Sanctuaire, Grèce, Mai 2006
La pluie était fine, froide et persistante. Tout le contraire de ce à quoi il s’était attendu en guise de comité d’accueil et depuis le ponton, Mü leva vers le ciel plombé un regard chargé de rancune. Il venait de quitter le vent et le froid des hauts plateaux tibétains après des mois de retraite, n’avait-il donc pas mérité de profiter du soleil de la mer Égée ?
Avec un soupir, il ne jeta qu’un coup d’œil à ses deux sacs de voyage avant de les expédier d’un geste de l’index et du majeur en direction de son temple ; l’un aurait pu supporter l’humidité sans souci mais ce n’était pas le cas de l’autre, tout du moins de son contenu.
Pour ce que ça change, de toute façon.
Une claque mentale plus tard, il entreprit d’attaquer vaillamment l’étroit sentier cheminant à flanc de falaise en direction de l’entrée du Domaine Sacré et de son temple par la même occasion.Lire la suite »
Orwell ouvrit les yeux sur du blanc. Un blanc sale, à la limite du gris et qui l’enveloppait tel du coton mouillé. Sous lui, le sol tanguait. Se redressant péniblement sur un coude, il réalisa tout à la fois qu’il était allongé sur une banquette en bois, qu’il se trouvait sur un bateau et que le silence régnait en maître pour ne tolérer que le clapotis étouffé de l’eau contre la coque et le ronronnement étrangement lointain des moteurs. Il s’assit. Par-delà le rebord de l’embarcation qu’il distinguait à peine, régnait une brume uniforme et si épaisse qu’il n’y décelait pas le moindre repère auquel se raccrocher.
Il n’était pas du matin. Il ne l’avait jamais été mais le monde du travail s’en cognait joyeusement aussi fût-ce avec son habituel soupir exténué que Stanley Wiggins appuya sur le bouton du distributeur, la tête basse, un dossier pendu au bout de son bras ballant.
Les pleurs transpercèrent de nouveau la nuit. Un soupir, un mouvement à côté d’elle, puis la voix ensommeillée de Kanon lui parvint :
as maigri », commenta Shura allongé sur le dos sur les draps en désordre, sa poitrine s’élevant et s’abaissant au rythme de sa respiration, ample et profonde. Il avait tourné la tête vers l’Italien qui s’était levé pour s’approcher de l’immense baie vitrée de la suite localisée au dernier étage de l’hôtel où Shura lui avait donné rendez-vous. La vue sur le Duomo