Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 6

Sanctuaire, Grèce, fin Mars 2006

Les volets étaient encore fermés quand Milo revint de son footing matinal. Marquant un temps d’arrêt en contrebas de son temple, il réagit avec retard au salut d’Aldébaran qui le quittait pour redescendre vers ses propres quartiers :

« Tout va bien ?

— Pardon ? Ah, oui, je… Non, rien. A plus tard ? »

Un hochement de tête dubitatif du Taureau et un sourire contrit de sa part plus tard, le Scorpion amorça les pas qu’il n’avait pas envie de franchir et gravit les escaliers de son temple. Aucun bruit dans le naos, ni dans ses appartements. Pas plus en tout cas que lorsqu’il en était sorti deux heures plus tôt.

Expédiant son tee-shirt trempé de sueur dans le bac de linge sale depuis l’entrée – un autre jour, il se serait mentalement félicité de son adresse au tir – il prit le temps d’aller se servir un verre d’eau au robinet et de s’appuyer un moment contre l’évier, les yeux fermés sur la pénombre striée par les raies lumineuses des persiennes orientées à l’est. Il avait repris son souffle depuis un bon moment déjà mais savourait l’effet délassant de la course sur ses muscles et la satisfaction, a posteriori, de s’être levé avant l’aube pourtant glacée. Plus ça allait et plus cette habitude s’installait, pour le plus grand plaisir de son compagnon d’axe qui profitait de sa disponibilité pour ne pas aller courir seul lorsqu’il se trouvait au Sanctuaire. Le profit était réciproque : en compagnie d’Aldébaran, Milo n’avait pas le temps de réfléchir.

La transpiration acheva de sécher sur son torse nu et dans son dos, sous la masse épaisse de ses boucles qu’il tordit d’une main avant de les enserrer dans un des nombreux élastiques qui traînaient un peu partout chez lui. Un jour, il lui faudrait se résoudre à opter pour une solution plus pratique au quotidien, à l’instar de Mü qui avait su transformer en avantage ce qu’au départ il avait considéré comme un sacrifice difficile à encaisser. La perte de sa longue chevelure qui n’avait pas résisté au feu devant les Portes constituait, encore aujourd’hui, un arrachement de plus à lui-même pour l’Atlante. L’une des dernières coutumes de son peuple qui avaient résisté au temps et à l’oubli voulait que ni homme ni femme ne coupât jamais ses cheveux ; Mü chérissait encore le souvenir des longues mèches grises de Shion qui le chatouillaient lorsqu’il était enfant. A présent toutefois, il était trop tard pour réparer l’irréparable et il avait fini par s’en accommoder au point d’avoir raccourci un peu plus les mèches parme qui encore quelques mois plus tôt lui battaient les joues. Si ça continuait, il finirait par les porter aussi courts que Shura.

Au souvenir du dernier passage du Chevalier du Bélier au Sanctuaire, Milo esquissa un sourire empreint d’une mélancolie qui, il le savait, ne lui ressemblait pas mais qu’il se surprenait à éprouver de plus en plus souvent ces derniers temps. Ils lui manquaient. Tous ceux qui n’étaient pas là.

Alors qu’il pivotait sur lui-même pour revenir dans la pièce principale, son regard tomba sur les quelques livres serrés sous une fenêtre au milieu desquels se dressaient les mémoires de son lointain prédécesseur Bartolomeo. Aussitôt il s’en détourna avec un froncement de sourcils pour dériver jusqu’à la porte de la chambre.

Celle-ci était restée comme il l’avait laissée, entrouverte. A pas de loup, il se faufila dans l’entrebâillement : Camus n’avait pas bougé.

Allongé à plat ventre du côté droit du lit, les bras sous son oreillers, il dormait encore, la tête tournée vers le mur en face de Milo. Les longues mèches, dont la couleur dans la semi obscurité s’apparentait à de l’encre, sinuaient sur son dos et les draps blancs à la surface desquels elle traçaient de folles arabesques.

Bon sang, il était presque huit heures.

« Hey. »

La main, que le Scorpion posa sur l’épaule de Camus, trouva sa peau fraîche sans être froide. Un moment, il crut que l’autre n’allait pas se réveiller mais ce fut d’une voix étonnamment alerte qu’il répondit :

« Déjà revenu ? » Et le Verseau de se retourner, basculant sur le dos pour regarder Milo.

Le Grec ne cesserait jamais de s’en étonner : dans l’obscurité, les yeux de Camus étaient toujours lumineux. Ils la perçaient à tous les coups ou presque : il fallait vraiment qu’elle fût dense pour que le phénomène ne se produisît pas. Un effet du cosmos du Français dont la luminescence glacée en dépit de l’or qui la caractérisait – un or frappé disait Kanon pour plaisanter, mais non sans justesse – ne le quittait jamais vraiment pour qui prenait le temps de l’observer dans son quotidien. Or, ce temps, Milo s’appliquait méticuleusement à l’employer à chaque fois que Camus lui faisait grâce de sa présence depuis que, contre toute attente, il étaient revenus de leur affrontement contre les Portes.

Pourtant, il se laissait encore surprendre.

« Tu m’as entendu me lever ?

— Tu n’es pas d’une discrétion à toute épreuve.

— Je vois. Mais tu es toujours au lit.

— En effet », répondit sobrement Camus de ce ton qui déniait au commentaire qui aurait du s’ensuivre le droit d’être formulé.

De fait Milo ne rajouta rien, sa main qui était retombée lorsque l’autre homme avait pivoté sur lui-même, reposant à présent sur le poignet du Français.

Le silence, lourd des mots qui ne se disaient pas, s’étira assez longtemps pour que la clarté venue du dehors s’avivât au travers des volets, au fur et à mesure que le soleil gagnait les hauteurs du ciel. Pourquoi ne réussissaient-ils pas à se parler ? A peine Camus venait-il de revenir au Sanctuaire que déjà ils recommençaient à s’éviter eux-mêmes.

La bouche entrouverte du Scorpion se referma et, ses doigts glissant jusqu’à la paume sèche du Verseau, il se pencha sur lui presque jusqu’à toucher son visage, sans détacher son regard du sien. Il avait pourtant tellement de choses à lui dire, à lui demander, à lui exprimer pour qu’elles cessassent enfin d’obstruer sa gorge à chaque fois qu’il contemplait cet homme ! Cependant, plus le temps passait plus il avait l’impression que le moment où il aurait pu – dû – laisser libre cours à ce qu’il se sentait obligé de taire aujourd’hui était désormais derrière eux. Que les silences qui de loin en loin s’étaient installés avaient fini par s’agréger les uns aux autres pour édifier entre eux un mur à la surface duquel ils ne trouvaient pas les prises nécessaires pour l’escalader. Quelles que fussent leurs tentatives désormais, elles seraient empreintes de maladresse, peut-être même provoqueraient-elles une chute, une blessure qui, sans être fatale, fragiliserait une relation déjà miraculée que de n’avoir jamais eu la moindre consistance.

Alors, une fois de plus les mots se désagrégèrent au seuil des ses lèvres qui effleurèrent celles de Camus, en un baiser que l’autre lui rendit avec un infime instant de retard.

« Tu devrais aller prendre une douche, chuchota le Verseau, tout en resserrant brièvement les doigts de Milo restés au creux de sa main, avant de les relâcher.

— A moins que tu ne veuilles y aller avant ?

— Je ne sens pas aussi mauvais que toi. »

Un sourire, mutuel, comme une trêve. Camus observa le Scorpion tandis qu’il se remettait debout, ouvrait la vénérable armoire en chêne qui parait le mur du fond de la chambre pour y attraper des vêtements propres et ôtait l’élastique de ses cheveux, le posant sur la commode à côté de la porte de la salle de bains. Il contempla ladite porte encore un moment, la silhouette athlétique du Grec imprimée en filigrane sur ses rétines.

Le Verseau se rallongea plus confortablement, les yeux grands ouverts sur le plafond d’où les zébrures du petit matin avait disparu pour laisser la place au halo uniforme du jour désormais bien établi. A partir de quand, exactement, le rêve avait-il commencé à se teinter des sombres nuances du cauchemar ?

Ils n’auraient pas dû survivre. Tout le leur promettait depuis qu’ils avaient accepté, chacun pour des raisons qui lui étaient propres, de mettre leur vie en jeu face à la menace séculaire du Sanctuaire. Ils n’auraient pas dû revenir à l’issue de ce solstice d’été et seul serait demeuré la sensation de ce qui aurait pu être et qui avait été, un peu. Si tant était qu’il leur fût demeuré des souvenirs dans la mort, ce dont Camus doutait. Pour lui, la mort était un état définitif, le seul dont l’être humain pouvait être certain. Ce qui était, n’était plus. Point final.

Mais tous deux étaient bien vivants et pour le moins épargnés par les dommages collatéraux dont certains de leurs pairs auraient encore à souffrir longtemps, sans doute pendant plusieurs années. Les mots simples mais définitifs prononcés par Aiolia quelques jours plus tôt à New York résonnaient encore dans l’esprit du Verseau qui ne cesserait jamais de s’en vouloir en dépit de l’inévitable absolution dont son vis-à-vis sur le cinquième axe l’avait gratifiée. Et s’il n’y avait que lui !

Kanon et sa colonne vertébrale littéralement émiettée par le souffle inconcevable des Portes ; Dôkho désormais au seuil de la mort, rattrapé par une vieillesse qu’il avait cru vaincre ; Thétis et son cosmos sacrifié sous peine de ne plus pouvoir vivre ; Rachel enfin, dont l’âme s’était égarée, quelque part.

Oui, Milo et lui pouvaient s’estimer chanceux. Pourtant – et Camus se détestait de le penser – il aurait mieux valu qu’ils fussent morts. Ou au moins l’un des deux. Les choses auraient été plus simples.

Il prit une profonde inspiration et se redressa enfin, assis au milieu des draps froissés. Par terre, de son côté du lit, une vieille boîte à chaussures sans couvercle avec, au fond, deux préservatifs usagés. Juste à côté, une petite bouteille de lubrifiant aux trois quarts vide. Là-bas, plus ou moins bien pliés sur une chaise, ses vêtements qu’il se rappelait avoir ramenés là depuis le salon la veille au soir mais aucune trace de ses chaussures, laissées dans l’entrée. Et tout autour de lui, la chambre de Milo.

Oh. Merde. Ramenant ses genoux vers lui, le Verseau y appuya ses bras croisés sur lesquels son front vint se poser. Au fin fond de ce gouffre d’incompréhension qui chaque jour les éloignait un peu plus l’un de l’autre, était restée, sans qu’il ne pût s’expliquer par quel miracle, la lueur fragile mais indéniablement vivante qui avait présidé à cette nuit au cours de laquelle le Scorpion l’avait retenu loin de lui-même. Cet instant, intense dans sa simplicité, renaissait à chaque fois que leurs corps les poussaient l’un vers l’autre. S’ils parlaient alors – plus qu’ils ne parlaient à aucun autre moment – c’était pour laisser échapper des mots qui n’interpellaient ni un passé qu’il valait mieux taire, ni un futur qui leur faisait peur. Ils ne nourrissaient in fine qu’un présent où ils se trouvaient ensemble, sans autre raison qu’une envie mutuelle et partagée. Alors les amis qu’ils n’étaient plus et les amants qu’ils ne savaient pas être disparaissaient, pour laisser la place à cet entre-deux où les questions n’avaient plus cours.

Le souvenir de ces moments faisait battre le cœur de Camus plus qu’il n’avait jamais battu depuis des années : la sensation était si enivrante ! Pendant ces quelques heures où il n’y avait plus sur son horizon que Milo, que l’homme dont il était amoureux depuis toujours, il pouvait tenir à distance la part insatisfaite de son être. Aimer le Grec ce n’était pas comme aimer – ou faire semblant d’aimer – d’autres hommes. Dans le même temps toutefois, aimer ce même Grec signifiait aussi ne pas être complet et cette amputation faisait naître à son esprit des douleurs fantômes de plus en plus difficiles à tenir à distance. Elles se taisaient pendant que Milo se laissait aimer par lui ; elles se rappelaient à lui, vigoureuses, exigeantes, dès que la magie cessait d’opérer. Dès que ses propres désirs s’imposaient à Camus. Dès qu’il réalisait, une fois de plus que ceux-ci n’avaient pas droit de cité au creux de sa relation avec le Scorpion. Dès qu’il se confrontait à cette même compréhension dans le regard du Grec qui alors se détournait – oh une seconde, à peine ! – pour les replonger dans la réalité de tout ce qui les séparait.

Camus savait les efforts de Milo. Il savait aussi, parce qu’il l’aimait depuis si longtemps, tous les bouleversements occasionnés par sa propre conduite, par ses mensonges, par sa lâcheté au creux de cet homme vibrant de vie et dont l’aspiration profonde à la simplicité avait, à l’occasion, put donner de lui une image faussement simpliste. Le Scorpion avait endossé à bras le corps ses responsabilités à l’égard de Camus en guise de rattrapage d’un aveuglement qu’il n’avait pas cessé de se reprocher. Et le Verseau, de quelle manière lui témoignait-il sa gratitude ? En le fuyant.

A cette idée, son front se fit plus lourd sur ses bras et il ferma les yeux. Milo ne lui reprochait rien. Il n’en parlait même pas, se contentant d’acquiescer à chaque fois que Camus lui servait l’un ou l’autre de ses prétextes – Aiolia étant sans conteste le plus indiscutable de tous – pour quitter le Sanctuaire et rester loin de lui. Jamais plus de quelques jours, une semaine ou deux tout au plus, le temps d’assujettir ses désirs à sa raison ; cela suffisait en général pour le ramener auprès de Milo.

Jusqu’à la fois suivante.

L’eau avait cessé de couler dans la douche et le Verseau releva la tête. Inutile que Milo le surprît ainsi égaré dans ses consternantes réflexions : une question pourrait lui échapper. Aussi, lorsque le Scorpion sortit de la pièce d’eau, trouva-t-il Camus prêt à prendre sa place, debout dans la chambre dont il avait enfin ouvert les contrevents, la lumière du matin froid déferlant crûment sur le désordre ambiant.

« Et ranger, non ?

— Je t’aiderai. » Camus avait marqué un temps d’arrêt au moment de pousser la porte de la salle de bains. « Si tu m’attends.

— Hm. Oui, je crois que je peux bien faire ça. »

Il y avait un sourire sur les lèvres pleines et dans le bleu lumineux du regard du Grec ; le Verseau, hochant la tête, s’enferma à son tour dans la douche.

Sans voir le sourire de Milo qui s’effaçait.

Asgard, fin Mars 2006

La lourde porte en bois bardée de bronze grinça sur ses gonds puis se referma dans un claquement sourd. Le dernier qu’il en entendrait jamais.

Tournant la clé dans la serrure, il l’en retira pour l’observer une dernière fois dans le creux de sa main – longue et ouvragée, conçue dans ce même alliage qui consolidait de tout temps les huisseries soumises au rudesse du climat – avant de la lancer en direction du puits contre les parois duquel elle ricocha une paire de fois avant de sombrer dans l’eau, le temps d’une unique éclaboussure.

Voilà tout ce qui restait du clan Benetnash, songea Mime sans rien éprouver d’autre comme émotion que le vide familier dont il lui semblait qu’il l’avait accompagné tout au long de son existence. Une vieille maison qui menaçait ruine, des terres depuis longtemps abandonnées et rendues à la glace et à l’infertilité et enfin, lui-même. Trois fois rien, donc.

Sa cape en zibeline volta derrière lui comme il tournait les talons pour prendre le chemin mal entretenu dont le tracé ne se voyait plus qu’à peine malgré la minceur de la couche de neige. A part lui, plus personne n’était venu jusqu’ici depuis bien longtemps. Il ne trouverait pas non plus de traces humaines dans les alentours immédiats. Ceux et celles qui devaient se rendre dans cette campagne d’Asgard prenaient soin de passer au large des terres de cette famille que d’aucuns disaient maudite.

Ils n’avaient sans doute pas tort. Un peu plus loin, sur la gauche, il longea un petit cimetière. Là aussi, la misère régnait. Les sculptures de granit étaient soit tombées, recouvertes de neige, soit se dressaient encore par une sorte de miracle inexplicable, tordues et moussues au dessus de tombes dont l’identité de ceux qui les occupaient avait depuis longtemps été effacée par le gel et le vent.

Ses parents étaient là. Sa mère, près de l’entrée, avec ses sœurs. Son père… Sûrement dans le fond ? Il n’aurait pas en retrouver la sépulture, même s’il l’avait voulu : celle-ci devait demeurer anonyme à jamais, sur ordre du Palais. Une condamnation à l’oubli sans appel au regard de la rudesse des conditions météorologiques.

Ses doigts, au chaud dans sa dernière paire de gants encore mettable, se resserrèrent sur l’anse de son sac. A l’intérieur, les vêtements qu’il lui restait, les derniers bijoux de sa mère et sa harpe. Le collier, il ne l’emmenait que pour le souvenir. Il n’était pas prêt à le vendre, dût-il mourir de faim. En or massif, il n’en était pas moins de la belle ouvrage, un torque élégant au centre duquel chatoyait un saphir presque aussi gros qu’un œuf de caille. Elle lui avait fait promettre de ne jamais, jamais, s’en séparer. Et sans qu’il eût jamais réussi à comprendre pourquoi, ce serment n’était pas le plus difficile qu’il avait à tenir. Quant à sa harpe, il comptait sur elle pour ne pas succomber à la famine un jour, justement. Ainsi que sur la bienveillance des Polaris pour lui octroyer une chambre au Palais. Cette espérance a priori un peu vaine lui fit tordre le nez. Guerrier Divin ou pas, il n’en était pas moins l’ultime héritier d’une famille déclarée traîtresse à Asgard, et totalement désargenté par dessus le marché. De quelle sorte d’utilité pourrait-il se réclamer auprès d’Hilda ? Tout ce qu’il pouvait lui offrir, sa voix, il la lui avait déjà donnée lors du vote. Tout le monde savait à quoi il devait son rang dans l’ordre des protecteurs d’Asgard. Et même s’il avait voulu tenter de prouver sa valeur à l’un d’entre eux, au cours d’un combat par exemple, aucun n’aurait daigné relever son défi. Par dégoût ou par dédain, il n’en savait trop rien. Un peu des deux, sans doute.

Alors pourquoi se rendre au Palais ?

Il s’immobilisa dans la neige, la silhouette de la demeure familiale déjà réduite à la taille d’une maison de poupée loin derrière lui. Il n’était qu’un idiot.

Un rire aigrelet retentit sur sa droite et il pivota vivement, lâchant son sac pour adopter une posture de défense.

« Qui va là ? » Demanda-t-il de sa voix mélodieuse, sans grand espoir toutefois qu’on lui répondît.

Un frôlement lui fit tourner la tête sur la gauche cette fois. Puis, sortant du sous-bois, il vit un loup – gigantesque – avancer tranquillement vers lui. Et se détendit.

« Fenrir. »

Il achevait de se redresser quand l’interpellé se matérialisa dans l’arbre juste au-dessus de lui et dont il se laissa tomber avec souplesse, sa main trouvant immédiatement la fourrure épaisse du loup qui vint se poster à ses côtés.

« Tu t’enfuis, Mime ?

— Ne dis pas n’importe quoi. Où voudrais-tu que j’aille ? »

L’autre Guerrier Divin avait amorcé un mouvement tournant et Mime le suivit des yeux sans pour autant faire montre d’une quelconque inquiétude, y compris quand Ging vint renifler l’arrière de ses mollets.

« Qu’est-ce que tu vas faire dans ce cas ?

— Je ne sais pas, répliqua Benetnash en haussant les épaules. Peut-être trouver à m’employer quelque part, comme garde du corps, ou comme précepteur. Ou les deux.

— Tu ne quittes pas Asgard.

— Non », se surprit à répondre spontanément Mime à une question qui n’en était pas une. C’était vrai : pourquoi, “non” ?

Le rayon des cercles arpentés par Fenrir autour de lui allait en décroissant et bientôt, la seule personne qu’il pouvait considérer comme un ami ou à tout le moins ce qui s’en rapprochait le plus, se planta devant lui :

« Ne va pas faire quelque chose que tu pourrais regretter.

— Mais de quoi tu parles ?

— Comme si tu ne le savais pas. »

Mime eut un haut-le-corps quand l’autre homme se pencha vers lui sans prévenir pour le humer. Sans bouger, il le regarda faire. Par Odin, plus ça allait, et moins Fenrir ressemblait à un être humain. Et pourtant : il fallait en être un pour l’avoir pris sous son aile, lui, le plus jeune des Guerriers Divins et le moins puissant.

L’autre homme se recula, l’air manifestement peu convaincu par son inspection. Un sifflement désapprobateur s’échappa d’entre ses dents serrées :

« N’y a-t-il donc rien en toi qui te rattache encore à cette terre ?

— J’ai mon cosmos.

— Si faible.

— Qu’y puis-je ?

— Tout ! »

Un piétinement, léger mais perceptible, remplaça le silence dans les bois, tirant un frisson désagréable à Mime qui se tendit. De la meute, il n’apercevait que les ombres et les mouvements furtifs entre les branches basses.

« Fenrir, à quoi est-ce que tu joues ?

— Moi ? A rien. Eux par contre… »

A peine s’il le vit disparaître de son champ de vision comme le Guerrier Divin s’élevait d’un bond prodigieux vers les frondaisons qu’il avait quittées tantôt, pour laisser le champ libre aux loups qui l’encerclaient petit à petit, babines retroussées et grondements menaçants à l’appui. Mime ne put s’empêcher de reculer ; le fût d’un sapin centenaire l’empêcha d’aller plus loin.

« Tu appartiens à ce pays et à ce peuple, Mime ! »

La voix de Fenrir semblait tout à la fois proche et lointaine, rebondissant en écho autour de lui mais s’insinuant au cœur de son esprit dans le même temps.

« Je le sais ! Riposta-t-il tout en s’exhortant au calme, alors que Ging se positionnait devant ses congénères, son regard perçant planté dans le sien.

— Vraiment ? Dans ce cas, où étais-tu pendant que d’autres avaient besoin de toi ?

— Personne ne m’a sollicité.

— Il faut donc que l’on te “prie” pour que tu accomplisses ton devoir ?

— Fenrir ! »

Mime avait levé la tête à la recherche de la silhouette maigre et voûtée du Guerrier Divin, en vain. Fenrir d’Alioth avait développé avec les années un véritable don pour se fondre dans le paysage, au même titre que les loups qui l’accompagnaient. Certains disaient que ceux-ci l’avaient élevé en lieu et place de sa famille. Mime savait que ce n’était pas exact : Fenrir était bien né mais n’étant pas l’aîné de sa fratrie, il avait très tôt pris ses distances pour mieux répondre à l’appel de son propre cosmos. Sa famille avait bien essayé de le ramener dans son giron : en vain. Fenrir avait développé un sens aigu de l’indépendance et de la liberté qui s’accordait mal avec les exigences de la haute société. Résignés, ses parents l’avaient laissé vivre une existence qui de toute évidence lui convenait et son statut de Guerrier Divin avait fait le reste.

« Tu n’accordes pas plus d’importance que moi à toutes ces simagrées ! Pourquoi viens-tu me reprocher aujourd’hui ce que toi-même tu méprises ? »

Une mâchoire claqua tout à côté de lui et il s’adossa encore un peu plus contre l’arbre, tout en déployant une aura froide et opaline, identique à celle de tous les Asgardiens. Elle était cependant assez consistante pour obliger la bête téméraire à reculer. Et empêcher les autres d’avancer par la même occasion. Mais pour combien de temps ?

« Tu me connais donc si mal que ça ? A moins que tu ne voies le monde qu’au travers de tes petites frustrations, c’est possible. »

L’insulte lui serra les poings et avisant un jeune loup encore un peu trop proche à son goût, il l’envoyer bouler dans la neige au moyen d’une fine et cinglante corde de cosmos. Ging fit mine de bondir ; un ordre muet l’en empêcha toutefois et il resta là, grondant à l’attention de Mime sans pour autant s’en rapprocher.

« Je n’existe pas pour satisfaire aux basses ambitions des hommes mais pour protéger ce monde qui m’a donné naissance et auquel j’appartiens. Tout comme toi.

— Non, pas comme moi. Ce monde m’a rejeté.

— Tu confonds tout, Mime de Benetnash. »

Ce fut comme un signal. Dans un ensemble parfaitement coordonné la meute s’élança, convergeant vers Mime qui, les yeux agrandis, les regarda en train de fondre sur lui tous crocs dehors et les yeux luisants de férocité. Un réflexe plus tard, son aura s’était repliée autour de lui pour matérialiser le tissage étroit d’une coque d’apparence solide et à la surface de laquelle les bêtes s’écrasèrent, ou rebondirent pour les plus agiles tout en glapissant. Non pas de douleur mais de peur lorsque éclata dans le même temps une stridence suraiguë qui vrilla leur ouïe sur-développée. La note pouvait sembler homogène ; elle ne l’était pas. Chacune des cordes qui constituaient la protection représentait une harmonie singulière et l’ensemble vibrait en symbiose à chaque fois qu’un assaillant s’y heurtait. La dissonance ainsi induite était insupportable ; bientôt la meute recula dans un concert de geignements et de plaintes auquel seul Ging ne participait pas. Mais son regard mauvais en disant long sur son inconfort.

La discordance finit par s’éteindre et le silence ouaté de l’hiver reprit ses droits. Un grondement se fit entendre un peu plus loin, qui avait tout d’humain celui-ci.

« C’est toi qui m’as attaqué, fit Mime d’une voix posée. Je n’ai fait que me défendre. Je suis désolé pour tes loups.

— Ce ne sont pas “mes” loups, jeune imbécile. Ils sont libres. Comme moi.

— C’est ce que tu crois. »

Aucune réponse. Pourtant Mime savait qu’il l’écoutait aussi reprit-il, un ton au-dessus :

« Tu es aliéné à ton devoir, exactement comme ta famille l’est à sa richesse ou à sa position sociale. Tu dis que tu ne te plies aux exigences de la communauté que pour protéger notre monde, mais ne vois-tu pas que tu t’épuises en vain ? Comme tous les autres ? Je ne veux pas, pour ma part, m’enchaîner à un avenir qui n’en a que le nom et dont ce monde – bien plus que les hommes, ne t’en déplaise – m’a privé depuis longtemps. Tu es libre, dis-tu ? Moi aussi. Libre de faire mes propres choix. »

Les loups avaient disparu. Ging également, dont ne restait plus que les empreintes profondes et anormalement larges. Un instant, Mime crut qu’il en était de même pour Fenrir. Mais alors qu’il s’écartait prudemment de l’arbre contre lequel il était resté appuyé, les mots du Guerrier Divin lui parvinrent :

« Qu’il en soit ainsi, Mime de Benetnash. Il ne nous reste plus, toi comme moi, qu’à souhaiter que nos routes ne viennent pas à se croiser de nouveau. Bonne chance mon ami. »

Le vent se leva, emportant les derniers mots de Fenrir dans une bourrasque sifflante. Dans son sillage cependant il en oublia la tristesse, qui s’échoua sur le cœur de Mime.

* * *

« Madame ? Mime de Benetnash demande audience. »

Hilda, qui consultait en détail pour la énième fois les registres du vote tout en parcourant à pas lents son bureau surchauffé, s’arrêta. Le temps qu’elle prit pour répondre à son chambellan fut assez long pour que celui-ci relevât la tête et lui jetât un coup d’œil curieux.

« Faites-le entrer. »

Si ce n’était pour le vote, Mime n’était pas revenu au palais depuis des mois. Voire une bonne année. Rien cependant n’avait changé dans l’antique bâtisse et il retrouva, dans l’aile des appartements particuliers des souverains d’Asgard, les tapis et les tableaux familiers qui jalonnaient le chemin jusqu’au bureau de Hilda. Il savait que s’il en prenait la peine, il pourrait retrouver parmi tous ces visages anonymes accrochés au mur certains de ses ancêtres, du moins ceux qui en valaient la peine. Ils ne devaient pas être bien nombreux.

Le regard fixé droit devant lui, il ne tourna pas une seule fois la tête, pas même lorsqu’il passa devant les fenêtres qui donnaient sur l’esplanade du palais et depuis laquelle chaque souverain était en mesure de s’adresser à son peuple lorsqu’il l’estimait nécessaire. Il ne s’agissait toutefois pas là de son unique usage ; des exécutions, nombreuses, y avaient été perpétrées jusque dans un passé pas si lointain que ça. Et le sang répandu sur les dalles de grès rouge s’y infiltrait toujours assez pour que le cœur d’Asgard conservât le souvenir de ses propres traîtres.

« Guerrier Divin d’Eta.

— Pour vous servir ma reine.

— Sois le bienvenu. »

A peine avait-il ployé le genou ; Hilda ne parut toutefois pas s’en formaliser et lui désigna un siège en vis-à-vis de celui dans lequel elle prit place.

« C’est à peine si je t’ai aperçu le jour des élections, entama-t-elle sans autre préambule, mais sans non plus la moindre note de reproche.

— Je n’ai pas souhaité m’attarder plus que nécessaire. »

Ce qui était on ne peut plus vrai. Et compréhensible. A l’instar des représentants officiels de chaque clan, Mime était venu accomplir son devoir. Mais parce qu’il connaissait l’opinion de ses pairs à l’égard de sa famille et par extension, de lui-même, parce qu’il savait les regards avant même qu’ils se tournassent vers lui, parce qu’il devinait le mépris dans les sourires de convenance, aucun raison n’aurait pu l’inciter à demeurer au sein d’une société qui ne souhaitait pas sa présence.

Hilda le savait, aussi remarqua-t-elle :

« Tu es pourtant venu aujourd’hui.

— Ce n’est pas jour d’audience publique.

— J’aurais pu refuser de te recevoir.

— Mais vous ne l’avez pas fait. »

A vrai dire, il en était le premier étonné mais se garda d’en faire état. Tout au plus avait-il espéré être poliment éconduit jusqu’au surlendemain où, effectivement, il aurait pu se mêler à la foule des requérants et escompter être entendu par sa souveraine. Mais qu’aurait-il pu lui dire, ainsi exposé à la vue et au su de tous ? Non, il aurait gardé le silence et attendu. Un moment comme celui-ci par exemple.

« Que me vaut le plaisir de ta visite ? »

Redressant le menton, tout prêt à affronter l’ironie qu’il ne manquerait pas déceler dans le regard de Hilda, il se confronta à une nouvelle surprise : elle était sincère. Les mains jointes sur ses genoux, elle le scrutait avec un intérêt dont il ne se rappelait pas avoir été l’objet depuis des années. Lui, le plus jeune des Guerriers Divins, avait l’habitude de ne pas être gratifié de la même considération que ses aînés et ceci, indépendamment de son pedigree. Son manque d’expérience, associé à sa discrétion et à son peu de charisme, ne lui valait pas la moindre once de reconnaissance. Ce en quoi ses pairs n’avaient pas complètement tort, il l’admettait presque volontiers. Après tout, qu’avait-il accompli à cet effet ? Rien, ou pas grand-chose.

« Je souhaiterais trouver à m’employer au Palais. Ou acquérir une charge qui soit dans les moyens qui me restent.

— Et ton domaine ?

— Quel domaine, ma reine ? Celui dont Asgard a dépouillé ma famille, génération après génération ? »

Ce ne fut que lorsqu’il vit Hilda frémir et se raidir sur son siège qu’il réalisa ce qu’il venait de dire. Les mots lui avaient échappé. Des mots si souvent tournés et retournés dans sa bouche, dans son esprit et jusque dans ses cauchemars qu’ils étaient dorénavant partie intégrante de son être. Après tout, n’était-il pas à peine né qu’ils étaient déversés dans ses pensées par ceux-là même qui les tenaient de leurs aïeux, et des aïeux de leurs aïeux ?

Il aurait pu s’excuser ; il n’en fit rien, se contentant de soutenir le regard fixe de sa souveraine.

« Qu’en as-tu fait ? demanda-t-elle enfin.

— J’en ai jeté la clé dans le puits. Mais il est sec, ne put-il s’empêcher de préciser, sardonique. Quiconque aurait envie de la récupérer pourrait ainsi s’approprier le peu qui reste, je suppose.

— Je suis sincèrement navrée que les choses en soient arrivées là, Mime.

— Croyez bien que vous n’êtes pas la seule. »

La spoliation de la famille Benetnash ne datait pas d’hier mais alors que des dettes tellement anciennes étaient en passe d’être effacées, son grand-père avait fait un pari sur l’avenir, quelques cinquante ans plus tôt. Un pari qui s’était avéré un mauvais placement. Assez mauvais pour que son aïeul se vît le cœur arraché par les griffes de Fafnir sur l’esplanade devant le peuple tout entier en guise de châtiment et d’avertissement tout à la fois. Son grand-père n’avait pas été le seul impliqué dans ce qui avait été requalifié en trahison ; il avait cependant payé pour tous les autres. Ces autres qui aujourd’hui méprisaient sa famille pour mieux oublier l’opprobre dont eux-mêmes avaient été éclaboussés en leur temps.

« Je n’ai pas le pouvoir de te rendre tes biens. »

Hilda avait tourné le regard vers la haute flambée qui crépitait dans la cheminée, ses épaules minces à peine couvertes d’un fin drap de laine. La frilosité de la dame de Polaris était proverbiale et donnait régulièrement lieu à des plaisanteries, heureusement bonne enfant, de la part des seigneurs comme des serviteurs. Mime soupçonnait toutefois qu’elle supportait mal d’être engoncée dans des vêtements trop épais et s’octroyait de la sorte une sorte de liberté, certes égoïste sur cette terre où le bois était précieux mais qu’elle estimait nécessaire à son propre équilibre.

« Et tu sais pourquoi », rajouta-t-elle après un instant de silence méditatif.

D’abord muet, Mime prit une profonde inspiration  :

« En effet, répondit-il sobrement.

— Sache que j’ai essayé. Et mon prédécesseur avant moi, également. Mais la loi du Sanctuaire est ce qu’elle est, peu importe les Popes qui se succèdent à sa tête. »

Il ne s’en était pas rendu compte mais Mime avait insensiblement resserré contre lui l’étui de sa harpe posé sur ses genoux.

« Je le sais – il avait parlé d’une voix sourde – il n’y a rien que quiconque puisse faire. »

Ou veuille faire.

La rancune dans son regard, celle qu’il ne pouvait totalement occulter, ne parut pas troubler Hilda outre mesure tandis qu’elle reprenait sur un ton plus léger :

« Eh bien, l’idée d’un Gardien Divin à demeure entre les murs de ce palais ne me déplaît pas à vrai dire. Par le passé, il y avait toujours deux ou trois de vos prédécesseurs postés ici en permanence mais la situation actuelle ne le permet plus, malheureusement. Ta présence auprès de moi serait un grand honneur.

— Madame ? »

Interloqué, Mime avait relâché son étreinte autour de son instrument et dévisageait son interlocutrice.

« Je ne pense pas être le plus qualifié pour servir dans votre garde rapprochée. Siegfried ne l’accepterait jamais.

— Ce n’est pas ce poste que j’envisageais mais plutôt celui de précepteur. Les Benetnash étaient aussi connus – Mime demeura impassible – pour leur érudition et la grande valeur de leur bibliothèque, parmi les plus anciennes du royaume. Je ne doute pas que ta mère ait su te transmettre son goût pour la connaissance dès ton plus jeune âge. »

Les rayonnages qui grimpaient à l’assaut des hauts plafonds revêtus de bois sculptés, tous vides ou presque. La poussière accumulée sur les derniers meubles inutilisés, sur le plancher qui avait perdu l’habitude d’être foulé. Le froid rayon d’un soleil bas sur l’horizon qui effleurait la tranche dorée d’un vieil ouvrage dont personne n’avait trouvé le courage de se séparer. Les partitions de ses pères, éparpillées, dernière trace de vie dans une pièce qui n’était plus que le souvenir pâli d’une époque à jamais révolue.

Mime ne se rappelait pas la voix de sa mère mais il acquiesça d’un signe de tête avant de demander :

« Mais le précepteur de qui, Madame ?

— De nos jeunes résidents, bien sûr. »

Des enfants ? Il y avait des enfants au Palais ? Ses yeux couleur de cuivre s’illuminèrent brièvement des reflets du foyer tout proche quand ils s’ouvrirent en grand sous l’effet de la stupéfaction.

« Je ne savais pas que… »

Hilda leva une main :

« Je leur accorde ma protection. Les enfants sont précieux comme tu le sais. Je ne saurai par conséquent tolérer qu’un seul d’entre eux ne bénéficie pas de toutes les chances possibles pour lui permettre de grandir et de prospérer sur cette terre. »

Des bâtards, saisit Mime tout à coup. Alors que les naissances devenaient de plus en plus rares parmi une population en butte à une stérilité galopante, des bâtards réussissaient tout de même à voir le jour ! Par quel miracle, il n’en avait pas la moindre idée mais rangea cette question dans un coin de son esprit alors que la réalité de cette soudaine révélation le rattrapait. Cela aurait être drôle en toute autre circonstance mais Mime ne sourit pas, pas plus que Hilda. Comment concevoir que certains clans persistassent à rejeter des enfants nés hors d’un lit conjugal alors que les Asgardiens mourraient à petit feu ?

« Cette stigmatisation se fait rare, temporisa toutefois Hilda comme en réponse à l’indignation informulée du Guerrier Divin. En effet, mésestimer ces enfants est de plus en plus mal vu, y compris au sein même des clans concernés et la plupart d’entre eux sont désormais reconnus au même titre que les enfants dits « légitimes« . Mais il peut arriver à l’occasion, lorsque leur nombre s’avère trop élevé au point d’induire certains désagréments disons, d’ordre héréditaire – l’ombre d’un rictus traversa le visage de la souveraine – que certains clans choisissent de les placer auprès d’autres familles.

— Combien sont-ils ? D’enfants, je veux dire.

— Deux pour le moment. Deux petites filles. Tu pourras leur enseigner leurs lettres, le calcul mais également tout ce qui fera d’elles, plus tard, de jeunes personnes accomplies et cultivées. Et puis ne dit-on pas que ta musique fait des merveilles ? »

Elle tue, aussi.

Reposant avec soin son étui derrière lui, Mime se leva et cette fois, plia le genou jusqu’au sol, les mains de Hilda dans les siennes :

« Je vous remercie, Madame, pour votre confiance. Je ne vous décevrai pas.

— Je n’en doute pas une seconde. Et, Mime, soyons amis : appelle-moi Hilda, je t’en prie. Relève-toi. »

La douceur dans les grands yeux gris lui serra le cœur. Pourquoi n’était-il pas venu plus tôt ? Pour une fois, il aurait dû accorder du crédit aux rumeurs, celles qui portaient la souveraine d’Asgard aux nues pour le souci qu’elle avait de son peuple, sa volonté inexorable de le nourrir et de le protéger, indépendamment de tout calcul politique. Sa réélection, aussi mouvementée avait-elle pu être, était aussi juste que justifiée. Parmi tous les nobles du royaume en capacité de prétendre à une telle charge, elle seule méritait de l’occuper.

« Mon chambellan, Igvar, va t’escorter jusqu’aux quartiers des invités où tu pourras t’installer le temps de trouver un logement qui te convient. Prends tout le temps que tu jugeras nécessaire à cet effet. Et si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à le solliciter.

— Hilda ? Je dois normalement…

— J’informerai Siegfried moi-même, ne t’inquiète pas. »

* * *

Lorsqu’il quitta le bureau de la dame de Polaris, Mime se sentait infiniment plus léger. Le poids de sa situation personnelle lui apparaissait, pour la première fois depuis des années, autrement plus supportable bien que dans le fond, cela ne réglât rien de son avenir à long terme. Il était le dernier de sa dynastie et à moins d’un miracle auquel il ne croyait plus depuis longtemps, son clan allait achever de mourir avec lui. Cette idée, avec laquelle il s’éveillait chaque matin, ne réussit toutefois pas à ternir le soulagement qu’il éprouvait pour l’heure. Jamais il ne mènerait le train de vie que son nom aurait dû lui permettre ; le nom en question lui restait néanmoins, son identité. Et ce qui lui avait de tout temps été une prison se muait soudain en un échappatoire où il pourrait enfin exister en tant qu’individu. Il n’avait pas pensé à l’après. Pas réellement. Partir avait longtemps été son unique obsession : partir de ce qui avait cessé d’être chez lui, partir de ses terres tombées en déshérence, partir vers là où il pourrait recommencer. Ailleurs. Loin. Mais pour faire quoi ?

Il réalisait, tandis qu’il cheminait en sens inverse le long des portraits qui le suivaient de leurs regards morts vers l’autre aile du château, qu’il ne s’était jamais posé cette question avec l’intention d’y répondre. Sa nature d’Asgardien l’attachait à cette terre plus sûrement encore que son nom. Malgré sa brusquerie et sa dureté, Fenrir n’avait rien fait d’autre que de lui asséner sa vérité.

Alors, il verrait bien. Hilda lui offrait une nouvelle chance : à lui de s’en saisir.

Death Queen Island, Océan Pacifique, début Avril 2006

Alexei n’avait jamais mis les pieds au Sanctuaire mais Mélanthios lui avait affirmé que Death Queen Island y ressemblait dans sa configuration mais en plus petit, en plus stérile et en beaucoup, mais alors beaucoup moins accueillant.

Plus encore que la chaleur, moite et étouffante, qui régnait sur la grève lorsqu’il y posa le pied, ce fut l’odeur, omniprésente, qui lui fit prendre la mesure des propos sibyllins du vieux Grec. L’hydrogène sulfuré lui sauta à la gorge et aux yeux, irritant l’une et brûlant les autres au point qu’il dut déployer une mince couche de cosmos autour de lui. L’énergie ainsi sollicitée atomisa les molécules du gaz, générant des reflets jaunâtres dans son aura tandis que l’hydrogène libéré s’évaporait dans l’atmosphère. Pour une arrivée discrète, en revanche, il pouvait repasser : nul doute que le maître de l’île avait désormais connaissance de sa présence sur son domaine.

Le village – si tant était que pût être désigné ainsi l’agglutinement de quelques masures aussi noires que la roche volcanique dans laquelle elles étaient enchâssées – surplombait la rade d’où un unique ponton délabré s’élançait dans la mer. Pas d’embarcation à l’horizon, ni de bateau de pêcheur au mouillage pour l’heure ; seulement la vedette rapide qu’il avait louée sur le continent et pilotée lui-même. Personne n’aurait accepté de le conduire en ce lieu et de toute manière, personne n’en aurait été capable : protégée par les mêmes artifices que le Sanctuaire, l’île ne laissait approcher quiconque qui ne fût pas capable soit d’en être reconnu, soit de contourner ses protections. Selon toute vraisemblance, l’intrusion forcée d’Alexei ferait l’objet d’un rapport à destination du Grand Pope. Mais qui le lui transmettrait ? Pour cela, encore aurait-il fallu qu’il subsistât quelqu’un soucieux d’une telle obligation à l’égard d’un pouvoir qui avait oublié jusqu’à l’existence de cet endroit.

Les rares habitants le regardèrent arriver, qui du porche de sa maison, qui de derrière un rideau. Quelques femmes ravaudaient des filets, installées à même le sol sur le quai au dessus du ponton ; elles lui jetèrent un regard empreint d’une vague curiosité lors de son passage avant de se remettre à l’ouvrage. Nul ne fit mine de bouger ou de quitter le hameau, ce qui conforta Alexei dans l’idée que décidément, il était attendu.

D’un pas rapide et sûr, il entama le sentier qui serpentait au cœur d’une végétation rase où les quelques arbustes lui arrivant à la taille tenaient lieu de canopée locale. Sur la noirceur de la terre, les verts n’en éclataient pas moins cependant, ponctués de loin en loin par quelques fleurs d’un jaune identique à celui du soufre cristallisé qui emplissait les fissures dans le sol au gré des coulées de lave. Dans son genre, le paysage n’était pas aussi hostile que Mélanthios le lui avait laissé entendre. Toutefois, Alexei n’était pas précisément dans le même état d’esprit que son comparse le jour où celui-ci avait, pour la première et dernière fois de sa vie, posé le pied sur Death Queen Island.

Bientôt le maigre couvert végétal disparut, pour n’offrir plus au regard qu’une lande aussi minérale que désolée qui continuait à s’élever en pente douce vers la bouche du volcan et d’où s’élevaient des fumerolles nauséabondes. Ce fut à cet instant qu’Alexei réalisa l’absence de bruit. Il n’avait pas entendu le son de la voix des habitants en contrebas, ni le moindre chant d’oiseau, ni même le moindre frottement ou bruissement qui aurait témoigné de la présence de vie animale dans cet endroit. Il baissa les yeux à la recherche machinale d’insectes et aperçut les premiers ossements. Un tibia, auquel le pied était toujours attaché. Quelques pas supplémentaires le menèrent jusqu’à un amoncellement de crânes puis à d’autres vestiges dispersés mais dont la densité augmentait au fur et à mesure qu’il se rapprochait du sommet. Il n’eut bientôt plus le choix : après le chaos rocheux, ce fut un chaos osseux qu’il dut arpenter, ne pouvant plus éviter de poser ses pieds sur les restes de tous ceux et de toutes celles qui au fil des siècles avaient été envoyés sur cette île pour y mourir. Les os craquaient sous ses semelles, certains devenus si poreux avec le temps qu’ils tombaient en poussière à peine étaient-ils effleurés ; d’autres se brisaient net, leur blancheur crûment révélée sous la lumière du soleil brûlant. Combien ? Combien étaient-ils ? Les poings et la mâchoire serrés, Alexei parvint sur les rives du volcan, dont la bouche s’ouvrait aussi large que profonde sur les entrailles de la terre. Là, plusieurs dizaines de mètres plus bas, le magma bouillonnait paresseusement et dégageait une chaleur proprement infernale.

Protégé par son cosmos, Alexei resta immobile et patienta.

* * *

L’amas de lave solidifiée s’ouvrit en deux sous l’impact, si puissant que la fissure courut également sur le sol, dont une partie se souleva dans un craquement sinistre. Déjà rejeté au loin, Alexei se reçut sur un pied avec lequel il se propulsa de nouveau en direction de son adversaire qui avait déjà relevé la tête dans sa direction et l’attendait.

Le Russe n’avait pas encore entendu sa voix. Lui-même ne s’était pas présenté. Le combat avait débuté sans préavis, dans le silence, à l’instar d’une obligation à laquelle aucun des deux n’étaient en mesure de déroger. L’autre avait attaqué le premier, ainsi qu’il en était admis depuis des générations ; Alexei avait esquivé à plusieurs reprises, sans manifester son intention de riposter. Ce n’était pas la règle cependant et son adversaire venait de se charger de la lui rappeler.

D’un geste il essuya le sang qui avait coulé sur son menton et bascula sa nuque de gauche à droite puis de droite à gauche. Son opposant misait sur sa force brute, qu’il avait gigantesque pour le moins ; sous le choc, les entrailles d’Alexei avaient valsé entre ses côtes et sa tête bourdonnait encore de l’afflux brutal d’adrénaline quand il avait puisé dans ses ressources afin de se mettre à l’abri. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas été ainsi poussé dans ses retranchements ; à dire vrai, à peine s’il se rappelait de la dernière fois, entraînements avec Dimitri puis Mélanthios mis à part.

Il se prit à regretter que le colosse grec eût refusé avec autant d’obstination de l’accompagner. Au moins son adversaire aurait-il eu à affronter un adversaire du même calibre que lui ; sa défaite en aurait été moins amère.

Sa carrure n’était pas la seule à être impressionnante ; son cosmos l’était tout autant alors qu’il se déployait jusqu’à recouvrir la bouche du volcan. Un instant, Alexei soupçonna que peut-être il en tirait une partie de sa force mais l’énergie que l’autre concentra dans son coup suivant était par trop homogène ; si c’était le cas, il ne s’agissait que d’un bonus issu de l’adaptation aux contraintes locales. Comme la chaleur, par exemple. En dépit de sa résistance, la sueur coulait au front du Russe qui reconnaissait à part lui ne pas être sur son terrain de prédilection, quand bien même il pouvait constituer un atout dont il se servirait si le besoin s’en faisait réellement sentir. Mais pour l’heure seul lui importait de prendre l’avantage aussi, libérant son cosmos à son tour, il se plaça sur la trajectoire de l’attaque pour l’intercepter. Il était sûr de lui ; il n’en vacilla pas moins sous sa puissance. L’autre méritait indiscutablement la position qu’il occupait sur Death Queen Island.

Même s’il ne savait plus pourquoi.

Ce fut le moment qu’Alexei choisit pour partir à l’assaut à son tour alors que les énergies ainsi entrechoquées se dissipaient dans le ciel désespérément bleu en une explosion qui ébranla le sol. Vitesse et agilité avaient toujours été deux de ses atouts majeurs en terme d’offensive, le troisième étant le niveau de son cosmos. Un niveau qui fit chanceler son adversaire quand celui-ci cessa de pouvoir anticiper les coups tant ceux-ci devinrent rapides. Assez pour qu’il cessât de les voir ; assez pour que le son mat des poings s’écrasant sur ses poings vitaux lui parvînt après avoir été touché.

Bientôt acculé au rebord du volcan, le vide rougeoyant en dessous de lui, l’autre bascula en arrière sous l’effet d’un dernier coup asséné dans la gorge. Ses pieds décollèrent comme son corps s’élevait presque horizontalement, entraîné par sa tête éjectée au dessus du gouffre. Un millième de seconde, il demeura là, comme en suspension au-dessus de la mort avant de chuter. Avant que le bras lancé à toute vitesse d’Alexei s’enroulât autour du sien pour le rattraper.

« Oh, non, déclara le Russe, à genoux dans le sable noir et chaud qui couronnait le sommet du volcan, le corps lourd de son adversaire se balançant au bout de son bras au-dessus du vide. Tu ne mourras pas encore aujourd’hui… Guilty. »

* * *

La maison était si petite qu’Alexei ne l’avait pas aperçue en montant. Elle n’était pourtant pas si loin du hameau, assez à l’écart de la population pour qu’elle ne se sentît pas menacée tout en étant assez près pour qu’elle n’oubliât pas sa présence. Guilty tirait son eau d’un puits profond, qu’il était le seul à utiliser. Un autre puits, de même profondeur, était réservé aux habitants et les deux ouvrages s’enfonçaient loin sous le niveau de la mer. Quant à sa nourriture, il la leur devait. Tout comme eux se devaient d’y pourvoir.

Couvert de sang, l’homme renversa un seau plein d’eau sur sa tête avant de s’essuyer sommairement. Lorsqu’il revint à pas lents à la hauteur d’Alexei, boitant légèrement, de larges traînées rougeâtres constellaient encore son torse large. Quant à son pantalon, c’était sans doute la première fois qu’il voyait de l’eau douce depuis longtemps.

« Tu m’as battu, fit l’autre en grec, d’une voix rude et gutturale qui butait sur les mots. Alors, il est à toi. » Et l’homme de porter les mains à son visage pour en ôter le masque.

Affronter un adversaire aux traits dissimulés n’était pas chose facile, n’importe quel combattant le savait. Impossible de lire son regard, d’interpréter ses expressions ; anticiper, dans ce genre de configuration, relevait de l’impossible lorsqu’il ne restait plus que le cosmos à cet effet. Certains peinaient à couvrir leurs intentions au travers de leurs auras, d’autre à l’inverse y parvenaient sans difficulté. Guilty étaient de ceux-là mais cette prédisposition était inhérente aux Guilty en général. Rares étaient ceux qui revêtaient ce masque en en étant dépourvus. Et dans ce dernier cas, ils ne le portaient pas longtemps.

L’artefact en bois était aussi ancien qu’usé. Héritage d’une civilisation pré-colombienne d’Amérique Centrale, il figurait l’un de ses dieux tombés depuis longtemps dans l’oubli. Ce dieu avait dû être féroce, songea Alexei en détaillant le masque que Guilty lui tendait, bien à plat sur ses deux mains. Les pupilles étaient restées noires au centre des deux disques blancs à l’origine, grisâtres et craquelés aujourd’hui et figurant des yeux exorbités ; la peinture d’un rouge sang s’écaillait sur les volutes figurant le visage mais était demeurée vivace autour des deux crocs menaçants. Quant aux flammes qui paraissaient s’échapper de part et d’autre du masque, n’en subsistaient plus qu’une seule d’un côté, et deux de l’autre. Toutes les autres avaient été brisées par le temps ou par des adversaires plus coriaces que d’autres. Ceux qui, à leur tour, étaient devenus Guilty.

« Je te remercie, répondit Alexei en saisissant l’objet, mais à compter d’aujourd’hui il n’est plus à personne. »

Le Russe le déposa sur la petite table de bois flotté à côté de lui.

« Tu dois le mettre, objecta Guilty, passablement agité tout à coup. C’est la règle.

— Non – une main posée sur l’épaule nue et musculeuse de l’autre homme, Alexei continua une d’une voix calme – il n’y a plus de règles non plus. »

Tant bien que mal, il avait caché sa surprise. Ce Guilty-là était jeune. Bien plus jeune qu’il ne l’avait imaginé en l’affrontant tantôt, ou en entendant sa voix pour la première fois quand il l’avait extirpé de la bouche du volcan et que l’homme l’avait remercié. Contrairement à ce que proclamait son corps abîmé par le soleil et cuit par le sel, il n’avait pas quarante ans.

« L’homme qui tue Guilty prend le masque, ânonna l’autre.

— Je ne t’ai pas tué. Et n’est-ce pas plutôt : « L’homme qui tue Guilty est libre » ? »

De nouveau Guilty parut égaré, son regard glissant de biais comme Alexei l’observait toujours. Le visage était d’une blancheur de cadavre à l’endroit du masque. De toute évidence, il ne l’avait jamais enlevé depuis son arrivée sur l’île. Depuis sa victoire.

« L’homme qui tue Guilty prend le masque. »

Les mots prononcés n’étaient pas les siens, comprit Alexei, mais ceux de Death Queen Island qui présentait d’autres propriétés similaires à l’île du Sanctuaire : ce bout de terre désolé disposait d’un cosmos intrinsèque émanant de chacun de ses atomes, assez autonome et indépendant pour lui conférer un statut d’entité à part entière. Une entité qui se nourrissait du sang avec lequel on l’abreuvait.

« Ne le tue pas ! » L’avait prévenu Mélanthios. « Si tu le tues, tu deviens automatiquement Guilty à la place de ton adversaire. Et si tu imagines lutter contre ce principe… » Le Grec avait esquissé un sourire dur : « … Tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au trognon. Personne n’a jamais réussi à passer outre un tel ordre. »

Le masque scellait l’injonction. A partir du moment où il était revêtu, tout ce qu’avait été, tout ce qu’avait vécu le vainqueur du combat sombrait dans l’oubli. Dans l’oubli des hommes mais aussi et surtout dans l’oubli de celui qui devenait Guilty.

Le Coupable.

Quel raffinement dans le châtiment… Alexei eut soudain le sentiment d’étouffer dans l’espace restreint de la masure : se détournant résolument, et de l’homme, et du masque, il sortit, préférant encore les relents soufrés à l’atmosphère délétère régnant entre ces quatre murs. Un pas lourd et hésitant dans son dos lui indiqua que l’homme l’avait suivi.

L’océan se fracassait contre les brisants de basalte hérissés tout autour de la rade du village. Le vacarme, incessant, couvrait de loin en loin les grondements des entrailles de la terre sous leurs pieds. Le volcan en lui-même n’était pas dangereux ; il se contentait de déverser régulièrement le trop-plein de magma qui affleurait à cet endroit du globe où la croûte terrestre était plus mince qu’ailleurs. Néanmoins, son activité continue depuis des millénaires contribuait à conforter l’île dans son caractère inhospitalier et à en faire le cadre idéal de la pire des prisons qui pût exister.

« D’où viens-tu ? »

Un vent chaud et humide en provenance de la mer s’était levé, malmenant la chevelure argentée d’Alexei qui n’en avait cure. L’homme qui s’était avancé à ses côtés, perdit lui aussi son regard à la surface crénelée et moutonnantes des vagues :

« Je ne me rappelle pas. »

La tête du Russe pivota dans sa direction.

« Ni ce que tu étais ? Je veux dire, quel chevalier ? »

L’autre eut un signe de dénégation, tandis que ses traits se crispaient peu à peu dans son effort manifeste pour tenter de trouver des réponses à ces questions.

« … Non. Non, je… Je ne sais pas. Je ne sais… plus. »

Depuis combien de siècles le Sanctuaire envoyait-il ses bannis sur ce volcan en guise de condamnation à perpétuité ? Pour certains d’entre eux – la plupart – le châtiment touchait à sa fin plus tôt que prévu et bien que leur mort prématurée les empêchât d’en juger, c’était la meilleure chose qui pût leur arriver. Mais pour d’autres, les plus forts, le tourment s’étirait le long de journées, de mois, d’années entières passés dans les brumes devenues insaisissables de ce qu’ils avaient été. Ce vide béant que l’île creusait en lui à partir du moment où le Coupable se désignait de lui-même par sa victoire au combat, l’accompagnait du lever au coucher du soleil sans jamais se combler. Si encore Guilty pouvait aspirer à la mort ! Mais même la possibilité de ce choix lui était ôtée en même temps que tous ses souvenirs ; marionnette dont les fils étaient tous dorénavant réunis dans la main du Sanctuaire, il ne se dressait que pour combattre, défendre ou transmettre une vie qui n’était plus qu’une coquille vide.

Noblesse et honneur… Plutôt cruauté et lâcheté, deux  »qualités » que le Sanctuaire ne se vantait pas de prôner, si ce n’était en paroles, alors en actes.

« Viens avec moi. »

La surprise se peignit sur le visage de l’homme qui se tourna un instant vers ce qui lui tenait lieu de demeure depuis… Il ne s’en souvenait pas non plus.

« Mettons ensemble un terme à… – Alexei eut un geste de dégoût – … tout cela. C’est terminé.

— Guilty ne sera plus ici.

— Non, en effet. Il ne sera plus nulle part. »

L’homme hocha la tête avec lenteur, comme pour prendre le temps d’assimiler les paroles d’Alexei qui reprit :

« Si tu viens avec moi, si tu rejoins ceux, comme toi, dont le Sanctuaire n’a pas voulu, alors je te promets une chose : qui que tu sois, nous te rendrons ton nom. Ton vrai nom, précisa-t-il quand l’homme ouvrit la bouche sur une consonne gutturale familière. Parce que quels qu’aient été tes actes, il ne devrait y avoir de pire châtiment que la mort. »

 

10 réflexions sur “Nouvelle Ère – Émergence – Chapitre 6

  1. Excellent chapitre!! Bon, je dois dire que le Camus/Milo ce n’est et ce ne sera jamais ma tasse de thé, mais là au moins c’est toujours écrit avec finesse et retenue. Sans trop rien y connaître de ce couple devenu légendaire auprès des fans, j’imagine que quantité de fics y vont de manière moins élégante.

    Ensuite, j’ai surkiffé la partie à Asgard et la face à face entre Mine et Fenril. Excellent développement des deux GW! Et la rencontre avec Hilda rend celle-ci encore plus majestueuse même si on dirait qu’elle a un idée derrière la tête en nomment Mime précepteur.

    Enfin, l’escale à Death Queen était magistrale. On sent bien que cette île est le pendant négatif du Sanctuaire, chose que l’anime et le manga n’ont jamais restitué. Ce pauvre Guilty, en dépit des crimes probablement abominables qu’il a du commettre, fait pitié. Personne ne mérite un châtiment pareil. Mais là, par contre, on sent que les traditions vont en prendre pour leur grade…

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    • Ooooh, merci pour ton enthousiasme, ça fait chaud au coeur ! ♥

      Comme d’hab’, il y en a et aura pour tous les goûts dans cette histoire et je conçois tout à fait que le Camus/Milo te laisse de marbre XD On a eu l’occasion d’en discuter ensemble il n’y a pas si longtemps et tu sais ce que je pense de l’omniprésence de ce pairing dans le fandom XD Il faut donc croire que comme à l’époque d’UDC, j’éprouve encore et toujours le besoin de prendre le contrepied de la majorité :-p
      Alors, finesse et retenue, c’est probable, mais disons que leur situation, à ces deux-là, est tout sauf facile : j’ai essayé de retranscrire dans le ton et la forme leurs difficultés de communication ce qui donne quelque chose en mode « sans y toucher », parce qu’eux-mêmes n’arrivent pas à aborder les sujets qui fâchent.

      Figure-toi que j’ai moi aussi adoré écrire la confrontation Mime/Fenrir ! (nota : à la base, j’étais partie pour utiliser les noms de la VF de l’anime et puis je me suis ravisée pas plus tard qu’avant-hier) On ne sait tellement rien d’eux, et encore moins de leurs interactions entre GW, qu’il y a tout à écrire ! C’est une véritable page blanche qui s’offre à nous, et j’ai donc laissé libre cours à ma propre perception des personnages en réinterprétant leur histoire à partir des infos qui nous sont fournies. Comme dans l’anime il y a quand même des trucs un peu WTF, comme Fenrir élevé par des loups (faut quand même pas déconner), j’ai remis un peu de réalisme là-dedans. Quant à l’histoire de Mime, ma foi… tu te rappelles une certaine side-story ? 😀

      EDIT : j’adore Hilda qui est un personnage très classe. Elle a un rôle important qui consiste à maintenir la cohésion en Asgard. La position de Mime est délicate eu égard aux actes de son grand-père mais le châtiment a été prononcé par le Sanctuaire et non par Asgard (qui a du toutefois l’accomplir). Hilda, en soi, n’est pas coupable dans cette affaire, qu’elle déplore tout autant que Mime. Quant à la suite, pas sûr qu’elle-même sache vraiment ce qu’elle veut ^^

      Death Queen Island : non mais là aussi, le canon m’a laissée sur ma faim ! Déjà, bon, « Guilty » : rien que le terme en lui-même est porteur d’assez d’interrogations et de supputations pour essayer d’aller plus loin dans les origines d’un tel… nom. Ensuite, l’environnement, franchement hostile si bien qu’on se demande pourquoi les gens qui sont dessus ne s’en vont pas ! Je veux dire, quand on a un cosmos, ce n’est pas quand même compliqué d’en partir. Alors quoi ? Enfin, le lien entre cette île et le Sanctuaire : c’est bien vu que ce que tu dis, sur le fait qu’elle est le pendant négatif du Sanctuaire, car c’est comme ça que je la vois, l’autre face d’une même pièce, et pas la plus reluisante des deux. J’ai vraiment eu envie de creuser ce point, d’en définir la « mythologie » et d’en détailler les implications.
      En effet, ce Guilty a forcément commis des actes innommables sinon il ne serait pas sur cette île. Mais s’il les a oubliés, est-il toujours coupable ? Si on oublie ses actes, peut-on comprendre son propre châtiment ?

      Merci infiniment pour ta lecture et ton appréciation de ce chapitre, et à très bientôt !

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  2. Ah quel plaisir de retrouver tout le monde après ces quelques mois de pause ^w^

    (Et quel plaisir de savoir qui ne devrait pas tarder à apparaître, maintenant que Mime est au palais <3)

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    • Eh oui, trois mois déjà ! A vrai dire, je ne m’étais pas rendue compte qu’il s’était passé autant de délai depuis la dernière update :-/

      Mais c’est vrai que c’est chouette de retrouver, et les persos, et l’univers ! 🙂

      (je vais sans doute développer un peu plus que prévu la présence de Mime au Palais vis à vis des gamines : je me rends compte que je n’ai pas forcément songé en détail au sujet mais l’outil est intéressant, et ça me donne des idées d’interactions Mime vs Syd, hin hin hin…)

      Merci beaucoup d’avoir pris le temps ! ♥

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  3. Je rejoins Alix, c’est un plaisir de lire la suite des aventures de nos chevaliers préférés !

    Camus…. balloté entre ses rêves et ses cauchemars (et ses démons), et le scorpion qui remue des pinces comme il peut pour tenter de le rattraper.

    En effet, Mime, comme témoin et guide de l’éveil au cosmos des gamines… Bon choix !
    Peut-être le plus tourmenté de la bande (Pia aura été abonnée à ce type de personnalités !).
    Je l’imagine bien se faire reprocher l’idée d’envoyer les petites au Sanctuaire et ajouter une couche de traitrise à la réputation de sa famille.

    Alexei ratisse vraiment large… il manque de bras ?
    Je vais certainement dire une ânerie mais je ne me souvient plus si dans UDC, Ikki est chevalier du Phénix ?

    Hâte de lire le prochain chapitre ! 😁

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    • Hello !

      Et c’est un plaisir pour moi de savoir que tu es content de les retrouver 🙂

      Milo fait ce qu’il peut mais c’est pas gagné : il faut dire que le challenge n’est pas facile et que pas grand-monde n’est armé pour faire face à cet inextricable noeud de contradictions qu’est Camus.

      Je ne sais pas pourquoi, je vois Mime comme le plus érudit des 7 (non, 8 ^^) Guerriers Divins avec Albérich. Je trouve qu’un tel rôle peut lui convenir et dans son cas, le fait de ne plus avoir de famille peut lui rendre cette tâche plus facile car il a une certaine capacité d’attachement. Concernant Pia, je me rends compte a posteriori de l’influence que Mime va avoir sur son avenir : je n’ai pas fait exprès mais ça tombe plutôt pas mal ! Quant à la façon dont elles vont, Oksanna et elle, se retrouver au Sanctuaire, on aura l’occasion d’en reparler 😉

      Alexei ratisse utile. Si, si 😀

      Dans l’UDC!verse, les bronzes existent donc oui, Ikki est bien le chevalier du Phénix. Après, son histoire n’est peut-être pas tout à fait la même que dans le canon, comme beaucoup de choses dans UDC. J’imagine que tu te demandes s’il est passé par cette Death Queen Island ? C’est une très bonne question, merci de l’avoir posée ! XDDD Plus sérieusement, je vais y réfléchir et voir si je peux y apporter une réponse 😉

      Merci beaucoup à toi d’avoir pris sur ton temps que je sais précieux pour lire et commenter ce chapitre, j’espère que le prochain tardera moins que celui-ici !

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  4. De rien pour ma lecture et mon commentaire ! C’est normal, je lis ce nouvel opus UDC aussi avidement que le premier !
    Depuis les Portes, Milo est obligé de faire tourner son cerveau à la vitesse de lumière, sans dire qu’il est idiot, il est quand même plus dans l’action que la réflexion.
    Entre Camus et son futur apprenti… j’hésite entre le plaindre ou en rire.

    Je suis curieux de voir jusqu’où va « ratisser » Alexei et à quel point ses futures recrues feront le poids à terme face aux gold et un gémeau qui va être en mode « pratique de la terre brûlée »
    Ma question sur Ikki était indirecte. Vu qu’il y a un Guilty, que Ikky à tué celui en place sans prendre la relève. De qui s’est-il donc débarrassé ?

    Une faveur à te demander, est-ce que tu pourrais faire quelques passages sur l’entrainement des futurs apprentis (la transmission des techniques, ex : la balance, je n’arrive pas à croire que ce signe n’a pas de technique propre au signe et qu’il se contente d’une « colère du dragon », même boostée). Tu as peut-être des idées de techniques inédites ☺ et vu que Sybil va éplucher les archives de ses prédécesseurs (elle ne sera pas forcément seule à le faire), cela pourrait donner quelques bonnes surprises.

    J’ai de l’avance par rapport à ce chapitre, mais pendant que j’y pense. Merci

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    • Un peu longue à la détente, désolée, cette rentrée pro est complètement folle…

      Oh, j’aime beaucoup « la pratique de la terre brûlée » : cela va teeeeeellement bien à Saga quand il est en rogne, ça ! 😀 Alexei en a sous la pédale, ne t’inquiète pas : ce n’est pas parce que un tel a gagné sa charge au Sanctuaire que tel autre n’aurait pas pu en faire autant *si*… Et des « tel autre », il y en a plus qu’on ne l’imagine.

      Concernant Ikki, étant donné que nous sommes dans l’UDC!verse, il est très probable que les choses ne s’y soient pas déroulées comme elles se passent dans le canon. En fait, plus j’y pense, et plus je me dis que les Guilty dans l’UDC!verse sont sous l’emprise d’un Gen Ro Mao Ken. Mais dans UDC, cette attaque n’est pas aussi irrémédiable que dans le canon. Je considère qu’elle peut être « dosée » en fonction de ce qu’on veut en tirer. On peut donc imaginer qu’un apprenti envoyé sur DQI n’est pas considéré comme un ennemi par le Guilty en place à ce moment-là, car il a été conditionné à cet effet. Ikki a donc tout à fait pu être entraîné sur DQI mais sans tuer son maître dans l’UDC!verse.

      Alors, oui, des idées de techniques inédites, j’en ai quelques unes ! D’ailleurs, je suis partisane du fait que chaque génération se doit de développer ses propres techniques, ou d’améliorer celles de ses maîtres, ou de remettre d’anciennes attaques au goût du jour. Et je suis encore plus favorable à des combinaisons de techniques entre chevaliers :-p

      Je ne pense pas que j’aborderai l’entraînement de la nouvelle génération dans Nouvelle Ere car chronologiquement, ça ne le fait pas. Toutefois, j’envisage de continuer à écrire des OS la concernant et j’aborderai certainement les sujets des entraînements et de leurs capacités particulières 😉

      ( concernant la Balance, je suis totalement d’accord avec toi. Ne serait-ce, déjà, qu’une attaque en rapport direct avec ce signe, ce serait pas mal ! Après, le concept de justice et Andreas Junior, pour l’instant je t’avoue que j’ai un peu de mal à visualiser… XDDD)

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  5. Bonjour!

    Tout d’abord, merci pour ta réponse détaillée à mon précédent commentaire; réponse que j’ai bien évidemment lue jusqu’au bout, c’est toujours un grand plaisir!:-)

    Le début de ce chapitre m’a, comme tu dois t’en douter, attristée; en même temps, je savais à quoi m’attendre… Ton Camus a ceci de particulier que j’alterne entre l’envie de l’enfermer dans une petite bulle de ouate pour le protéger et celle de lui coller des claques; là, j’avoue que c’est plutôt la deuxième qui l’emporte. Il y a un petit côté « enfant gâté », dont il a l’air de se rendre compte en plus, dans sa manière de rejeter et la chance que Milo et lui ont eu de survivre sans trop de dégâts, et leur relation comme si, parce qu’elle n’est pas parfaite, elle ne valait rien. Quant à Milo, il est sans doute une fois de plus trop attentiste, mais il est vrai qu’il a déjà fait beaucoup de pas en avant… Cela dit, j’aime beaucoup ta manière subtile de montrer tout ce qui, au final, peut faire capoter un couple: le manque de communication, les petites lâchetés du quotidien, tous ces petits pas insignifiants qui font que si on n’y prend pas garde on s’éloigne irrémédiablement. J’aurais juste préféré que la démonstration s’applique à d’autres;-)

    Et sinon, j’aime bien le rapprochement que tu suggères entre Milo et Aldébaran. On a déjà vu dans UDC que le Taureau qui est si stable, si centré, pouvait apporter beaucoup au Scorpion, et pas seulement en tant que compagnon d’axe. Et bien vu pour la petite explication, au passage, de la tradition capillaire Atlante! On comprend mieux la tignasse de Shion XD. Par contre, je m’oppose fermement à toute tentative de faire subir aux cheveux de Milo le même sort qu’à ceux de Mû!

    Ce que tu développes autour de Mime et Fenrir est très intéressant. C’est chouette de voir les guerriers divins interagir, exister dans leurs relations avec les autres et avec Hilda, qui se montre très humaine ici. Mime est touchant dans avec son manque d’estime de soi tout à fait évident, surtout par rapport aux autres Guerriers divins. Même si on peut y déceler une trace d’auto-apitoiement qui n’est pas non plus sans lien avec le personnage d’origine… En tout cas je l’imagine tout à fait bien en percepteur, avec sa sensibilité et son éducation.

    Et alors ton traitement de Guilty, et la construction de la tradition qui va avec, est magistrale. C’est totalement crédible (et ça démontre encore plus que le Sanctuaire a vraiment des côtés pas très reluisants). Pendant un moment, l’idée m’a traversée que ce Guilty pouvait être Ikki, car je ne sais plus si on l’a déjà croisé dans UDC? Mais je crois que ça ne jouerait pas au niveau des âges, à moins que tu n’aies beaucoup bouleversé la chronologie des Bronzes (mais ça serait plus raccord avec l’âge qu’Ikki a l’air d’avoir dans l’anime!;-) )

    En tout cas voilà, j’ai atteint la fin des chapitres publiés… alors bon courage à toi dans l’écriture de la suite!:-)
    Lily

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    • Hello Lily !

      Cela me fait plaisir de savoir que tu apprécies de lire mes pavés en réponse à tes commentaires, vraiment ! Bien souvent les commentaires sont une source de réflexion pour moi car cela entraîne des questionnements et par extension, des pistes auxquelles je n’avais pas pensé, ou bien des points de détail qui mériteraient d’être mieux exploités. De fait, en répondant, je me retrouve aussi à réfléchir à haute voix XD

      Camus témoigne d’une ambivalence difficile à cerner et à comprendre. C’est un homme très lucide sur la vie en général, posé, intelligent et doté d’une sensibilité certaine. Dès qu’il s’agit de lui-même cependant, sa lucidité est mise à mal ou plus exactement, elle se débat pour exister et faire son job. Donc, oui, il se rend bien compte que sa façon de concevoir sa relation avec Milo est bancale et illogique. Il se rend compte que penser que cela aurait été mieux si l’un des deux n’était pas revenu est inacceptable. Et pourtant. il ne peut pas s’en empêcher, il y a tout une partie de lui qui a développé un raisonnement tordu qui repose sur un postulat lui-même sans consistance mais qu’il a tellement entretenu qu’il lui a conféré une réalité : il n’est pas à la hauteur de la relation qu’il rêverait d’avoir avec Milo. Je crois qu’on est typiquement dans ce type de configuration où on idéalise tellement quelque chose que quoi qu’il se passe, que même si cette chose se réalise, la déception sera au bout du chemin. Cela rejoint la difficulté à vivre dans l’instant présent, à se contenter de ce qui est, sans se préoccuper de ce qui a été, ou de ce qui sera. Camus est en quelque sorte sans cesse en décalage avec lui-même.

      Milo est sorti de sa passivité car il a bien compris la leçon. Ceci étant, on ne change pas du jour au lendemain et on ne rattrape pas en quelques mois tout ce qu’on a n’a pas vu / pas compris en vingt ans. Lui a envie que ça fonctionne, que Camus soit heureux. Mais le challenge est balèze XDDD
      Effectivement, la communication est bien souvent la clé de tout mais si c’était aussi facile ça se saurait car bien souvent, chacun est persuadé de communiquer comme il faut et considère que c’est l’autre le problème. Alors que non : l’émetteur a autant de torts que le récepteur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je conchie joyeusement cette phrase de DP à deux balles selon laquelle on est responsable de ce qu’on dit et pas de ce que l’autre comprend. Si l’autre ne comprend pas, ou mal, ou de travers, c’est peut-être aussi que ce qui a été dit n’était pas clair / mal formulé / incomplet. Tout ça pour dire que dans le cas présent, ce n’est pas la faute de Camus, ou celle de Milo : ils sont tout autant en tort que dans leur bon droit, l’un comme l’autre.

      J’aime beaucoup l’amitié entre Milo et Aldé, je crois qu’ils peuvent s’apporter beaucoup mutuellement : le Taureau aide à stabiliser Milo et à l’inverse celui-ci a une capacité au « tout ou rien » qui peut être bénéfique à Aldé en ce sens qu’il peut parfois être trop l’homme du compromis.

      Meeeeeuh nan, Milo ne perdra pas ses bouclettes de Grec, voyons… ! XD

      L’anime Asgard ne développait effectivement pas les relations entre les GW et c’était fort dommage de mon point de vue XD (et quand on y réfléchit, le canon ne faisait pas beaucoup mieux vis à vis des chevaliers d’or, hein…) Or, je trouve que les GW sont des personnes d’intérêt, plutôt bien caractérisés pour un filler avec un background et tout et tout (c’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt principal dudit filler) : il suffit de tirer le fil pour voir ce qui vient avec:-p Les faire interargir est le meilleur moyen de creuser cette caractérisation de mon point de vue et j’ai essayé de conserver la base de l’anime. Donc, Mime est effectivement un personnage qui a un problème avec sa filiation et son statut (ai-je dit que j’adorais les sagas familiales ?) et qui tourne en boucle dessus comme un chien qui lèche et irrite ses plaies en permanence.

      Ce Guilty pourrait être Ikki dans l’UDC!verse et j’aurais pu choisir d’explorer cette piste (en fait, je trouve ton idée excellente !). Ceci étant, le scénario de cette histoire est déjà assez touffu et complexe comme ça pour ne pas rajouter les bronze boys en sus. Donc non, ce n’est pas Ikki.
      J’ai beaucoup aimé réfléchir sur la « mythologie » du concept Guilty dans l’UDC!verse en m’appuyant sur le peu qu’on en sait dans le canon. Les notions d’inéluctabilité et de cycles infinis me plaisent beaucoup en général et bien que la génération des Saga and Co se soit opposée au « traditionalisme » de leurs parents, elle est loin au fond de ne pas, elle-même, être la garante d’une certaine continuation. Le Guilty existe très probablement depuis la création du Sanctuaire lui-même, lorsqu’il a fallu en édicter les règles. Toute genèse implique deux faces d’une même pièce, toujours dans un souci constant de pérennisation d’une forme d’équilibre. Guilty est l’une des faces sombres du Sanctuaire créé pour garantir la survie de l’humanité. Si je devais résumer, je dirais que le vieil adage selon lequel on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs s’applique pile poil au Sanctuaire XD

      Le chapitre 7 existe en version V0. Je dois *juste* le retravailler ce qui va me prendre pas mal de temps. J’aimerais le poster avant le NaNo mais rien de certain… :-/

      Un grand merci pour ta lecture attentive comme toujours, et pour ton intérêt à l’égard de cette histoire ! Un bon WE à toi et à bientôt !

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