboîtées avec art les unes dans les autres, et au toit en bois couvert d’une épaisse couche de chaume. Un mince filet de fumée s’échappa d’un conduit quasi invisible depuis le sol.

« Après toi. »

* * *

Un réflexe mena tout droit Alexei vers les braises qui rougeoyaient dans l’âtre et auxquelles Mélanthios rajouta une bûche. Du chêne reconnut le Russe tandis que le feu peinait à en attaquer l’écorce. A côté de lui, il vit son hôte se délester de la fourrure sur ses épaules ; le tatouage familier apparut, ondulant sur ses côtes.

Plutôt qu’un cercle, c’était d’un disque rempli d’une encre d’un noir intense qu’il s’agissait. Le liseré des feuilles d’olivier se devinait encore à son pourtour. Mais de ce qu’avait pu être le dessin d’origine contenu à l’intérieur, il ne restait plus la moindre trace.

« Tu contemples la marque de mon “infamie” ? »

Une épaisse chemise en laine retomba sur le tatouage, le tissu tendu sur les muscles saillants de Mélanthios qui tisonna le feu, l’obligeant à mordre un peu plus le chêne récalcitrant.

« Tu la connais, pourtant », continua le Grec sans le regarder.

Alexei ne répondit rien. Oui, il la connaissait. Tout comme il savait ce qu’elle symbolisait pour Mélanthios. Aussi se racla-t-il la gorge avant se lancer :

« Nous entrons dans la première phase de l’opération. J’ai d’ores et déjà annoncé à Hilda que je quittais Asgard pour une durée indéterminée et que ceux qui m’accompagnent vont en faire autant. »

Mélanthios, qui s’était redressé, croisa ses bras musculeux, l’os de sa mâchoire roulant sous la peau mate et grêlée :

« Et elle t’a cru ?

— Elle ne sait toujours pas que tu existes, c’est le principal. »

S’éloignant du regard scrutateur du Grec, Alexei fit quelques pas dans la longue pièce sombre, contournant la table et les bancs en bois jusqu’à s’immobiliser devant une porte entrouverte sur une chambre qui aurait été tout à fait obscure sans le halo bleuté qui en émanait. Les mains dans le dos, le Russe fit volte-face vers Mélanthios :

« Je pars demain pour rencontrer notre associé et préparer le terrain.

— Tout le monde sait ce qu’il a faire ?

— Dans l’ensemble, oui. Il me reste à procéder à quelques ajustements. Et recrutements.

— Hum. Sois prudent.

— Tu m’as déjà prévenu. »

L’ombre du doute voilait imperceptiblement les iris noirs et perçants de Mélanthios comme ce dernier détaillait la silhouette d’Alexei qui ne s’en formalisa pas outre mesure. Le Grec tirait avantage de son physique hors norme et de son point de vue, la force brute pesait lourd dans un combat, en faveur de celui qui était en mesure de l’exploiter. Il n’avait cependant jamais réussi à convaincre Alexei de suivre la même voie ; le Russe avait développé d’autres atouts qui lui avaient permis plus souvent qu’à son tour de tenir la dragée haute à Mélanthios. Ce dernier, beau joueur, n’avait plus insisté. Néanmoins, il ne se privait jamais de partager son avis sur la question, d’une façon ou d’une autre.

L’examen était terminé cependant, et Alexei reprit patiemment :

« De ton côté, tu vas devoir rester ici le temps de sécuriser l’autre partie du plan ainsi que nos intérêts.

— Nos intérêts, comme tu dis, ne donnent pas satisfaction pour le moment. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer, gronda Mélanthios. Cette option n’était pas la bonne, de toute évidence.

— Nous en avons d’autres. Ceci étant, je ne crois pas que nous devrions abandonner aussi vite. »

Un grommellement ponctua la réponse paisible d’Alexei puis :

« Tout cette organisation n’est qu’une perte de temps, décréta Mélanthios. Je le dis depuis le début, et je te le redis : ça ne marchera pas et au bout du compte le résultat sera le même que celui qu’on pourrait obtenir dès à présent.

— C’était la volonté du maître.

— Oh par pitié, Alexei ! »

Ses poings, énormes et serrés en haut de ses cuisses, Mélanthios marcha sur le Russe jusqu’à le dominer de toute sa taille :

« C’est avec moi que tu désignes ainsi Dimitri ? Dois-je te rappeler qui je suis ? Pour lui ? Et pour toi ? »

Impavide et silencieux, Alexei soutint le regard rougeoyant de colère. Les braises pâlirent cependant que Mélanthios le détaillait jusqu’à ce que de nouveau, il amena sa main sur l’épaule du Russe. Avec douceur cette fois :

« A moi aussi il me manque. »

Toujours sans un mot, Alexei se déroba et reprit d’une voix égale :

« Il ne voulait pas se priver de cette possibilité. Un accord reste préférable à n’importe quel conflit, dans l’intérêt de toutes les parties. Nous y compris.

Jamais le Sanctuaire n’y consentira, cingla sèchement Mélanthios. Dimitri a toujours su ce qu’il faisait et, mon garçon, tu peux me croire : même s’il t’a demandé d’appliquer une telle stratégie, il en connaissait déjà l’issue.

— C’est probable. Mais cela ne coûte rien de « demander« .

— Oh, vraiment ? »

La bonne vieille colère était de retour dans la voix du Grec et Alexei temporisa :

« Je connais l’histoire.

— Oui tu la connais. Mais tu ne l’as pas vécue, comme Dimitri. Ou moi. Toi, tu n’as pas été privé de ton destin. Ou de ton identité, comme ils s’en sont cru autorisés à mon égard. »

Le Russe savait ce qui animait Mélanthios, depuis presque toujours lui semblait-il. Dimitri lui en avait parlé le premier, mais Mélanthios n’avait pas été avare de sa propre histoire. La vengeance était inscrite dans sa chair aussi sûrement que cette encre dont on s’était servi pour lui nier le droit d’exister. Ainsi, entre les deux Grecs et lui-même, malgré les liens qui les unissaient, demeurait un fossé que seule la loyauté d’Alexei était en mesure de combler :

« C’est vrai, admit le Russe. Je suis né libre et le suis resté, contrairement à lui, ou à toi. Si Dimitri a choisi de se battre, c’est pour que les gens comme moi conservent cette liberté. Il m’a tout appris. Et toi aussi. Je sais tout ce que je vous dois, à tous les deux. C’est aussi pour cette raison que je veux mettre en œuvre ce qu’il a préparé : je lui fais confiance. Et à toi aussi. »

D’abord immobile, Mélanthios eut un hochement de tête. Approbateur. Alexei se détendit : il avait besoin de cet homme. Pourtant, malgré son imposante stature peu auraient parié sur lui du fait de son âge ; quand bien même les plus perspicaces s’en approcheraient qu’ils seraient encore en dessous de la vérité. Personne ne donnerait ses soixante-dix ans au Grec dont le temps n’avait altéré ni la carrure, ni l’esprit, ni la puissance. Cette dernière était demeurée intacte en dépit des années écoulées, et c’était toujours avec un mélange de nostalgie et de respect qu’Alexei se rappelait les heures innombrables passées par Dimitri et lui sous la férule de cet homme qui leur avait enseigné l’art du cosmos et du combat. Encore aujourd’hui, Mélanthios réussissait souvent à traverser ses défenses pourtant solides et à le mettre à terre. Parmi tous les Enfants du Cosmos, il restait le seul à en être capable.

« Bon. Si tu veux que je reste ici tout en commençant à déverser du gravier dans les chaussures du Sanctuaire, il va me falloir un peu plus de moyens. »

Du menton, Mélanthios désigna la pièce adjacente :

« Je manque de puissance en terme de signal. Avec ce que j’ai à ma disposition en ce moment, je ne vais pas pouvoir aller bien loin.

— Je vais voir ce que je peux faire. De ton côté, mets nos affaires en ordre ici. Rapidement.

— Tu es inquiet ? »

Le visage de Freyja. Son sourire. Affecté. Son regard. Méfiant.

Alexei haussa les épaules :

« Ce qui doit advenir adviendra. Mais on n’est jamais trop prudent. »

1Signifie « guide » en Hindi

12 réflexions sur “Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 3

  1. Pas joyeux ce chapitre, tout le monde a l’air morose. Mu, Dohko, Rachel, Shura… C’est un peu le concours de celui qui a le plus le vague à l’âme.

    Du côté d’Asgard, on a donc un nouveau personnage qui est visiblement un gold qui a été viré au profit d’un petit jeunot choisi par Shion. Vu la la carrure, on dirait un Taureau, mais ce n’est pas si sûr.

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    • Teuteuteu ! Shaka se porte comme un charme, lui ! 😀 (Et Aldé aussi, d’ailleurs) Ceci étant, oui, c’est vrai que c’est moins la joie pour d’autres dont les problèmes n’ont pas tous disparu en quasi deux ans, voire en ont des nouveaux. Concernant Shura, il y a eu « Fragments » entre temps, donc une situation personnelle compliquée comme il le dit à Rocio. Mü est toujours à la recherche des trois armures disparues à l’issue des Portes et ça le ramène toujours à sa condition d’Atlante, dernier de son peuple, Dôkho est dans l’état dans lequel on l’a laissé deux ans plus tôt mais en pire et Rachel découvre le montant de la note à payer post-Portes. Qui a dit que la vie était facile ? :-p

      Concernant Mélanthios, tu te doutes bien que je ne vais tout te révéler à ce stade. Mais je peux en effet confirmer – les indices déjà semés me le permettent – qu’il s’agit bien d’un ancien chevalier d’or dont la carrière ne s’est pas super bien terminée. Quant au signe… suspens !

      Merci beaucoup pour ton temps de lecture et de commentaire, et RDV au prochain chapitre 🙂

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  2. Entre un Asgard tiraillé entre tradition et modernité et un nouveau conspirateur revanchard dans l’échiquier …. Hâte de lire la suite !

    Quant aux dorés, ils portent leur lot d’espoirs, de fatalisme, de résignations avec plus ou moins de succès. La vie post-portes est compliquée.
    Dohko dans son ehpad personnel, à la fois lucide et conscient de sa fin future (tout en gardant son esprit affûté et sa malice) est vraiment touchant.

    Dommage qu’il ne survive pas assez pour entraîner Andreas jr. J’aurais aimé découvrir des attaques propres à ce signe (genre « l’écrasement du poids des péchés »…. 😋). Parce que le dragon…. Ne me,semble pas à la hauteur de la tâche. Mais, j’anticipe largement sur l’histoire actuelle.

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    • J’espère juste que je n’ai pas eu les yeux plus gros que le ventre en rajoutant tous ces personnages ^^; Parce que ça ne va pas être simple, c’te affaire là ! Mais j’adore Asgard et j’avais à coeur de poursuivre sur cette lancée après l’introduction faite à ce sujet à la fin d’UDC.

      Pour le Sanctuaire, ils se retrouvent un peu tous à devoir composer avec une existence qui n’est plus réglée par les manoeuvres de Shion. A présent, ils sont tout seuls pour prendre leurs décisions, bonnes ou mauvaises, et choisir leur propre chemin. Et les Portes n’ont pas été sans conséquences sur eux tous.

      J’aime beaucoup Dôkho, il est un pilier pour eux tous. C’est très triste de le voir partir petit à petit.

      Oh, tu sais, le cas Andreas Jr aurait été difficile même pour Dôkho ! XD Pour l’instant, ce n’est qu’un bébé, et ma foi, il faut en profiter avant qu’il soit en âge de pourrir l’existence du monde entier 🙂

      Merci beaucoup, beaucoup pour ta lecture et tes avis, cela me touche que tu apprécies de retrouver tout ce petit monde et que tu sois intrigué par l’histoire… c’est le but :-p

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  3. Pauvre Mu, les choses ne s’arrangent pas pour lui on dirait… Heureusement qu’il a Shaka! Leur relation semble avoir progressé depuis UDC, où elle m’avait semblé simplement amicale, alors que là, elle donne l’impression d’une quasi-dépendance de la part du Bélier, je me trompe? Et au sujet des préoccupations de Mu, une question me taraude: sait-on quelles sont les armures manquantes? Il me semble bien que tu ne l’as jamais mentionné, ou je l’aurais oublié?

    Le thème du changement climatique prend de l’importance, je suppose que Shura va faire des découvertes qui vont aller bien au-delà des nécessités de son article… je me demande comment (si?) cela s’articule avec ce qui se manigance en Asgard. Et je suis assez curieuse aussi de voir comment va évoluer le triangle Angelo-Marine-Shura. Déjà on voit qu’il y en a un pour qui la situation est loin d’être idéale…

    Et Dhoko reste fidèle à lui-même malgré son état. Je m’étais posée la question de l’effet que sa mort inévitable aurait sur les autres chevaliers à la fin d’UDC, et il semblerait que mes suppositions étaient justes: ça va être désastreux. Déjà que la plupart ont du mal à se remettre des portes, ça risque d’être la goutte d’eau qui fait déborder le vase! Tout le monde va encore souffriiiir!

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    • Mü a pas mal encaissé dans UDC entre la découverte que son maître vénéré a manipulé tout le monde, l’état dans lequel se retrouve Dôkho après les Portes, les armures qui l’ont sollicité… et puis il y a eu Fragments, avec les deux membres de sa croix qu’il a dû aider et dans le même temps, dont il a du « supporter » la relation fusionnelle qui n’a fait que lui renvoyer un peu plus le reflet de sa propre solitude. Et à présent, il a 3 armures à retrouver sauf qu’il ne sait rien ou presque de sa propre culture et de son peuple censé être en charge des armures depuis toujours. Donc, oué : ça va pas fort XD

      Shaka est le plus à même de le comprendre car ils partagent une culture similaire et ils ont toujours été proches. De plus, il fait partie des sages (même si ça a été un peu compliqué pour lui dans UDC), il perçoit la solitude de Mü et a à coeur d’essayer de l’aider à mieux la supporter. Sauf que, comme tu le soulignes très justement, Mü se raccroche à lui, sans doute plus que de raison. Parce qu’il se sent vraiment TRES seul, et perdu, aussi. Son incapacité à retrouver les armures le confronte à son ignorance sur ses origines et sa culture d’Atlante. Donc il n’a plus grand chose à quoi se raccrocher.

      En effet, je ne sais plus si j’avais indiqué les armures manquantes ? (enfin, les bouts d’armures) Hum, je pense que je peux te les lister sans que cela constitue un spoil (car ce qui est important n’est pas tant leur nature que l’endroit où elles se trouvent :-p) : il s’agit des armures de la Balance, du Verseau et des Poissons.

      Le changement climatique est palpable dans l’histoire et tu en sauras plus dans les chapitres à venir. Mais effectivement, le sujet aura un rôle non négligeable dans cette histoire 🙂

      L’évolution du triangle Shura/Angelo/Marine ne sera pas facile mais dans le même temps, on sait déjà depuis Fragments que lutter contre l’évidence n’a rien d’une sinécure… Tout réside dans la capacité de chacun à admettre ladite évidence et à s’octroyer disons… d’autres opportunités ?

      Au regard de la symbiose qui s’est mise en place dans UDC entre tout le monde, des liens indéfectibles qui se sont créés, de tout ce qui les unit, pensées, cosmos, de cette intimité absolue qu’ils partagent, il est clair que la disparition de l’un va entrainer des conséquences en cascade pour chacun et créer des déséquilibres. Reste à voir comment chacun va réagir mais… oui, ils vont souffriiir ! XD

      Un grand, très grand merci à toi pour le temps que tu as consacré à ta lecture et au partage de tes ressentis ❤

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  4. Ah mais que de suspense ! J’aurais tellement de questions… Mais avant : sache que j’ai une nouvelle fois adoré ma lecture. C’est tellement bien écrit, comme toujours. Alors déjà : bravo, et merci !

    Et alors ce chapitre… J’aime beaucoup le rapprochement entre Shaka et Mü. Parce que je suis convaincue que la Vierge pourra aider le Bélier dans sa quête de réponses (ces séances d’hypnose ont d’ailleurs l’air hautement prolifique), et parce qu’il pourra aussi lui apporter le réconfort dont il a besoin pour tout le reste. Et puis, j’ai toujours trouvé qu’ils se ressemblaient beaucoup tous les deux.
    Je me posais moi aussi la question de la nature des armures disparues, et j’ai obtenu une réponse en parcourant les commentaires ci-dessus. Et du coup, je me demande pourquoi ces armures-là ? Cela dit, tu sembles avoir insisté sur le fait que ce n’est pas ça qui est important, mais plutôt l’endroit où elles se trouvent. Et donc maintenant, je me demande : MAIS OU SONT ELLES ? Au fond de la mer ? A Asgard ? Dans la calotte glaciaire ? Sous terre ?

    J’ai aussi beaucoup aimé la discussion entre Rachel et Dôkho. Ciel, comme ce n’est pas facile… Et tu as titillé ma curiosité (encore) avec l’allusion à ce « quelque chose » qui s’étend petit à petit dans le corps de Rachel. Ça fait référence à quoi ? Il ne me semble pas que tu en aies déjà parlé. Ou alors je l’ai loupé…

    J’adore aussi l’idée que Shura se lance dans l’écriture d’un article sur le thème du changement climatique. Ça va lui mettre la puce à l’oreille sur ce qu’il se passe à Asgard. Par contre, je n’avais pas souvenir qu’il avait fait si froid à l’hiver 2006, et qu’il avait neigé à ce point dans le Sud de l’Europe. Dingue quand même… Bon et la discussion entre Shura et Rocio m’a beaucoup plu. Elle m’a fait de la peine, mais elle m’a beaucoup plu. Ben vi qu’il est amoureux le loustic. Et pas qu’un peu même !… Enfin bref.

    Bon et THE question qui me brûle les lèvres depuis la fin de ma lecture : MAIS QUI EST CE NOUVEAU PERSONNAGE (GREC) AVEC UNE AURA DE CHEVALIER D’OR ?! J’ai d’abord pensé à un candidat chevalier d’Or recalé, et vu l’âge de l’individu (dans les 70 ans, si j’ai bien compris), j’avais songé au candidat pour la maison de la Balance. MAIS, comme me l’a si justement fait remarquer Lily (car nous partageons nos pronostics et suppositions toutes les deux au fil de notre lecture ;-), ça ne colle pas avec le tatouage que cet homme semble encore arboré (même s’il semble en partie effacé). Du coup… la logique voudrait qu’il s’agisse d’un chevalier d’Or ayant exercé (et qui pourrait être entré en fonction à la même époque que Dôkho), mais qui aurait été remplacé par un chevalier de la jeune génération, pour une raison à déterminer (mauvais comportement ? problème de santé ? démission ? hum… peut-on vraiment démissionner de ce genre de job ?). Rha là là, je suppute, je suppute… Bon, et tu n’es pas obligée de me répondre, hein. Je partage ces hypothèses avec toi car je sais que tu apprécies de les lire :D.

    Et je crois que c’est tout pour ce chapitre.

    Encore félicitations pour ton écriture, et à bientôt !

    Aimé par 1 personne

    • Merci ! \o/ Je crois que je l’ai déjà dit – et donc je me répète, ça doit être l’âge XD – mais le style et la forme sont deux éléments très importants pour moi aussi cela me fait chaud au coeur (vraiment !) de savoir que la rédaction tient la route. J’ai une histoire à raconter et il me semble qu’il est important que le squelette sur lequel elle va se développer soit solide. J’attache beaucoup d’importance à cet aspect (et en relisant le chapitre avant de te répondre, j’ai vu deux coquilles, damned !)

      Shaka et Mü s’apportent beaucoup mutuellement et s’équilibrent en quelque sorte. Moi aussi je trouve qu’ils se ressemblent et je les ai toujours vu comme ayant une relation privilégiée (… et puis le Junikyu montre que Mü est très affecté par la mort de Shaka tout en respectant son choix au plus haut point :-p) Après, Mü peut se montrer fort dans son genre et n’est pas trop du genre à tolérer la pitié ou un excès de compassion. S’il veut se lamenter sur son sort, il le fait dans son coin et évite d’en faire profiter le monde entier. Je crois que Shaka l’a bien compris XD

      Ah les armures : mais où est Charlie ? XDDD Je dissémine des indices mais je pense que lorsque le lecteur saura, il s’en rappellera. Il y a en tout cas au moins un indice dans ce chapitre (j’avoue toutefois qu’il est très implicite) 😉

      Non, ce n’est pas facile pour Dôkho qui fait contre mauvaise fortune bon coeur mais sachant tous les efforts qu’il a consentis pendant des décennies pour rester « au top », c’est un peu dur à encaisser quand même… Quant à Rachel, non, tu n’as rien loupé. Disons qu’au global, les Portes ont laissé des séquelles à tout le monde, plus ou moins graves selon le degré de chance des uns et des autres. A la fin d’UDC (fin du chapitre 36 + début prologue), on voit que le corps de Rachel a pris cher : elle est la seule encore consciente à la fin du combat mais transpire l’or par tous les pores, elle met longtemps avant de se rétablir physiquement et ses cheveux deviennent entièrement gris. Elle a servi de catalyseur à douze ultimes cosmos de chevaliers d’or et il est peu probable qu’elle s’en sorte indemne sur la durée. Mais comme la plupart des infos concernant les combats contre les Portes – et notamment les combats victorieux, remember ! – ne sont pas disponibles, elle ne pouvait pas savoir à quelle sauce elle allait être mangée. A présent, elle commence à s’en rendre compte et Dôkho aussi.

      Alors, non, à l’hiver 2006, il n’a pas fait si froid que ça à Madrid : il n’est tombé que 10 cm de neige ! En l’occurrence, pour les besoins de l’histoire, j’avais besoin de divers aléas climatiques : je me suis appuyée sur la littérature mais il me fallait « plus », ou du moins, plus violent / contrasté, et plus fréquent. J’ai rédigé cette partie lors du Nano 2019 il me semble et décidé de cette tempête de neige. Or, en 2021, il y a eu une énorme tempête de neige à Madrid ! D’où la photo illustrative.

      J’aime beaucoup Rocio, qu’on voit dans Fragments pour la première fois, puis qu’on revoit dans NE et qu’on re-revoit aussi dans Traits d’Union. Elle est très observatrice et comme elle aime beaucoup Shura (mais bon… raté, quoi XD), elle a quand même à coeur qu’il soit heureux et clairement… il ne l’est pas. Après je ne sais pas s’il existe un mot plus fort que « amoureux » ? Si oui, il est pour lui XD

      Donc, non, je ne dirai pas qui est Mélanthios ! XDDD Mais, oui, je peux vous confirmer à Lily et toi qu’il s’agit bien d’un chevalier d’or ayant exercé. Quant à sa charge précise… là encore, un indice est présent dans le texte qui peut permettre de le deviner :-p Quant à ce qui s’est passé… Mélanthios parle de « son infamie » (son tatouage a été recouvert d’encre), et de son identité qui a été niée, et Alexei a conscience que son seul but est de se venger du Sanctuaire. Donc on peut se douter que ça ne s’est pas très bien fini entre le Sanctuaire et lui.

      J’adore en effet lire tes hypothèses ! XDDD Surtout n’hésite pas à leur laisser libre cours, c’est super cool de voir comment les choses sont interprétées, et c’est aussi très intéressant pour moi 🙂

      Encore une fois, un très grand merci pour ton temps et ton intérêt pour cette histoire qui réussit à si bien t’intriguer !

      A très bientôt !

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      • Coucou M’dame !

        Merci beaucoup pour ta réponse et pour toutes ces précisions ! C’est tellement chouette de pouvoir échanger comme ça avec toi :D.

        Alors après relecture et discussion (toutes deux intenses) de la part de Lily et moi, je suis heureuse de t’annoncer que nous avons des hypothèses sur :
        1) la localisation des armures disparues (ou plutôt, sur QUI pourrait les détenir)
        2) le nom de la maison de Mélanthios.

        Mais au lieu de te les balancer comme ça directement et sans détour, je corse un peu le truc en les partageant avec toi sous la forme de petites énigmes, d’une facilité déconcertante, je te l’accorde, mais… au moins, nous aurons peut-être l’air un peu moins ridicules si nous nous gourons d’une manière monumentale.

        1) Nous pensons que les armures sont aux mains de ceux qui ont dû accueillir sur leur sol la raison pour laquelle elles se sont finalement avérées essentielles. Et pourquoi les garderaient-ils ainsi sournoisement sans en toucher le moindre mot à personne ? Eh bien pour les refiler à Ironman & co, bien sûr ! [et alimenter le MCU]

        2) Nous pensons que la maison du chevalier d’Or déchu héberge habituellement un (ou plusieurs) chevalier(s) adepte(s) d’un certain type d’ « explosion ».

        Bon ben voilà… C’est tout ce qu’on a. Ne te moque pas, s’il te plaît. On s’est vraiment creusé les méninges en fait !

        Et sur ce, je file reviewer le chapitre 4 !

        Aimé par 1 personne

    • Hello m’dame !

      (eh oui, reprise du taf = réactivité proche du zéro absolu…)

      Le plaisir est infiniment partagé de pouvoir échanger ainsi ! Par contre, Word Press n’est visiblement pas fan des commentaires en pyramide (snif) ce qui fait que je dois en passer par ton premier commentaire pour répondre à ta réponse.

      Bon, Lily et toi vous doutez bien que je ne vais pas répondre à vos hypothèses là, comme ça, tout de suite ! XD Mais elles sont très très intéressantes et la suite vous apportera les réponses voulues. Néanmoins je note avec beaucoup de satisfaction que vous avez l’une et l’autre relu avec attention et efficacité le chapitre en question 😀

      Je passe à la suite !

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