Temple du Verseau, Sanctuaire, Grèce, fin juin 2006
Ne t’en va pas !
La supplique, muette, se heurta aux murs érigés autour de ses pensées sans espoir de s’en échapper. Une fois de plus, Milo ravalerait ses doutes et l’impuissance qui allait avec pour faire bonne figure. S’y efforcer, à tout le moins. Mû toutefois par un réflexe, il attrapa l’avant-bras que Camus lui tendait pour l’attirer contre lui. Le corps du Verseau était docile contre le sien mais Milo n’était pas dupe : son compagnon se trouvait déjà loin du Sanctuaire et si ce n’était son corps alors son esprit, devenu inaccessible.
« Ne commet pas d’imprudences. »
Soit le conseil le plus absurde qu’on pût donner à un chevalier d’or et qui vit Camus dresser un sourcil alors qu’il se reculait pour considérer le Scorpion une dernière fois avant de partir :
« Sérieusement ?
— Fais attention à toi, c’est tout, s’efforça de corriger le Grec avec un sourire contrit dont il espérait qu’il dissimulait suffisamment son désarroi. Cette histoire de journal ne me dit rien qui vaille. »Lire la suite »
La berline noire quitta la route principale quelques kilomètres après la sortie de Mercury pour s’engager sur une piste qui dans les faits n’excéda pas quelques centaines de mètres : à l’issue d’un large virage qui s’achevait loin des regards, la voiture aux vitres fumées retrouva un ruban d’asphalte en parfait état qui filait droit au milieu de nulle part.
Le Sagittaire gloussa doucement, tout en accordant son pas à celui de l’autre Grec. Certains de leurs pairs les précédaient, d’autres fermaient la marche – les moins matinaux – et tous cheminaient le long d’une ruelle qui descendait en pente raide vers la mer. Il n’y avait pas grand-monde aux fenêtres pour assister ce qui ressemblait peu ou prou à un pèlerinage ; tous les habitants de l’île étaient déjà rassemblés autour des tables du banquet dressées sur le quai plongeant dans la mer Égée et que les mariés de la veille venaient d’inaugurer.